ACTUALITES

21 Août

Le gouvernement annonce 1,2 milliard de gourdes en appui aux agents de la fonction publique

P-au-P, 20 aout 2010 [AlterPresse] — Le ministre de l’économie et des finances, Ronald Baudin, a annoncé, lors d’une conférence de presse, ce 20 aout, un appui de 1,2 milliard de gourdes aux agents de la fonction publique pour faire face aux conséquences du séisme du 12 janvier.

Selon le ministre, cet appui sera attribué dès le début de la semaine prochaine, « suivant un barème articulé de sorte que ceux qui ont un salaire moins élevé reçoivent un appui plus important […] et ceux qui ont un salaire élevé, un appui moins important ».

L’idée de fournir cet appui a surgi dès le lendemain du séisme, mais l’Etat, en raison de « la chute de ses recettes », ne pouvait pas la mettre à exécution, explique Baudin. « Un tel geste » est à présent possible, « à la faveur de la bonne performance affichée par la douane et la Direction Générale des Impôts (DDI) durant ces derniers mois », se réjouit-il.

Environ 60 000 personnes travaillent dans la fonction publique, dont un peu plus de 5 000 contractuels, indique le ministre des finances.

Il a, par ailleurs, fait état de la tenue, au cours des mois de juin et de juillet, d’une opération de vérification des salaires attribués aux employés dans les différentes institutions de l’Etat.

A l’issue cette opération, le ministère a décidé d’arrêter l’émission des chèques de 553 agents décédés, attribués tous les mois et récupérés par des tiers, révèle le ministre Baudin. Les chèques de 208 personnes ayant abandonné leurs postes et ceux de 50 employés révoqués ont également été bloqués, de même que 4000 fiches de paie non réclamées.

Cette opération a permis à l’Etat d’économiser 50,9 millions de gourdes, selon un bilan provisoire évoqué par Baudin. Elle permettra, éventuellement, d’ajuster les salaires des agents de la fonction publique l’an prochain, affirme-t-il.

Le phénomène des « chèques zombi » (chèques émis à l’ordre de personnes décédées ou ne travaillant plus dans l’institution pour une quelconque autre raison et dont le montant est pourtant perçu et empoché par une tierce personne) est très courant dans l’administration publique haïtienne.

En 2009, une mesure similaire mais plus limitée avait été prise par le titulaire du ministère de la santé publique. Le docteur Alex Larsen avait, en effet, décidé d’empêcher l’émission de 600 chèques, totalisant un peu plus de 2 millions de gourdes, qui étaient alloués à des agents de la santé publique pourtant jamais présents à leurs postes. [kft rl gp apr 20/08/2010 14:00]

 

Haïti – Élections : La Société civile appelle au réveil civique
HAITI LIBRE – 20/08/2010 15:58:26

Collectif d’Organisations de la Société Civile – Déclaration #14 – Août 2010Haïti - Élections : La Société civile appelle au réveil civique

Les récents développements qui se sont produits dans le cadre du processus électoral, révèlent, s’il en était besoin, les grandes défaillances de l’actuel système politique haïtien.
A) Du coté de l’État, nous mesurons la distance qui nous sépare de ce qu’on pourrait appeler un État de Droit.
1.- Les Droits du Citoyen ne sont pas respectés. Lorsque celui-ci, après avoir servi à des fonctions de haute responsabilité, sollicite décharge de sa gestion, les instances préposées à cette fin, ne prêtent guère attention à sa demande, à moins qu’il ne soit en odeur de sainteté auprès du pouvoir. Quand ce n’est pas la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif qui ne dresse pas le rapport, c’est le Parlement qui se dérobe à ses obligations statutaires.
2.- Les prescrits constitutionnels sont foulés aux pieds. Le Conseil Électoral Provisoire s’arroge de façon abusive, le droit de « mettre en quarantaine » l’exigence constitutionnelle relative à la décharge des grands commis de l’État, sans se référer aux trois Pouvoirs, qui en cette circonstance exceptionnelle, auraient à se prononcer sur la question, ou, comble d’irresponsabilité, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) propose, à ce moment de grande détresse économique oú se trouve le pays, d’engloutir des millions de dollars pour organiser des élections présidentielles qu’il faudrait refaire au cas oú l’élu n’obtiendrait pas une décharge post-électorale.
3. La valse de candidatures a remis sur les feux de la rampe le Centre National d’Equipement (CNE) une institution dont on ne sait si elle relève du droit public, ou du droit privé. Le CNE n’est ni le Ministère des Travaux Publics, ni une firme privée de construction, et pourtant une part substantielle des deniers publics lui sont confiés, particulièrement les importants fonds de PetroCaribe, pour lesquels la nation attend encore un rapport approprié. Qui contrôle le CNE ? La Cour Supérieure des Comptes ? La Commission Nationale des Marchés Publics ? Le Parlement ? Avons-nous affaire à une instance au dessus de la loi, au dessus de l’État, qui serait la « chose » du Président et qui aujourd’hui se transforme en formation politique pour proposer des candidats à la Presidence et au Parlement ?
Tous ces exemples montrent que ce qui prévaut aujourd’hui, ce n’est pas l’État de Droit, ce n’est pas le respect de la Loi, laquelle doit être nécéssaire et universelle. Ce qui prévaut, c’est la logique partisane, le clientellisme politique, le népotisme, le favoritisme, le paternalisme.
B) Du coté des Partis Politiques, ils n’ont pas réussi à dépasser les rivalités de personnes ou de clans pour constituer deux ou trois grandes forces politiques bien structurées, constituées autour de politiques publiques et de programmes bien définis, disposant d’une base sociale solide, porteuses des revendications et des aspirations de la population et des secteurs organisés de la société. La classe politique n’est pas la seule à blâmer. Les élites intellectuelles, morales, professionnelles, économiques ont également leur part de responsabilité dans cet échec. Elles n’ont pas su dépasser leurs petits intérêts personnels pour apporter leurs contributions intellectuelles et financières dans la construction de ces deux ou trois grands Partis Politiques. Chacun attend prudemment que le gagnant se profile à l’horizon pour l’appuyer et obtenir sa bénédiction ou ses faveurs. Le résultat de ce maronnage des temps modernes, c’est que la Magistrature Suprême de l’État, un poste de décision aussi important, qui requiert une bonne maitrise des dossiers et une fine connaissance des hommes et des institutions, est convoitée soit par des inconnus, soit par des personnalités populaires dans d’autres domaines mais qui n’ont ni la préparation ni l’expérience pour une tâche aussi délicate, soit par des personnalités disposant de certaines compétences, mais pas d’une véritable force politique.
Face à cette situation préoccupante, les organisations de la société civile signataires de la présente déclaration, lancent encore une fois un appel pressant à un réveil civique et à une grande mobilisation citoyenne. La politique n’est pas un jeu, les élections ne sont pas un festival. Ce sont des affaires extrêmement sérieuses qui demandent l’attention, l’engagement et l’investissement de tous. Nous invitons tous les citoyens et citoyennes à suivre avec la plus grande vigilance, ce qui se passe au niveau du processus électoral, à continuer à exiger les changements et les corrections nécessaires. Mais à ne pas abandonner la lutte pour des élections crédibles, pour le respect de leur droit de vote et de leur choix politique.
Le pays est à une croisée de chemins. Nous pouvons repartir pour une nouvelle aventure désastreuse ou au contraire prendre la route du progrès et de la modernité. Tout n’est pas perdu. Le moment est à la réflexion, à la concertation, à des choix judicieux et à l’action. Au niveau de nos organisations, nous prenons l’engagement, face à la gravité de la situation de continuer à participer à cette réflexion, à cette concertation à cette observation vigilante et à cette action citoyenne, en vue d’aider à la construction de cet État de Droit, à la tenue d’élections véritablement honnêtes et crédibles, au renforcement de la Démocratie et à l’émergence d’un Pouvoir responsable, compétent, respectueux des droits de la personne et soucieux du bien-être collectif.
Les signataires :
Initiative de la Société Civile (ISC) – Rosny Desroches
Conseil Haïtien des Acteurs Non Etatiques (CONHANE) – Edouard Paultre
Organisation des Patriotes Pour Ayiti (OPA) – Léopold Berlanger
Initiative Citoyenne (IC) – Jean Garry Denis
Centre Œcuménique des Droits de l’Homme (CEDH) – Jean-Claude Bajeux
Action Citoyenne – Bellegarde Berthony
Centre pour la Promotion des Droits Humains et de la Démocratie en Haiti (CEPRODHD) – Jn Gardy Théodore
Grand Front National des Etudiants Haïtiens. (GRAFNEH – James Jacques
Office de Concertation pour le Développement (OCODE) – Dominique Joseph
MODODH – Alphonse Francis

HL/ HaïtiLibre

 

Le pape « n’oublie pas » la population de Haïti

Message à l’occasion du conseil de Cor Unum

ROME, Vendredi 20 août 2010 (ZENIT.org) – Le pape Benoît XVI  « n’oublie pas » la population de Haïti, indique son message lu à l’occasion du conseil de Cor Unum.

La réunion annuelle du Conseil d’administration de la Fondation autonome « Populorum Progressio » s’est en effet tenue en République dominicaine et en Haïti du 20 au 23 juillet. Ses membres ont été accueillis par le cardinal Nicolás de Jesús López Rodríguez, archevêque de Saint-Domingue.

Dans son message, Benoît XVI a invité les Haïtiens à l’espérance, et a souligné que la présence de l’Eglise, unie à ceux qui souffrent, se manifeste aussi à travers ses institutions et ses organisations de secours.

« Six mois ont déjà passé et le pape désire vous rappeler qu’il ne vous oublie pas », dit le message.

« Il a toujours bien en mémoire, souligne-t-il, votre angoisse et il connaît les difficultés que vous devez affronter pour reconstruire vos maisons, vos villes et votre vie ».

La fondation a été instituée en 1992 par Jean-Paul II comme un signe de la charité du pape envers les populations indigènes, et les paysans afro-américaines des Caraïbes et d’Amérique latine, rappelle un communiqué. Sur les 7 membres du conseil, 6 sont des évêques d’Amérique latine et 1 membre du conseil pontifical Cor Unum.

Investissement de 2 millions de dollars

La réunion a permis de présenter les différentes situations sociales et politiques des nations représentées, dans le contexte pastoral de tout le continent, avec une attention spéciale à la situation en Haïti.

La réunion a aussi permis d’examiner  les 230 projets présentés au cours de l’année 2010 par les diocèses d’Amérique latine et des Caraïbes : 186 projets – dans 20 pays –  ont été approuvés (pour un investissement de US$ 2.091.500 – soit environ 1 589 539 €). Ils seront financés par la conférence des évêques d’Italie, à travers le comité pour les interventions caritatives en faveur du Tiers monde, soutien principal de la Fondation.

Dix autres projets pour Haïti seront financés directement par Cor Unum à travers les dons envoyés par les fidèles pour ce pays.

Les projets approuvés doivent répondre aux exigences de secteurs aussi variés que la production, les infrastructures communautaires, l’instruction, la santé et le bâtiment.

Des diocèses haïtiens ont présenté des projets pour le forage et la construction de réservoirs d’eau. Le diocèse de Jérémie, pour les Iles Cayemittes, a par exemple demandé des fonds pour la construction de trois réservoirs pour récolter l’eau de pluie, pour arriver à vaincre les nombreuses infections dont souffrent les enfants du fait du manque d’eau potable.

La majeure partie des projets est en faveur des populations indigènes et rurales, comme par exemple la demande de 60 familles de la communauté rurale de Lagoinha (diocèse de Goiás, au Brésil) qui a besoin d’un tracteur. 

Visite à Haïti

La visite à Haïti, le 22 juillet, a constitué un moment très significatif. Elle avait été programmée avant le séisme de janvier dernier, mais elle a permis d’en constater les conséquences. Depuis 1993 déjà, la fondation a financé en Haïti 150 projets. La visite a permis aussi un temps de prière sur la tombe de l’archevêque de Port-au-Prince, décédé dans la catastrophe, Mgr Miot, et de son vicaire général, Mgr Benoît.

Le conseil a également visité, accompagné du nonce apostolique, Mgr Bernardito Auza et de l’administrateur du diocèse, Mgr Joseph Lafontant, les ruines du grand séminaire et de la cathédrale.

Le cardinal Sandoval a présidé la messe célébrée dans un camp d’accueil de l’Eglise. Au cours de la célébration, on a lu le message de Benoît XVI à la population de Haïti. Le pape qui a fait un don de 205.000 dollars pour la reconstruction d’une école de Port-Au-Prince.

L’un des plus grands problèmes du moment est l’urgence du logement pour des centaines de milliers de sans-abri pour leur assurer une « vie familiale et sociale digne », souligne le même communiqué de Cor Unum. Des problèmes de sécurité, des problèmes moraux et humains se multiplient en effet dans les camps d’accueil.

Le « style de présence » de l’Eglise

Cor Unum insiste aussi sur le « type de témoignage » que l’Eglise est appelée à apporter est celui d’une « présence incarnée qui doit être unie avec ceux qui souffrent, au-delà des projets, des stratégies ou des fonds reçus ».

« La  véritable humanité de l’Eglise consiste à donner ce « plus » dont parle le pape Benoît XVI dans sa première encyclique, ‘Deus caritas est‘. Le Saint-Père y rappelle que « les personnes qui œuvrent dans les Institutions caritatives de l’Église doivent se distinguer par le fait qu’elles ne se contentent pas d’exécuter avec dextérité le geste qui convient sur le moment, mais qu’elles se consacrent à autrui avec des attentions qui leur viennent du cœur, de manière à ce qu’autrui puisse éprouver leur richesse d’humanité (cf. Ga 5, 6) » (DCE, 31a). Dans l’esprit de ces paroles du Saint-Père le conseil pontifical Cor Unum, en qualité du dicastère qui coordonne les différentes agences catholiques de secours, avec la nonciature apostolique, a organisé une rencontre entre les différents organismes de Haïti, dont certaines « Caritas » du continent européen et américain ».

Le cardinal Sandoval a remercié ces organismes au nom du Saint-Siège  pour tout le travail accompli en collaboration avec l’Eglise locale, rappelant que le « style de présence » devrait « caractériser ceux qui travaillent dans les institutions caritatives et de l’Eglise et leur donner du courage ».

La dernière visite a été pour le siège de la Caritas en Haïti, au nom du président de Cor Unum, Mgr Paul Josef Cordes, c’est Mgr Tejado quia remis au directeur  un don de 50.00 dollars adressé par le pape commune contribution à l’important travail de cet organisme.

Mgr Tejado a notamment souligné que l’aide humanitaire ne devrait pas, une fois le moment de crise passé, être un obstacle au développement intégral des peuples, puisque l’Eglise vise toujours le bien commun et offre une « proposition pour l’avenir », qui considère la dimension transcendante de l’être humain. 

Anita S. Bourdin

 

Haiti : La renaissance des Archives nationales toujours attendue

P-au-P, 20aout2010 [AlterPresse] — Le directeur général des Archives Nationales d’Haïti, Jean Wilfrid Bertrand, garde encore, en perspective, la construction de la cité des archives annoncée, le 22 août 2009, lors du lancement officiel de la commémoration des cent-cinquante ans de cette institution.

Il l’a confié aux journalistes, lors d’une conférence tenue, le 19 août, au ministère de la Culture et de la communication.

Selon le souhait exprimé par Bertrand, cette cité doit être un complexe culturel et administratif sur 6 hectares de terre, avec des espaces culturels et des archives historiques.

« 38 millions de dollars, c’est le coût nécessaire à la réalisation de ce projet » a déclaré le directeur Bertrand, qui rêve de faire des Archives Nationales d’Haïti un modèle de service public.

Wilfrid Bertrand se fixe d’autres objectifs, comme l’établissement d’un système national d’archivage tenant compte des archives départementales et communales, le maintien de l’autonomie administrative et la numérisation du registre d’état civil, pour la célébration du tri-cinquantenaire des Archives Nationales d’Haïti.

Les Archives Nationales d’Haïti ont été fondées, le 20 août 1860, sous le gouvernement de Fabre Nicolas Geffrard. [rh rl gp apr 20/08/10 16:00]

 

Journal de Mission à Port au Prince –

La Valse des 4X4 !

Written by Nassera Butin / NEWROPMAG / Friday, 20 August 2010

Port au Prince, saison des pluies, moskitos+++, dégoulinant de chaleur, nuages sur la montagne, villas des quartiers riches, maisons détruites, tentes et bâches en lambeaux, baraques de fortune en tôle, contraste avec le fond de l’océan, la superbe végétation, les fruits à volonté, le bon rhum et les visages tout sourire ou tout chagrin… Il y a du désastre ici, mais les gens sont tellement gentils malgré tout ! Beaucoup de travail et je continue à me révolter de tous ces malheurs qui frappent des hommes, des femmes, des enfants !

Un reportage en plusieurs volets, en fonction aussi des possibilités, de Nassera Butin* envoyée en mission en Häiti, six mois après l’énorme cataclysme qui a frappé cette partie de l’île.


cliquez sur les images pour les agrandir

Déjà une semaine à Port au Prince, le temps passe plus vite ici que sur la planète Terre, car comme diraient certains haïtiens ici « c’est la fin du monde ! », « nous sommes sur une autre planète ! ». Eh oui, là aussi faudra s’y faire, non seulement tu accumules la fatigue du décalage horaire en calculant ingénieusement celui qui te différencie de ton pays d’attache, mais tu prends un plaisir indécent à travailler plus qu’il n’y a d’heures dans ta journée, donc tu fais tellement de fois le tour du cadran scotchée à ton planning, ton laptop, tes rendez-vous, tes visites sur les sites, tes rapports, tes statistiques, tes observ, tes commentaires, tes analyses sans oublier ton portable (ou mobile) et ta précieuse connexion internet haut débit qui te fait braire à chaque fois qu’elle disparait. On dirait que ta vie en dépend, même ici au bout et à la fin du monde… ! Du coup le temps a ses raisons que ta raison ne maîtrise plus, tu bosses, et aussi de temps en temps, tu bosses !
Y’a pas à se plaindre dans un pays dévasté par un tremblement de terre, laissant sous ses décombres plus d’êtres humains enterrés vivants que de rescapés….là aussi dans ta petite tête tu relativises et donc pour compatir tu bosses ! Tu comptes pas tes heures, tes journées, tes nuits, t’es venu là pour bosser le reste on verra plus tard dans une autre vie…peut-être !
Heureusement pour te distraire tu peux t’amuser à compter les 4X4 sur la route lorsque tu te rends sur le terrain. Tous les concessionnaires de la terre sont là réunis sur la petite échelle de Port au Prince, sous la forme de gros engins portés sur 4 roues motrices assurant les plus prodigieuses manœuvres sur tous terrains. Ici c’est tout à fait nécessaire, les routes sont de véritables terrains minés, tu croises les doigts en te disant : ouf je suis bien calée dans mon 4X4, rien ne m’arrêtera, pas même ce petit glissement de terrain, cet éboulement sur le chemin, ce puits creusé au milieu de la route. Quand même tu te dis, ils ont tout prévu chez N….. ou  T….. ou P….., tu sens à peine les secousses et surtout tu peux toiser et observer les marchands assis sur le bord de la route avec leurs corbeilles de citrons, de mangues, de bananes et d’avocats…eux te voient au premier plan arriver sur eux et toi tu les vois même pas, ils te passent sous la carrosserie et le chauffeur n’a rien vu ! 
Mais c’est que derrière tous ces 4X4 flambants neufs, tu as des tas d’organisations avec leurs logos, leurs drapeaux, leurs zones, leurs appartenances, leurs projets, leurs bailleurs, d’ailleurs tu reconnais la grosseur du 4X4 en fonction de ki ka financé ou pas ! Et ça passe et ça repasse, tu les croises, tu les salues même parfois quand tu reconnais les mêmes que toi ! ça se chevauche sous le nez des populations affamées qui font la queue partout pour récupérer leurs cartes d’électeurs (élections en novembre prochain), attendent leur tour dans les centres de soins, errent et cherchent de quoi se mettre un p’tit quelque chose sous la dent, ou sur le dos pour eux, pour leurs familles. Et toujours ces 4X4, partout, tout le temps, du lundi au dimanche, exceptées les heures de couvre-feu, tu te demandes toujours « où vont-ils ? » « que font-ils », « à quoi servent-ils ? » « comment sont-ils arrivés jusqu’ici ? », et par la même occasion tu te re-questionnes sur ta propre présence en ces lieux : « qu’est-ce qui m’amène ici ? », « pourquoi ai-je accepté de venir ici ? », « à quoi ça sert ? », « pour qui ? pourquoi ? » « en plein mois d’août, alors que tous tes petits compatriotes se la coulent douce au coin d’un menhir breton, d’une cascade dans la Creuse, ou sous un parasol à Cucusurmer en écoutant les cigales et en épiant les fourmis qui se battent pour un morceau de chouchou tombé négligemment de la main d’un obèse de 150 kg…….c’est fou ce que ta machine à relativiser fonctionne plein turbot ici ! tu relativises ou tu objectives, encore mieux tu t’installes sur orbite pour aller voir sur la lune si tu y es !!!  
Revenons à nos 4X4, c’est quand même mieux que les taptap que se tapent les Haïtiens pour venir au boulot (quand ils ont ce prestigieux avantage d’en avoir un) de boulot bien sûr ! Ki sont beaux ces taptap, tout bariolés et je me promets d’y monter avant mon départ histoire de voir ce que ça fait de sauter dans ces minibus sur les routes de Port au Prince. Je suis sûre que c’est mieux que la foire du trône et en plus tu paies 3 fois rien pour te faire dévertébrer et expulser en un temps record.  
De toute façon Port au Prince est la ville des records, après le record battu de mon ami le cop qui, au cas où vous n’auriez pas suivi depuis le début, continue à cocoriconer de plus bel every morning at five oclock ! je me suis dit que j’allais peut être l’adopter et l’emmener avec moi en France, il fera un excellent réveil matin et s’entendra à merveille avec les coyottes de la maison. Ensuite il y a les mosquitos qui n’ont pas suspendu leur entraînement durant les pluies et orages qui éclatent tous les jours, bien au contraire, ils se régalent et sont les seuls à ne pas souffrir de malnutrition. Puis il y a nos fameux 4X4 pour sillonner les routes de Port au Prince et apporter secours et assistance au peuple Haïtien qui n’en peut plus d’attendre qu’on les aide à se remettre debout après cet épouvantable tremblement de terre qui les a dépourvu, démuni de tout en quelques secondes. Ils gardent pourtant la tête haute et le regard confiant à la vue de cette valse incessante de ces engins qui finalement ne les concernent que de loin.  
Que fait donc tout ce monde ici, on a l’impression que la planète entière se trouve concentrée dans cette cité et on pourrait également se dire que ça va leur faire du bien au peuple Haïtien d’être aussi secouru, soutenu, compris, qu’il va se refaire une santé en un rien de temps….calculons le coût de tous ces 4X4, du carburant et faisons le bilan de ce que son équivalent vaudrait en sac de riz, de farine, d’huile, de sucre, de céréales, tout ce dont j’entends parler à longueur de journée et qui fait partie des « check list des évaluateurs : nutrition needs » ! Là aussi record battu, les listes existent bien mais je doute que l’équivalent en denrées alimentaires ait été distribué en quantité suffisante pour éviter d’autres catastrophes.
En revanche ce qui est bien objectif c’est l’extrême pauvreté des quartiers, des bidonvilles, des camps organisés dans l’urgence construits de tentes avec des bâches fournies par des tas d’organisations et qui tombent en lambeaux, des baraques fabriquées à partir de récupération de tôle rouillée et planches plus ou moins pourries. A l’intérieur peuvent y vivre de 6 à 12 personnes (4m2 maximum) sans eau, sans électricité, sans ventilateur, sans nourriture, hommes, femmes, enfants pêle-mêle entassés sous une chaleur écrasante et te regardant avec gentillesse et sympathie car toi l’étranger tu es quand même venu jusqu’à Port au Prince dans l’espoir d’y changer un peu quelque chose ; et ça ils le reconnaissent sur ton visage, si t’es venu là pour prendre des photos ou si t’as pigé quelque chose à leur lugubre sort.  
C’était dimanche et j’ai l’impression que le temps est suspendu ici, plus de télévision, plus de news, plus de journaux, plus rien du monde d’ailleurs, du monde d’avant, rien que Haïti, la misère, les débris, la désolation humaine et matérielle, la faim, le peuple dans la rue, les orphelins, les enfants dans la rue, les mères enfants, les femmes sans maris, les maris sans leurs femmes, les enfants sans parents, les parents sans enfants, les abandonnés, les exclus. Chacun a vu disparaître un ou plusieurs membres de sa famille, un ami, un voisin, un collègue, écoles, universités, centres de santé, ministère, bâtiments de l’état éliminés avec l’échelle de Richter…même les meilleurs voyants de la terre n’avaient pas calculé un tel phénomène naturel rendant la vie surnaturelle ! 
Ta boîte à relativiser fonctionne maintenant 24h/24 et tu quittes peu à peu tes souvenirs les plus troubles parce qu’ici ils prennent allure de feuilleton à 2 gourdes et ici la gourde elle vaut même pas 1 centime d’euro ! tu piges pourquoi très rapidement, tu t’es tout doucement habituée au décalage horaire, au cop haïtien, aux mosquitos, à ta connection qui flanche, les pannes d’électricité hebdomadaires juste au moment où tu venais de décharger ta batterie,  l’eau non potable, l’accablante chaleur qui te faisait perdre ta valeur corporelle d’H2O nécessaire à ta petite survie !
C’est déjà du passé et comme t’as vaincu ces premières grandes épreuves avec ténacité et bravoure tu vas te récompenser en te faisant une énorme tartine à la fourmi car ici pas de nutella, mais de mignonnes et inoffensives petites fourmis qui se jettent sur tout ce que tu laisses traîner derrière toi !

Nassera Butin*
Port au Prince, Haïti

crédit photos tous droits réservés © Nassera Butin


* Nassera Butin est professionnelle de la Santé et du Droit International Humanitaire, responsable de la coordination de projets dans de nombreux pays, manager de programmes de santé et de protection de l’enfant et de la famille dans des contextes à risques. Consultante internationale depuis 18 ans pour des ONG, l’Union Européenne, les Nations Unies, mais également des petites et moyennes associations de la solidarité internationale. Elle créé une association d’étude et de recherche sur la Protection de l’Enfant et son Environnement, puis en  2009 P.E.M.S.C.I  (Préparation des Expatriés aux Missions de Solidarité et Coopération Internationales).

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