L’ACTUALITE DU JEUDI 11 NOVEMBRE 2010

11 Nov

Choléra en Haïti: nouveau bilan de 724 morts, dont 4 à Port-au-Prince

(AFP) – 11/11/10

PORT-AU PRINCE — L’épidémie de choléra qui sévit en Haïti a fait 724 morts, dont quatre à Port-au-Prince, tandis que 11.000 malades ont été hospitalisés, a annoncé jeudi le ministère haïtien de la Santé, soit 81 morts de plus que le bilan annoncé la veille.

Selon des statistiques disponibles sur le site internet du ministère de la Santé, 497 décès, soit plus des deux tiers du total des morts recensées, se sont produits dans le département de l’Artibonite (nord), principal foyer de l’épidémie.

Quatre décès ont été recensés à Port-au-Prince, où vivent près de 3 millions de personnes, dont plus d’un million dans des tentes, dans des conditions sanitaires précaires, depuis le séisme du 12 janvier.

Par ailleurs, 11.125 malades ont été hospitalisés depuis la découverte du choléra dans le pays, ajoute le ministère.

Plusieurs centaines de personnes sont maintenant hospitalisées dans des centres de traitement du choléra (CTC) à Port-au-Prince où les autorités craignent une nouvelle flambée.

« Nous avons reçu de nombreux malades ces derniers jours à l’hopital public de la capitale, si cela continue à ce rythme nous allons être débordés très vite », a confié mercredi à l’AFP le docteur Yves Flambert, chef des maladies infectieuses de l’hôpital.

 

Haïti – Épidémie :

L’Artibonite à besoin d’au moins 1,200 sacs mortuaires
HAITI LIBRE – 11/11/2010 08:45:33

Haïti - Épidémie : L’Artibonite à besoin d’au moins 1,200 sacs mortuairesAction Contre la Faim (ACF), qui est aujourd’hui la seule organisation d’urgence dans le Haut Artibonite et dans le Nord Ouest fait savoir que face à la densité de population, à la psychose qui grandit dans la ville, aux risques multiples de contamination, à la taille et à la difficulté d’accès de certaines zones des départements de l’Artibonite et du Nord Ouest, il est urgent que d’autres acteurs spécialisés en eau, assainissement et hygiène se mobilisent dans ces zones.
L’épidémie se répand chaque jour un peu plus aux Gonaïves, agglomération de plus de 300,000 habitants : pour la seule journée du 8 novembre, 460 personnes se présentaient à la consultation de l’hôpital de Raboteau alors qu’ils étaient 360 la veille et 104 l’avant-veille. L’épidémie est en train de devenir hors de contrôle dans ces zones. L’ACF souligne que le focus de la communauté internationale sur Port-au-Prince et le bas Artibonite, même si il est important, est préjudiciable pour les autres zones touchées.
Dans l’Artibonite, au centre de l’épidémie, l’OCHA, la Minustah, le gouvernement et les partenaires humanitaires signalent qu’avec l’augmentation de la charge de travail, du personnel médical ayant plus d’expérience est nécessaires d’urgence ainsi que des fournitures médicales supplémentaires, dont au moins 1.200 sacs mortuaires selon un rapport officiel.
Malgré la présence active sur le terrain de la brigade cubaine, composé de 118 médecins, 78 infirmières et 56 autres personnes (techniciens de laboratoire et le personnel médical haïtien qui a été formé à Cuba), à laquelle s’ajoutent les ressources humaines importantes de Médecins Sans Frontières (MSF) et de Partners in Health, l’Artibonite et le Nord Ouest ont un besoin de plus de partenaires médicaux sur le terrain.
Avec des rapports de cas plus importants dans le département du Nord, l’UNICEF a fait savoir qu’un Centre de traitement du Choléra (CTC) avait été installé à Port-de-Paix. Des spécialistes sont en cours de déploiement pour fournir une assistance technique. Le pôle logistique a transporté six tentes, 1,000 litres de solution de Ringer au lactate, 200,000 sachets de sels de réhydratation orale sachets, du chlore pour la désinfection et 150,000 comprimés de purification de l’eau.
Alors que le gouvernement annonce quotidiennement des hausses importants des personnes hospitalisées, les chiffres de décès reste jusqu’à présent étonnamment « modérés » [contrôlés ?] dans ces annonces. Toutefois, il semble que lorsque l’on en est à prévoir au moins 1,200 sacs mortuaires seulement dans l’Artibonite c’est que la situation, est sans aucune doute plus importante que les 724 décès (bilan officiel – MSPP – au 9 novembre) comptabilisé depuis le 21 octobre 2010 (pour l’ensemble du pays…). La population à le droit de connaître la vérité sur l’épidémie. La santé de la population doit prendre le dessus sur la politique, et le gouvernement en assumer les conséquences politiques (s’il en a le courage, ce qui est loin d’être certain).

 

Haïti-Epidémie

Le choléra sème la mort presque partout : 643 décès et 10.000 cas d’infection

L’épidémie, dont la présence à Port-au-Prince inquiète au plus haut point, atteint avec virulence le Cap-Haïtien et les Gonaïves où des dizaines de morts ont été dénombrés en quelques jours

Radio Kiskeya / mercredi 10 novembre 2010

L’épidémie de choléra qui sévit depuis trois semaines en Haïti a pris mercredi une proportion encore plus alarmante avec un nouveau bilan de 643 morts et des rapports de presse faisant état d’un nombre de plus en plus croissant d’infection et de décès dans certaines villes de province.

Le ministère de la santé publique a confirmé que la maladie hautement contagieuse avait jusqu’ici causé la mort de 643 personnes et l’hospitalisation de 9.971 autres.

Ce qui représente une augmentation considérable par rapport au précédent décompte qui établissait à 583 le nombre de morts et à près de 9.000 les cas d’hospitalisation.

Le MSPP précise que pour la seule journée de mardi, 46 décès ont été enregistrés dans le département de l’Artibonite (nord) épicentre initial, avec le Centre, de l’épidémie.

A Port-au-Prince, où des centaines de milliers de sans-abri sont installés dans des campements de fortune depuis le séisme destructeur du 12 janvier, le choléra a déjà fait son apparition et causé la mort d’au moins un enfant à Cité Soleil (banlieue nord). 115 admissions ont été confirmées à l’hôpital Sainte-Catherine Labouré qui opère dans le vaste bidonville et dans d’autres établissements de santé.

Dans l’ensemble du département de l’ouest, 42 décès ont été recensés.

Des centres de traitement de choléra (CTC) étaient en cours d’installation à la capitale où une flambée cholérique est redoutée en raison des conditions infra-humaines dans lesquelles végète la majorité de la population.

La maladie représente aujourd’hui « un problème de sécurité nationale » avait averti mardi le directeur général du ministère de la santé, Dr Gabriel Timothée.

Repérée dans au moins cinq départements, la souche du choléra se propage très vite et a déjà causé 51 décès dans le nord, principalement au Cap-Haïtien (274 km au nord de Port-au-Prince), selon le directeur départemental de la santé publique. Le nombre de personnes infectées et ayant nécessité une hospitalisation dans la région se chiffre à 799.

Aux Gonaïves (Artibonite, nord), autre ville importante sévèrement touchée, le maire Adolphe Jean-François souligne qu’au moins une soixantaine de personnes étaient mortes en deux jours. Certaines ont rendu l’âme sans pouvoir atteindre l’hôpital.

« Des malades sont morts sur le chemin de l’hôpital, les cadavres sont enveloppés dans des couvertures et déposés près du cimetière de la ville », a confié M. Jean-François.

L’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), émanation régionale de l’OMS, a exprimé de vives inquiétudes face à l’évolution de la maladie et en se basant sur l’épidémie de choléra ayant frappé le Pérou, en 1991, elle a estimé que le pays pourrait compter jusqu’à 270.000 malades, au cours des prochaines années.

« Port-au-Prince est un bidonville étendu où les conditions sont très mauvaises en matière d’installations sanitaires et d’eau. Ce sont des conditions optimales pour une propagation rapide du choléra », a fait savoir le Dr Jon K. Andrus de l’OPS avant de conclure « nous devons nous tenir prêts ».

Outre les 300.000 morts du séisme et les centaines de victimes du choléra, Haïti a aussi enregistré, la semaine dernière, une vingtaine de morts, 6.000 sinistrés et d’importants dégâts matériels suite au passage moins violent que prévu du cyclone Tomas.

 

Haïti: les malades du choléra affluent dans un bidonville de Port-au-Prince

Clarens RENOIS (AFP) – 10/11/10

Photo 1 sur 4

                             

Des malades atteints du choléra à l’hôpital de Cité Soleil, le 10 novembre 2010 à Port-au-Prince, en Haïti

PORT-AU-PRINCE — Sur une civière ou en chaise roulante, des dizaines de malades affluent depuis deux jours au centre de santé de Cité Soleil, le plus grand bidonville de la capitale haïtienne Port-au-Prince, touchée à son tour par l’épidémie de choléra.

Une odeur de chlore flotte à l’entrée du centre. Et pour cause, les nouveaux patients, visiblement affaiblis, en sont aspergés avant d’être reçus par le personnel médical, des jeunes médecins et infirmières haïtiens qui assistent l’équipe de Médecins sans Frontières (MSF) qui gère le centre.

« On reçoit des cas chaque jour, le nombre augmente au fil des jours », assure Juliette Olivier, qui tente de réhydrater des malades étendus sur des lits spéciaux placés sous des tentes.

Elsie Joseph, 55 ans, vient d’arriver. Elle a été placée sous perfusion et commence à retrouver ses esprits. « Je venais juste de boire un verre d’eau quand j’ai commencé à ressentir une forte colique, ça a été le début de mon calvaire », raconte-t-elle.

« Nous essayons de stabiliser les malades qui arrivent avant de les répartir selon la gravité de leur cas dans des centres de traitement du choléra à Port-au-Prince », explique le Dr Raou Plancher.

Depuis le début de l’épidémie, mi-octobre, près de dix mille personnes ont été admises dans les hôpitaux et centres de santé du pays, le plus pauvre du continent américain. 643 personnes en sont mortes.

Et la peur a gagné les ruelles crasseuses du bidonville, jadis bastion des gangs armés, où l’insalubrité règne en maître.

Deux centres de santé ont été installés dans ce quartier de la capitale où vivent plus de 300.000 personnes et où la seule présence de l’Etat consiste en un commissariat de police planté au coeur d’un marché public en pleine rue.

Au moins une personne est morte du choléra à Cité Soleil et des centaines sont prises en charge dans les centres de MSF, a confirmé mardi le directeur général du ministère de la Santé publique.

Dans d’autres quartiers de la capitale, MSF mais aussi d’autres ONG prennent aussi en charge les malades qui arrivent par dizaines tous les jours, tout comme ils affluent à l’hôpital universitaire de Port-au-Prince.

« Nous avons mis en place un centre de triage des malades afin de diriger les cas de diarrhée sévère dans un espace que nous avons établi cette semaine, mais qui a été vite débordé », avoue le Dr Yves Lambert, responsable des maladies infectieuses à l’hôpital public de la capitale.

En quelques jours, les 20 lits ont été occupés par des personnes présentant les signes cliniques de la maladie. Deux décès ont été enregistrés.

« Une personne est décédée ici, l’autre a été récupérée dans la rue, nous ne savons pas encore si elles sont victimes du choléra, mais ça en a tout l’air », explique le Dr Lambert, qui se démène avec de maigres moyens pour éviter une propagation de l’épidémie.

« Si les cas de choléra continuent à augmenter à ce rythme, on va très vite être débordés. Il va falloir agir au plus près des communautés », recommande-t-il.

 

Haïti : Le choléra, le cyclone Tomas et les prochaines élections participent de la même matrice politique

Débat

Par Marc-Arthur Fils-Aimé * / ALTERPRESSE / jeudi 11 novembre 2010

Le tissu social haïtien qui s’est avéré très poreux lors des dernières catastrophes ne date pas d’aujourd’hui. Ce tissu social dont les premières pierres de son architecture ont été posées dès le lendemain de la proclamation de notre Indépendance en 1804 n’est devenu plus simplement que plus vermoulu. Cette situation résulte de la domination du mode de production féodalo – capitaliste rachitique qui entrave son évolution intégrale. Une minorité riche, issue de toutes les couches épidermiques et protégée par une couche sociale dirigeante réactionnaire et extravertie, en est la principale responsable. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 dernier, qui n’a fait que fragiliser davantage la condition de vie des masses populaires rurales et urbaines, a affermi notre conviction d’un État affaibli par des gouvernements successifs sans projets nationaux et appauvri par une bourgeoisie compradore. Ces deux forces publiques et privées sont assujetties à l’impérialisme français et surtout américain.

En effet, sur les ruines du séisme se sont greffés malheureusement trois grands évènements qui se chevauchent depuis quelque quinze jours sur la scène sociopolitique haïtienne. Ce sont la campagne électorale, le cyclone Tomas et une épidémie de choléra dont les premières victimes se recrutaient parmi des gens qui fréquentaient en amont le fleuve de l’Artibonite, près d’une base d’un contingent népalais de la Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation d’Haïti (MINUSTHA). En dépit du fait qu’ils se développent parallèlement, ces trois éléments dominants de l’actualité se rejoignent et s’entrecroisent dans le feu de la politique quotidienne. Ils participent de la même matrice systémique. Le vigoureux élan du gouvernement Bellerive et du président Préval qui a personnellement contribué à une réduction significative du nombre des décès réclame une petite mise au point. Cela démontre aussi l’indifférence générale et traditionnelle des dirigeants envers les masses sauf quand ils veulent les utiliser.

Les journées de la première fin de semaine des 4, 5 et 6 novembre derniers ont soulevé l’inquiétude de tout le pays. L’annonce du furibond Tomas ne pouvait laisser personne indifférent. Son passage dans le grand Sud et le grand Nord a causé beaucoup de dégâts matériels, enlevé la vie à au moins une vingtaine de personnes. Les dispositions prises par le gouvernement ont sans aucun doute limité les dommages en vies humaines. Mais pourquoi cette brusque impulsion du président Préval qui a accordé cette fois-ci une importance particulière et dynamique à ce fléau ? Tout indique que ce dernier a servi de prétexte pour mener une campagne électorale en faveur de son candidat, en l‘occurrence Jude Célestin. Avant, le pouvoir se contentait de constater les maux. Peut-on déceler le même opportunisme eu égard au choléra ?

Le choléra, surnommé maladie des mains sales, a atteint en premier lieu des personnes économiquement dépourvues qui s’abreuvaient dans un fleuve pollué par des alluvions de toutes sortes et d’autres déchets provenant de partout, de l’usine hydro-électrique de Péligre jusqu’aux jardins qu’il arrose. Cela est dû à l’absence pour toute la population d’une couverture nationale d’eau potable. Les dirigeants du pays n’ont plus de programme d’éducation d’hygiène publique pour prévenir ces genres d’épidémie. Ce manque indique bien la dégradation du système en son entier. Même si autrefois le service d’hygiène public ne fonctionnait pas à la perfection, mais au moins le souci était là et cela avait aussi donné d’appréciables résultats. C’est pourquoi en dépit du fait que les symptômes relèvent du domaine médical, le choléra ne peut être détaché du contexte politique global. D’ailleurs, il ne saurait être éradiqué sans des mesures publiques justes. Il nous sera en tout cas difficile de nous en protéger à l’avenir sans une étude de son origine et sans punir pénalement les coupables, le cas échéant. Il est clair pour tout le monde que cette maladie subite est venue de l’extérieur. Comment et par qui ? Sa létale expansion ne semble pas trop déranger les candidats à la présidence, ni ceux qui visent à occuper l’autre tiers du Grand Corps, ou la chambre des députés. Pourtant, les personnes affectées par la bactérie, sont victimes de ce système politique anti -populaire alors que seul l’aspect technique a retenu l’attention du discours dominant. La dépolitisation du choléra apaise la conscience des membres du gouvernement et de l’ensemble des classes dominantes.

Si le choléra surprend beaucoup, c’est surtout à cause de sa nouveauté dans le pays. Les porte- parole internationaux ont rapporté qu’Haïti a connu, il y a une centaine d’années, une telle épidémie. Ce propos est vite relayé par les autorités locales alors que tout au début de sa parution, elles parlaient de la première expérience nationale dans ce domaine. Deborah Jenson a écrit à propos de l’arrivée du choléra en Haïti : « Presque deux cents ans après son arrivée aux Antilles, le choléra a enfin franchi la barrière invisible d’Haïti, comme si quelque lwa des mers ou des barrières aurait échoué. » [1] Peut-être, la communauté internationale détient des documents que ces autorités ne possèdent pas.

Cependant, les élections qui sont l`autre élément fort de la conjoncture, ne constituent pas en soi un fait récent pour nous en Haïti. Elles ont accompagné tout au long de notre histoire la classe des grands dons et celle des compradors. D’ailleurs, même avant notre existence de peuple indépendant, du temps de la colonie, Toussaint Louverture en organisait pour envoyer des représentants en France. Les élections tendent à devenir depuis quelque vingt ans un exercice régulier dans la perspective de la modernisation du système. Le remue- ménage gouvernemental, toutes les fois qu’il ne remet pas en question le pouvoir oligarchique, s’identifie de plus en plus à la seule démocratie qui puisse exister selon le vœu du grand capital. « Jamais, en effet, on ne demande aux électeurs d’établir qui doit posséder quoi, ou de se prononcer sur les normes de management en vigueur sur leur lieu de travail. Inutile d’espérer que la sphère politique consente à étendre la démocratie à ces domaines relégués loin d’elle, en organisant des banques ‘démocratiques’ sous le contrôle des citoyens. [2] » Mais, de quelle démocratie parle-t- on ? Quelle est sa vraie nature ?

On n’a même pas besoin de s’accrocher à la définition classique du terme démocratie- le pouvoir du peuple par le peuple- pour démontrer que nous vivons actuellement non seulement en Haïti mais presqu’à travers le monde, un détournement de ce précepte. Les riches ont repris à leur faveur la victoire que des masses travailleuses rurales et urbaines ont gagnée de hautes luttes à travers l’histoire universelle. La ploutocratie mondiale avec l’imposition quasi-générale de la globalisation est parvenue à adapter les principes exclusifs d’autrefois du féodalisme à la modernité néolibérale. En ces temps-là, le peuple -ou la canaille- était exclu des élections parce qu’il était en guenilles, analphabète. La femme elle aussi, parce que du haut de la chaire des seigneurs, était carrément déclarée sexe faible. Aujourd’hui, ces masses en sont reléguées d’une autre façon pendant que cette démocratie les instrumentalise en de simples votantes et votants passifs, sans aucun pouvoir réel. Elles n’ont aucune prise sur leur propre gouvernement, voire sur les multinationales qui ont à leur profit subjugué ce dernier. « Il arrive, bien sûr, que les procédures démocratiques débouchent sur des conquêtes sociales. Mais, elles n’en demeurent pas moins un rouage de l’appareil bourgeois, dont le rôle consiste à garantir la reproduction optimale du capital. [3] »

Aujourd’hui en Haïti, nous assistons à une singerie de ces procédures démocratiques. Pourquoi les pays occidentaux veulent nous ajuster sur le plan politique et idéologique comme le font le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale sur le plan financier ? Pour répondre à ce modèle inapproprié, les candidats prostituent leur avenir et hypothèquent leur conscience à la recherche des fonds nécessaires pour répondre aux exigences des campagnes. De l’essence de la démocratie universelle, ne nous est-il pas possible de trouver un moyen pour organiser des élections qui répondent à notre niveau économique et aux conditions sociales de la population ? La réponse sera l’œuvre d’un pouvoir étatique se dotant de mesures adéquates pour sortir de la dépendance en tout.

La situation en Haïti ne présente pas une lecture différente de celle qui correspond à la situation d’une large portion de la planète. À peine entrée dans la course des élections dites libres, Haïti en est vite sortie par la force de l’argent. Autrefois, les militaires du temps de « la société des baïonnettes » pour user d’un des titres d’Alain Turnier, hissaient à la plus haute magistrature de l’État, un des leurs comme la rançon de leurs récurrentes batailles inter- factionnelles. Dans des farces électorales, ils nommaient en réalité les membres des chambres qui de manière indirecte, élisaient le président de la République. [4] « L’armée intérieure d’occupation à la suite de l’invasion américaine de 1915 » pour reprendre les propos de Jean Delille et de Jean-Pierre Alaux [5] manipulait, elle aussi, selon son gré les élections même si depuis 1950, le chef de l’État ainsi que les législateurs sont élus directement au suffrage universel. La succession d’appellations différentes – Gendarmerie D’Haïti (1916), Garde d’Haïti (1928), Armée d’Haïti (1947), et finalement Forces Armées d’Haïti (FADH, 1958) de triste mémoire, abolies dans une mesure drastique par l’ex- Président Aristide en 1995, ne changeait en rien la nature de cette force étrangère dirigée par des Haïtiennes et des Haïtiens [6].

Aujourd’hui, la démocratie est autrement pervertie. C’est l’argent qui règne en roi. L’ordre des choses est autrement perturbé. Nous nous posons des questions sur la valeur et la nature de la démocratie que d’aucuns croient avoir pris sa vitesse de croisière avec les élections en boucle. Plus qu’en 1990, la couche appauvrie et les masses populaires sont de plus en plus exclues des élections qui exigent à chaque joute plus d’argent. Qui peut financièrement participer à cette pollution d’affiches publicitaires très couteuses en faveur de l’un ou de l’autre des candidats ? A la source même, la constitution qui veut que l’on soit propriétaire d’immeuble et le Conseil Electoral Provisoire qui réclame de fortes sommes d’argent pour se faire inscrire aux différents postes électifs, éliminent la grande majorité des masses populaires. La marchandisation des votes et le lancement des slogans tout faits se substituent à la diffusion de programmes sociopolitiques et économiques. C’est pourquoi nous n’assistons à aucun vrai débat digne d’une campagne électorale qui intéresse des postes si importants. En outre, une violence sourde menace de contrarier le jour décisif du 28 novembre ou potentiellement d’une autre date du processus mis en branle et très largement financé par ladite communauté internationale.

Quel prétendant au prochain gouvernement a proposé de contrôler le prix des produits de première nécessité, ou de remettre en question la politique néolibérale ? C’est la seule condition préalable à la promotion de la production nationale. Quel aspirant au prochain exécutif a conçu un plan pour faire respecter les lois, notamment les prescrits du Code du Travail, pour restaurer l’autorité de l’État en général ? Celle-ci est descendue si bas que l’on ne parvient pas à fixer le prix des courses et le trajet des tap-tap ou à régulariser la conduite des motocyclettes.

L’absence d’un parti de gauche implanté dans les masses a laissé le terrain libre à la démagogie idéologique. Elle favorise ainsi largement la sécheresse des idées de ‘’cette démocratie de façade ou de basse intensité ‘’pour reprendre les paroles du professeur Camille Chalmers dans une conférence prononcée le vendredi 29 octobre dernier à la Plateforme haïtienne des Droits Humains(POHDH). Bien entendu, on ne peut imputer cette responsabilité aux fractions de droite et de l’extrême-droite qui mènent la danse sur le terrain. La solution dépend des dispositions concrètes des forces progressistes et révolutionnaires pour construire le Camp du Peuple. Qu’attendent-elles ?

Les Prochaines élections ne constituent pas un élan réel vers la démocratie où les citoyennes et les citoyens exerceront leur droit souverain, piétiné et humilié par des armes de l’impérialisme par l’intermédiaire d’une coalition de soldats de pays appauvris et exploités comme le nôtre. Ces élections corroborent le système obsolète, vieux de plus de deux cents ans, qui maintient la majorité paysanne dans des liens féodaux, qui inscrit Haïti dans la liste honteuse de pays à main d’œuvre à bon marché malgré la qualité de cette main-d`oeuvre internationalement reconnue. Pourtant, si les procédures démocratiques étaient respectées, les élections même bourgeoises modifieraient positivement la nature de la Chose publique haïtienne. Il faut de vrais partis politiques connus et reconnus pour que cette même première phase de la révolution démocratique bourgeoise se réalise. Le peuple doit savoir choisir de façon éclairée. Il a été maintes fois déjà victime du choix entre le pire et le moins pire.

…………

* Directeur de l’Institut Culturel Karl Levêque

[1] DeboraH Jenson est codirectrice de Haïti du Franklin Hope Institute(HHI) Duke University en Caroline du Nord aux États-Unis. Nouvelliste du vendredi 5 au dimanche 7 novembre 2010.

[2] Slavoj Zizek : Pour sortir de la nasse. Monde Diplomatique : no 680. Novembre 2010

[3] Ibidem

[4] Antoine Michel dans : Avènement du Général Fabre Nicolas Geffrard à la présidence d’Haïti : « A la date du 21 janvier(1859) il y avait beaucoup de Sénateurs à la capitale. Le comité permanent convoqua le sénat pour le 22 janvier…Le président du bureau provisoire, le baron P.F. Toussaint était assisté de D. Labonté, premier secrétaire et de D. Trouillot, deuxième secrétaire. Il exposa à ses collègues que l’objet de la convocation était de recevoir le serment constitutionnel du général de division Fabre Nicolas Geffrard’’ appelé à la dignité du Président de la République’’.

Aucun Sénateur ne pensa à lui demander à quelle époque il avait été élu. L’article 105 de la constitution prescrivait qu’au Sénat seul il appartenait de nommer le Président d Haïti. Cette nomination se faisait par élection au scrutin secret des deux tiers des membres présents de l’assemblée. » Les Éditions Fardin. Port-au-Prince. Reproduction 1981. Pages 122 et 123.

[5] Dans l’Avant-propos de : Quelle armée pour Haïti de Kern Delince.H.S.I- KARTHALA. P13

[6] Maurepas Auguste dans : Genèse d’une république héréditaire : « La désignation d’un duvaliériste à la tête de l’Armée puis à celle de l’État, renforçait considérablement le camp du sinistre petit médecin au point que le Conseil Militaire de Gouvernement que présida le Général Kébreau ne s’employa qu’à mettre en place l’appareil administratif destiné à assurer le triomphe total à l’urne du candidat. »

« Ils (les nombreux officiers) se représentaient le pays déboucher sur une situation pareille à celle qui prévalait sous le règne d’Estimé. On s’en souvient. Président de la République grâce à l’appui déterminant de Major Magloire, membre de la Junte Militaire du Gouvernement et Ministre de l’Intérieur, M. Estimé hypothéqua son règne en faveur de ce dernier, demeuré le seul maître à bord, jusqu’au moment où l’officier jugea opportun de se passer des services d’un Président qui ne serait pas lui-même. » Les éditions Fardin. Port-au-Prince, Haïti. Page310.

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