DISCOUS OFFICIEL DU PRESIDENT RENE PREVAL A L´ONU

25 Sep
Haïti – Politique : Discours officiel du Président René Préval
HAITI LIBRE – 24/09/2010 16:24:59

Haïti - Politique : Discours officiel du Président René Préval
L’Assemblée générale est le principal organe délibérant, directeur et représentatif de l’ONU. Composée des représentants des 192 États Membres de l’Organisation, elle offre un forum multilatéral de discussion unique sur tout l’éventail des questions internationales abordées dans la Charte. L’Assemblée tient chaque année une session ordinaire intensive de septembre à décembre, qui peut au besoin se prolonger au-delà de cette période.

Allocution de Son Excellence Monsieur René Préval, Président de la République d’Haïti à la 65ème Session Ordinaire de l’Assemblée des Nations Unies

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Excellences, Mesdames, Messieurs,

Chers délégués,

Mes premières paroles sont pour saluer la mémoire des centaines de milliers d’Haïtiens, d’Haïtiennes, des collaborateurs et fonctionnaires du système des Nations-Unies, une centaine d’entre eux, dont particulièrement Heidi Hanabi, représentant spécial du Secrétaire général des Nations-Unies, qui ont perdu la vie lors du séisme ayant frappé Haïti le 12 janvier dernier.

Cependant, chaque tragédie apporte son lot revivifiant de solidarité humaine Je tiens encore une fois à remercier, au nom du peuple haïtien et en mon nom personnel, tous ces citoyens et gouvernements, qui de la République Dominicaine, notre sœur-siamoise, aux confins du monde, sont accourus à notre aide.

Cette assistance nous a été vitale, en particulier lors des premières semaines d’extrême urgence.

Je dois remercier aussi les Haïtiens de l’étranger qui depuis New York, Miami, Chicago. Montréal, Paris, Santo Domingo, les Antilles françaises et de divers autres coins de la planète, se sont joints au grand mouvement de solidarité internationale et qui en ont profité pour la plupart, pour mettre en place, dans un souci de pérennité de l’engagement, des structures d’intervention pour assister le pays dans sa tache de reconstruction.

Je m’en voudrais de ne pas rendre ici, à la face du monde, un hommage spécial au peuple haïtien lui-même. Un peuple que nous savons privé de tout et qui a pourtant fait preuve d’une richesse humaine incommensurable. Les villes détruites ne se sont pas transformées en de vastes scènes de pillage. Une telle dignité et une si grande bonté! Fermeté exemplaire dans la souffrance, bravoure, dévouement, courage, solidarité, esprit de sacrifice, amour de l’autre sont les mots qui conviennent pour qualifier cette démonstration d’héroïsme accompli par les haïtiens et les haïtiennes. Respect !

Mon pays vit une aventure singulière depuis sa naissance, dés le lendemain d’une guerre d’indépendance qui lui a coûté le tiers de sa population et des destructions matérielles inouïes et qui, dans la foulée des révolutions américaine et française du 18e siècle, a posé à l’humanité le défi de la reconnaissance du caractère universel de la proclamation des droits de l’homme à la liberté, à la dignité et à l’égalité, en faisant des Haïtiens des hommes et des femmes libres.

La nation mise au monde en 1804, bien qu’appauvrie et depuis lors matériellement démunie, n’a pas hésité à s’engager dans des actes concrets de solidarité avec des peuples en lutte P9ur leur liberté: c’est le cas, en particulier, de la Grande Colombie, aujourd’hui le Venezuela, l’Equateur, la Colombie et le Panama, sous les directions successives de Francisco Miranda et de Simon Bolivar. En dépit de ses moyens limités et dans des gestes qui peuvent paraître dérisoires, Haïti a toujours manifesté sa croyance et sa conviction dans l’unicité de l’humanité.

Voilà pourquoi, nous Haïtiens, apprécions à sa juste mesure cet immense mouvement de solidarité et de compassion que la communauté internationale a exprimé à l’endroit de notre pays, depuis les premiers moments qui ont suivi le séisme, jusqu’à l’engagement affirmé lors de la Conférence de New York, le 31 mars dernier. de participer à la reconstruction d’Haïti. sur la base du Plan d’action présenté par le Gouvernement haïtien.

Nous avons mis en place. avec l’aide de la Communauté internationale et l’appui des Nations Unies, une Commission intérimaire en charge de coordonner les ressources pour la reconstruction. Cette commission est un véhicule stratégique important pour aider le pays à gérer avec rigueur et transparence les ressources mobilisées au sein de la communauté internationale pour accompagner le pays dans son effort de reconstruction. Cette commission a déjà approuvé plus d’une trentaine de projets se rapportant à l’éducation, à la santé, aux infrastructures etc. pour un peu plus d’un milliard de dollars.

Mes remerciements aussi aux pays et aux agences qui ont fait suivre leurs engagements d’actions concrètes de financement. J’espère que ce mouvement sera suivi par d’autres, particulièrement pour nous aider à apporter une réponse rapide aux plus d’un million d’Haïtiens qui vivent encore sous les tentes et dans les abris temporaires.

Monsieur le Président,
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Chers délégués

Nous sommes au lendemain d’une réunion importante sur les objectifs du Millénaire pour le développement.

II y a dix ans, lorsque 189 nations s’étaient réunies ici pour prendre l’engagement collectif de réaliser en 2015 les huit objectifs du Millénaire pour le développement. la communauté internationale s’était en réalité mis d’accord sur une certaine vision de ce que devrait être le monde en 2015.

Un monde bien engagé dans la réduction de l’extrême pauvreté, où les enfants et les mères n’auraient pas à mourir faute de soins de santé, où tous les enfants auraient une place à l’école, où des millions de personnes cesseraient de mourir de faim chaque année, où les femmes auraient toutes les opportunités de s’épanouir dans une société sans discrimination basée sur le genre.

Cette vision était juste parce qu’elle place la dignité humaine au cœur des programmes de développement et de l’agenda de la coopération internationale.

Cette vision a aussi pour avantage de fournir aux pays et à leurs partenaires de la communauté internationale un cadre structuré, simple et clair pour planifier leur développement et organiser leur coopération avec les pays engagés à soutenir la réalisation de ces objectifs.

Si d’importants progrès ont été accomplis dans la direction de ces objectifs, à 5 ans de l’échéance de cet agenda en 2015, un long chemin reste encore à faire. Faute pal les pays développés de concrétiser les engagements pris en faveur des objectifs du Millénaire.

Que dire de ces milliers de milliards de dollars engloutis depuis 10 ans dans des guerres aussi sanglantes qu’injustifiées!

Et que dire des budgets de défense, qui chaque année dépassent de loin ce qu’il faudrait pour atteindre les objectifs du Millénaire?

Que dire enfin des incalculables richesses volatilisées dans la course à la spéculation, dans l’arrogante suprématie de l’économie virtuelle sur l’économie réelle?

Allons-nous continuer à sacrifier le bien-être et la vie de mi lions d’êtres humains, l’avenir de notre planète, à cette culture de la peur et de l’avidité?

Que dire de la baisse continue de l’aide publique au développement alors qu’en 2005 les pays développés s’étaient engagés à en doubler le montant à l’horizon 2010?

Qu’est devenue la décision de favoriser un système commercial plus ouvert alors que l’aide aux agriculteurs des pays développés est plus du triple de l’aide publique au développement?

En vérité, la globalisation qui a débuté il y a des siècles avec les colonisations et l’importation de captifs africains pour servir d’esclaves dans les plantations de canne-à-sucre ou de café. dont les produits étaient ensuite exportés vers l’Ouest ou le Nord, a besoin d’être réinventée,

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences, Mesdames, Messieurs,

Le moment est venu en effet pour nous d’inventer une nouvelle forme de globalisation, fondée en somme sur la simple notion de notre commune humanité, sur la confiance, la coopération, le respect mutuel; celui de notre environnement et de toutes les formes de vie qui l’habitent.

Il nous faut rompre et en urgence, avec cette vision qui érige le profit en véritable divinité. qui réduit les citoyens au rang de simples consommateurs et notre Terre en une colonie dévastée par notre faute. Le "village global" ne pourra éternellement conserver à côté de ses beaux quartiers, d’infâmes bidonvilles où l’humanité se dissout; un Nord et un Sud, non pas géographiques mais socio-économiques.

Vivant sur une île, et dans une zone balayée depuis toujours par les ouragans. nous sommes particulièrement inquiets du réchauffement de la planète et des dérèglements climatiques qui l’accompagnent. Cyclones plus fréquents et plus violents, montée du niveau de la mer.

Les pauvres devront-ils encore payer pour le gaspillage et l’appétit effréné énergétiques de leurs frères plus fortunés?

Faudra-t-ils qu’ils renoncent à l’amélioration de leurs conditions de vie pour alimenter a frénésie consumériste des pays dits développés?

La "guerre contre la drogue" se traduit par des escarmouches dans les pays consommateurs et par des sanguinaires batailles rangées dans ceux de production et de transit, allant jusqu’à menacer l’existence même de leurs États.

Les pays du Sud vont-ils continuer à être indexés, comme responsables de la production ou du transit des drogues illicites, alors même que la locomotive de ce lucratif trafic est la demande des pays du Nord?

Et que dire du trafic des armes à feu, qui lui coule du Nord vers le Sud et qui accompagne celui des drogues illicites?

La réponse à ces questions nous appartient et nous ne saurions plus longtemps les éluder sans courir à notre commune perte.

Le seul espoir qui subsiste est celui d’un humanisme renouvelé, lucide, englobant tout le vivant, et l’environnement dont nous sommes à la fois dépendants et responsables.

En ce sens, la coopération Sud- Sud est porteuse de promesses nouvelles et je convie les dirigeants des pays du Sud à approfondir cette voie pour le bien-être de leur population respective.

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences, Mesdames, Messieurs,

Certains des discours que j’ai entendus au cours de cette assemblée générale semblent révéler un début de prise de conscience différente, qui pourrait être à la hauteur de notre vision de la nouvelle humanité à construire.

Il faudra, comme toujours, veiller à aligner les engagements et les actions sur les généreuses rhétoriques.

Je formulerai le vœu que l’embargo contre le peuple cubain soit levé.

En plus d’avoir été condamné par de nombreuses résolutions de cette assemblée générale, un tel embargo est de plus contraire aux valeurs que nous promouvons en matière de commerce international.

Chers délégués,

Je manquerais à mon devoir de ne pas présenter au nom du Peuple haïtien mes sympathies aux nombreux peuples victimes ces derniers temps de catastrophes naturelles: Chili, Chine, Pakistan, Guatemala, Mexique.

Je terminerai en évoquant les élections présidentielles et législatives qui marqueront dans mon pays la fin de mon mandat et celle d’une année particulièrement éprouvante pour le peuple haïtien.

Il est important de mener à terme ce difficile processus, avec rigueur, équité et transparence, condition indispensable pour consolider notre jeune démocratie.

J’en appelle donc à tous les acteurs nationaux et à nos amis internationaux pour qu’ensemble nous traversions ce carrefour électoral avec succès.

Je vous remercie!

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