ACTUALITES

19 Août

Le BCEN n’en finit toujours pas de "délibérer"

Alors que les candidats et leurs partisans retiennent leur souffle, les proches collaborateurs de Wyclef Jean et de Jacques-Edouard Alexis s’attendent à un verdict favorable du CEP tout en mettant en garde contre "l’ingérence" du pouvoir

Radio Kiskeya / mercredi 18 août 2010

Le conseiller électoral Leonel Raphaël, président du Bureau du contentieux électoral national (BCEN), a fait savoir mercredi que le tribunal poursuivait ses délibérations sur les recours exercés contre certains candidats dont le rappeur de renommée mondiale Wyclef Jean (Viv Ansanm), et les anciens Premiers ministres Jacques-Edouard Alexis (MPH) et Yvon Neptune (Ayisyen pou Ayititi).

Le suspense restait entier en Haïti au lendemain de la décision du Conseil électoral provisoire de reporter à vendredi la publication de la liste définitive des candidats habilités à prendre part aux prochaines présidentielles.

"Nous mettrons fin à notre travail le plus tôt possible afin de rendre publique la liste des candidats agréés", a indiqué le pasteur Raphaël qui soutient que les cinq juges électoraux analysent les recours relatifs aux neuf cas de contestation avec des méthodes communes tout en se refusant à donner la moindre indication sur l’état d’avancement du processus.

Interrogé sur la validité ou non de l’épineuse question de la décharge dans l’évaluation des candidatures d’anciens grands commis de l’Etat, le représentant de la Fédération protestante d’Haïti au CEP a invité les journalistes à "faire preuve de patience".

Pour sa part, l’ancien président de la Chambre des Députés, Pierre Eric Jean-Jacques, dirigeant du parti Viv Ansanm sous la bannière duquel Wyclef Jean s’est présenté, n’était pas en mesure de fournir des détails sur les "menaces de mort" dont le chanteur dit être l’objet.

L’ex-parlementaire de Lespwa, l’ancienne majorité présidentielle devenue INITE, en profite pour appeler le Président René Préval à ne pas chercher à influencer le processus électoral et le BCEN à se prononcer sur les dossiers de contestation conformément à la loi.

D’un autre côté, Anès Lubin, autre dissident du parti au pouvoir, l’un des rares à avoir rejoint Jacques-Edouard Alexis, s’est dit optimiste sur les chances de l’ancien Premier ministre de Préval de faire partie des compétiteurs qui seront dans la course présidentielle.

Dans l’opinion publique, c’est l’expectative totale avant le verdict du CEP sur les 34 candidatures à la présidence enregistrées qui devrait, en principe, ouvrir la voie aux élections du 28 novembre. spp/Radio Kiskeya

 

Haïti: Wyclef Jean reçu par le président avant l’annonce de la liste électorale

(AFP) –

 

Wyclef Jean (C) à Port-au-Prince le 19 août 2010

PORT-AU-PRINCE — La star du hip-hop Wyclef Jean était reçu jeudi en début d’après-midi par le président haïtien René Préval, a-t-on appris dans l’entourage du chanteur, qui souhaite se présenter à l’élection présidentielle de novembre dans le pays.

"Il est actuellement avec Préval", a déclaré à l’AFP un membre de l’entourage de Wyclef Jean sans fournir davantage de précisions sur le contenu de l’entretien.

La rencontre survient à la veille de la publication attendue, par le Conseil électoral haïtien, de la liste des candidats qui auront été retenus pour participer au scrutin présidentiel du 28 novembre.

Trente-quatre personnalités se sont inscrites pour obtenir le droit d’entrer dans la course. Neuf de ces candidatures, dont celle de Wyclef Jean, sont contestées devant un tribunal électoral, a-t-on appris auprès des autorités.

La candidature du chanteur, très populaire auprès des jeunes, a notamment été contestée pour des raisons de déclarations fiscales aux Etats-Unis et la question de sa résidence en Haïti. La publication de la liste électorale, qui était initialement attendue pour mardi, a été repoussée à vendredi.

Dans l’entourage du chanteur, on affirme que Wyclef Jean a fait l’objet de menaces de mort qui l’ont contraint à rester reclus ces derniers jours dans son fief de Croix-des-Bouquets, au nord de la capitale Port-au-Prince.

Copyright © 2010 AFP. Tous droits réservés.

 

RADIO METROPOLE / Jeudi, 19 août 2010 10:20

Les Etats-Unis veulent moderniser le secteur de l’énergie haïtien

L’ambassade américaine à Port-au-Prince annonce qu’un projet de réparation et réhabilitation de 5 sous-stations d’électricité prioritaires a été approuvé lors de la deuxième réunion de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH). Cet investissement fait partie de la plus grande stratégie du gouvernement américain pour aider à améliorer et moderniser le secteur de l’électricité d’Haïti et fournir de l’énergie électrique fiable et abordable pour un plus grand nombre de familles et d’entreprises, explique un communiqué de l’ambassade des Etats Unis.
Le représentant du gouvernement américain à la commission Intérimaire, Cheryl D. Mills, a qualifié d’importante cette aide initiale dans le domaine de l’énergie. "Cet investissement souligne l’engagement continu du Président Obama et du gouvernement des États-Unis à travailler avec le Gouvernement et le peuple haïtiens pour que leur vision d’une nation meilleure et plus prospère devienne réalité", a insisté Mme Mills.
Le Gouvernement américain se propose d’investir 8 millions de dollars au cours des 18 prochains mois en vue de réhabiliter et réparer au moins 5 sous-stations prioritaires à Port-au-Prince.
L’ambassade américaine indique que les responsables de l’Electricité d’Haïti (EDH) travaillent en étroite collaboration avec les coopérants américains pour identifier les sites prioritaires. Ces derniers mois des ingénieurs expérimentés américains ont réalisé une évaluation détaillée des besoins de réadaptation pour les sous-stations dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.
LLM / Radio Métropole Haïti

 

République Dominicaine : Influencer politiquement et financièrement les engagements internationaux pour la reconstruction en Haïti

P-au-P, 19 août 2010 [AlterPresse] — Le ministre de l’économie de la République Dominicaine, Temistocles Montas, invite la communauté internationale à tenir ses promesses pour lancer véritablement le processus de reconstruction en Haïti, 7 mois après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

« Ce que j’espère maintenant, une fois ces projets identifiés, est que la promesse de la communauté internationale de livrer à Haiti le montant de 5, 3 milliards de dollars américains [US $ 1.00 = 41.00 gourdes ; 1 euro = 55.00 gourdes aujourd’hui], sur une période de 18 mois , se concrétise », a déclaré l’officiel dominicain.

Il a fait ces déclarations après avoir assisté, le mardi 17 août, à la validation de 29 projets de reconstruction présentés au cours de la deuxième session de la commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (Cirh), tenue à Pétionville (8 km à l’est de Port-au-Prince).

« La nécessité d’obtenir du financement pour ces projets, afin de démarrer le processus de reconstruction d’Haiti, doit être évident dans l’esprit de la communauté internationale », dit Montas.

Depuis le séisme du 12 janvier, la République Dominicaine – premier pays à manifester concrètement son assistance à Haïti – essaie de mettre son influence politique dans la balance des décisions de coopération avec la république caribéenne qui partage l’île d’Haïti avec elle.

Sur le terrain, de nombreuses organisations non gouvernementales (Ong) se positionnent depuis plusieurs mois sur la frontière entre les 2 pays afin de s’attirer des parts dans les allocations budgétaires internationales à venir.

Une superficie de 25 kilomètres d’implantation de territoire par les Ong dominicaines, à partir des points frontaliers, serait autorisée par les autorités haïtiennes, d’après des informations obtenues par AlterPresse.

Pendant que la République Dominicaine a déjà nommé son secrétaire exécutif pour la commission mixte bilatérale entre les 2 pays – dont les travaux ont été relancés le samedi 31 juillet 2010 à Ouanaminthe (frontière du Nord-Est d’Haïti, à proximité de Dajabon) par les présidents René Garcia Préval et Leonel Fernandez Reyna – la partie nationale haïtienne n’a pas encore publiquement désigné de vis-à-vis officiel.

Seulement onze (11), des 29 projets de reconstruction, ratifiés par la Cirh [dirigée par le premier ministre Joseph Jean Max Bellerive et l’ancien président américain William Jefferson (Bill) Clinton], devraient bénéficier immédiatement d’un financement partiel.

Les engagements financiers confirmés atteignent seulement 904 millions de dollars américains, soulignait Bellerive le 17 août.

Globalement, les projets, déjà sanctionnés par la commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti, nécessitent une contribution financière de 1,6 milliard de dollars américains.

Les derniers projets, approuvés le mardi 17 août, touchent surtout les secteurs de l’agriculture, de la santé, du ramassage des débris, de l’énergie, de l’éducation, de la prévention des désastres et des infrastructures.

La rénovation du tronçon de route Hinche / Cap-Haïtien figure dans les projets récemment approuvés, indiquait une représentante de l’Union européenne (Ue) qui a pris part aux travaux de la deuxième session plénière de la Cirh. [rh rl rc apr 19/08/2010 11:20]

 

Polémique / Dette Indépendance Haïti :

La France évoque son apport post-séisme

P-au-P, 19 août 2010 [AlterPresse] — Le ministère des affaires étarngères et européennes (Maee) de la France tient à souligner l’engagement de l’ancienne métropole, depuis le séisme du 12 janvier 2010, envers Haïti, comme réponse aux demandes sans cesse réitérées de remboursement des 90 millions de francs, estimée actuellement à 17 milliards d’euros [US $ 1.00 = 41.00 gourdes ; 1 euro = 55.00 gourdes], apprend l’agence en ligne AlterPresse.

« Cette demande n’est pas nouvelle », déclare Christine Fages, porte-parole du Maee, ajoutant que « depuis le séisme, la France a consacré 24 millions d’euros à la réponse humanitaire […] et annulé la dette d’ Haïti estimée à 56 millions d’euros ».

Dans une pétition adressée au président français Nicolas Sarkozy, le lundi 16 août 2010, une centaine d’intellectuels et de militants politiques exigent le remboursement des 17 milliards d’euros, versés au gouvernement français au XIX e siècle (entre 1820 et 1883).

« Considérant les besoins financiers criants de ce pays, dévasté par le terrible séisme du 12 janvier dernier, nous vous pressons donc, monsieur le Président, de restituer à Haïti, la première république noire de l’histoire, la dette historique de son indépendance », soutiennent les signataires.

Aux médias en France, la porte-parole du Quai d’Orsay indique que « l’aide de la France à la reconstruction Haïti s’élèvera à 326 millions d’euros pour 2010-2011 ».

Tel n’est pas l’avis des signataires de la pétitions à Sarkozy, aux yeux de qui « cette indemnité [du XIX e siècle] a fait ployer des générations d’Haïtiens sous le poids d’une dette illégitime, dette que la nation haïtienne n’a fini de payer qu’en 1947 ».

Publiée sous le couvert du comité pour le remboursement immédiat des milliards envolés d’Haïti (Crime), une organisation établie au Canada, la pétition du 16 août 2010 porte la signature de plusieurs personnalités, dont Eva Joly et Amir Khadir, respectivement député européen et québécois, Noël Mamère, membre de l’Assemblée nationale de France, Pierre Rousset d’Europe solidaire sans frontières (Essf), William I. Robinson, de l’Université de Californie Santa Barbara, Karen Orenstein des Amis de la terre des États-Unis d’Amérique, Cécile Winter, médecin et membre du Collectif Politique Sida en Afrique, ainsi que de Walden Bello, écrivain et membre élu de la Chambre des représentants des Philippines, entre autres.

Le 14 juillet 2010, jour de la fête nationale de la France, le comité pour le remboursement immédiat des milliards envolés d’Haïti (Crime) avait utilisé un faux site du gouvernement français (« un canular », dira le gouvernement du premier ministre François Fillon) pour annoncer (solennellement) « une décision » de remboursement à Haïti des 90 millions de francs, que le roi Charles X, surnommé Roi des Français, avait réclamé en 1825, pour dédommager les anciens colons français, sous peine d’envahir l’île d’Haïti à nouveau.

Honorée sous forme de versement jusqu’en 1883, cette dette serait l’une des causes de l’état de sous-développement que connaît actuellement Haïti, affirment certains historiens caribéens. [rh rc apr 19/08/2010 0:30]

 

LE SOLEIL / Jeudi 19 août 2010

L’autre visage d’Haïti

Mercredi, j’ai pu voir l’autre visage Haïti, celui des paysans, pas celui de Port-au-Prince auquel nous, les Occidentaux, faisons tous référence en pensant qu’il n’y a rien ailleurs.

Jean Jonas était fier de nous faire visiter sa ferme.

Jean Jonas était fier de nous faire visiter sa ferme.

C’est un visage plus paisible, plus serein même. Contrairement, à Port-au-Prince et à Pétion-Ville où nous logeons, Sébastien et moi, sortir le soir dans Baptiste ne représente aucun danger. Les gens sont aimables. Ils nous sourient et sont même étonnés lorsqu’on lance : Bonsoir, kouman ou yé!

Ici, les distances ne se calculent pas tout à fait à la manière québécoise. Dans ma tête, 100 km, c’est une heure de route. Pour le trajet de Port-au-Prince vers Baptiste, dans le centre-est du pays, il aura fallu plus de quatre heures sur des routes défoncées pour parcourir la distance.

Les routes, ou les pistes, ne sont pas entretenues ou si peu. S’il y a un ministère de la voirie, il est invisible, mais pas les trous. Je n’irai pas à la Ronde dans les montagnes russes, j’ai eu ma dose.

D’ailleurs, sans l’aide des villageois et de quelques bonnes paires de bras, nous serions encore à Baptiste, car un flanc de montagne s’est affaissé pour bloquer la seule route menant à la capitale.

David Nicolas, agronome pour l’ICEF (l’Institut de Consultation, d’évaluation et de formation pour le développement agricole) a envoyé Rosevelt, le chauffeur voir de quoi il en retournait. «Demain, ça passera», nous a-t-il dit.

La mairie n’a pas d’équipement. Et les routes sont à l’avenant.

Il y a bien une cinquantaine de kilomètres en bitume, mais le tracé en lacet dans le Morne Capri et le Morne Blanc ne permettent pas des pointes de vitesse au-dessus de 50 km/h. Et la circulation des camions lourds sortant des carrières calme toute témérité.

Mais au bout de la route, c’est un autre visage que je découvre : sécurité, affabilité, confiance et débrouillardise.

Jean Jonas, maître greffeur pour l’ICEF, nous a fait visiter sa ferme après la visite officielle des laboratoires de l’organisation qui supporte logistiquement les six coopératives de production de café.

Avec David Nicolas et Sébastien, je le suis en longeant un long champ de maïs avant d’arriver dans le secteur où il effectue des greffes pour améliorer la production des agrumes et des avocats. Sur un tronc d’oranger qui donne des fruits amers, il fait pousser la variété d’oranges Washington. Délicieuses!

Il fait la même chose avec des avocatiers à petits fruits pour y implanter une variété plus intéressante. Plus loin, il cultive différentes variétés d’igname. Et dans sa cabane, il va chercher des bananes mûres.

Il est fier de ses travaux et de ses réalisations, car cela fait partie de la diversification des cultures pour les producteurs de café de la région. Le café rapportera de l’argent si la production est bonne, mais les fruits assurent la subsistance de la famille et le surplus sera vendu au marché, apportant des revenus additionnels.

Le directeur de l'école de Baptise, Villus Ednel, dans la plus grande classe.

Le directeur de l’école de Baptise, Villus Ednel, dans la plus grande classe.

Mais, en soirée, j’ai eu un choc, un profond désarroi en rencontrant le directeur de l’école. Le bâtiment fait un peu plus de 50 mètres de longueur, il est d’une laideur à faire frémir.

Lorsque le directeur Villus Ednel ouvre la porte de la classe principale, les bras me tombent. L’école communale (sous la responsabilité de l’État) a été inaugurée en 1948 sans jamais avoir été entretenue. Le mobilier tombe en ruine, c’est incroyable.

Il y a trois salles grandes comme rien, mais où circulent selon les années entre 500 et 700 élèves. Ici au Québec, on aurait trois classes de 30 élèves, pas plus. Il y a une salle pour le préscolaire en alternance avec la 6e année, une autre pour les niveaux 1 et 2, et la plus grande des salles pour les 3e, 4e et 5e années.

Le dictionnaire et la lettre de Marie-Ève Tremblay.

Le dictionnaire et la lettre de Marie-Ève Tremblay.

En 2008, l’État a entrepris un agrandissement qui aurait quadruplé l’espace de l’école, mais le chantier a pris fin sans que personne sache pourquoi. La population de Baptiste veut une école potable, avec une bibliothèque, des vrais pupitres, des ordinateurs. Pour l’instant, le seul livre de la bibliothèque est un dictionnaire Larousse 2010, donné par d’une policière de Montréal, Marie-Ève Tremblay. J’ai lu sa lettre. C’est touchant.

Quand je pense à cette école, j’ai les larmes aux yeux. Mais mon sang n’a fait qu’un tour lorsqu’on m’a montré le nouveau commissariat de police dont la restauration s’est faite en quelques semaines avec des dons de la MINUSTAH et du Canada. Je n’arrive pas à comprendre toutes les subtilités étatiques.

L'affiche devant le commissariat rénové.

L’affiche devant le commissariat rénové.

Demain, nous partons avant l’aube pour les montagnes à l’Est, vers Labrousse, vers une autre portion du visage d’Haïti.

 

Le Mardi 17 août 2010

Une pelle et une brouette

Yves Therrien / Le Soleil

Mardi matin, avec Maxo et Sébastien, nous nous rendons dans un des secteurs les plus touchés par le séisme du 12 janvier, le quartier Canapé-Vert. Tout est tombé ou presque.

Nous nous rendons au 28, Jean-Baptiste. Ce sont les anciens locaux de l’Institut culturel Karl-Lévêque (ICKL). Tout est détruit. Entre les morceaux de ciment que des travailleurs ramassent, on reconnaît une filière toute tordue, les restes d’un bureau en métal, même un clavier traîne à côté de ce qui fut une chaise.

Les anciens locaux de l'ICKL. Tout a été perdu.

Les anciens locaux de l’ICKL. Tout a été perdu.

En face, une auto porte les marques du tremblement de terre. Foutue, elle ne roulera plus jamais. Marc-Arthur Fils-Aimé, directeur de l’ICKL, nous disait la veille que leur plus grande perte, c’est leur bibliothèque qui contenait de nombreuses années de recherches et des enquêtes sociologiques qui servaient à identifier les problèmes dans les milieux paysans, les rapports des colloques qu’ils tenaient quelques fois l’an et les résultats de travaux de leur université populaire qui a lieu chaque année.

Tout ça, c’est perdu à jamais. Il reste la mémoire des gens, mais ce n’est jamais aussi fiable que les écrits. Certains documents ont été retracés ici et là dans les différentes organisations qui participaient aux activités, mais c’est bien peu.

Un document signé par Marc-Arthur Fils-Aimé trainait dans les décombres.

Un document signé par Marc-Arthur Fils-Aimé trainait dans les décombres.

En chemin, on a vu des travailleurs qui ramassaient les débris à la pelle, mais sept mois après le séisme du 12 janvier, c’est bien peu, c’est trop peu pour parler de nettoyage. À peine un époussetage.

À la télé, à la veille d’une rencontre entre les représentants internationaux et le premier ministre pour parler de la reconstruction, un journaliste parle avec les gens du peuple. Je comprends un peu le créole pour saisir ce que racontait cet homme dans la soixantaine.

Pour lui, si on donnait une pelle et une brouette à chaque Haïtien, le travail serait fait assez rapidement. Il demandait même le départ de tous les étrangers et de toutes les ONG, le temps qu’on fasse le ménage. Après, tout ce beau monde serait invité à venir écouter ce que le peuple haïtien a à dire sur ses réels besoins.

Depuis dimanche, les quelques Haïtiens qui ont accepté de répondre à des questions directes du même genre tiennent un discours identique. «Demandez-nous ce dont nous avons besoin, disent-ils. Ne venez pas nous l’imposer.»

Et nous avons vu quelques groupes de «touristes humanitaires» dans l’avion, dimanche, dans une cafétéria près de l’aéroport, hier, et dans les rues aujourd’hui. Ce sont des étudiants, assez jeunes selon les apparences. Ils viennent ici quelques jours, ramassent quelques débris et s’en retournent à la maison.

Nous avons fait le tour des édifices démolis autour du  Champ-de-Mars, le palais présidentiel, le bâtiment de la garde militaire et la cathédrale de Port-au-Prince. C’est triste à voir.

La cathédrale de Port-au-Prince a été lourdement endommagé. Des sinistrés ont installé leur tente sur le trottoir près de l'église.

La cathédrale de Port-au-Prince a été lourdement endommagé. Des sinistrés ont installé leur tente sur le trottoir près de l’église.

Tous les parcs autour, celui des héros comme celui de Pétion, sont remplis de tentes pour les victimes du séisme. Maxo nous avise de ne pas sortir du véhicule, sauf pour prendre quelques photos du Palais. Le reste du parcours se fera toutes glaces levées, pas question de laisser les fenêtres des portières baissées.

Je lui demande si c’est vrai que des Blancs ont été enlevés récemment. Il répond dans l’affirmative. À Port-au-Prince et à Pétion-Ville, des Blancs se font enlever pour leur argent. Les étrangers devraient avoir de l’argent, on s’en prend donc à eux.

Ce n’est pas pour rien qu’un mendiant m’a traité d’Américain chiche quand je lui ai répondu «Pa gen lajan» : Je n’ai pas d’argent. Il ne le croit pas. Plus tard, Sébastien lui donnera une banane parmi les fruits que nous avons achetés au marché sur le trottoir au bout de la rue. Dans la tête de ce jeune homme, nous sommes encore des étrangers chiches, j’en ai la conviction.

Pendant que j’écris, le tonnerre gronde comme pour me rappeler que j’ai vu un mendiant maugréer, mais il n’est pas seul. Tout le peuple gronde en semblant contenir sa colère.

NOTE: Yves Therrien est l’invité de Coopération internationale Québec qui assume les frais de transport en Haïti et en République dominicaine.

 

Le Lundi 16 août 2010

La boussole en folie

Yves Therrien / Le Soleil

Ki kote ri Rigaud ye la? De quel côté se trouve la rue Rigaud? Si Maxo n’a pas répété la phrase 100 fois en créole, c’est comme si le Nord n’existait pas.

D’ailleurs, il manquait quasiment de points sur la rose des vents tellement les gens dans la rue nous envoyaient dans toutes les directions pour retracer cette rue de Pétion-Ville.

Chercher une rue, en général, il n’y a rien là. Ça prend au moins des panneaux aux coins des rues. Ici, ils sont inexistants dans 80 % des cas. Ils doivent avoir servi de joint à des toits pour les abris de fortune que personne ne s’en étonnerait.

Il aura fallu près d’une heure, par 40 degrés en plein midi, pour finalement arriver au bon endroit où Sébastien allait récupérer un téléphone «haïtien» pour terminer l’horaire des rendez-vous.

Si le collaborateur avait donné le nom du restaurant, on aurait probablement perdu moins de temps. Mais, j’en doute. La circulation est si dense. C’est indescriptible comme chaos. Je deviendrais fou si je tentais de prendre le volant juste pour faire deux coins de rue.

Sébastien Girard revise l'horaire des prochains jours.

Sébastien Girard revise l’horaire des prochains jours.

Ce sera le plus audacieux qui fera sa place, le plus téméraire ou celui qui a le plus gros 4X4 doté d’un klaxon à réveiller un zombie du vaudou. Le camion-citerne qui dévale la pente a toujours la meilleure voie, lui! En entendant le coup de klaxon assez particulier et en voyant la masse venir dans le rétroviseur, personne ne semble assez fou pour rester là.

Et il en va de la circulation comme de la politique ici. Tout le monde va dans des directions différentes sans tenir compte, ou si peu, du voisin. Pas de bousculade, mais les véhicules se croisent à l’épaisseur de la poussière sans toucher la peinture. C’est la désorganisation totale.

Pour les présidentielles, on dirait que les 34 candidats copient le modèle de l’heure de pointe. Tout le monde en tas pour aller n’importe où, dans une désorganisation incroyable en proposant l’unité nationale. Wow!

Lorsque je pose des questions sur la candidature de Wyclef Jean, on ne sourit pas, on rigole. Et il y a un autre chanteur dans le lot qui n’est pas davantage pris au sérieux par les gens, ouvriers ou intellectuels.

C'est ça un Tap-Tap où les gens s'accrochent où ils peuvent.

C’est ça un Tap-Tap où les gens s’accrochent où ils peuvent.

Les présidentielles, ça ressemble aux passants qui prennent le Tap-Tap, une espèce de taxi collectif où certains réussissent à prendre une place assise sur une planche de bois et d’autres s’accrochent à ce qu’ils peuvent trouver comme prise dans la boîte du petit camion.

Le pire, me dit-on, c’est que personne dans les candidats potentiels n’a vraiment de programme électoral, chacun misera sur sa personne. C’est comme dans la circulation lorsqu’il faut trouver une rue sans l’aide d’un affichage sensé. On tourne en rond, et ça peut durer longtemps.

Quand ce n’est pas une manifestation pour tel ou tel candidat qui ajoute au cafouillage forçant des petits malins à se pousser dans la voie inverse pour tenter de passer au devant. On a vu ça aujourd’hui. Pas une, mais deux fois, sur ce qu’on appelle ici l’autoroute Delmas, un boulevard à peine plus large que le chemin Sainte-Foy dans le secteur Saint-Sacrement.

NOTE: Yves Therrien est l’invité de Coopération internationale Québec qui assume les frais de transport en Haïti et en République dominicaine.

Hier, des gens manifestaient dans les rues pour leur candidat au poste de président.

Hier, des gens manifestaient dans les rues pour leur candidat au poste de président.

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