L’ESSENTIEL DE L’ACTUALITE – Jeudi 16 déc. 2010

16 Déc

Haïti, le désastre de l’aide humanitaire

MALIWEB / Nouvelle République, 17/12/2010

Dix mois après le tremblement de terre, Port-au-Prince est toujours en ruine. Malgré les 11 milliards d’aide internationale, rien n’a été fait !

Un échec du pouvoir haïtien et de communauté internationale, en premier lieu, des Etats-Unis.

Sur les pentes raides du quartier de Canapé-Vert, des dizaines de milliers de personnes vivent sous des bâches. Quelques citernes d’eau, des latrines qui débordent, des conditions d’hygiène effroyables et des décombres qui bloquent encore les rues. Partout, des bidonvilles précaires ont surgi, remplaçant ceux qui ont été rasés par le séisme. Il en est de même à Pétionville. Refuge traditionnel de l’élite, ce quartier est envahi de camps. Des milliers de personnes vivent sur ses principales places. Dans ce qui fut le parc Sainte-Thérèse, l’ancien terrain de foot est devenu un camp où les tentes se serrent les unes contre les autres. Deux mille cinq cents individus, quatre douches hors d’usage, une dizaine de points d’eau pas toujours alimentés et des WC saturés.

     En sillonnant les ruines de Port-au-Prince, il faut s’indigner, crier même. Une ville détruite à 80 %, 2,5 millions d’habitants, et partout, des tentes, des bâches, des cahutes de planches ou de tôles. Un immense bric-à-brac, parfois organisé dans des camps qui regroupent jusqu’à 50 000 personnes, ou sauvagement improvisé. Survivent ainsi 1,3 millions de personnes entre décombres, misère et abandon.

     Dévasté par le tremblement de terre du 12 janvier (250 000 morts, 300 000 blessés), Port-au-Prince n’est qu’une plaie. Personne ne peut s’y habituer et ses habitants le font savoir : leur situation est insupportable, la répétition des malheurs sur ce bout d’île (cyclone, séisme et maintenant choléra) ne saurait aider à banaliser l’intolérable.

       «  Je n’ai plus rien », note Marcel Désiré, qui vit avec sa femme et ses deux enfants sous un fatras de bâches. A côté, quelques tentes peuvent encore faire illusion : des meubles, une couverture qui sert de cloison pour séparer deux espaces. Mais, sous ses bâches, Marcel n’a rien sauf un coffre, quelques bassines et un petit réchaud à charbon de bois. « Depuis quatre mois, les ONG ne passent plus, nous n’avons plus d’aide, et chacun ici veut partir, mais pour aller où ? » Kirline, voisine de camp, tente de se débrouiller et de nourrir ses deux enfants en vendant des sodas sur le trottoir qui borde le camp. « Ça ne marche presque plus, dit-elle, les gens ont épuisé leurs réserves, ou gardent leur argent pour partir. »

Plus de services de base

Partir. Partout, les gens en parlent, cherchent et hésitent. Le choléra a fait 1 000 morts en moins d’un mois. L’épidémie galope dans Port-au-Prince et s’installe dans les camps où la promiscuité, le manque d’hygiène, de services de base et d’eau potable sont autant de bombes à retardement. Paradoxe : cela peut être encore pis ailleurs ! « Il y a un minimum de structures et de surveillance sanitaire dans les grands camps, explique Stefano Zanini, chef de mission de Médecins sans frontières à Port-au-Prince. Ce ne sont pas les lieux les plus dangereux. Notre inquiétude porte plutôt sur  les innombrables campements improvisés, sur tous ces gens qui vivent dans les dénombres. »

      Avec le choléra a surgi un pays réel, fort éloigné des communiqués officiels, des rapports d’experts et des déclarations lénifiantes de responsables. Que découvre-t-on ? Que le business de l’eau potable à Port-au-Prince en interdit l’accès à la majorité des gens. Qui peut payer 1€ pour un seau d’eau, dans un pays où les  deux de la population vivent  avec moins de 1 € par jour. On se débrouille, avec de l’eau sale puisée dans les ruisseaux, les citernes d’eau  de pluie, les camions d’eau dite « propre » mais pas pour autant potable.

     Que découvre-t-on encore ? Que des villes entières, de plusieurs dizaines de milliers d’habitants, ne disposent pas de réseau d’eau, pas plus de tout-à- l’égout, toujours pas de système de collecte des eaux usées et encore moins d’un ramassage des ordures. Où sont les services de base ? Il n’y en a pas dans un pays où l’Etat prédateur n’a jamais investi et où le séisme a achevé de détruire le peu qui existait.

     «  C’est un immobilisme total. Le temps s’est arrêté, nous sommes toujours le 13 janvier, dit Stéphane Pierre-paul, rédacteur en chef de l’une des principales radios du pays, Radio Kiskeya. Il y a comme une volonté de prendre la population en otage, de la tenir par les tripes. Mais il y a aussi l’immobilisme de l’appareil, d’un Etat détruit et incapable de trouver des réponses efficaces. »

    Port-au-Prince et Haïti se trouvent tout entiers résumés au Champ-de-Mars. Autour de cette immense place centrale de la ville se font face le palais national – siège de la présidence de la République -, toujours en ruine, et un gigantesque camp où vivent entre immondices et rigoles nauséabondes probablement 20 000 personnes. Deux personnes ici sont déjà mortes du choléra . Le cadavre d’une vieille femme a été retrouvé abandonné, en état de décomposition avancé, au fond d’une tente.

       La ville devrait être un chantier. Elle est une décharge. Et partout la question est la même : pourquoi rien ou presque n’a-t-il été fait ? Elle s’adresse moins à l’Etat haïtien, détruit et paralysé par les luttes politiques qui doivent conduire aux élections présidentielles et législatives du 28 novembre, qu’aux Etats-Unis et à la communauté internationale. Haïti est un pays sous tutelle : 70 % de son budget est assuré par les dons de la communauté internationale. Médecins sans frontières constitue désormais l’ossature médicale du pays. Les grandes ONG ou agences américaines assurent l’essentiel.

       Alors pourquoi ? Pourquoi les 11 milliards de dollars de l’aide internationale montant convenu lors de la conférence des donateurs en mars – n’ont-ils pas été débloqués, injectés dans les travaux de reconstruction, d’infrastructures ? Pourquoi est-il même impossible de garantir un approvisionnement minimal de la population en eau potable ? Fin juin, un rapport de mission auprès de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain tirait déjà la sonnette d’alarme. Oui, la phase de secours d’urgence a été correctement menée, assurait-il, mais «  des signes inquiétants montrent que la reconstruction est à l’arrêt ».

      Il y a d’abord les biais et astuces de l’aide et des dons. Quarante pour cent des fonds américains ont servi à payer… l’armée américaine qui a envoyé 20 000 marines pendant quatre mois sur l’île. En février, Nicolas Sarkozy proposait que la France reconstruise à l’identique le palais national. Quand les travaux furent évalués à 120 millions d’euros… la promesse fut enterrée au plus vite.

      Mais le principal est ailleurs, dans la mise en place d’une bureaucratie inefficace. La reconstruction, ce devait être la tâche de Bill Clinton et de Jean Max Bellerive, Premier ministre haïtien : les deux  hommes dirigent la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti. A eux de gérer les fonds  des donateurs, de fixer les priorités et les urgences, de choisir les projets. Ses pouvoirs sont limités, ses missions sont floues, et les donateurs ne sont pas d’accord entre eux…. « Il est urgent qu’elle devienne pleinement opérationnelle », note le rapport au Sénat américain. Un diplomate européen à Port-au-Prince complète : « C’est du grand n’importe quoi ! Nous recevons des dossiers qui font trois pages. La commission peut dire oui, et ensuite ? Il faut des relais, des appels d’offres, des maîtres d’œuvre, une puissance publique. Or, rien de cela n’existe. »

« Haïti est un laboratoire des erreurs de l’aide humanitaire, avec une somme de stratégies qui n’ont rien produit. » Michaelle Jean envoyée de l’Unesco

       L’argent est là. Inutilisé, tandis que les Etats-Unis , qui avaient pris le contrôle de l’aéroport et du port au lendemain du séisme, ont repris leurs pires habitudes : traiter directement avec les ONG plutôt qu’avec l’Etat, inonder le pays d’une aide alimentaire qui détruit l’agriculture, laisser les agences intervenir sans coordination. Il y a quelques mois, un autre diplomate européen résumait la stratégie américaine en Haïti : éviter  que la catastrophe ne déborde en Floride, à moins de deux heures d’avion. « Ils n’ont qu’une mission, être en mesure de prendre le contrôle du pays en quelques heures pour éviter boat people, tueries, etc »

      L’ONU, qui a pourtant perdu des centaines d’hommes dans le séisme, a également repris ses mauvaises habitudes : lenteur des décisions, coordination difficile avec les ONG, projets non suivis, priorités peu ou mal fixées. L’exaspération des Haïtiens se tourne vers la communauté internationale. De premier affrontements ont eu lieu avec la Minustah, cette force internationale de 14 000 hommes présente dans le pays depuis 2004 et vécue comme étant une force d’occupation. Pis, elle est désormais fortement suspectée d’avoir déclenché l’épidémie de choléra en ayant, début octobre, incorporé des soldats népalais porteurs de la maladie !

      Depuis bientôt vingt ans, Etats-Unis comme ONU s’essayent au nation building en Haïti. Depuis vingt ans, le pays sombre. Haïtienne, ancienne gouverneur générale du Canada, Michaelle Jean vient d’être nommée envoyée spéciale de l’Unesco à Port-au-Prince. Son premier discours fut un réquisitoire contre une aide internationale alimentant  gabegie, assistance et corruption. « Haïti est devenu un immense laboratoire de toutes les expériences,  de tous les essais et erreurs de l’aide, avec une somme de stratégie lacunaires qui n’ont jamais rien produit, rien réalisé de réellement durable », dit-elle. C’est aussi ce que disent, à leur manière, les bidonvilles de Port-au-Prince.

PAR NOTRE ENVOYE SPECIAL A PORT-AU-PRINCE, FRANCOIS BONNET/ MEDIAPART

 

Les Haïtiens sont fatigués

Marc Mahuzier / FRANCE OUEST / jeudi 16 décembre 2010

  • Des tas d'ordures en pleine ville. Et tout à côté, des marchands ambulants.

    Des tas d’ordures en pleine ville. Et tout à côté, des marchands ambulants.

DE NOTRE ENVOYE SPECIAL

Dix jours de reportage à Port-au-Prince, et déjà, l’aéroport, le retour en France.

Finalement, je n’ai pas quitté la capitale de tout mon séjour. Avec les événements politiques, il a été difficile de se déplacer. J’ai été obligé d’annuler un aller-retour à Léogane, l’épicentre du séisme, situé à une heure de voiture – ou deux heures, car les bouchons sont souvent monstrueux dans cette ville qui ne compte que quelques artères, vite obstruées à midi et en fin de journée.

D’un pays aussi éprouvé qu’Haïti, on revient le cœur gorgé d’émotions, comme une éponge, la tête pleine de souvenirs. On ne choisit pas lesquels. La mémoire opère un tri qui a forcément un sens.

Spontanément, je pense au petit chat de l’hôtel. Une ombre de matou, gros comme un moineau. Là ou l’homme peine à vivre, c’est comme une loi : les chats, les chiens sont tous maigres. Et craintifs.

Les habits ont l’air de toujours sortir de la lessiveuse

Me viennent des images de la crasse de Port-au-Prince. Sa pollution, surtout. Les gros 4×4 qui sautent sur les chaussées défoncées, les camions qui fument comme des cheminées d’usine. Les dépôts d’ordures en pleine rue, avec des cochons, des chèvres en liberté. Et la suie grasse qui a sali jusqu’aux feuilles des arbres après les manifestations de la semaine dernière et ses milliers de pneus incendiés.

Je me souviens combien m’a étonné l’extraordinaire propreté des Haïtiens. C’est miraculeux : les habits ont l’air de toujours sortir de la lessiveuse. Cela vaut pour les hommes et les femmes. De toutes conditions. Et les enfants- surtout les enfants -, les écoliers que l’on croise le matin, petites filles en robe et socquettes blanches, jeunes garçons habillés aux couleurs de leur école.

«Qu’est ce que je peux faire d’autre ?»

J’entends la voix de Gawoulé, mon guide, me disant: « On a eu le tremblement de terre, les cyclones, le choléra, les émeutes. Vraiment, les Haïtiens sont fatigués ». Et celle, très douce, très lasse, de cette femme rencontrée dans un camp de déplacés où comme ailleurs, on ne mange pas à sa faim depuis que le gouvernement a interdit les distributions de nourriture Avant la « catastrophe »,  elle travaillait comme aide soignante dans un hôpital. Son mari est mort, elle élève seule ses deux enfants. Une certitude l’habite: sa vie dans le camp de déplacés est temporaire. Tout cela prendra fin. Je lui ai demandé ce qui lui permettait d’espérer ainsi. Elle a levé les bras, et m’a dit en créole : d’après vous, qu’est ce que je peux faire d’autre ?

Je garde dans l’oeil les images des ruines de Port-au-Prince. Ces milliers de maisons, d’immeubles effondrés et qui sont restés en l’état, depuis le 12 janvier. Les tentes de camping qui ont abrité jusqu’à un million et demi de personnes et qui partent maintenant en lambeaux. L’astuce de ceux qui les retapent et utilisent des capsules de bières en guise de rondelle pour maintenir la toile quand elle est vissée.

Et puis cette rencontre, hier sur la route de l’aéroport, juste au moment de partir: une pelle mécanique jaune sur chenilles. Un lourd engin de déblaiement. Le premier que je voyais depuis le début de mon séjour.

 

Haïti-Reconstruction :

 La CIRH approuve des projets pour 500 000 millions de dollars
La fondation Clinton collabore avec le ministère de la santé dans la lutte contre le choléra

P-au-P, 16 déc. 2010 [AlterPresse] —La Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) a approuvé des nouveaux projets pour un montant de 500 millions de dollars, annonce l’ex président américain et co-président de la CIRH, William Clinton.

La CIRH a tenu mardi en République Dominicaine sa quatrième réunion depuis sa création en avril dernier. Cette commission a déjà approuve des projets pour un total de 3,1 milliards de dollars, a indiqué l’émissaire spécial des Nations Unies, lors d’une conférence de presse le mercredi 15 décembre à Port-au-Prince.

Parmi les documents approuvés au cours de la dernière réunion figure un projet de parc industriel pouvant générer 60 000 emplois. 150 000 personnes bénéficieront en tout des nouveaux projets, selon Clinton.

Les projets approuvés bénéficient déjà d’un financement, précise-t-il, excepté un pour la formation des maitres d’une valeur de 60 millions de dollars.

Revenant sur les défis du relogement des sans abris du tremblement de terre du 12 janvier, Clinton promet que les choses avanceront plus rapidement en 2011.

Lutte contre le choléra

Par ailleurs, le 42e président des Etats-Unis a fait part de sa volonté de participer à la lutte contre le cholera en Haïti. Dès ce jeudi, 10 000 sacs à dos contenant du savon, des tablettes de purification d’eau et du sérum oral seront distribués à l’initiative du projet Clinton Help Accès Initiative en collaboration avec le Ministère haïtien de la Santé.

Cette distribution entre dans le cadre d’un financement de 1,5 millions de dollars accordé par la Fondation Clinton au gouvernement haïtien. Cet argent servira également à la formation de 10 000 agents de santé qui seront chargés du lancement d’une campagne de sensibilisation contre l’épidémie, indique savoir Clinton.

105 000 cas de cholera et plus de 2400 morts sont recensés par les autorités sanitaires, selon le dernier bilan fourni par le ministre de la santé, Alex Larsen.

 

Relance du marché du crédit en Haïti
HAITI LIBRE – 16/12/2010 10:46:53

Haïti - Économie : Relance du marché du crédit en HaïtiLe conseil d’administration de la Banque mondiale a approuvé une subvention de 3 millions de dollars à Haïti pour mettre sur pied un programme de garantie partielle de crédit pour aider les banques locales et les coopératives dans la restructuration des prêts accordés aux emprunteurs affectés par le tremblement de terre. La subvention aidera également à relancer le crédit en anticipation à une forte demande de crédit dans le contexte de la reconstruction du pays.
« Le projet bénéficiera aux banques locales et coopératives, ainsi qu’aux entreprises et particuliers, spécifiquement ceux qui ont été touchés par le séisme et ont besoin d’un répit pour continuer à gérer leurs entreprises », a déclaré Yvonne Tsikata, directeur de la Banque mondiale pour les Caraïbes. « Ces ressources auront comme complément une subvention provenant d’autres donateurs, faisant ainsi partie d’une vaste initiative ayant pour objectif la relance du marché du crédit en Haïti ».
La subvention aidera les institutions financières à réduire les risques de crédit sur les petits prêts accordés aux emprunteurs touchés par le tremblement de terre, y compris les micro, petites et moyennes entreprises, ainsi que les prêts pour logement. En outre, la subvention fournira une assistance technique au secteur financier qui concevoir et mettra en place des mesures visant à éliminer les obstacles à la croissance du crédit.
Plus précisément, cette subvention de 3 millions de dollars appuiera :

  • La stabilisation du secteur bancaire : les institutions financières éligibles seront en mesure de restructurer les prêts sans nuire à leur actif de base, puisque le risque de crédit sera partagé avec le garant partiel du crédit.
  • Remise en état du secteur productif : un grand nombre d’entreprises et d’emprunteurs ont perdu leur nantissement et rencontrent des difficultés à accéder aux ressources financières pour la reconstruction.

Les garanties permettront aux sociétés de mieux négocier la restructuration des prêts avec leurs institutions financières, obtenir de nouveaux prêts et poursuivre la marche de leurs affaires.
Faisant suite au tremblement de janvier, la Banque mondiale a alloué 479 millions de dollars en appui à la reconstruction. De ce chiffre, 320 millions de dollars ont déjà été déboursés pour divers projets menés par le gouvernement sous l’éventail de nouveaux et courants projets, 39 millions de dollars représentent l’annulation de la dette d’Haïti envers la Banque et 49 millions de dollars pour les activités de la Société financière internationale, responsable du secteur privé de la Banque mondiale, en appui au développement privé d’Haïti.
Dans sa réaction au tremblement de terre, la Banque s’est concentrée sur l’amélioration du sort des personnes touchées, tout en contribuant à construire les bases d’un redressement à long terme. Les projets d’urgence comprennent: la reconstruction de la capacité de l’Etat, le nettoyage des canaux de drainage de la ville pour éviter les inondations, les repas des écoliers, l’énergie solaire pour les Haïtiens déplacés, l’évaluation des dommages causés au logement et la reconstruction des routes et des ponts essentiels pour l’acheminement de l’aide.

 

 

Pas besoin d’un Grand Bayakou, Wilentz : Haïti n’est pas une latrine

Par Franck Laraque * / ALTERPRESSE / jeudi 16 décembre 2010

Un article d’Amy Wilentz sur la situation actuelle d’Haïti paru dans le New York Times du 26 novembre 2010 [1]suscite bien d’interrogations. L’auteure utilise le terme « bayacou » qui, dans son sens littéral créole, désigne un nettoyeur de latrine ou celui qui s’occupe de la vidange de fosse d’aisances pour faire valoir les qualités dont le prochain leader haïtien aurait besoin pour sortir le pays du pétrin dans lequel il se trouve. Si la valeur métaphorique du mot renvoie à la réalité désolante du pays et à la détresse qui y sévit, il n’en reste pas moins qu’elle dénote chez Wilentz une condescendance et un mépris difficile à comprendre de la part de quelqu’un qui affichait une certaine compréhension de l’histoire haïtienne [2]. Mais le terme en soi serait moins fielleux si l’auteure avait pris soin, comme le fait remarquer Frank Laraque dans le texte qui suit, d’analyser les différentes formes de la domination étrangère qui, au même titre que la corruption des élites, expliquent la réalité catastrophique dans laquelle se trouve le pays actuellement.

Le texte que voici est une critique de l’article de Wilentz que le professeur Frank Laraque a adressé sous forme de lettre à son ami Hughes Saint-Fort, professeur de linguistique au City College de New York. ASV

Mon cher Hughes,

Je ruminais mes réflexions sur l’article d’Amy Wilentz publié dans le New York Times du 26 novembre 2010 lorsque j’ai reçu ton « Dis, quand viendra-t-il, le Grand Bayakou ? ». Télépathie ou invitation à échanger des vues sur un thème d’actualité. Probablement, car, à regret, je reçois très peu de messages de toi. Je l’ai lu attentivement et avec grand intérêt, comme je le fais pour tout ce qui vient de toi. J’estime que, coincé entre la colère de ton ami outragé par le ton condescendant de Wilentz et l’imaginaire de la métaphore de son article, tu as jugé bon d’expliquer cet imaginaire dans des observations appropriées. Il s’agit pour toi de l’utilisation d’une métaphore sujette à interprétations et non pas de racisme. En effet tu écris que « ce qui a retenu mon attention dans l’article de Mme Wilentz c’est l’évocation dans le titre et le contenu de la fameuse pièce de l’écrivain franco-irlandais Samuel Beckett ‘Waiting for Godot’(En attendant Godot) ». Tu montres les similarités entre les deux pièces fondées principalement sur l’imprévisible fin de la longue attente du messie.

Cet aspect messianique de l’univers de Wilentz n’a pas échappé à la vigilance de Tontongi (Eddy Toussaint). Voici un fragment de ce qu’il a écrit dans Facebook : “ I read the NYT article by Amy Wilentz. The problem with it is not her lucidity in analyzing Haiti’s problem, but her call for and reliance on a “bayakou,” a “magical, fairy-tale figure,” to come and clean the country’s mess. She resorts to the same messianism (the wait for a providential, all- powerful leader) that has plagued Haiti throughout its history with the consequences that we know”.

Après avoir indiqué le rudiment du lien naturel entre le signifiant et le signifié qui permet d’interpréter le bayakou comme un symbole de l’être mythique qui nettoie et apporte un air frais, tu poses la question fondamentale : « Doit-on s’offusquer de l’utilisation symbolique du terme bayakou ? ». Avant d’y répondre on doit jeter un long regard objectif sur le texte de Wilentz pour en faire un résumé et de brefs commentaires. Selon elle , le bayakou est un nettoyeur de latrines qu’on peut situer « quelque part entre une figure magique, relevant d’un conte de fée et un intouchable » (ta traduction) .Elle dresse ensuite l‘indéniable liste des turpitudes , vols, abus violents et illégaux commis par les dirigeants haïtiens qui ont mis le pays dans l’état actuel de décomposition et de chute accélérée vers le tréfonds même avant le séisme et le choléra. Sa solution : un Haïtien de la diaspora, gestionnaire compétent et honnête, déterminé à quitter son emploi pour se consacrer à la mission de s’atteler à résoudre les mille problèmes du pays, capable de s’entendre avec la communauté internationale et de s’élever au-dessus du fumier ou des matières fécales qu’il enlève à coups de pelle drus.

Même en faisant appel à mon imaginaire le plus fertile je ne vois pas en quoi, le bayakou , un ouvrier exploité et méprisé de la classe la plus misérable, est un être magique relevant d’un conte de fée . Je cherche vainement le lien naturel entre cet imaginaire et la réalité du pays. J’ai souvent entendu l’imaginaire de bien de générations à mentalité messianique faire appel à l’impossible retour de Toussaint, de Dessalines, de Christophe ou de Pétion, mais jamais à un être mythique, encore moins à un bayakou . Absent de la liste, le rôle déterminant des gouvernements étrangers, des transnationales, de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International, de la mafia, dans l’appropriation des ressources du pays , l’imposition de régimes tyranniques et du système néolibéral qui continuent à le déstabiliser, à l’entraîner au plus profond de l’abîme . On note des candidats opportunistes et impopulaires. Absente, l’écoute de la voix des plus de cinquante associations paysannes et urbaines réclamant un développement alternatif en faveur des masses abandonnées à elles-mêmes depuis des siècles. En somme, un article à prétention libérale, en faveur de la bonne gouvernance et du statu quo.

On peut, à juste titre s’offusquer de l’utilisation symbolique du terme bayakou . Nous savons bien que « la métaphore appartient à la fonction poétique de l’image » et que « la force de l’image croît avec l’éloignement des termes ». La beauté de l’image ne doit pas cependant court-circuiter le poids des mots, ni leur justesse. Le verbe est une force de mobilisation et de création. La métaphore de l’image, renforcée par une vignette montrant un bayakou enfoncé dans les matières fécales, cesse d’être un simple symbole pour devenir représentative d’un bayakou-leader et par conséquent d’une Haïti-latrine. Une image latrine pour symboliser notre pays est dégradante, inacceptable ; comme l’est le concept d’une diaspora revêtue de la peau d’un bayakou comme messie. Il faut symboliquement comme dans la réalité s’évader de la puanteur et concevoir la renaissance du pays par des associations paysannes et populaires structurées, coiffées d’une équipe composée d’individus compétents (femmes et hommes), intègres, au service de la souveraineté alimentaire au cœur d’un développement alternatif durable, en alliance avec des experts(tes) progressistes de toutes les classes et le concours des pays solidaires.

Abrazo. …………….

* Professeur Emerite, City College, New York

[1] Voir l’article en ligne : In Haiti, Waiting for the Grand Bayakou.

[2] Amy Wilentz est l’auteur de « The Rainy Season : Haiti ,Then and Now »

 

Un recomptage « objectif » des voix est vital pour Haïti, selon Bill Clinton

L’ancien numéro un américain s’est prononcé sur la crise post-électorale avant son arrivée mercredi à Port-au-Prince et après une réunion de la CIRH tenue à Santo Domingo sur fond de critiques malgré l’approbation de nouveaux projets estimés à 500 millions de dollars

Radio Kiskeya / mercredi 15 décembre 2010

L’ancien Président américain Bill Clinton, émissaire spécial de l’ONU pour Haïti, a appelé mercredi à la réalisation d’un nouveau comptage « objectif » des procès-verbaux des présidentielles contestées du 28 novembre, une démarche jugée « vitale » dans le cadre du processus de reconstruction post-séisme.

« Ils (les membres du conseil électoral) sont tombés d’accord, je pense, pour revoir les votes avec des observateurs objectifs et informés », a fait savoir Bill Clinton dans des déclarations faites en République Dominicaine peu avant son arrivée à Port-au-Prince.

« Je pense que cette procédure devrait offrir au peuple haïtien le meilleur moyen d’accepter le résultat. Nous avons besoin d’une vue objective de ce comptage », a poursuivi l’ancien chef de la Maison Blanche.

Cette procédure exceptionnelle a été rejetée par les candidats Mirlande Manigat et Michel Martelly, arrivés respectivement en première et en troisième position dans les résultats préliminaires du premier tour des élections présidentielles.

A Santo Domingo, M. Clinton avait co-présidé mardi soir avec le Premier ministre Jean-Max Bellerive la quatrième réunion de la Commission mixte intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH).

Cette rencontre avait été déplacée à cause des violences post-électorales auxquelles faisait face le pays après l’annonce des résultats fortement contestés du scrutin du 28 novembre qui serait entaché de fraudes massives et de graves irrégularités.

Bill Clinton s’est, par ailleurs, prononcé pour une présence internationale plus importante dans la supervision du recomptage des voix afin, dit-il, que les résultats puissent bénéficier de la confiance du peuple haïtien et permettre à la communauté internationale de soutenir le prochain gouvernement dans la reconstruction du pays.

« Cela rendra beaucoup plus facile pour moi de faire ce que je fais. Cela rendra beaucoup plus facile pour moi d’agir pour que les donateurs honorent leurs engagements, et (…) à long terme, cela rendra plus facile d’obtenir la venue de nouveaux investisseurs, que les gens travaillent et créent une nouvelle économie », a commenté l’ex-dirigeant démocrate.

A son arrivée à Port-au-Prince, l’envoyé spécial de l’ONU a annoncé l’approbation dans la capitale dominicaine par les membres de la CIRH d’un ensemble de nouveaux projets totalisant 500 millions de dollars. L’un d’eux concerne la création d’un nouveau parc industriel qui devrait générer 65.000 emplois.

Bill Clinton est très impliqué dans la reconstruction d’Haïti, dévastée en partie par le violent séisme du 12 janvier ayant fait près de 300.000 morts et où une meurtrière épidémie de choléra est en pleine expansion.

Cependant, même la Communauté Caraïbe a sévèrement critiqué mardi à Santo Domingo le manque d’efficacité de la CIRH, chargée de gérer 10 milliards de dollars sur cinq ans promis à Haïti par la communauté internationale au chapitre de l’aide à la reconstruction.

L’ancien Premier ministre jamaïcain, Percival Patterson, représentant de la CARICOM au sein de la Commision a ainsi évoqué les conditions de vie « inacceptables » de 1,3 million de sinistrés du séisme de janvier. Il en a profité pour tirer la sonnette d’alarme en affirmant que « les haïtiens ne peuvent pas continuer à attendre les solutions que requièrent leurs problèmes de base ».

 

Visite à Port-au-Prince du directeur de l’UNICEF, Anthony Lake

Venu encourager la campagne anti-choléra, l’ex-haut responsable américain appelle les haïtiens à s’impliquer dans la lutte contre cette grave épidémie dont le bilan humain est désormais de plus de 2.400 morts et de plus de 100.000 cas d’infection

Radio Kiskeya / mercredi 15 décembre 2010

Le directeur général de l’UNICEF, Anthony Lake, ancien haut responsable du gouvernement américain, est arrivé mercredi à Port-au-Prince pour une visite destinée à soutenir le partenariat à la base des efforts entrepris dans la lutte contre la virulente épidémie de choléra qui sévit en Haïti depuis deux mois.

S’exprimant dans un CTC installé dans les locaux des centres GHESKIO où il s’est rendu au chevet des malades, M. Lake a souligné la nécessité pour tout un chacun de mettre en application les règles d’hygiène recommandées afin de ne pas attraper le choléra.

Cette maladie, rappelle-t-il, peut toucher n’importe qui indépendamment de sa condition sociale.

Le responsable en a profité pour renouveler l’engagement de l’UNICEF et de l’ensemble de la communauté internationale à continuer à fournir de l’assistance à Haïti dans ce domaine.

D’autre part, Anthony Lake a fait savoir qu’en aucun cas les problèmes politiques ayant affecté le pays ces derniers jours ne doivent paralyser la croisade anti-choléra.

S’adressant particulièrement aux enfants issus des quartiers pauvres et potentiellement plus exposés à cette maladie intimement liée à l’insalubrité, le patron de l’UNICEF les a conviés à pratiquer régulièrement le lavage des mains afin de se protéger.

Le ministre de la santé publique, Dr Alex Larsen, le directeur des centres GHESKIO, Dr Jean William Pape et l’Evêque des Nippes (sud-ouest), Mgr Pierre André Dumas, qui accompagnaient M. Lake, se sont réjouis de sa visite en Haïti où le choléra a déjà tué 2.405 personnes.

La barre symbolique des 100.000 hospitalisations a été aussi largement franchie avec un total de 109.196 patients soignés à ce jour dans les dix départements géographiques.

Arrivé en mai dernier à la tête du Fonds des Nations Unies pour l’enfance, Anthony Lake, 71 ans, est un diplomate et homme politique américain de carrière. Proche collaborateur de plusieurs dirigeants démocrates à la Maison Blanche, il fut notamment conseiller à la sécurité nationale sous la présidence de Bill Clinton, de 1993 à 1997.

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