L’ESSENTIEL DE L’ACTUALITE

14 Août

RADIO METROPOLE / Vendredi, 13 août 2010 07:20

 

Une nouvelle faille est découverte en Haïti par des sismologues

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Des experts affirment avoir découvert une nouvelle faille qui pourrait avoir été à l’origine du violent séisme du 12 janvier. Cette faille inconnue jusqu’ici est longue de 30 kilomètres a indiqué le sismologue français Eric Calais de l’Université de Perdue (Texas). Dénommée provisoirement faille de Léogane par les experts, cette faille contrairement à la faille Enriquillo, s’intègre dans la croûte terrestre à un angle de 60 degrés.

Dans un interview au journal Science News, M. Calais a soutenu que les calculs réalisés et les images collectées après le séisme du 12 janvier ne permettaient pas de prouver que la faille Enriquillo était responsable de la catastrophe. Les images spatiales permettaient de constater que l’aire nord de la faille Enriquillo avait été brutalement soulevée, explique M. Calais.

Les experts dépêchés à Léogane avaient rapporté que des coraux étaient morts puisque le littoral avait été soulevé de 60 centimètres. Au cours du séisme du 12 janvier des segments en profondeur de la faille de Léogane ont glissé les unes sur les autres à une distance de 5 mètres. En dépit de ce glissement enregistré a environ 20 kilomètres de profondeur il n’y eu aucune rupture du sol à la surface.

Cette faille peut faire partie d’un réseau de faille que nous ne connaissons pas, insiste M. Calais. La faille n’a pu être détectée en raison de l’absence de sismomètre en Haïti et du nombre réduit de ces instruments en République Dominicaine.

 

RADIO METROPOLE  / Vendredi, 13 août 2010 10:00

 

Claude Prepti affirme que les menaces sismiques restent identiques

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Le géologue Claude Prepti relativise les informations relatives à la découverte d’une nouvelle faille géologique sur le territoire haïtien. Il soutient que l’hypothèse de la nouvelle faille de Léogane doit être vérifiée par des études à long terme.

Intervenant à la rubrique " Le point sur le 100.1" de radio Métropole M. Prepti mis en garde contre toute panique après la diffusion de ces informations. Le faille de Léogane ferait partie d’un réseau de faille inconnu en Haïti expliquent des experts. Haïti est très faillé martèle M. Prepti rappelant que les envergures des autres failles sont inconnues.

Cette nouvelle information augmente les incertitudes en ce qui a trait à l’histoire des séismes en Haïti. L’ingénieur Prepti indique que des études néotectoniques doivent être réalisées afin d’identifier les failles responsables des violents séismes de 1842, 1770 et 1751.

Interrogé sur les implications de ces nouvelles découvertes M. Prepti a fait remarquer que les menaces sismiques actuelles sont identiques à celles d’avant le 12 janvier 2010. Il y a une méconnaissance de la sismicité en Haïti avance le technicien du Bureau des Mines et de l’énergie (BME).

M. Prepti exhorte les autorités et les citoyens à tirer les leçons de la catastrophe du 12 janvier. Une cartographie du sol haïtien est indispensable avant l’exécution des projets de reconstruction, insiste t-il.

4 à 5 répliques sont enregistrées quotidiennement à Léogane et Grand Goave par les sismomètres installés dans les différentes régions du pays.

 

Haïti, chronique d’une désillusion

Contributeur Pierre Salignon – YOUPHIL.COM – 12/08/2010

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Photo: Todd Huffman/ FlickR.

Sept mois après le séisme qui l’a mise à terre, la capitale haïtienne offre encore un spectacle déroutant et tragique. La vie a repris son cours mais les traces de la tragédie sont partout présentes.

Dès la sortie de la zone de l’aéroport, les camps de toile sont partout, dressés le long des routes et des avenues qui mènent à la capitale ou qui permettent d’en sortir. Des tentes de formes et de couleurs multiples accueillent des sinistrés exclusivement dépendants de l’aide humanitaire internationale. On y devine des latrines et des abris sur lesquels les logos d’ONG sont visibles.

Parfois, un camion citerne acheminant de l’eau et un réservoir temporaire. Des bâches en plastiques bleues recouvrent également d’autres baraques de fortune. Les zones grouillent de monde. La précarité est totale.

Dès les premiers feux d’orientation franchis, la circulation est extrêmement dense. Les embouteillages fréquents. Le ciel est lourd en ce mois de juillet. Il fait très chaud et les orages sont fréquents, brefs et violents, souvent en fin de journée. Ils inondent systématiquement les routes au bas de la ville, drainant des collines des vagues de détritus immondes.

Châteaux de cartes

En empruntant les avenues principales, on prend conscience de la tragédie du 12 janvier dernier. Des immeubles massifs aux bâtiments d’entreprise en passant par les petits commerces, il ne reste quasiment rien. Ils se sont écroulés comme des châteaux de cartes. Le regard est tout de suite attiré par les édifices encore debout, parfois intacts. Parce qu’ils sont peu nombreux.

Parfois, une masse informe de plaques de bétons apparaît. Le désarroi est total. Sans doute s’agit-il d’un ancien lycée… ou d’un hôpital de plusieurs étages. Ils ont, en tout cas, disparu.

Des drapeaux de diverses nationalités sont quelques fois attachés à des fers tordus. Comme pour représenter le souvenir d’habitants, de patients ou de personnels qui n’ont pu être dégagés des décombres. A moins que ce ne soit des équipes de recherche étrangères ayant laissé le signe de leur tentative de sauver des personnes ensevelies.

"Fuck UN"

A un carrefour, des voitures des Nations Unies sont garées. Des soldats de la MINUSTAH portant casques bleus, gilets par balle et fusils mitrailleurs regardent les voitures passer. Tout est calme. Seule la route qui remonte dans les collines est bloquée par des gravats.

Un homme sort d’une ruelle, un sceau en plastique rempli de cailloux à la main. Il le déverse au sommet d’un tas de terre qui occupe quasiment tout le chemin. Des voitures font demi-tour. D’autres passent comme elles le peuvent. L’homme repart sans un regard vers ce qu’il reste d’une maison de 3 étages.

Plus loin, un autre habitant tape avec un marteau sur une dalle instable. Il semble vouloir la réduire en miette. Peu importe le temps que cela prendra. Ici, le déblaiement se fait à la force des bras.

La ville est très animée alors que le soir arrive. Des vendeurs de rue proposent des boissons fraîches, des cartes téléphoniques, parfois d’autres objets. D’autres lavent les vitres des véhicules dés qu’ils se retrouvent dans un "blocus" (comprendre embouteillages). Sur les murs de certains bâtiments apparaissent des slogans plus politiques: "Aba préval, volé", "bonjour JC Duvalier", "Fuck UN"…

Des femmes et des hommes se lavent dans la rue. Nus.

Devant le palais présidentiel détruit, sur le Champ de Mars, à même l’avenue, on découvre un véritable camp de tentes et d’abris de fortune. Originaires de Fort National, un des quartiers les plus ravagés par le séisme, les sinistrés sont devenus le symbole de l’incapacité du pouvoir à aider sa population, installés là depuis des mois. Des femmes et des hommes se lavent dans la rue. Ils sont nus.

Les images diffusées par les médias internationaux il y a plus de 4 mois montrant un bulldozer en action commençant à détruire le palais présidentiel sont bien loin. Seul le bulldozer a disparu. Le palais écroulé n’a, lui, pas bougé. Aucun travaux en cours. Les sinistrés sont toujours là. Seul le ministère du planning est presque intact. C’est l’un des rares encore debout.

La reconstruction ne semble ici qu’une illusion malgré toutes les promesses internationales faites à New York en mars dernier par les bailleurs internationaux. Ils ont alors évoqué une aide de 5 milliards de dollars sur 3 ans. Alors que la reconstruction est en panne, les frustrations s’expriment ouvertement dans la presse locale, accusant les ONG de prendre la place de l’Etat, et critiquant le président Préval et son gouvernement pour son incompétence. Elles s’expriment aussi dans les quartiers populaires, au Champ de Mars, à Saint-Michel, Solino, ou à Cité Soleil…

"Ici, on est toujours dans des logiques de survie. Tous les jours. Et demain, on ne sait pas, souligne un rescapé installé dans une tente de fortune. L’assistance étrangère nous permet de faire face, tant bien que mal. Mais on ne peut pas continuer à vivre comme ça. Ce n’est pas une vie! Il poursuit: "Je suis en colère. Les belles promesses de reconstruction que l’on nous a faites, où sont-elles? Notre Etat est à terre mais il l’était avant la catastrophe! Croyez-vous que le président Préval et ses ministres ont changé? Pourquoi feraient-ils maintenant ce qu’ils n’ont jamais fait avant la catastrophe? Pourquoi s’occuperaient-ils de nous?".

Les élections nationales qui doivent se tenir grâce à l’aide des Nations Unies en novembre prochain sont-elles signe d’espoir? Une opportunité pour envisager l’avenir autrement comme on l’entend souvent ? A Port-au-Prince, personne n’y croit.

 

Six mois après le séisme, comment évaluer la situation ?

Quel avenir immédiat pour Haïti?

par Marc Maesschalck, philosophe, Coauteur d’une étude sur la transition démocratique en Haïti (1).

L’HUMANITE.FR

Avec bonheur, six mois après la catastrophe qui a dévasté une partie du territoire haïtien et tué plus de 250 000 personnes, les médias internationaux reviennent sur la situation du pays sinistré. Grâce à cet effort méritoire d’information, lecteurs et auditeurs peuvent prendre la mesure de l’immense élan de solidarité qui a suivi la catastrophe et en connaître les effets pour la population concernée. Avec la distance, on se rend mieux compte aujourd’hui de l’incroyable résistance du peuple haïtien qui continue à lutter chaque jour dans la dignité au milieu des champs de ruines et de tentes. L’action humanitaire commence à produire ses effets et a témoigné de la volonté internationale d’apporter son soutien à cette population en détresse.

Quelques nuages sont toutefois à noter dans le ciel quasi idyllique de l’image d’une population reconnaissante accueillant l’aide des nations compatissantes… L’argent promis tarde à être décaissé par les États qui se sont engagés à soutenir la reconstruction, à peine 1,5 % alloué par rapport aux milliards de dollars annoncés. Le gouvernement haïtien ne joue toujours pas un rôle positif de coordination et d’orientation des aides : cahiers des charges inexistants, retard dans l’affectation des terres de l’État à la reconstruction, absence de plan sanitaire. Tout semble donc encore faire défaut au niveau de l’autorité haïtienne. Quant à l’action humanitaire, elle s’est aussi mise en place dans une certaine cacophonie, avec des jeux de concurrence et de surenchère, la volonté de plaire aux donateurs, d’adopter des schémas d’urgence préconçus avec un personnel mal informé des particularités du terrain haïtien et se comportant trop souvent comme en territoire conquis. Le mécontentement s’est donc accumulé aussi ces derniers mois face à une action internationale désordonnée et peu efficace. On parle maintenant de trois ans d’attente pour une véritable reconstruction, les déblaiements accusent une lenteur effrayante, les camps de tentes sont devenus des lieux de trafic et d’insécurité nouveaux.

Mais comment évaluer le risque représenté par ces quelques nuages sur le ciel idyllique que l’on persiste néanmoins à dépeindre ? Il est urgent pour avancer d’identifier aussi quelques illusions, voire quelques contrevérités, qui favorisent plus le maintien du chaos que la sortie de crise. Ces illusions tiennent dans un schéma d’action relativement simple : la réalité haïtienne est compliquée, les donateurs ne s’entendent pas sur la stratégie à adopter ; il faut mettre un terme aux tergiversations et privilégier l’aide directe à une des populations les plus pauvres du globe. De ce schéma général, qui semble relever du pur bon sens, ont découlé trois grandes illusions qui hypothèquent l’action actuellement menée en Haïti.

Première illusion : « Mettons entre parenthèses le problème politique et attaquons-nous directement aux problèmes concrets de survie des Haïtiens ! »

Commentaire : Pour beaucoup d’acteurs internationaux, la catastrophe sismique a pris les apparences d’une « aubaine » à saisir, d’une opportunité diraient les économistes : celle de mettre entre parenthèses l’imbroglio de la transition politique qui mine le pays depuis vingt-cinq ans, pour créer une sorte d’union sacrée face au deuil national. Ce sursaut collectif devait permettre d’aller enfin à l’essentiel : assurer les bases matérielles d’existence de la population plutôt que de tergiverser. En apparence simple et efficace, une telle position se révèle pourtant à l’usage n’être qu’un fantasme de technocrate de l’aide d’urgence. Primo, l’absence de cohésion politique est le premier facteur de désorganisation de l’aide et du retardement des décaissements internationaux par défaut d’interlocuteurs fiables. Secundo, l’agenda politique a tôt fait de reprendre la main. Tout d’abord, factuellement, le mandat présidentiel est à échéance et le pays va devoir se rendre aux urnes. Mais ensuite plus fondamentalement, pourquoi entretenir l’illusion que ce pays pourrait s’en sortir par une simple opération magique de mise sous tutelle humanitaire. L’ONU n’est arrivé à rien dans le pays depuis quinze ans. À peine est-elle parvenue à sécuriser sa propre mission d’intervention, sans réduire significativement le nombre d’armes lourdes en circulation dans le pays. Par ailleurs, quel pays ami serait candidat à prendre la responsabilité d’une mise sous tutelle ? Avec quelle légitimité ? Haïti n’est pas en guerre, le pays est doté d’institutions démocratiques validées par la communauté internationale et qui travaillent. C’est cette même communauté internationale qui a favorisé le retour au pouvoir de René Préval après le départ forcé du président Aristide en 2004. L’agenda politique s’est très vite immiscé dans la gestion de l’après-séisme. Les autorités en place ont tenté d’utiliser la catastrophe de deux manières : soit pour précipiter les élections et prendre l’opposition de court ; soit pour justifier une prolongation de mandat et retarder la joute électorale. Aujourd’hui, c’est l’ONU elle-même qui a fini par devoir forcer la main pour que des dates d’élections soient fixées en cohérence avec la Constitution, soit le 28 novembre 2010 pour la présidentielle. L’ONU a ainsi réalisé, malgré elle, l’unanimité contre son « ingérence » et lancé le jeu des grandes manœuvres préélectorales. Le président a refondé son propre parti pour évincer des successeurs possibles et favoriser la candidature de proches sous son contrôle. Dans ce contexte, la surenchère nationaliste est devenue un exercice incontournable : l’ingérence humanitaire est dénoncée, le contrôle haïtien sur les fonds octroyés et sur le plan de reconstruction est exigé. Pouvait-on réellement imaginer faire l’économie de la question politique si essentielle à la vie d’un peuple ?

Deuxième illusion : « Utilisons la gestion de l’après-catastrophe pour lancer un plan ambitieux qui vise à tout reconstruire pour les Haïtiens. Profitons de la table rase pour repartir à neuf ! »

Commentaire : Le séisme a offert l’occasion d’unir les bailleurs de fonds autour d’un plan de reconstruction qu’ils n’arrivaient pas à mettre en place malgré une réunion similaire tenue en 2005 après le départ d’Aristide. Mais quelle confusion autour du terme « reconstruction » ! Quelle distance énorme entre d’un côté le processus complexe – social, économique, politique – de reconstruction d’un pays détruit par trente ans de dictature, puis par vingt ans de régimes de transition corrompus et inféodés au trafic de la drogue et, d’un autre côté, le processus technique, matériel, limité, consistant à rebâtir une portion de territoire sinistrée par un séisme. La distance qui pourrait séparer grosso modo l’après-apartheid en Afrique du Sud et l’après-ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans ! Comment croire que le processus technique pourrait devenir le moteur du processus démocratique quand on a devant soi une présence internationale enlisée de longue date, un gouvernement hautement corrompu et une classe de techniciens de l’aide internationale coupée des conditions de vie de la population et artificiellement enrichie par l’aide extérieure ? Cette illusion a conduit à minimiser les effets néfastes inévitables d’une impulsion internationale désordonnée : explosion des coûts des logements encore accessibles et entrave au relogement des sinistrés, entretien d’un marché parallèle en pleine inflation, trafic marginal de l’aide, spéculation sur les bénéfices possibles d’un accès prioritaire à de nouveaux logements, possibilité de détournement de l’aide par le truchement de monopoles d’achat de certains biens (par exemple, les tentes), etc. La nécessité d’intervenir au plus vite dans des conditions d’action mal évaluées a favorisé les réseaux de corruption déjà en place.

Troisième illusion : « Ciblons l’aide directe aux victimes, sur le modèle de l’urgence, pour donner à la population les moyens de s’en sortir en déployant ses capacités naturelles de solidarité. »

Commentaire : Face à l’ampleur du désastre sans précédent dans l’histoire des séismes, l’accès aux victimes ne semblait pas poser problème tant la masse de population dans le besoin était importante. Il suffisait d’apporter les moyens pour activer et renforcer les capacités de survie et de cohésion sociale de cette population. Aucun doute possible sur l’identification des victimes. Pourtant, en Haïti, la spoliation des victimes, voire l’imposture, est devenue monnaie courante depuis la fondation du Fonds d’aide aux victimes du coup d’État en 1995. À cette époque, quantité d’organisations fantoches sont nées dans l’unique but d’accéder à ce fonds. Ces difficultés se sont reproduites par la suite, notamment lors des cyclones en 2004 et en 2008. Le statut de victime n’est pas protégé ! Que penser des logements de fortune qui sont venus se dresser à l’entour de terrains sur la route du Nord que l’on destinait à des déplacés du centre-ville et qui ont saturé les emplacements avant même le déplacement des concernés ? Que penser des occupants de tentes qui font le va-et-vient entre leur habitation (toujours en bon état) et le camp d’où ils ramènent pour l’entreposer l’aide alimentaire ? Que penser à l’inverse des ces familles relogées pêle-mêle par solidarité de proches et qui se tiennent à l’écart des camps et des distributions de vivre pour simple raison de sécurité ? Que dire de l’augmentation du nombre de prétendus sans-abris six mois après la catastrophe, alors qu’à l’inverse l’effort d’accueil fourni par les provinces est sous-estimé constamment ? Que dire d’un État qui traite avec moins d’égard les victimes sans abri que les fraudeurs et les voleurs de terres qui cherchent à monnayer au prix fort un dédommagement avec de faux papiers ? Pour éviter tous ces pièges, seules des organisations présentes de longue date sur le terrain, avec des relais sérieux et un projet social concret, peuvent guider vers les besoins réels et légitimes.

Dans un tel contexte, la vigilance est plus que jamais de mise, tandis que la naïveté et la bonne volonté ajoutent au chaos. Après six mois, quel bilan tirer ?

1– Il est impossible de mettre entre parenthèses l’histoire politique d’un pays. Il faut aider les Haïtiens à mettre en place un pouvoir non corrompu, capable d’assumer son rôle d’interlocuteur face à la communauté internationale et de porte-parole de la population. Dans cette optique, il faut privilégier les partis qui ont une histoire durable de participation à la vie parlementaire et chercher avec eux des solutions. 2– Pas de reconstruction sans déblaiement. Il faut arrêter de s’illusionner sur la reconstruction qui ne sera efficace qu’en fonction du point précédent (l’agenda politique). Ce qui est urgent c’est de déblayer avec des moyens efficaces, arrêter de se moquer des Haïtiens en leur payant un salaire de misère pour retirer quelques kilos de gravats, ne pas être complice des déplacements de population et de la spéculation immobilière qui tentent le pouvoir en place. Arrêter de confondre Haïti avec un pays détruit par la guerre.

3–  Exiger une coordination réelle de l’action des ONG de manière, d’une part, à rendre évaluable leur intervention en fonction d’un plan d’ensemble et, d’autre part, à leur permettre de rejoindre les acteurs réellement dans le besoin, avec l’aide de partenaires haïtiens, seuls à mêmes de procéder efficacement à une telle approche du terrain. Aujourd’hui plus que jamais, Haïti a besoin de clairvoyance, de raison politique et d’efficacité pour honorer réellement l’incroyable résistance de sa population.

Le scénario à éviter absolument pour les six mois à venir est celui d’une campagne électorale coupée du citoyen et focalisée sur le partage de l’argent promis par l’étranger, une campagne coupée des grandes questions vitales oblitérées par la gestion de l’après-catastrophe, à savoir : la réforme agraire, la décentralisation, la déforestation, la sauvegarde des derniers bassins versants, la politique de santé et le système scolaire. Il est difficile d’imaginer une relance économique et une diminution du taux de chômage sans d’abord privilégier une sauvegarde physique du pays et de la société. Alors qu’Haïti se battait avant le séisme contre sa disparition écologique et sociale, la gestion de l’après-catastrophe tend à reléguer ce combat à l’arrière-plan et à créer l’illusion que la reconstruction pourrait être la base de solution de tous les problèmes. Pourtant, cette illusion ne fait que fixer l’attention sur un problème particulier d’abord lié à la sururbanisation désastreuse de la capitale, une capitale qui finit une fois de plus par occulter ce qu’en Haïti on a coutume d’appeler le « pays en dehors » et qui est pourtant la réalité majoritaire du pays.

 (1) Marc Maesschalck a également collaboré à plusieurs rapports sur la situation des Droits humains en Haïti.

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