LUNDI 04 OCTOBRE 2010

4 Oct

 

Haïti – Insécurité : Un Week-End de violence meurtrier
HAITI LIBRE – 04/10/2010 11:46:54

Haïti - Insécurité : Un Week-End de violence meurtrier

Vendredi soir un couple à Thomassin a échappé de justesse à une embuscade en rentrant chez eux. Déjouant le piège, le conducteur à pris la fuite sous les tirs des malfaiteurs, sa femme a été blessé à la jambe par un projectile.
Samedi matin sur la route Nationale #1, près du pont de la Croix des Missions des hommes armés ont intercepté un véhicule Nissan Frontier appartenant à une ONG, forçant les occupant à descendre sous la menace avant de s’enfuir avec le véhicule de l’ONG.
Dans la matinée de samedi, une femme au volant de sa Toyota a été interceptée par des bandits armés à la ruelle Rivière. La conductrice a été contrainte d’abandonner son véhicule aux mains des inconnus, qui se sont enfuit à vive allure en direction de Christ Roi, laissant sur place la conductrice sous le choc de l’agression.
Samedi vers 19:00 heures, des inconnus ont ouvert le feu sur un véhicule de transport en commun sur la route de l’aéroport, une femme a été tuée et plusieurs passagers blessés dont 1 grièvement.
Une heure plus tard, non loin de l’Hôpital Général, un autre conducteur a été victime d’une embuscade, pris comme otage dans son propre véhicule il a été relâché un peu plus tard à Cité Soleil, choqué mais sain et sauf.
Plusieurs autres cas de braquage et de vols de véhicules ont été signalé ce week-end. Cette inquiétante situation n’est pas sans rappeler celle de 2005 lors de la période électorale. Alors que la police Nationale Haïtienne (PNH) et la police de la Minustah ne cessent d’assurer à la population qu’ils sont en mesure de garantir l’ordre et la sécurité des citoyens et que tous les moyens sont pris à cet effet, force est de constater pour les citoyens, que les actes criminels se multiplient à 2 mois des élections leur faisant craindre le pire si les forces de l’ordre ne font rien pour lutter plus efficacement contre la recrudescence de ces actes de banditisme.

 

Haïti – Économie : Relance du Crédit en Haïti
HAITI LIBRE – 04/10/2010 13:49:28

Haïti - Économie : Relance du Crédit en Haïti

Les autorités haïtiennes avec l’aide de la Banque mondiale, la BID et du Trésor américain, travaillent à la préparation d’un fonds de crédit de garantie partielle, de crédit-bail et de mécanismes pour permettre aux petits entrepreneurs et aux entreprises à se reconstruire après le séisme de janvier .
Accompagné de mesures visant à faciliter la restructuration des prêts bancaires et stimuler le financement pour la construction de la maison, ils espèrent que cette injection de capital pourra contribuer à inverser la contraction estimée à 7 % de l’économie haïtienne cette année.
La semaine dernière, Charles Castel, Gouverneur de la banque centrale, Jean-Max Bellerive, le Premier ministre et Ronald Baudin le ministre des Finances ont déclaré que la disponibilité de crédit renforcera les mesures visant à remettre en activité l’économie où des dizaines de milliers d’emplois de la classe moyenne ainsi que des petits entrepreneurs, ont perdu non seulement leurs maisons, mais tout leurs moyens d’existence.
« Tout ce que nous faisons, en collaboration avec les banques en essayant de générer plus d’investissements en Haïti, c’est de soutenir la classe moyenne afin d’arrêter sa fuite du pays » a déclaré Le premier ministre. « La micro-finance a été entravée par le passé en raison des taux d’intérêt prohibitifs pratiqués par les banques. On espère que le fonds de crédit de garantie partielle et de développement industriel, pourrait dans un premier temps garantir 140 millions de dollars en prêts, et éventuellement plus par la suite »
En outre, la banque centrale a assoupli ses exigences en matière de prêts pour les banques afin de faciliter la restructuration des crédits affectés par le séisme, et aussi assoupli les règles de réserves obligatoires pour les prêts pour l’immobilier résidentiel et commercial. Afin de renforcer encore le financement des logements, la banque travaille aussi sur un plan pour offrir des prêts à long terme sur 10-15 ans à taux fixe pour l’immobilier résidentiel.
En plus des mesures visant à faciliter la restructuration des prêts bancaires et de promouvoir la construction de logements, on s’attend à ce que cette injection de capital contribue à inverser la contraction de 7% estimé par les économistes « C’est pourquoi nous travaillons sur toutes ces mesures […] avec la stabilité politique, je crois qu’il est raisonnable de penser que nous allons avoir une forte croissance […] nous espérons que l’année prochaine, nous aurons une croissance de 8-10%, avec un peu de chance » a déclaré le gouverneur de la banque centrale.
Un autre programme qui sous-tend l’espoir de parvenir à une forte croissance économique l’année prochaine est un plan d’infrastructure et de développement, qui vise à utiliser les aides institutionnelles et les investissements privés pour construire des routes, ponts, ports, aéroports et installations de fabrication.
Jean Max Bellerive a souligné « la nécessité urgente d’un afflux massif d’investissements étrangers pour compléter l’aide internationale, qui seul pourrait atténuer l’impact du séisme et mettre Haïti sur la voie du développement durable ». Mais les défis sont énormes, notamment la nécessité d’améliorer et moderniser les structures judiciaires et administratives afin d’assurer la primauté du droit et de la sécurité dans une société où ceux-ci avaient longtemps été largement absents « Si la société ne fonctionne pas bien, les finances ne peuvent pas travailler » à déclaré Charles Castel.

 

RADIO METROPOLE / Lundi, 4 octobre 2010 05:50

Le gouvernement américain nomme un ambassadeur pour gérer l’aide à la reconstruction

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a nommé le week end écoulé un coordonnateur spécial de l’aide américaine à Haïti. L’ambassadeur Thomas C. Adams devra superviser l’engagement des Etats-Unis envers Haïti notamment sur le plan des relations diplomatiques et l’application d’une stratégie de reconstruction en partenariat avec le gouvernement haïtien.
M. Adams, qui compte 35 ans d’expérience, a occupé la fonction de coordonnateur de l’assistance américaine à l’Eurasie entre 2005 et 2008.
Une aide, de 1.5 milliard de dollars, dédiée à la reconstruction d’Haïti, a été récemment approuvée par le congres. Le déblocage de l’aide américaine est lié à la conclusion d’un accord sur une stratégie de long terme en Haïti. Selon l’Associated Press un document élaboré par des experts devra être sanctionné par les congresmen américains au cours de ce mois d’octobre. Le décaissement des fonds interviendra après l’entente autour de cette stratégie.
Le bureau du coordonnateur spécial de l’aide américaine devra gérer une enveloppe de 25 millions de dollars sur 5 ans. La désignation de M. Adams marque une plus grande implication des Etats-Unis dans le processus de reconstruction.
Aux cotés de l’ex président Bill Clinton, un représentant du gouvernement américain, Cheryl D. Mills, Conseillère et Chef de Cabinet de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, siège au conseil d’administration de la Commission Intérimaire de Reconstruction (CIRH). Dans le même temps un fonds spécial, est géré par les ex-présidents Bill Clinton et Georges Bush.
Outre le chef de la représentation américaine à Port-au-Prince, Kenneth Merten, deux ex présidents et deux diplomates de premier rang sont impliqués dans le dossier de la reconstruction d’Haïti.

 

Les parcs industriels, leviers de la relance économique
HAITI LIBRE – 04/10/2010 07:38:51

Haïti - Économie : Les parcs industriels, leviers de la relance économique

Le dernier trimestre de 2010 devrait voir se concrétiser les projets de Parcs industriels pour la région du Cap Haïtien et la zone de Port-au-Prince. A cela s’ajoutera l’augmentation de capacité du Parc Sonapi dans la capitale qui devrait pouvoir prochainement offrir une plus grande capacité de production grâce à la réparation de 3 bâtiments et 4 nouveaux en construction.
Cela fait déjà plusieurs mois que les études sont en cours. Le Rapport Koios a ainsi identifié une vingtaine de sites et en recommande 3, parmi lesquels 2 ont été retenu par le gouvernement haïtien dans le Nord, entre Limonade et Trou du Nord. À ce stade, des études de faisabilité plus approfondies permettront de déterminer le lieu final du futur parc industriel du Nord dont le financement est assuré, comme le prévoit l’accord de principe signé en Haïti entre le Gouvernement haïtien, la Banque Interaméricaine de Développement (BID), le Gouvernement américain et la compagnie coréenne Hansoll. Par cet accord, Haïti s’engage à construire un premier parc, dont le financement sera assuré par la BID et dont Hansoll sera le premier locataire. Les États-Unis quant à eux contribueront à la production énergétique et à la construction de 12,000 logements dans la région.
A 10 km au nord de Port-au-Prince, un second parc industriel devrait s’étendre sur 220 hectares. Il permettra de générer des dizaines de milliers d’emplois pour la zone de relocalisation de Corail Cesselesse. Un accord a été signé à Washington le 20 septembre entre le Gouvernement haïtien, la Société Financière Internationale (organe financier de la Banque Mondiale) qui s’engage à financer la construction, la BID et le Gouvernement américain financent l’étude d’aménagement, . Cette fois c’est la compagnie coréenne SAE-A qui s’engage à louer l’espace et à créer près de 10,000 emplois à terme.
Les États-Unis promettent également une contribution au niveau énergétique ainsi que la construction de 10,000 logements dans les communautés environnantes.

 

Haïti – Justice : Des failles tout au long de la chaîne pénale (2)
HAITI LIBRE – 04/10/2010 06:36:23

Haïti - Justice : Des failles tout au long de la chaîne pénale (Partie 2)

Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) et ses structures départementales qui ont observé le fonctionnement de l’institution judiciaire, se proposent, à l’occasion de la nouvelle année judiciaire (2010-2011), de partager avec l’opinion publique, les résultats des audiences criminelles réalisées dans le pays au cours de l’année judiciaire 2009-2010.
Ce second et dernier article sur ce sujet, met en lumière les failles observées dans chacun des 3 maillons de la chaîne pénale se rapportant : au Cabinet d’instruction, à la Détention préventive prolongée et au traitement des jurés.
Cabinet d’instruction
Les juges d’instruction sont investis d’une noble mission qui consiste à rechercher des indices et à rassembler des éléments de preuves favorables ou défavorables à l’inculpé. Ils disposent donc d’énormes pouvoirs. En effet, ils ont la capacité, selon leur intime conviction, de renvoyer un individu hors des liens de la prévention ou, au contraire, de le renvoyer par devant un tribunal pour y être jugé. Cette tâche est réalisée sur réquisition du Parquet et, toujours au nom de la société. Cependant, une faiblesse chronique est remarquée dans la réalisation des enquêtes judiciaires menées par ces Magistrats qui laissent l’impression que la recherche de la vérité n’est pas toujours leur objectif premier.
En effet, plusieurs individus non identifiés par les Cabinets d’Instruction sont renvoyés par devant l’instance de jugement pour répondre des actes qui leur sont reprochés sous leur pseudonyme ou sous leur prénom alors que c’est aux Juges d’instruction qu’il revient de procéder à l’identification complète des inculpés (nom, prénoms, âge, lieu de naissance, lieu de résidence, profession, etc.) pour faciliter leur arrestation.
Pour l’année judiciaire 2009-­2010 et après enquêtes judiciaires, au moins quarante-­trois (43) individus impliqués dans seize (16) dossiers et dont les noms complets n’ont pu être établis par les Cabinets d’instruction, ont été renvoyés par devant le tribunal criminel.
Détention préventive prolongée
Malgré le fait que plus de la moitié de la population carcérale se soit évadée au lendemain du séisme, aujourd’hui encore, la problématique de la détention préventive est et demeure préoccupante. En effet, sur un total de cinq mille quatre cent soixante quinze (5.475) individus en prison, mille sept cent six (1.706) sont condamnés contre trois mille sept cent soixante neuf (3.769) en détention préventive. Ceci est la cause de nombreux préjudices dont font l’objet les personnes incarcérées, en témoigne l’exemple suivant :
Dans la juridiction de Port-­au-­Prince, Magdalina HONORE a été arrêtée et incarcérée à l’âge de quatorze (14) ans pour association de malfaiteurs, dégâts de propriétés immobilières, assassinat, viol et séquestration de personne au préjudice de Nahomie RABIL. Son dossier a été transféré au Cabinet d’Instruction pour enquête judiciaire et l’ordonnance la renvoie par devant le Tribunal pour Enfants pour être jugée. Elle a atteint sa majorité en prison, en détention préventive prolongée. En date du 14 juillet 2010, son dossier est évoqué au Tribunal Criminel de Port-­au-­Prince. Le tribunal a cependant été contraint de se déclarer incompétent pour statuer, en raison de l’ordonnance de renvoi qui précise que Magdalina HONORE doit être jugée par devant un Tribunal pour Enfants. Son cas est entendu par le tribunal compétent le 26 juillet 2010, date à laquelle elle a été jugée non coupable des crimes à elle reprochés, après avoir passé plus de quatre (4) ans en prison.
Traitement des jurés
Les personnes appelées à servir de jurés ne sont pas prises en considération au vu du traitement qui leur est infligé. Certaines juridictions prennent en compte leur restauration et leur déplacement alors que d’autres les livrent à elles-­ mêmes. De ce fait, les jurés qui, aux premiers jours des assises affluent, ne reviennent pas au cours de la session. Ceci est la cause du renvoi de nombre de cas fixés pour être entendus.

 

Le Brésil de Lula : « une diplomatie imaginative »

Après sept ans de présidence « Lula », le Brésil n’a plus grand-chose en commun avec ce qu’il était fin 2002, au crépuscule de l’ère Cardoso. Alors qu’a eu lieu le 3 octobre le premier tour de l’élection présidentielle, qui voit s’affronter Dilma Rousseff et José Serra, Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques, explique en quoi la politique diplomatique de « Lula » se démarque de celle de son prédécesseur et comment le pays est passé du statut d’Etat-pivot à celui de nation émergente.

En sept ans de présidence, Luiz Inacio « Lula » da Silva a fait du Brésil un pays reconnu et respecté sur la scène internationale. En quoi sa politique étrangère se démarque-t-elle de celle de son prédécesseur, Fernando Henrique Cardoso ?

Avec Lula, le Brésil est entré non seulement dans une phase d’assainissement, mais aussi de croissance, qui a donné au pays des moyens d’expression internationaux dont il ne disposait pas jusque-là. Sous l’ère Cardoso [1995-2003], le Brésil avait été régulièrement secoué, soit par des crises politiques, soit par des crises financières. Depuis une dizaine d’années, il connaît une période de grande stabilité à la fois politique, institutionnelle et économique. En un sens, il était logique que cela se retrouve au niveau de la politique extérieure du pays. L’apport majeur du gouvernement de « Lula » est d’avoir compris que le pays disposait de marges de manœuvre inédites et de les avoir exploitées au maximum. Cela s’est traduit par une diplomatie tout à fait imaginative qui a donné au Brésil – on s’en aperçoit aujourd’hui – une place de pays émergent de plus en plus intégré dans les cercles de décision internationaux.

Comment cette « diplomatie imaginative » s’est-elle concrétisée ?

Dès son accession au pouvoir, en 2003, Lula a clairement marqué sa volonté de voir le Brésil jouer un rôle nouveau dans la gouvernance mondiale. Dans cet esprit, il a amorcé un rapprochement avec l’Inde et l’Afrique du Sud. L’objectif était de constituer un groupe de pression capable de modifier le processus de prise de décision au sein de l’OMC [Organisation mondiale du commerce]. Cette initiative, prise au printemps 2003, a eu une incidence directe sur la réunion du mois de septembre suivant, qui se tenait au Mexique, à Cancun. C’est là que se situe le point de départ du G22 [réunion des ministres des finances et des gouverneurs de banque centrale des pays du G7 et de quinze autres pays], qui a lui-même préludé à la naissance du G20, en 1999. Cancun a marqué un tournant car, jusqu’à ce moment, seule la triangulation entre l’Europe, les Etats-Unis et le Japon prévalait. Par la suite, le Brésil a multiplié les initiatives transversales, c’est-à-dire Sud-Sud, ce qui était totalement inédit. Des groupes de concertation pérennes ont ainsi été créés, entre l’Amérique du Sud et la Ligue arabe en 2005, mais aussi entre l’Amérique du Sud et l’Afrique noire. Cela n’a cependant pas empêché le pays de participer à des structures verticales Nord-Sud, comme par exemple le G4 avec l’Allemagne, l’Inde et le Japon – structure destinée à promouvoir la candidature de ces quatre pays comme membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU – ou le groupe de travail conjoint avec les Etats-Unis sur l’éthanol en 2007. Parallèlement, le Brésil s’est aussi investi dans des coopérations de type sud-américain, dont la plus connue est l’Unasur [Union des nations sud-américaines], fondée en mai 2008 à Brasilia. Cette organisation a joué un rôle prépondérant lors des crises en Bolivie en 2008 ou entre le Venezuela et la Colombie l’été dernier ; autant de différends dans lesquels ni l’ONU ni l’OEA [Organisation des Etats américains] ne sont intervenues. A travers toutes ces alliances, le Brésil a démontré son engagement en faveur de la multilatéralité.

En 2002, justement, le Brésil était généralement considéré comme un relais de la puissance américaine en Amérique du Sud. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le président Cardoso cultivait des affinités idéologiques avec les Etats-Unis, en particulier avec le Parti démocrate, mais aussi avec le premier ministre britannique Tony Blair. Aujourd’hui, le Brésil se situe dans une perspective différente, son but étant de promouvoir in fine une gestion collective des affaires du monde, à tous les niveaux – économique, commercial, diplomatique. Cela explique que le pays soit capable de conclure des accords aussi bien avec l’Inde et la Chine d’un côté, qu’avec l’Allemagne, la France ou les Etats-Unis de l’autre, et ce sur des dossiers très différents.

Dans quels domaines la politique étrangère brésilienne de ces sept dernières années a-t-elle rencontré ses plus grands succès ? Y a-t-il eu également des échecs ?

Non, on ne peut pas à proprement parler d’échecs car même lorsque les initiatives prises par le Brésil n’ont pas abouti – je pense notamment à l’accord scellé avec la Turquie sur le dossier du nucléaire iranien à la mi-mai –, le pays a apporté la preuve qu’il faisait désormais partie du jeu international. Cela était impensable il y a encore dix ans. En ce qui concerne ses succès diplomatiques, on peut retenir celui de l’OMC en 2003, qui a permis son admission au sein du G20, aux côtés de l’Argentine et du Mexique. C’est une forme de reconnaissance. Bien sûr, ces avancées n’occultent pas certaines difficultés, notamment l’incapacité du Brésil à intégrer le cercle fermé des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU [Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie]. Cependant, son rôle au sein du système des Nations unies reste prépondérant. Depuis 2004, en effet, il dirige une opération de paix en Haïti, la Minustah, ce qui est une grande première pour un pays latino-américain. Il est d’ailleurs intéressant de constater, sur ce point particulier, que le Brésil a réussi à entraîner dans son sillage un certain nombre de pays d’Amérique latine : l’Uruguay, le Chili, l’Argentine, mais aussi l’Equateur et le Guatemala.

Il a été souvent avancé que la montée en puissance du Brésil à l’extérieur de ses frontières devait beaucoup au charisme atypique du président Lula. Partagez-vous ce constat ?

C’est vrai qu’une conjoncture favorable a permis à une personnalité comme celle de « Lula » de s’exprimer pleinement. Son passé de syndicaliste au sein du Parti des travailleurs – une très bonne école de gestion des conflits – l’a sans doute également aidé, en le prédisposant à sentir les rapports de forces internationaux et à déterminer sur quels dossiers le Brésil pouvait nouer des alliances en vue d’atteindre les objectifs qu’il s’était fixés. Son autre grande force est d’avoir su tirer le meilleur profit des communautés immigrées du Brésil. Il a ainsi pu construire une relation avec le monde arabe au travers de la communauté syro-libanaise et avec l’Afrique grâce à des liens historiques privilégiés, près de la moitié de la population possédant des origines africaines. C’est d’ailleurs avec le Nigeria, pays d’où est venue la majorité des esclaves pendant la traite, qu’il a bâti son projet de coopération Amérique du Sud-Afrique noire.

Alors qu’une nouvelle page politique de l’histoire du pays est en train de se tourner, quel peut être l’avenir du Brésil sans  » Lula  » ?

Dilma Rousseff n’est pas « Lula ». Néanmoins, elle appartient à la même famille politique et a été sa collaboratrice pendant un certain nombre d’années, ce qui peut laisser penser qu’il y aurait une continuité dans la politique menée par le Brésil si elle accédait à la présidence. Cela dit, elle s’est relativement peu exprimée pendant la campagne électorale. A l’inverse, si José Serra devait être élu, il y a tout lieu de croire que l’on reviendrait, au moins partiellement, à un rapprochement avec le monde occidental et donc à des liens plus distendus avec le reste de l’Amérique latine. Lors de ses rares déclarations, il s’est montré assez critique envers le Paraguay et la Bolivie, tout comme à l’égard du Mercosur. Il a également insisté sur le fait que le Brésil devait rechercher d’autres modèles de relations commerciales au niveau mondial. Cela suggère un retour à la diplomatie d’avant, sauf que le Brésil n’est plus le même. A partir de là, on voit mal comment un président, même de sensibilité politique différente, pourrait ne pas tenir compte des acquis enregistrés par le pays ces sept dernières années. Avant 2002, le Brésil entrait dans la catégorie des Etats-pivots, autrement dit il servait de relais, d’allié fondamental aux Etats-Unis en Amérique du Sud, au même titre que l’Angleterre en Europe ou le Japon en Extrême-Orient. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer le Brésil endosser ce rôle relativement subalterne.

Que manque-t-il au Brésil pour devenir la très grande puissance de demain ?

Pour l’heure, la grosse difficulté, c’est l’absence de consensus social due aux grandes inégalités existant au sein de la population [les plus riches, qui représentent 10,5 % de la population (20 millions de personnes), détiennent 50 % des revenus totaux]. Pourtant, le gouvernement de « Lula » a inscrit le social au cœur de ses priorités dès 2003. Tous les indices confirment qu’au cours des sept dernières années, il y a eu une forte réduction de la population pauvre au Brésil grâce à un certain nombre de mesures, dont le programme  » Bourse Famille  » [qui bénéficie à environ 12 millions de foyers défavorisés, soit 50 millions de personnes]. La justice sociale est la première condition que le Brésil doit remplir s’il veut avoir les coudées franches pour accéder au statut de grande puissance mondiale. Ensuite, il doit parvenir à diversifier son économie et ne pas être seulement un pays exportateur de matières premières, agricoles [soja, sucre, betterave] ou minières [fer], ce qui contribue au déséquilibre de son commerce extérieur.

Enfin, il y a un autre point délicat à considérer, d’ordre à la fois stratégique et militaire : le Brésil s’est interdit, en signant le traité de non-prolifération, d’accéder à l’arme nucléaire, contrairement à tous les membres permanents du Conseil de sécurité. Il essaie donc pour l’instant de compenser ce différentiel en développant son industrie d’armement, d’où l’accord stratégique signé avec la France en 2008 [la France étant la seule grande puissance nucléaire à avoir accepté de conclure des accords prenant en compte les tranferts de technologies et la non-conditionnalité dans les ventes d’armements]. Cela témoigne d’une volonté très claire de se doter de capacités militaires importantes. A ce jour, le Brésil est d’ailleurs le seul pays d’Amérique latine à pouvoir se projeter à l’extérieur grâce à l’ancien porte-avions français Foch, acheté à l’époque du président Cardoso.

 

 

Propos recueillis par Aymeric Janier

 

Haiti-Elections : Quand la démocratie procédurale montre ses limites

Par Gary Olius * / ALTERPRESSE / lundi 4 octobre 2010

Débat

Le processus de démocratisation d’Haiti évolue à pas d’écrevisse. Chaque petit bond en avant est suivi de plusieurs pas en arrière. Le bilan global ne saurait être que déficitaire. Les innombrables élections organisées et les diverses crises successives qui en découlaient sont symptomatiques de cette réalité. Normalement, ces joutes devraient constituer des appels périodiques à la population pour participer à la vie politique du pays ; mais comme celle-ci n’a rien de rationnel il s’ensuivait toujours que les différents appels se confondirent à des cris dans un désert.

Ici, la grande caractéristique des choix électoraux est qu’à défaut de pouvoir adhérer à un projet de société bien ficelée et consolidée au fil du temps, l’électorat haïtien vote toujours en réaction à quelque chose ou quelqu’un. De fait, les suffrages exprimés lors des élections organisées successivement depuis les vingt dernières années sont essentiellement des votes-sanctions faute de ne pas pouvoir être des votes d’adhésion. Jean Bertrand Aristide a été voté massivement par pur dégout du macoutisme et on a quasiment fait pareil pour Monsieur Préval en 2006 dans le but de pénaliser les partis de l’opposition qui s’empressaient de s’associer au régime de transition en vue de partager le butin politique relatif à la bataille contre le pouvoir lavalassien.

Il convient de noter aussi que ces deux présidents, bénéficiaires de deux mandats, ont tous deux été élus dans d’autres joutes organisés dans l’indifférence quasi-totale de l’électorat. Ces abstentions massives pourraient être qualifiées de votes de désenchantement, n’en déplaise aux écoles de pensée de sciences politiques qui refusent obstinément de voir dans les abstentions de plus de 90% (participation à un digit) une forme d’expression électorale. Et puis, pourquoi le fait de rester chez soi le jour d’un scrutin qu’on juge décidé d’avance ne peut-il pas être en soi une forme d’expression, au même titre qu’aller déposer un bulletin dans l’urne ? Cette question est d’autant plus pertinente si l’on tient compte du drôle d’évangile (en vigueur depuis février 2006) qui veut que les votes blancs des abstentionnistes actifs soient annulés ou répartis frauduleusement au prorata des scores de chaque candidat.

En 1997, Monsieur Préval a accédé à la présidence dans des élections où le taux de participation de l’électorat a été de moins de 7%. De même, en 2001, Monsieur Aristide a été réélu dans des joutes qui n’avaient absolument rien à voir avec celles du 16 décembre 1990. Cela est tel qu’on passait de 67,9% à moins de 3% de participation. Ces votes de désenchantement ou ces abstentions massives sont, peut-être, ce qu’il faut interroger pour mieux interpréter certaines données de la conjoncture actuelle et comprendre le comportement des acteurs, y compris la posture Ponce-Pilate de certains acteurs internationaux impliqués dans la reconstruction du pays.

Par ailleurs, une autre donnée qui conditionne notoirement l’évolution du processus démocratique en Haiti est que, malgré les mauvaises expériences faites, les autorités de la communauté internationale n’ont de cesse de postuler sans nuance que : élections = légitimité ; tout en éludant la question fondamentale, « quel genre d’élections ? » ou même « quelle légitimité ? ». C’est une omission cultivée à dessein pour s’affranchir de l’exigence de qualité et taxer d’antidémocrates tous ceux qui seraient tentés de poser la problématique des pré-requis nécessaires à de bonnes opérations électorales. Or, c’est une vérité de la palisse que des élections organisées à l’emporte-pièce, avec des juges inféodés et dans un contexte de désenchantement ou de morosité sociale induisent nécessairement de très bas taux de participation. Et même si les candidats qui en sortent gagnants sont légitimes ; mais leur légitimité est tout, sauf démocratique.

Moins de 10% du démos n’étant pas représentatif du démos tout entier, ce gagnant n’a d’autre choix qu’à se contenter d’une légitimité fabriquée de manière artisanale par les autorités diplomatiques, faute d’un appui populaire réel et il en restera éternellement redevable. A l’épreuve du terrain, cette légitimité « input-based » née d’une démocratie purement procédurale ou électoraliste se trouvera confrontée à une opposition très caractérisée d’une population qui se rebellera pour un cric ou un crac. Et re-bonjour, l’instabilité !

A l’inverse, des élections bien préparées et organisées correctement, dans un contexte où les problématiques sociales se trouvent au cœur des préoccupations des bailleurs et des débats politiques, l’électorat est invité à faire valoir ses désidérata, à s’exprimer ouvertement, à optimiser ses gains futurs et donc à y prendre une part active. La légitimité des gagnants d’un tel processus est nécessairement « input-based », mais avec la seule différence qu’ils se retrouvent face à un devoir de résultats envers une population qui leur a offert un appui ferme et non envers des artisans venus d’un autre monde. En prouvant ce dont ils sont capables pour améliorer les conditions de vie de la population, ils seront investis d’une légitimité de type « output-based » et cela peut changer le paradigme politique national, du tout au tout. Car le pays se donnerait les moyens de passer d’une démocratie procédurale à une démocratie substantielle : la population vote, son vote est respecté et elle en engrange les bénéfices socioéconomiques. Malheureusement, nous sommes très loin de ce cas de figure. Et du train où vont les choses, la démocratie procédurale doit encore perdurer. Ses principaux tenants et bénéficiaires sont de l’autre monde et sont extrêmement puissants. Qui sait ?, ce modèle a déjà fait d’eux des démiurges avant même qu’ils méritaient d’être des êtres humains.

Le comble de tout cela est qu’en démocratie procédurale il devient très facile à un Chef de désigner son successeur. Pour ce faire, il suffit seulement de créer les conditions d’une abstention massive de l’électorat et le tour est joué. N’est-ce pas ce qui s’est fait en 1997 et 2001, lors de la première accession de Monsieur Préval et de la réélection d’Aristide ? Le stratagème est aussi vrai quand le Chef veut se créer une majorité parlementaire. Pour preuve, on peut se rappeler des élections législatives de mars 1997, de novembre 2002 et d’avril 2008. Dans le dernier cas, le président actuel a fait exactement la même déclaration qu’il vient de faire au début de cette semaine, en annonçant – sur les ondes – une faible participation de l’électorat. En 2008, ses propos sonnaient comme un aveu d’impuissance, mais l’abstention massive rendue effective renforcée par certains truquages lui ont permis de se confectionner la majorité dont il avait besoin pour faire avancer ses projets politiques, y compris l’amendement constitutionnel. Définitivement, on peut lui reprocher tout ce qu’on veut, mais il a le mérite de savoir tirer des avantages d’un modèle de démocratie qu’il n’a pas inventé et de rouler en douceur tout le monde dans la farine : les partis politiques, la majorité des groupes organisés de la société et la communauté internationale. On dirait peut-être qu’il ne sait pas organiser des élections démocratiques, mais il sait les gagner diplomati-que-ment… A telle enseigne que certains doutent même que, ceteris paribus, Aristide ou Papa doc pourrait faire mieux.

………………….

* Economiste et spécialiste en Gouvernement et Administration Publique

Contact : golius_3000@hotmail.com

 

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