LUNDI 12 AVRIL 2010 (SUITE)

14 Avr

Haiti-Séisme : La politique revient au premier plan du débat public

par Gotson Pierre / ALTERPRESSE / lundi 12 avril 2010

Des thèmes politiques reviennent en première position dans le débat public, tandis que la crise humanitaire demeure aigue, trois mois après le séisme qui a causé une catastrophe sans précédent dans la capitale et plusieurs villes d’Haïti.

La rénovation du personnel politique et les initiatives prises par l’administration du président René Préval pour la reconstruction suscitent d’intenses interventions de dirigeants politiques de tous bords.

Nouveau contexte politique

Un ex haut responsable de l’État qui souhaite garder l’anonymat estime, dans une entrevue accordée à AlterPresse, que la catastrophe du 12 janvier a tout de même modifié les enjeux politiques et imposé « une situation d’exception ».

Avant la date fatidique du 12 janvier, « la plateforme présidentielle Unité était mise en branle pour gagner les législatives qui devaient avoir lieu le 28 février, opérer des changements au niveau de la constitution et partir en force à la conquête des présidentielles et locales de la fin de l’année », analyse-t-il.

Ces prévisions tombent maintenant à l’eau, mais, juge-t-il, face au pouvoir en place, c’est le vide, « il n’y a rien ».

Petite victoire de Préval

L’opposition n’a pas réussi à obtenir le rejet par la chambre des députés de la loi controversée de prolongation pour 18 mois de l’état d’urgence, décrété par le gouvernement au lendemain du séisme.

La chambre basse a approuvé cette loi le 8 avril, en dépit de la prise de position d’une quarantaine d’organisations de différents secteurs politiques et civils, y compris des structures appartenant à la sphère d’influence « lavalas », de l’ex président Jean Bertrand Aristide.

Maintenant le sénat doit dire son mot, avant que cette loi puisse être mise éventuellement en application.

Le pouvoir soupçonné de se servir du malheur de la nation…

« Nous pensons que le pouvoir utilise la catastrophe pour tenter de se renforcer », déclare à AlterPresse Evans Paul, dirigeant de la plateforme d’opposition nommée Alternative.

Cette déclaration doit être mise en rapport avec la volonté exprimée par le président René Préval de voir des élections présidentielles et législatives se réaliser avant la fin de l’année, afin qu’il puisse laisser le pouvoir le 7 février 2010.

L’Organisation des États Américains (OEA) a mis fin le week-end écoulé à une mission d’évaluation des conditions de la tenue de prochaines élections jugées évidemment indispensables. Il appartient aux Haitiens de décider s’ils vont organiser des compétitions générales ou non, souligne l’OEA.

Selon Evans Paul, « le premier problème (qui se pose dans le contexte actuel) est l’absence de confiance ». « Tout le monde pense que le président est juge et partie », ajoute-t-il, en soulignant que « Préval n’a pas la dimension d’un arbitre ».

Quelle opposition…

Un autre problème important, selon l’ancien haut responsable d’Etat consulté par AlterPresse, est qu’ « on ne sent pas le poids d’une plateforme politique qui pourrait prendre une direction (…) qui pourrait créer un effet d’entrainement », à moins d’une « surprise » à la dernière minute.

Il pense qu’il est « indispensable qu’un mouvement social se reconstitue et pose le problème de la reconstruction en recourant aux ressources internes ».

« Ce qui est réellement en jeu, c’est la dépendance du pays et tout ce que cela implique », opine la même source.

A propos du relèvement d’Haiti

Les secteurs politiques sont unanimes à saluer la générosité de la communauté internationale qui a promis près de 10 milliards de dollars sur 3 ans pour l’exécution d’un plan de relèvement soumis par le gouvernement le 31 mars à New-York.

« Nous ne pouvons sortir seuls » de la catastrophe dans laquelle le pays est plongé, estime l’interlocuteur d’AlterPresse. Mais il s’interroge sur l’impact réel que peut avoir cette aide, tenant compte des limites qui pourraient être liées aux décaissements et des conditions dans lesquelles elle sera mise en oeuvre.

Evans Paul lance le défi de voir bientôt apparaitre des « ponts » et des « écoles »…

Un processus aux mains des étrangers

Dans le fond, c’est tout le processus suivi par le gouvernement depuis 3 mois qui est mis en cause par les milieux politiques, y compris la méthode jugée « exclusive » employée dans l’élaboration du plan gouvernemental.

« Nous avons laissé le processus aux mains des étrangers », avec 250 experts internationaux mobilisés pour élaborer le document, reproche la source d’AlterPresse.

Évidemment, le gouvernement réfute ces jugements. Dans le cadre d’une démocratie représentative, l’important est de consulter les élus, soutient le premier ministre Jean Max Bellerive, qui a été interrogé par AlterPresse.

Bellerive espère « une mobilisation globale » autour du plan. « On ne peut se mobiliser autour d’une division », dit-il, mais plutôt « autour d’actions concrètes ». Il soupçonne les adversaires de l’équipe au pouvoir de vouloir en réalité sa « mort politique » et celle du président René Préval.

« Éviter une reconstruction exogène »

La mobilisation devait commencer dès le 12 janvier, quand un million de gens dans les rues « attendaient une parole », souligne l’ancien haut fonctionnaire consulté par AlterPresse.

« Mais personne n’a parlé à ce peuple. Dieu seul sait l’importance thérapeutique du discours dans ces circonstances », insiste la source. « Quand le président se tait, qui peut parler ? Il a le devoir de parler et quand il ne le fait pas il tétanise le reste de la nation », martèle-t-il.

« Sommes-nous à la hauteur des positions politiques que nous occupons face a un pays qui se dégrade ? », se demande-t-il en invitant à cesser « les querelles stériles face à 300.000 morts en 30 secondes ».

L’enjeu le plus important aujourd’hui et pour les années à venir, serait de « sortir d’une économie de rentes pour entrer dans une économie de production », en valorisant entre autres des entrepreneurs locaux et en passant des contrats avec des organisations paysannes. Il faudrait également mettre en place « un système éducatif pour créer les connaissances techniques nécessaires ».

Telle serait la condition pour « éviter une reconstruction exogène ».

 

Haiti-Reconstruction : La contestation radicale doit se nourrir de l’intelligence de la jeunesse

Par Leslie Péan / ALTERPRESSE / lundi 12 avril 2010

Débat

Le président René Préval refuse d’admettre qu’Haïti n’est pas sa propriété privée. Il ne comprend pas que gouverner c’est prévoir. Ce qui signifie qu’il faut de la réflexion. Avoir des idées. Savoir que la chose publique exige des débats contradictoires. Pour la production d’une alternative consensuelle. Avec des actions rationnelles. Bref, il faut des gens cohérents et responsables au timon des affaires de l’État, c’est-à-dire des gens qui acceptent de rendre des comptes et d’être sanctionnés positivement ou négativement pour les résultats de leur gestion.

Être cohérent exige d’identifier clairement le responsable de la situation de déliquescence politique actuelle. C’est le président de la République René Préval qui n’a pas respecté les délais de convocation des élections pour renouveler les Chambres (Sénat et Chambre des députés). Il l’a fait sciemment dans le but de rendre inopérant le pouvoir de contrôle du Parlement et de créer des eaux troubles afin de pouvoir nager à reculons comme il l’a toujours fait. Il faut donc le sanctionner comme cela se fait dans tous les pays sérieux. Haïti ne peut pas continuer à être un pays sans chapeau. Même si c’est le choix de la communauté internationale depuis 1804.

Après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, les Haïtiens doivent dire quelle société ils veulent pour eux-mêmes, mais surtout pour leurs enfants et petits-enfants. Les forces démocratiques de l’opposition haïtienne qui sont sur la brèche doivent être entendues. La vision que nous avons d’Haïti ne se reflète pas dans les plans de reconstruction qui sont adoptés par le gouvernement Préval. Voulons-nous d’une Haïti produisant essentiellement de la main-d’œuvre bon marché pour les industries d’assemblage pour l’exportation ? Devons-nous continuer avec la politique tonton-macoute de promotion de l’industrie d’assemblage commencée sous Papa Doc et poursuivie jusqu’à nos jours, tout en laissant se dégrader le système scolaire public et privé, du primaire à l’Université. L’idée sous-jacente de cette approche maléfique est que l’Haïtien n’est bon qu’à faire cela : travailler pour une pitance jusqu’à la mort.

Voulons-nous d’une Haïti de gens lettrés capables de produire des techniciens et des scientifiques à même d’offrir des solutions pour résoudre les problèmes politiques, agricoles, environnementaux, écologiques, sanitaires, économiques, sociaux auxquels la société haïtienne fait face ? Tout le débat est là. En d’autres termes, comment organiser la société haïtienne pour en faire une machine de création de richesses pour tous ses citoyens et pas uniquement pour un petit groupe ? Voici la vraie question à laquelle le gouvernement Préval n’a pas de réponse.

Les démocrates doivent refuser toute reconstruction et tout compromis avec des assassins.

Le régime de René Préval a montré son vrai visage dans l’utilisation des fonds publics. Non seulement 197 millions de dollars ont été dilapidés en 2009, suivis de 163 millions déjà en 2010, sans que les pièces justificatives ne puissent être présentées, mais de plus le gouvernement de Préval s’est converti en un repaire d’assassins en procédant à l’élimination physique de Robert Marcello, directeur de la Commission des marchés publics. Un tel crime ne peut être toléré, sous aucun prétexte. Aucune discussion n’est possible avec des assassins. Si la communauté internationale veut traiter avec des assassins, qu’elle le fasse seule. Les démocrates doivent refuser toute reconstruction et tout compromis avec des assassins.

La communauté internationale ne doit pas prendre les Haïtiens pour des imbéciles en obligeant Préval à faire voter une loi d’urgence par le Parlement. C’est exactement ce qu’avait fait l’occupant américain en 1915 en abolissant le Parlement. Cette fois, le gouvernement de la marionnette Préval a pris les devants en faisant élire à l’avance des parlementaires sans conscience afin de voter la mise sous tutelle réelle et effective d’Haïti. Tous les Haïtiens qui pensent savent que l’aide internationale qui existe depuis seulement 60 ans est une mascarade pour mener la politique anti-cyclique des donateurs et pour assurer la politique de domination coloniale qui a créé les déséquilibres mondiaux en premier lieu. Comme le disent les théoriciens africains Diambisa Moyo [1] de la Zambie et Yash Tandon de l’Ouganda pour leurs pays respectifs, le facteur impérial (FI) est le facteur de blocage fondamental des pays de la périphérie. Pour Yash Tandon, l’explication mathématique est la suivante : « Développement = FS + FD – FI ; où FS représente le facteur social (le bien-être essentiel des personnes), FD représente le facteur démocratique (le droit des personnes à participer dans les prises de décisions qui les concernent), et FI représente le facteur impérial (le droit des nations à disposer d’elles-mêmes et à être libres de toute domination impériale). Cette formule s’oppose radicalement à celle habituellement donnée par les économistes orthodoxes qui est : Développement = Croissance + Accumulation des richesses ; où Croissance = Libéralisation des marchés + Investissements étrangers + Bonne gouvernance (telle que définie par l’Ouest), et où l’accumulation des richesses par les riches est supposée « être transférée » aux pauvres par les forces du marché. » [2]

En réalité, 60 ans d’aide étrangère se sont révélés 60 ans de fiasco au cours desquels le pouvoir des autorités locales s’est renforcé au détriment du pouvoir des masses populaires qui sont de plus en plus marginalisées. L’aide étrangère ne vient donc que pour renforcer le statu quo décadent et non pour aider le pays. Aussi donc, les choses doivent changer [3] pour que les Haïtiens soient les sujets de leur développement et pas uniquement des objets que la communauté internationale use et abuse à satiété en utilisant des gouvernements fantoches qu’ils manipulent pour enrichir ses propres entreprises. Dans ce cadre, et en ce qui nous concerne, il fait être clair.

La Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), supervisée par un Conseil et appelée à gérer la réponse immédiate (18 mois) à la crise créée par le tremblement de terre et l’Autorité pour le Développement d’Haïti (ADH), supervisée par un Comité consultatif, pour diriger les efforts de développement pour les quatre prochaines années, sont deux institutions irrecevables par le peuple haïtien. Que la communauté internationale garde ses milliards, si Haïti doit perdre son âme !

Avant le commencement d’exécution de travaux de reconstruction, un certain nombre de lois en matière de zonage, de construction et d’urbanisme doivent être votées par le Parlement haïtien. Par exemple, dans la bonne tradition de la Chartre d’Athènes, le Parlement haïtien doit instaurer un système de zonage déterminant les lieux de l’espace urbain qui sont propices à l’habitat, au travail, à la circulation, à la culture et aux parcs de loisirs. Un tel système se doit de mettre fin au brouhaha actuel encouragé et maintenu par l’idéologie du pouvoir absolu qui dit « Mwen se chèf, mwen fè sa m pi pito ». Nous sommes de ceux qui croient que les Haïtiens ont toujours un pouvoir certain face à la communauté internationale. Si les entreprises de cette communauté internationale ont besoin de faire de juteux profits sur le dos des malheurs du peuple haïtien, il leur faut négocier, de manière transparente, avec un gouvernement haïtien qui défend les intérêts de son peuple. Il faut que ce soit donnant donnant. Haïti ne peut pas uniquement servir de lieu de transit pour que les milliards de la communauté internationale passent des mains publiques aux mains privées des entrepreneurs des pays donateurs. Le gouvernement haïtien a pour devoir de discuter au centime près l’utilisation des fonds qui sont promis à Haïti afin d’augmenter le plus que possible la partie qui sera utilisée pour créer des revenus pour les travailleurs à travers des travaux de haute intensité en main d’œuvre.

Les plans pour la reconstruction ne peuvent pas se faire « en cachette »

Peut-on accepter le vote d’une loi d’urgence pour 18 mois par un gouvernement qui théoriquement n’a que dix mois à passer à la direction du pays ? On ne saurait respecter les décisions prises par des députés qui sortent d’élections frauduleuses et contestées. Avec la loi d’urgence votée par le Parlement, le gouvernement Préval frotte au visage du peuple haïtien le privilège exorbitant qu’il se donne pour continuer à augmenter sa puissance négative. Avec une totale inconscience. Pour combien de temps encore ? Malgré le tremblement de terre du 12 janvier, le gouvernement Préval persiste dans sa politique aveugle.

Comme on le sait, toute Autorité pour le Développement des zones affectées par le séisme a besoin au moins d’un an de planification, de recrutement et d’organisation avant d’entreprendre l’exécution proprement dite des travaux. L’Autorité pour le Développement ne peut pas fonctionner comme un ÉTAT dans l’ÉTAT. Ses activités doivent découler des lois votées par le Parlement et non d’ukases pris par un gouvernement moribond. Par exemple, les permis de re-construire, indépendamment de l’origine des sources de financement, doivent respecter les normes parasismiques (anti-sismiques) ainsi que le zoning établi dans le plan d’occupation des sols (POS), les plans directeurs et les plans d’aménagement des quartiers découlant de la loi d’urbanisme. C’est ce que demande un État de droit. La ventilation de l’utilisation des fonds de l’Autorité pour le Développement doit nécessairement faire l’objet de débats au Parlement et de lois. Les priorités doivent être définies entre le secteur public, le secteur privé, le secteur social des ONG, les coopératives et les autres organisations populaires. En ce sens, nous appuyons fermement la Déclaration conjointe des plates-formes d’ONG du Brésil, du Canada, du Chili, d’Europe, d’Espagne, de France et des États-Unis surtout en ce qui concerne le droit de vote des ONG au sein du conseil de la CIRH et du comité consultatif de l’ADH ainsi que le nombre de représentants d’ONG ayant un droit de vote au conseil de la CIRH et au comité consultatif de l’ADH, incluant la participation égale des ONG haïtiennes et internationales.

La technique de Préval est de jouer sur le temps et de traîner pour prendre les décisions ou/et de les voter à la va-vite sous le fallacieux prétexte qu’il n’y a pas de temps pour des débats au Parlement ou dans la presse. De plus, c’est à travers la corruption que les votes des députés sont achetés pour faire entériner les décisions du gouvernement fantoche. Quand la corruption sert la communauté internationale, elle ne s’en plaint pas.

Les plans pour la reconstruction ne peuvent pas se faire « en cachette ». Il faut de la transparence. Les prix des mètres linéaires, mètres carrés, mètres cubes doivent être publiés dans la presse parlée et écrite. Haïti est connue pour être un pays où les décisions sont prises par les gouvernants sur la base de faveurs et où les employés publics qui demandent le respect des règles sont tués par la mafia gouvernementale à l’instar de Roberto Marcello, directeur de la Commission des Marchés Publics, sous le gouvernement de René Préval.

Les associations de quartier doivent défendre leurs intérêts sinon les agents du gouvernement vont faire n’importe quoi. Les citoyens doivent être vigilants pour assurer que justice soit faite dans les plans d’aménagement qui sortiront des laboratoires gouvernementaux.

Les arbitrages à faire sont nombreux et concernent des questions vitales telles que :

a) la réhabilitation des infrastructures sociales dans les domaines de la santé et de l’éducation, de la sécurité ;

b) le recensement des maisons détruites et les dédommagements à payer pour la reconstruction ;

c) la partie de l’assistance qui sera allouée aux propriétaires par rapport à celle allouée aux locataires ;

d) la réhabilitation gouvernementale versus la réhabilitation communautaire ;

e) le rapport entre la réhabilitation des services marchands urbains et celle de la réhabilitation de l’habitat ;

f) la création d’emplois et les techniques de production dans la reconstruction.

Tous ces arbitrages ne peuvent dépendre du Palais national et plus particulièrement du président de la République. Une fois les directives données, il faut déléguer et laisser les responsables faire les choix et prendre les décisions qui s’imposent, en exigeant qu’ils rendent des comptes. Bien sûr les choix ne peuvent pas être arbitraires et doivent être justifiés sur des bases rationnelles. Surtout les choix doivent être faits sans délais, ce qui est le contraire de la méthode de gestion du président Préval qui ne sachant pas quoi faire, s’amuse à renvoyer aux calendes grecques les prises de décision en pensant que le temps fera émerger des solutions à des problèmes qui ne font que s’aggraver.

Il est clair que les familles à faible revenu et à revenu moyen sont les plus affectées par les destructions causées par le séisme. Le budget de la Reconstruction doit donc leur donner une partie substantielle des fonds afin de ne pas aggraver encore la situation de pauvreté et les inégalités déjà criantes. Comment se fera le ciblage des communautés qui recevront l’aide du gouvernement ? Qui le fera ? Quel sera le temps de réponse accordé aux populations pour donner leurs commentaires sur les plans proposés ?

Le peuple haïtien est appelé à se courber devant la fonction présidentielle

Avant toute reconstruction d’immeubles et autres infrastructures physiques publiques, il importe de faire le plan directeur de chaque ville affectée en décidant les services qui seront déconcentrés en dehors de la région métropolitaine ainsi que les ressources qui seront mises à leur disposition pour en faire des régions viables. Cette décision une fois prise dans un processus itératif à partir de consultations avec les populations concernées, une série de prix doit être établie dans chaque municipalité ou commune affectée par le séisme. Parallèlement, une liste des immeubles prioritaires publics à réhabiliter doit être dressée suivant des critères préétablis d’avance. Les priorités pourraient être établies par exemple à partir des infrastructures de sécurité, de services d’eau potable, d’éducation, de santé, puis des infrastructures marchandes (marchés, gares routières, abattoirs) et enfin des autres infrastructures publiques. Les appels d’offres pour la réhabilitation de ces infrastructures doivent être faits en toute transparence en présentant les quantités en mètres carrés à réhabiliter et/ou à reconstruire ainsi que les prix du mètre carré.

Le gouvernement Préval se croit tout permis. Le président agit comme un roi qui fait à sa guise. Préval s’arroge le privilège de ne pas respecter la Constitution. Les entrepreneurs sont arrêtés et mis en prison, puis relâchés et récupérés par l’octroi d’un contrat ou encore la promesse d’un marché public. L’argent public est dépensé à gogo sans rendre des comptes. Préval se donne le monopole de la décision et il trouve des intellectuels et journalistes pourtant chevronnés pour servir de caution à la mauvaise politique de consensus de son parti INITE. Comment des gens sensés ont-ils pu tomber dans la politique de faire semblant de Préval ? Ils ont toujours le temps de se reprendre et de montrer à Préval que son placement n’a pas de retours garantis. Le peuple haïtien est appelé à se courber devant la fonction présidentielle et à ne pas s’attaquer à lui. Préval peut ne pas faire les élections aux dates prévues et créer des crises politiques qu’il résout à son profit. Le peuple haïtien se doit d’être indulgent et le laisser bénéficier de sa forfaiture. Préval peut organiser des élections législatives frauduleuses pour avoir la majorité à la Chambre des députés et faire adopter les mesures qui lui plaisent. Des contestations mineures ont lieu, mais Préval refuse d’entendre et fonce tête baissée, utilisant les résultats de sa fraude électorale de 2009 pour faire voter l’état d’urgence. Préval augmente la puissance négative de son gouvernement en s’appuyant sur la communauté internationale qui lui apporte son soutien avec ses troupes armées et des subsides financiers. Préval croit fermement que l’opposition est un tigre de papier et qu’il peut se permettre n’importe quoi. Préval sait que l’opposition badine avec lui et qu’il peut naje pou sòti. D’où vient ce fait que Préval ait le champ libre pour surnager ? Pourquoi croit-il qu’il a le champ libre pour faire ce qu’il veut et que tout pale anpil se rans ?

La recette pour se défaire des gouvernements despotiques est connue

Pourtant le peuple haïtien a des traditions de révolte et de lutte contre les gouvernements despotiques. Sous le gouvernement de Lescot en janvier 1946, il a fallu un Jacques Stephen Alexis, président de l’Association des Étudiants de la faculté de Médecine (ADEM) pour oser dire non à Lescot qui voulait prolonger son mandat et allumer les étincelles de la révolte. Sous le gouvernement de Paul Eugène Magloire, le 17 mai 1956, il a fallu un signal de Guy Bauduy pour que les étudiants du lycée Pétion prennent les rues, passent chercher ceux des autres écoles pour sonner la fin d’une dictature qui voulait se pérenniser au pouvoir. Sous le gouvernement de Jean-Claude Duvalier, il a fallu la révolte des jeunes lycéens des Gonaïves du 28 décembre 1985 au cours de laquelle furent assassinés les trois jeunes écoliers Jean-Robert Cius (19 ans), Mackenson Michel (12 ans) et Daniel Israël pour que sonne le glas pour le gouvernement des Duvalier. La recette pour se défaire des gouvernements despotiques est connue. Cette recette est toujours bonne car la multitude des millions de personnes démunies qui composent le peuple a plus de forces qu’un tremblement de terre pour venir à bout des forces d’occupation locale et étrangère. Les écoliers de la classe de sixième à la classe de philosophie inquiets de leur devenir sortent dans les rues et, les mains nues, appellent à l’insurrection et obligent le départ des satrapes. Telle est la leçon administrée aux dictateurs qui croient pouvoir paralyser le système nerveux de l’Haïtien.

La contestation radicale doit se nourrir de cette intelligence de la jeunesse de 1946, de celle de 1956 et de celle de 1985. Le gouvernement Préval refuse d’accepter une transition pacifique. Il n’y a donc pas d’autres solutions. La communauté internationale ne le fera pas pour les Haïtiens. Le moment est venu de franchir un pas décisif.

[1] Dambisa Moyo, Dead Aid : Why Aid Is Not Working and How There is Another Way for Africa. New York : Farrar, Straus and Giroux, New York, 2009.

[2] Yash Tandon, Mettre fin à la dépendance vis-à-vis de l’aide, Fahamu Books & South Centre, Genève, 2008.

[3] Yash Tandon, « Self-determined development vs. externally controlled aid efficiency – what kind of development strategy leads to success ? » , Foreign Voices, number 2, The Development and Peace Foundation, Bonn, Germany, October 2009.

 

Haiti-Séisme : Une aide massive et des faiblesses énormes…

par Gotson Pierre

P-au-P., 12 avr. [AlterPresse] — Des organismes internationaux et des organisations locales saluent la disponibilité massive de l’aide humanitaire pendant les trois premiers mois qui ont suivi le séisme du 12 janvier dernier, qui a détruit la capitale et plusieurs villes d’Haiti, mais signalent des faiblesses dans la gestion et la distribution de l’aide.

« L’ampleur de la catastrophe du 12 janvier a rendu nécessaire la distribution de l’aide alimentaire », déclare à AlterPresse Chavannes Jean Baptiste, Coordonnateur du Mouvement Paysant National du Congrès de Papaye (MPNKP), une fédération qui compte environ 200.000 membres à travers le pays.

Selon des sources officielles, plus de 3.5 millions de personnes ont reçu de l’assistance alimentaire, 1.3 millions de l’eau potable et 1 million de personnes déplacées (sur 1,3 million) ont bénéficié d’abris provisoires.

Dans le cadre de ces opérations, Guypsy Michel, Directeur régional Amériques du Centre d’Étude et de Coopération Internationale (CECI) indique que l’organisme « a pu apporter de l’aide de très tôt à des sinistrés grâce à des dispositifs prépositionnés ».

Outre l’eau, les médicaments, les refuges et des kits hygiéniques distribués dans plusieurs régions du pays, l’organisme a facilité l’arrivée dans des centres d’aide de médecins et infirmières étrangers.

Pas d’aide ou presque en dehors de la capitale

Chavannes Jean-Baptiste rappelle que le séisme du 12 janvier, de magnitude 7,3, a causé une « catastrophe nationale », et, selon lui, 95% de la population haïtienne a été affecté.

Les chiffres officiels font état d’environ 600.000 déplacés internes. Un recensement effectué par le MPNKP révèle que 10.000 personnes, certaines d’entre elles très traumatisées, se sont réfugiées dans deux localités du Plateau Central (Est) où vivaient auparavant 8000 personnes.

« Ces gens crèvent de faim et n’ont, en réalité, reçu aucune aide de l’État », dénonce le responsable paysan qui ajoute : « je ne vois pas comment ils vont pouvoir s’en sortir … »

Travailler avec les structures locales

CECI indique qu’il a fourni « de façon permanente » de l’aide alimentaire à 60.000 personnes dans plusieurs régions, en utilisant une part significative de produits locaux, achetés dans l’Artibonite (Nord).

Cette stratégie permet « non seulement d’avoir un impact sur les déplacés, mais aussi au niveau des familles d’accueil », souligne-t-il, puisque ce procédé leur permet d’accéder à des revenus.

A propos de la possibilité d’assurer une bonne distribution de l’aide, Michel indique qu’il est important de travailler avec les structures locales afin de diminuer les risques.

« Tout doit être organisé et planifié avec les gens et les ONGs doivent savoir que, même en situation d’urgence, les gens existent », martèle-t-il.

En outre, selon Guypsy Michel, « il ne faudrait pas prendre le prétexte de la corruption pour ignorer les autorités », même si « les étrangers n’ont pas tout-à-fait tort quand ils pointent du doigt la corruption » au niveau de l’État.

Le principe de la « participation locale » demeure incontournable même dans l’urgence, souligne-t-il.

Les ONGs en ont fait à leur tête

Yolette Étienne, ancienne représentante d’OXFAM Angleterre en Haïti, estime que le gouvernement a été complètement marginalisé en matière d’abris provisoires ». Ce dernier a fait valoir la nécessité de distribuer des tentes, « mais les ONGs ne voulaient pas, parce qu’elles étaient convaincues qu’il fallait distribuer des bâches », avance-t-elle.

« Seules les ONGs disposaient de ressources financières nécessaires et ce sont des bâches qu’elles ont l’habitude de distribuer dans les grands campements de personnes déplacées en Afrique. Alors, beaucoup plus de bâches ont été offertes aux personnes déplacées au lieu de tentes », explique Yolette Etienne.

Penser l’urgence avec une vision de développement

Un autre problème abordé par l’ancienne cadre d’Oxfam est celui de la relation entre l’aide humanitaire et le développement. « Dans le cas de Haïti, il est nécessaire de profiter de cette situation d’urgence pour amener des changements », soutient-elle.

Guypsy Michel admet qu’on peut « penser l’urgence avec une vision de développement, et trouver un équilibre » entre l’humanitaire et le long terme. Il estime qu’on « ne doit pas s’installer dans l’urgence ».

Pour sa part, Jean-Baptiste craint en particulier que l’aide alimentaire ne se transforme en « poison » pour l’agriculture, le développement et la culture d’Haïti, si « un programme de relance de la production agricole » n’est pas mis en œuvre « pour que les produits locaux puissent prendre le relaie après la période d’urgence ».

Pour lui, « il s’agirait de fournir des semences aux paysans, d’entreprendre des travaux de conservation des sols et la construction de routes agricoles », parce que « des récoltes, comme celles du maïs, peuvent être réalisées dans l’espace de trois mois ».

À long terme, « nous devons viser la souveraineté alimentaire », afin de ne pas alimenter une « mentalité d’assisté » qui « existait déjà » et qui « tendrait à être renforcée avec la catastrophe du 12 janvier », prévient-il.

Selon le leader paysan, « nous devons prendre les dispositions nécessaires pour construire ce pays différemment », c’est-à-dire, « en fournissant à la population des emplois qui garantissent sa dignité ».

Le coordonnateur du MPNKP critique, par ailleurs, la « militarisation de l’aide humanitaire » durant les premiers moments de la catastrophe, avec la présence de troupes de plusieurs pays impliqués dans sa distribution. Il considère que la distribution de l’aide humanitaire « sous la menace des armes a déshumanisé » les sinistrés.

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