L’ESSENTIEL DE L’ACTUALITE – Mercredi 15 déc. 2010

15 Déc

Paris évoque un second tour à 3
HAITI LIBRE – 15/12/2010 14:23:57

Haïti - Élections : Paris évoque un second tour à 3Michèle Alliot-Marie, lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale à Paris, a évoqué afin de trouver une issue à la crise politique qui sévit en Haïti, la possibilité que le deuxième tour de l’élection présidentielle soit ouvert à trois candidats (Mirlande Manigat, Jude Célestin et Michel Martelly) et non deux comme initialement prévu « Il semblerait que juridiquement il serait possible d’avoir un élargissement du nombre des candidats »(1) lors du deuxième tour. Une position déjà émise dans les milieux diplomatiques.
Elle a revanche écarté catégoriquement la proposition faite par le candidat Michel Martelly d’organiser une nouvelle élection unique en janvier avec les 18 candidats « Il est essentiel que l’on arrive à tenir l’élection du 16 janvier dans des conditions incontestables » a souligné la ministre.
Bernard Valero, porte-parole de la ministre avait déclaré plus tôt que « les priorités actuelles étaient la vérification des procès-verbaux électoraux, et, pour les candidats, l’usage de leur droit de recours auprès du bureau du contentieux du Conseil électoral provisoire, conformément à la Constitution haïtienne ».
Les résultats définitifs (et/ou solution pour dénouer la crise) devrait être annoncés le 20 décembre.
(1) L’article 40.1 de la loi électorale prévoit en effet la possibilité d’un second tour avec plus de 2 candidats. L’article stipule « s’il y a égalité de voix entre plusieurs candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages au premier tour, ils participent tous au second tour ». Cette notion d’égalité semble être interprétable comme «des résultats très proches entre deux ou plusieurs candidats» puisque, contrairement à l’article 42, il n’est pas fait mention «d’égalité parfaite», donc le CEP peut probablement utiliser cette option de compromis.
Article 40.1
Si cette majorité n’est pas obtenue au premier tour du scrutin, il est procédé à un second tour dans les délais fixés par le Conseil Electoral Permanent. Les deux (2) candidats qui recueillent au premier tour le plus grand nombre de voix peuvent se présenter au second tour. Néanmoins, s’il y a égalité de voix entre plusieurs candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages au premier tour, ils participent tous au second tour.
Article 42
Au second tour, en cas d’égalité parfaite entre les candidats, l’élu est celui qui avait le plus grand nombre de suffrages au premier tour.

 

Haïti – Reconstruction :

La CIRH pagailles et contestations généralisées
HAITI LIBRE – 15/12/2010 14:04:15

Haïti - Reconstruction : La CIRH pagailles et contestations généraliséesLa quatrième réunion de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) qui s’est tenue hier à Santo-Domingo, réunissait environ 70 fonctionnaires et techniciens en provenance d’Haïti et de République dominicaine, les délégations des 26 pays membres, des représentants de l’Organisation des États Américains (OEA) et des représentants des Organisations Non Gouvernementales (ONG). Cette réunion qui devait commencer à 14:00 a débuté avec plusieurs heures de retard, elle a durée près de 7 heures pour s’achever tard dans la nuit, et a été l’occasion de violents affrontements verbaux, de critiques, de remise en questions, de doléance, d’incompréhension et de vives frustrations. Une réunion où le rejets des responsabilités semblaient plus importantes que la reconstruction d’Haïti.
Le président Leonel Fernández, après les salutations d’usages et les félicitations à l’ancien président américain pour son rôle dans l’aide à la reconstruction d’Haïti, a souligné l’importance d’avoir une stabilité démocratique et politique en Haïti. « il est impératif que les résultats des élections de cette Nation soit non seulement légitimes mais légitimés, ils doivent aussi avoir l’appui de la communauté internationale, mais aussi du peuple haïtien. Le Président Leonel Fernandez a déclaré que les trois grands défis auxquels fait face Haïti sont : la politique, le choléra et le développement économique.
Jean Max Bellerive n’ayant pas pu faire la voyage, a tenté d’assurer sa co-présidence par vidéo-conférence malgré les nombreux problèmes techniques de transmission.
La CIRH a approuvé 430 millions de dollars sur les 490 millions soumis. 60 millions de dollars pour former des enseignants n’ont pas été approuvé, parce que la France a refusé d’appuyer ce projet, n’étant pas convaincu de la viabilité du projet présenté. Les priorité évoquées à cette réunion concernaient l’enlèvement de 40% des décombres et la construction d’habitations pour 400 000 personnes sans-abri.
L’ancien président américain Bill Clinton a critiqué vigoureusement la lenteur de la reconstruction, rejetant la responsabilité sur les autorités haïtiennes qu’il a pressé d’accepter ses plans pour accélérer les choses. Il juge « totalement inacceptable » que seulement 40 % des débris devraient être enlevé en août prochain, soit 19 mois après le sésime. «Plus d’argent ou des méthodes différentes sont nécessaires » a-t-il affirmé.

S’adressant aux délégués haïtiens, il leur a demandé s’il ne serait pas possible que des projets de plus de 10 millions, entièrement financé, et correspondant au plan de reconstruction, soient approuvés par e-mail en vu d’accélérer le processus. « Nous aurions pu travailler sur ces projets d’habitations, entièrement financé, et il pourrait y avoir aujourd’hui des haïtiens au travail depuis deux mois, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui » a déploré l’ex-Président Clinton. Il a exigé une réponse des représentants d’Haïti à la réunion du mois prochain et menacé d’appeler chaque membre individuellement, si cela permet de faire avancer les dossiers. Il a de plus souligné, que dans le contexte des élections contestées, il est clair que la patience, dans certains milieux, commence à s’émousser avec le Président haïtien René Préval et son administration. Plusieurs fois au cours de cette réunion de près de 7 heures, Bill Clinton semblait lui aussi perdre patience…
Il a présenté un plan stratégique que ni l’ancien ministre de la Jamaïque James Patterson Percival, représentant du CARICOM sur la CIRH, ni les autres dignitaires n’ont été en mesure de lire en détail.
Le plan stratégique comprend des initiatives visant à améliorer l’infrastructure, la construction de logements, l’amélioration des formalités pour la création d’un marché hypothécaire, la construction de 250 écoles temporaires, la formation 5,000 enseignants, l’amélioration des services et la reconstruction de 40 hôpitaux. Augmenter l’accès à l’eau potable de 7% à 50% et de 10 à 20% l’accès à l’assainissement et a des latrines en conformité avec les normes internationales. Ce rapport mentionne deux dates en 2011 pour achever les travaux, Juin et Octobre.
James Patterson Percival a fait de vigoureuses critiques pour le manque de résultats de la CIRH. Rappelant que 7 mois après la formation de cette institution, des membres de la Communauté internationale et lui-même sont déçus du fait que les promesses faites, n’aient pas été tenues et qu’il n’y ait aucun plan précis pour la signature des contrats dans le cadre de la reconstruction d’Haïti. Il a notamment émis des objections et des doutes sur le plan et les échéances de Bill Clinton, en présence du Président Léonel Fernández. Il s’est plaint également de fonds disponibles bloqués sans être dépensé ou investi au bénéfice du peuple haïtien et le manque de transparence dans les procédures de sélections des projets promus par la Commission. Visiblement frustré, James Patterson Percival a quitté la réunion avant la fin, où tard après minuit la commission débattait toujours de la situation du choléra en Haïti…
Felippin Suze Percy, représentant exécutif d’Haïti, a lu un document au nom de 11 autres représentants du gouvernement haïtien, dans lequel il dénonçait le traitement discriminatoire et le manque de communication sur les projets, plans et autres mesures. Exprimant un sentiment de totale exclusion et de déconnexion sur ce qui se fait exactement. Il affirme que les membres du gouvernement haïtien siégeant sur la CIRH, sont exclus des décisions et qu’ils sont mal informés. La réalité a-t-il déclaré c’est que nous ne sommes pris en compte que pour ratifier les décisions de la Commission. Remettant en question le fonctionnement de l’institution et sur la manière dont les décisions, des représentants des gouvernements donateurs et des agences multilatérales, sont prises.
Jean Marie Bourjelly, un autre membre de l’exécutif, a reproché au co-président de la commission, Bill Clinton l’absence de réponse à des emails de demandes d’informations des délégués haïtiens. Ajoutant que les membres de la CIRH, qui ne sont pas en Haïti, doivent avoir accès aux informations, ce qui n’est pas le cas. Il reproche également au Directeur Exécutif, Gabriel Verret de ne pas répondre à ses emails.
Gabriel Verret, a reconnu l’existence de failles dans le processus de la CIRH, tandis que le Premier haïtien Jean-Max Bellerive, constatait le haut niveau de frustration dans le groupe en avertissant que les choses ne pouvait pas continuer ainsi…
La prochaine réunion de la CIRH est prévue pour fin Janvier, dans le calme espérons-le…

 

Vivement la tutelle pour Haïti

Michel Laliberté / CYBERPRESSE.CA / Mercredi 15 décembre 2010

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photo Jean-François Leblanc, ACDI

Perdons-nous notre temps (et nos centaines de millions de dollars) en Haïti? On se demande sérieusement comment les Haïtiens pourront un jour s’en sortir tellement les défis à relever sont immenses. Les faits sont implacables: ils sont incapables d’organiser des élections libres pour élire leur président, n’ont pas les ressources humaines et techniques pour reconstruire leur pays, et une culture étatique de corruption paralyse toute possibilité de connaître des jours meilleurs.

Mettre ce pays, le plus pauvre des Amériques, sous tutelle apparaît comme étant la seule solution possible et responsable.

Ce n’est pas facile de se faire dire qu’on est inapte à s’occuper de nos affaires et qu’on doit laisser quelqu’un d’autre le faire à notre place. On en est pourtant rendus là avec Haïti. Laisser leurs leaders aux commandes ne fera qu’empirer la situation pour des millions de leurs compatriotes, qui ont perdu femme, mari, enfants et maison lors du tremblement de terre en janvier dernier et qui vivent depuis dans des conditions exécrables. Ils attendent de l’aide, pas de faire les frais d’une lutte de pouvoir.

La communauté internationale a un devoir d’intervenir pour donner une chance à ce peuple de mettre fin à son calvaire. Jusqu’ici, les pays donateurs ont usé de diplomatie. Ils ont lancé des avertissements au gouvernement haïtien, invité les différentes factions politiques à garder la paix. Tout ça en vain. Ils doivent passer au plan B. La tutelle. Et peu importe ce qu’en diront les leaders politiques haïtiens.

La crise politique haïtienne nous montre à quel point le pouvoir rends malade ceux qui l’exercent. Dans un pays anéanti, dont les bases économiques sont dignes d’une autre époque, où vivent sous les étoiles des centaines de milliers de personnes avec aucun échéancier prochain pour leur construire un toit, où des milliers de personnes sont atteintes et sont mortes du choléra, où toutes perspectives positives sont une utopie, eh bien dans ce pays-là l’establishment politique orchestre des fraudes électorales pour garder le pouvoir ou le ravir des mains de ses ennemis. Malade, on vous dit.

Accepter la tutelle est un sacrifice impensable pour un peuple. On devient subordonné aux décisions prises dans des capitales ailleurs dans le monde. On abandonne son indépendance. Mais soyons sérieux; Haïti n’a d’indépendance que des mots dans sa constitution. Le pays vit de l’aide internationale depuis déjà trop longtemps. Et même avant le terrible drame qui a secoué l’île, rien n’indiquait que cette dépendance chronique était en voie de se résorber.

Les Nations Unies envoient des Casques bleus pour maintenir la paix dans certaines régions du globe. Par compassion pour Haïti et ses citoyens, les Nations Unies doivent les prendre en charge et amorcer une vraie reconstruction.

Les Québécois ont versé des millions de dollars pour porter secours aux sinistrés haïtiens, aux blessés, à leurs enfants. On aimerait avoir l’assurance que cet argent sert à aider le peuple haïtien. On a plutôt l’impression que nos dons sont utilisés pour maintenir les profiteurs du système politique haïtien en place et pour sécuriser leurs avantages. Nous a-t-on dupés?

Vivement la tutelle.

 

Haïti – République Dominicaine :

Lutte contre le choléra ou chasse aux haïtiens ?
HAITI LIBRE – 15/12/2010 15:57:27

Haïti - République Dominicaine : Lutte contre le choléra ou chasse aux haïtiens ?Le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) nous rapporte que des sources dignes de foi font état de chasse aux Haïtiens à Puerto Plata, Sosua et d’autres aires touristiques au Nord de la République Dominicaine. Deux camions circulent à longueur de journée à Puerto Plata à l’entrée comme à la sortie de la ville et se rendent dans les fortes communautés d’Haïtiens. Des agents de la migration dominicaine accompagnés de militaires stoppent des ressortissants haïtiens et leur intiment l’ordre de monter à bord sans même s’attarder à vérifier leur document.
Depuis le début de ces arrestations arbitraires, des responsables d’hôtel ont conseillé à leurs employés haïtiens même détenteurs d’un permis légal de résidence de demeurer à l’hôtel pour quelque temps au lieu de rentrer chez eux pour éviter d’être déportés à l’improviste, a indiqué une source proche des milieux touristiques. En outre, des Dominicains à la peau noire ont confié à des Haïtiens qu’ils se sentent aussi menacés par ces rafles et ne circulent plus sans leur cédula. Il faut rappeler que des cas de déportation de ressortissants dominicains pris pour des Haïtiens ont déjà été enregistrés en maintes occasions à la frontière, dans le passé.
Le 9 décembre 2010, le quotidien EL Nacional avait rapporté l’arrestation suivie de déportation de dizaines de commerçants haitiens à Banica, Pedro Santana, Hondo Valle, Sabana Cruz et dans d’autres endroits d’ELIAS PIÑA afin, disent les autorités, pour combattre la propagation du choléra en République Dominicaine.
Ces opérations avaient été menées conjointement par des Représentants du Ministère de la Santé Publique, de la Direction Générale de la Migration, du Ministère Public, des Forces Armées et du Corps Spécialisé de Sécurité Frontalière (CESFRONT). « Les autorités dominicaines ont délogé des commerçants haitiens durant des opérations réalisées dans des hôtels, des dortoirs, des résidences où ils passaient la nuit et dans leurs entrepôts de marchandises, en prévention du choléra », avait indiqué El Nacional.
Dans une récente note transmise à la presse, le GARR avait exhorté les responsables haïtiens à sortir de leur silence et se prononcer publiquement sur les abus et la discrimination croissante dont sont victimes des ressortissants haïtiens en territoire dominicain.

 

Préval obtient une nouvelle fois l’appui technique de l’OEA

RADIO METROPOLE / Mercredi, 15 décembre 2010 11:00

Le président haïtien René Préval et les conseillers électoraux s’évertuent à trouver des solutions à la crise électorale. Deux nouvelles missions techniques de l’Organisation des Etats Américains (OEA) sont attendues à Port-au-Prince ce mercredi dans le cadre des efforts pour vérifier les votes du premier tour.
Cette option, quoique rejetée par Mirlande Manigat, Michel Martelly et les observateurs locaux, est la principale préoccupation du chef de l’état. L’OEA a répondu avec célérité à une requête du président Préval et déléguera deux missions d’appui à l’organisme électoral haïtien décrié.
La première mission devra faciliter l’expertise du Centre de Tabulation des Votes et la seconde fournir une assistance légale durant la période de contestation. Les experts de l’OEA séjourneront en Haïti jusqu’à la publication des résultats définitifs du premier tour des présidentiels et législatives du 28 novembre.
Le communiqué ne fait pas mention de la commission spéciale de vérification. Les acteurs invités à participer à cette entité, dont les Etats-Unis et les observateurs nationaux hésitent à designer leurs représentants. On ignore si la nouvelle démarche vise à crédibiliser une nouvelle stratégie qui impliquerait uniquement les fonctionnaires de l’organisme électoral.
Les autorités gouvernementales et électorales prouvent ainsi leur détermination à publier les résultats définitifs du scrutin le 20 décembre prochain. L’OEA se présente désormais comme le principal partenaire du CEP, qui peine a obtenir la confiance des candidats et de la population.

 

Bill Clinton lance un appel au recomptage des votes
HAITI LIBRE – 15/12/2010 09:44:17

Haïti - Élections : Bill Clinton lance un appel au recomptage des votesAprès l’appel au recomptage des votes par les ambassadeurs lundi dernier, Bill Clinton a lancé hier, en République Dominicaine ou il co-présidait la 4 ème session de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), un appel pour un nouveau comptage des bulletins de l’élection présidentielle contestée en Haïti.
« Je pense que cette procédure devrait offrir au peuple haïtien le meilleur moyen d’accepter le résultat » à déclaré à la presse l’ex-président Bill Clinton « Nous avons besoin d’une vue objective de ce comptage » rappelant que les membres du Conseil Électoral Provisoire sont à l’origine de cette initiative.
Selon Bill Clinton, une présence internationale plus importante est nécessaire pour surveiller le nouveau comptage des voix afin que le peuple haïtien puisse faire confiance aux résultats et que le monde soit capable de soutenir le gouvernement pour reconstruire le pays.  « Cela rend beaucoup plus facile pour moi d’agir pour que les donateurs honorent leurs engagements, […] et à long terme, cela rend plus facile d’obtenir la venue de nouveaux investisseurs, que les gens travaillent et créent une nouvelle économie ».
Rappelons que 2 des 3 candidats vedettes (Mirlande Manigat et Michel Martelly) refuse de participer à ce recomptage.

 

Haïti. 4×4 et barbelés

Faits de société par Marc Mahuzier, Ouest France, mercredi 15 décembre 2010Voitures du Programme des Nations unies pour le développement à l'entréedu camp des Casques bleus, à Port auPrince.

Voitures du Programme des Nations unies pour le développement à l’entréedu camp des Casques bleus, à Port au Prince.

Rencontre avec l’écrivain Lyonel Trouillot, ce dimanche matin. Puis, lundi, avec l’avocat Osner Fevry. Deux hommes que tout oppose, mais qui partagent la même exaspération : Haïti ne s’appartient plus. Il est aux étrangers qui l’ont dépossédé de sa souveraineté.

Mieux vaut un Haïti sans aide, qu’un Haïti occupé

Lyonel Trouillot habite une petite maison dans le quartier populaire de Delmas. Il a sans cesse une cigarette aux lèvres, éteinte le plus souvent. « Je les achète à l’unité aux petits marchands ambulants. Ca me donne l’occasion de discuter, de savoir ce que pense la rue », me confie-t-il. C’est aussi un moyen astucieux pour faire baisser sa consommation de nicotine, mais il ne le dit pas.

Pendant l’entretien, il me parle de son métier de prof – il enseigne à l’école normale supérieure – et de la condition d’enseignant en Haïti. L’instruction est presque toujours payante. Cela peut très bon marché, mais il faut donner quelquechose. Certains, quand même, vont dans les écoles publiques, les « borlettes » qui sont gratuites. « Borlette, ça veut dire loterie. On dit ça parce qu’on ne sait jamais ce qu’on va y apprendre », m’apprend en rigolant Gawoulé, mon guide haïtien. Un prof haïtien gagne une misère (à Normale, Trouillot dit qu’il se fait 200 dollars par mois), « Il enseigne jusqu’à 40 heures, 50 heures par semaine, quelquefois dans quatre ou cinq écoles différentes. Là, le Français. Là, l’histoire… Et pas de retraite : ici, on arrête quand on meurt ».

Lyonel Trouillot est sans appel quant à la présence des étrangers dans son pays. Son avis se résume facilement : qu’ils partent tous. Mieux vaut un Haïti sans aide, qu’un Haïti occupé.

Une «république des ONG»

Osner Fevry est plus mesuré. Tiré à quatre épingles, cet avocat au verbe plein d’éloquence habite une belle demeure dans le quartier chic sur la route de Kenscoff. Il dénonce la « république des ONG » et réclame qu’une vrai politique de coopération avec son pays remplace l’actuel assistanat.

Les ONG. Elles font très souvent un boulot admirable. J’ai rencontré Action contre la Faim qui distribue de l’eau et a dû sauver des milliers de vies, menacées du choléra. Je connais le dévouement des gens de Médecins du monde ou de Médecins sans frontières. D’Handicap international… Je ne vais pas les citer toutes, il y en aurait plus de dix mille en ce moment en Haïti. La population sait ce qu’elle leur doit. Au plus fort des manifs de la semaine dernière, une femme, voyant que j’étais un Blanc, m’a dit : « Sans vous, les étrangers, qu’est ce qu’on serait devenus après le tremblement de terre ? Préval (le président d’Haïti), il n’a rien fait ! »

Mais à Port au Prince, on croise tant de 4×4 tout neufs aux sigles des organisations ! Leur niveau de vie est à cent lieues au dessus de celui du Haïtien de base. « Ils vont dans les bons restaurants et boivent. Ils habitent dans des villas qu’ils paient des milliers de dollars », me dit Jonas, mon chauffeur.

Un endroit suscite particulièrement l’agacement: le grand camp de l’Onu situé près de l’aéroport. Il abrite les casques bleus de la Minustah, pas très populaires, surtout depuis que l’on sait que ce sont des soldats népalais qui ont importé le choléra. Et aussi l’Unicef, le Programme des nations unies pour le développement… Les locaux de ces agences humanitaires dans Port au Prince ont été « écrasés » par le tremblement de terre. Elles se sont toutes rassemblées là.

Ce camp est une ville dans la ville, avec cafétarias, bureaux climatisés et une clinique bien équipée. J’y suis allé hier, en curieux, avec Gawoulé. On nous a virés: sans badge, impossible de franchir l’enceinte protégée par un haut mur et des barbelés.

 

«C’est Martelly ou la guerre civile en Haïti!»

Par Thierry Jacolet, La Liberté / swissinfo.ch / 15 décembre 2010 – 05:57

Les partisans du candidat éliminé Michel Martelly expriment leur colère dans la banlieue de Port-au-Prince.

Les partisans du candidat éliminé Michel Martelly expriment leur colère dans la banlieue de Port-au-Prince. (Keystone)

Après le séisme et le choléra, c’est maintenant une crise politique qui plonge un peu plus Haïti dans le chaos. Les partisans du candidat éliminé, le populaire Michel Martelly, sont chauffés à blanc. Les expatriés suisses, eux, fuient vers la République dominicaine voisine. Reportage.

Charles est au chômage forcé. Ce peintre d’une quarantaine d’années semble égaré au milieu des manifestants descendus dans les rues de Pétionville, une banlieue de Port-au-Prince. Il vient de perdre tous les tableaux qu’il avait accrochés sur un mur aux abords de la place Saint-Pierre.
Six mois de travail réduits en cendres. Les émeutiers et les forces de l’ordre sont passés par là. «Tout a brûlé, mes peintures, mes tubes, mes pinceaux. Et je n’ai pas l’argent pour racheter du matériel. Mais il y a plus grave», relativise l’homme, en désignant les manifestants qui tiennent la rue noire de poussière: «Les gens sont en colère car les élections ont été truquées.»
Le résultat est une «farce»
Aucun doute pour lui et tous les autres partisans de Michel Martelly, candidat éliminé mardi dernier au premier tour des présidentielles: le résultat du scrutin est une «farce» et doit être annulé. Et le recomptage des suffrages du premier tour des présidentielles des trois premiers candidats, qui est en cours, n’y changera rien. D’ailleurs, le Conseil électoral provisoire (CEP), qui s’en charge avec des observateurs étrangers, n’a pas de légitimité au dire des manifestants. Michel Martelly et la candidate Mirlande Manigat, qui a fini en tête des votes, l’ont répété ce week-end: ils n’accepteront pas le résultat de cette procédure qui devrait tomber prochainement. Une commission sans précédent dans l’histoire politique du pays.
Le recomptage a fait tomber d’un cran la tension depuis vendredi. Les manifestants en ont profité pour recharger les batteries après trois jours d’émeutes. Les habitants se sont précipités dans les marchés à nouveau en activité pour faire des provisions de nourriture, d’eau, de carburant et autres produits de première nécessité, en prévision de la reprise des troubles. De longues files d’attentes annonçaient la réouverture pour la première fois depuis mardi des commerces, banques et stations-service. Même les routes de la capitale, noircies par les pneus brûlés, ont été dégagées.
Le feu couve

Port-au-Prince est ainsi sorti provisoirement de sa paralysie, même si l’aéroport est encore fermé. Mais le feu couve. Samedi soir encore, des centaines de sympathisants du chanteur Martelly sont descendus dans les rues de Pétionville. Beaucoup d’observateurs redoutent que le pays ne s’enfonce un peu plus dans la violence à l’issue du recomptage. Martelly pourrait ravir la seconde place à Jude Célestin qui l’a battu d’un cheveu mardi. Ce serait alors au tour des sympathisants de Jude Célestin, le candidat du pouvoir, de mettre le feu à la ville. Ils en ont donné un aperçu la semaine passée, lors de violents affrontements avec les partisans de Martelly. Sans oublier qu’eux ont des armes à feu.
Pas de quoi effaroucher les supporters du chanteur. «Si Martelly n’est pas président, Haïti va brûler en cendres!», décoche Linda, une des rares femmes parmi les manifestants. «On a besoin de lui pour avoir de la nourriture, du travail et des écoles.» Le chanteur cristallise tous les espoirs de changement d’une population livrée à elle-même, désœuvrée et sans travail. Aveuglée aussi. «Cette population est manipulable, notamment par la rumeur. Elle n’a rien à perdre», observe Jean-Claude Denis, haïtien établi à New York. Les cris des manifestants en témoignent. «C’est Martelly ou rien! Martelly ou la guerre civile!», s’emportent Wisner, 24 ans, cagoulé, et toute une grappe de jeunes. «C’est un homme bien et pas un voleur comme tous les autres candidats. On va écraser le pouvoir politique.»
Un candidat neuf

Le populaire «Sweet Micky» n’a justement jamais participé au pouvoir. Un atout, à entendre les manifestants. «Il ne vient pas de la politique, à l’inverse des autres candidats. Il est neuf, les autres sont corrompus. Le président Préval et ses acolytes comme Célestin symbolisent les malheurs du pays.» Les avis sont radicaux à Pétionville. Pas étonnant, cette commune est le fief du chanteur.
Quelques-uns sont moins catégoriques. Ainsi Michel Losewald, qui regarde d’un air détaché des jeunes brandir des affiches de Martelly, sur lesquelles on peut reconnaître sa boule à zéro et les mots «Tete calle» (tête d’œuf). «Ils ont de l’humour», glisse le maire des Chardonnières, à l’ouest du pays. Candidat à la députation pour le parti de gauche Veye-yo, Michel Losewald est venu défendre son vote dans la rue, pacifiquement: «J’espère que l’on respectera le scrutin populaire pour Martelly. C’est l’homme qui nous aidera à sortir de la crise. Comprenez que les gens ne veulent plus de leur condition de vie. Ils ne vivent pas comme des êtres humains, ils sont dans la crasse!»
L’odeur de la misère

Sous son nez, 2000 sinistrés du séisme du 12 janvier s’entassent dans un amas de tentes, en plein milieu de la place Saint-Pierre. Ils vaquent à leurs occupations à la première accalmie. Les violences urbaines font partie de leur quotidien. Une odeur crasse de pneu brûlé et de déchets flotte dans le quartier. Saint-Pierre pue la misère du monde.
Et comme si cela ne suffisait pas, les autorités redoutent une explosion des cas de choléra. On en aurait presque oublié l’épidémie avec les troubles actuels. Les gens ont négligé les règles élémentaires d’hygiène, en buvant et mangeant sans précaution. «De plus, le blocage des routes entrave l’accès aux soins, rendant difficile le déplacement du matériel, des patients et du personnel sanitaire. Nous avons eu moins d’admissions dans nos dispensaires», relève François Zamparini, coordinateur général de Médecins sans frontières Suisse en Haïti. Près de 220 personnes sont mortes jusqu’à présent.
Des Suisses fuient Haïti

Cette crise politique n’est pas sans conséquence sur les expatriés en Haïti. La frontière avec la République dominicaine était bien fréquentée ce week-end. Nombreux sont les étrangers à avoir fait leurs valises en prévision du regain de violence annoncé pour ce début de la semaine, à l’issue du comptage électoral. Humanitaires, journalistes, personnel d’ambassade ont fui durant le week-end. L’aéroport étant paralysé, ils ont regagné la République dominicaine via la route. Plusieurs expatriés suisses ont ainsi pris la route, tels que l’ambassadeur de Suisse à Haïti Urs Berner.
Et qu’en est-il de ceux qui sont restés? Les 140 résidents suisses permanents, dont une trentaine de membres d’ONG, sont en sécurité. «En tout cas, il n’y a pas de problème pour ceux qui se sont annoncés», rassure Urs Berner. «Les gens savent qu’il faut rester à la maison quand survient ce genre de situation.» L’ambassade suisse a envoyé un courriel aux résidents permanents il y a deux semaines pour leur expliquer le comportement à adopter face au choléra et pour leur conseiller de faire des provisions en prévision d’éventuelles manifestations. Pour Urs Berner, «ces troubles montrent les difficultés pour aller de l’avant avec la reconstruction».
De son côté, le Département des affaires étrangères n’a pas émis de nouvelles recommandations. «La situation actuelle au plan de la sécurité apparaît comme passagère et ne requiert dès lors pas une modification de ces conseils», relève la porte-parole Carole Waelti. Les ONG suisses souffrent aussi de la situation, les transports de personnel et de matériel sont difficiles. «Nous avons dû limiter les déplacements», confirme François Zamparini, de Médecins sans frontières Suisse en Haïti. «Des dispensaires ne sont pas accessibles. Nous avons pu anticiper en les approvisionnant à l’avance.»

 

La BID et l’Espagne donnent 20 millions de dollars à Haïti pour combattre le choléra

Des infrastructures sanitaires pour prendre en charge le traitement des malades seront mises en place sous la direction du MSPP

Radio Kiskeya / mercredi 15 décembre 2010

La Banque interaméricaine de développement a annoncé mercredi l’attribution, conjointement avec l’Espagne, d’un don de 20 millions de dollars à Haïti pour l’aider à combattre le choléra, à l’origine de plus de 2.400 décès depuis la mi-octobre, selon un communiqué de l’institution multilatérale rendu public à Washington.

Cette enveloppe permettra la création d’un réseau de 2.000 postes mobiles de réhydratation, de 190 unités de traitement et de 10 centres spécialisés dans le traitement des malades dans les zones les plus touchées de Port-au-Prince.

Le ministère de la santé publique assurera la gestion de ces équipements.

Des 20 millions de dollars accordés à notre pays, la BID fournira un montant de 15 millions et un fonds espagnol une contribution de cinq millions.

Selon le dernier bilan des autorités sanitaires haïtiennes, 2.405 personnes ont été tuées et 109.196 autres hospitalisées depuis le début de l’épidémie, il y a deux mois.

 

Mirlande Manigat culpabilise le CEP dans la crise post-électorale

Celle qui a remporté le premier tour contesté du scrutin présidentiel serait prête, si elle succède à René Préval, à partager le pouvoir avec d’autres partis et à chercher un accord avec les partisans de ses principaux rivaux, Jude Célestin et Michel Martelly

Radio Kiskeya / mardi 14 décembre 2010

La candidate Mirlande Manigat, vainqueure du premier tour des présidentielles très controversées du 28 novembre, a attribué la détérioration de la situation post-électorale à une « crise de confiance » de la population vis-à-vis du Conseil électoral et s’est déclarée prête à gouverner avec d’autres partis en cas de victoire.

« Maintenant, nous sommes dans une situation qui n’a aucun type de relation ni avec la constitution, ni avec la loi électorale », a fait remarquer dans une interview à AP la démocrate-chrétienne avant de poursuivre « j’aimerais voir mon pays s’orienter vers une véritable démocratie et personnellement toute cette situation me préoccupe ».

Consciente de la potentielle atmosphère de crise dans laquelle elle pourrait accéder au pouvoir, si elle devait l’emporter, Mme Manigat se montre disposée à trouver un accord avec les partisans de ses rivaux Jude Célestin et Michel Martelly. Un tel pacte n’impliquerait pas nécessairement les deux candidats eux-mêmes, souligne-t-elle.

Très critique envers le CEP, la secrétaire générale du Rassemblement des démocrates nationaux progressistes croit qu’il souffre d’un déficit de crédibilité aujourd’hui presqu’insurmontable.

« Personne n’a confiance dans le CEP. Personne en Haïti », dit-elle expliquant les raisons pour lesquelles elle a refusé d’intégrer la commission chargée de vérifier les résultats des élections.

« Je ne pouvais pas accepter cette proposition, il n’y avait aucune précision sur le lieu de rencontre de la commission, ses modalités de fonctionnement, sa composition, etc, etc ».

Mirlande Manigat ne cache pas non plus sa surprise d’avoir été invitée à rejoindre la commission par courrier électronique. L’e-mail lui a été envoyé sur son compte universitaire à cinq heures du matin, déplore la professeure de droit constitutionnel.

« Dans mon opinion, ça a été une mauvaise manière de communiquer avec quelqu’un qui est une candidate et potentiellement la prochaine Présidente d’Haïti », a jugé Mme Manigat qui a recueilli 31% des voix au premier tour d’un scrutin présidentiel dont l’organisation chaotique, le 28 novembre, a précipité le pays dans une grave crise électorale sur fond de violences politiques.

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