Harry Dortelus: les partis de l’opposition n’ont qu’eux à blâmer

17 Déc

Haïti: les partis de l’opposition n’ont qu’eux à blâmer

CyberPresse / Publié le 17 décembre 2010 à 12h46

 Haïti continue d'être la risée du monde; un... (PHOTO: GUILLERMO ARIAS, ARCHIVES AP)

Haïti continue d’être la risée du monde; un peuple à genou qui fait pitié. Le peuple haïtien est amical, docile, courageux et bon, malgré l’attribut de violent dont l’affuble la presse internationale. À force de le pousser au bord du précipice, les dirigeants haïtiens finiront par leur donner raison.

PHOTO: GUILLERMO ARIAS, ARCHIVES AP

Harry Dortelus
L’auteur est avocat. Il réside à Longueuil.

Les événements en Haïti font surgir plusieurs questions sur les habitants de ce pays. Certains disent qu’il faut une tutelle de la communauté internationale; d’autres y voient l’exemple parfait voulant que certains groupes soient incapables de s’autogouverner.

De son côté, la communauté internationale ne démord pas: la démocratie est l’unique réponse à la pauvreté et à la mauvaise gouvernance. La démocratie occidentale actuelle a évolué sur plusieurs siècles et elle est loin d’être parfaite. Le stade d’évolution sociale est un élément primordial à son établissement.

Force est de constater que le pays est déjà, de fait, sous tutelle. Depuis le départ d’Aristide en 2004, une force policière et armée occupe le territoire et un gouvernement intérimaire, dit de technocrate, docile aux dictats de la communauté internationale, avec un premier ministre importé de la diaspora, a gouverné le pays jusqu’en 2006.

En 2006, Préval revenait au pouvoir, toujours sous le regard bienveillant de la communauté internationale. En Haïti, il n’y a pas de guerre civile, pas de talibans, pas de mines. Par conséquent, depuis sept ans, la communauté internationale a les coudées franches dans le pays, tant sur le plan économique que politique.

Si nous posions la question en contresens: qu’avons-nous fait, sur le plan structurel, pour aider le peuple haïtien à se munir d’un État même rudimentaire?

La démocratie occidentale est le modèle parfait pour toute la Terre. Cette vision simpliste de l’histoire, que les élites dirigeantes des pays sous-développés ont vite acceptée, en retour des largesses du maître étasunien, tout en sachant que dans les faits, il s’agit d’une modification de l’appellation de la tyrannie des élites locales. On change l’uniforme vert olive pour le complet à trois pièces et on s’assure de jouer le jeu, démocratiquement. Avant tout, ils savent que ce n’est pas le votant qui compte, mais celui qui fait le décompte des votes.

Même si le système démocratique occidental est une bonne forme de gouvernement, il est tout de même tendancieux de prétendre qu’elle puisse être imposée, avant de combler les besoins primaires de l’humain.

Nous voyons évoluer sous nos yeux deux géants de la société postindustrielle, l’Inde et la Chine. Le premier est un bon modèle de démocratie et l’autre un État dirigiste. Pourtant, nos dirigeants tant politiques qu’économiques se plient en quatre pour être vus au côté de la Chine, future puissance mondiale. Pourquoi des individus bien formés sont-ils incapables de trouver entre eux un modus vivendi politique?

Bien qu’il soit tentant de conclure à l’incapacité de certains groupes humains de s’autogouverner, il ne reste pas moins qu’une telle conclusion serait infondée en faits et en science. L’élite politique et économique qui dirige Haïti est bien au fait des modèles sociopolitiques et économiques qui ont cours dans le monde; sa progéniture fréquente les meilleures universités du monde et elle est cosmopolite. Par conséquent, elle ne peut plaider l’ignorance en guise d’excuse face à cette médiocrité dont elle fait preuve. Un système politique fonctionnel est le reflet de la volonté des élites historiques et présentes d’un pays.

Il est stupéfiant d’observer la célérité, l’efficacité et la bonne organisation dont ont fait preuve les 12 des 18 candidats à la présidence lors de la conférence de presse, le jour du vote, pour dénoncer les fraudes en cours. Pourquoi n’ont-ils pas fait preuve de cette même solidarité afin de contrer le parti de Préval (qui s’appelle ironiquement Unité) en se regroupant autour d’un ou deux candidats à la présidence? Ils ont choisi de défendre chacun leur but et non l’intérêt commun. Ils ont voulu fermer la bouteille, mais le génie était déjà sorti.

Cela ressemble étrangement à cette solidarité éphémère de l’opposition qui a débouché sur la déportation d’Aristide. Voilà dans un paragraphe le mal des élites haïtiennes. En sortant de la conférence de pesse du 28 novembre, ils ont laissé tomber la serviette et nous avons pu observer la nudité de ces regroupements et de là, la faillite du système politique haïtien.

Pour le moment, Haïti continue d’être la risée du monde; un peuple à genou qui fait pitié. Le peuple haïtien est amical, docile, courageux et bon, malgré l’attribut de violent dont l’affuble la presse internationale. À force de le pousser au bord du précipice, les dirigeants haïtiens finiront par leur donner raison. Ces derniers sont déconnectés de la réalité des plus pauvres de ce pays.

Nous suggérons au moins à ces dirigeants de ramasser la serviette et de cacher cette nudité qui ne fait rien pour relever la tête de la diaspora haïtienne. Ou, en termes plus diplomatiques, comme le disait Lawrence Cannon en conférence de presse au Mexique: les autorités haïtiennes doivent faire face à leurs responsabilités.

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