REVUE DE LA PRESSE – Jeudi 30 décembre 2010

30 Déc

Haïti – Épidémie : 134,678 personnes infectées, 2,901 morts
HAITI LIBRE – 30/12/2010 13:13:11

Haïti - Épidémie : 134,678 personnes infectées, 2,901 mortsDernier Bilan choléra : Depuis que l’épidémie de choléra a fait son apparition dans le pays (19 octobre 2010), 134,678 personnes ont été infectées et traitées, 73,853 personnes ont dû être hospitalisées et 2,901 personnes sont décédées. Selon le dernier bilan du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), daté du 20 décembre 2010.
Situation Nationale :
Entre le 18 et le 20 décembre 2010 (dernier bilan publié par le MSPP)
Le nombre de personnes infectées a augmentées de + 6,427 cas (+ 5,01%)
Le nombre de personnes hospitalisées de + 5,089 cas
Le nombre de décès de + 194 (1 décès tout les 15 minutes)
Grand’Anse :
Après l’ajustement des chiffres de Grand’Anse, entre le 17 et le 18 décembre, qui sont passés de 1,161 à 2,986 personnes infectées (+ 1,825 cas + 287%), le nouveau bilan entre le 18 et le 20 décembre passe de 2,986 cas à 5,736 cas (+ 2,750 cas, 1 tous les 25 secondes) une augmentation de + 92% en 48 heures. Il est à noté que le MSPP ne parvient pas à faire une simple soustraction, puisque 5,736 – 2,986 donne 696 cas pour le MSPP !
Le nombre de morts passe de 135 (le 18 décembre) à 201 le 20 décembre (+ 66 décès) une augmentation de + 48% en 48 heures. Là encore, le MSPP indique dans ses bilans officiels un chiffre erroné de 17 décès…
Port-au-Prince :
Les chiffres de Port au Prince sont inutilisables puisque le MSPP n’enregistre plus aucun mort depuis le 18 décembre dans le département le plus peuplé du pays… tant au niveau hospitalier que communautaire. Au niveau communautaire les chiffres des morts n’ont jamais été pris en compte dans leur bilan , ce qui permet au Gouvernement de présenter un bilan de mortalité le plus bas du pays dans ce Département…
Notez que ces chiffres reflètent la situation, il y a 10 jours, et sont largement sous-estimé par le gouvernement d’après les experts de la santé de l’ONU qui estime que le bilan pourrait être le double des chiffres publiés.
Nouvelles en bref :
Dans le département du Sud, la gestion des cadavres demeure un défi considérable, notamment aux Cayes, où au moins 64 cadavres sont restés plusieurs semaines à l’hôpital parce que la population était opposée à leur inhumation dans une fosse commune.
Des cas de choléra continuent d’être signalés dans des centres résidentiels (orphelinat, crèche, centre
transitoire). Un orphelinat à l’Arcahaie a signalé 30 cas de choléra chez les enfants handicapés, dont six sont décédés, soit un taux de mortalité de 20%.
Depuis le 16 décembre, le Cluster logistique a fourni des services de transport par camions et livré 348 tonnes métriques d’intrants médicaux et WASH. Le Service aérien d’aide humanitaire des Nations Unies (UNHAS) a transporté 77,5 tonnes métriques d’intrants médicaux et d’articles WASH au nom de multiples partenaires dans 14 zones du pays. L’entrepôt à Croix des Bouquets, qui est utilisée par 18 organisations, restera ouvert pendant trois mois supplémentaires jusqu’à la fin de mars 2011.
En outre, l’appui à la réponse au séisme est toujours en cours. Un total de 135 tonnes métriques de matériel de reconstruction, de nourriture et du matériel de stockage ont été acheminées dans les zones reculées du département des Nippes et les zones montagneuses du département de l’Ouest.

 

Les experts de l’OEA sont déjà au travail !
HAITI LIBRE – 30/12/2010 17:22:44

Haïti - Élections : Les experts de l’OEA sont déjà au travail !L’équipe de vérifications de l’Organisation des États Américains (OEA) composée d’experts juridiques, électoraux, spécialiste des technologies de l’information et statisticiens en provenance des États-Unis, du Chili, du Canada, de la France et de la Jamaïque a commencé aujourd’hui jeudi, le processus de vérification des votes, visant à sortir Haïti de la crise politique, qui a fait suite à la publication des résultats préliminaire contestés du premier tour des élections du 28 novembre dernier.
Les travaux vont commencer aujourd’hui et se poursuivront ce week-end et la semaine prochaine a indiqué Albert Ramdin, Secrétaire Général adjoint de l’Organisation des États américains (OEA) qui a précisé qu’aucune déclaration publique ne sera faite au cours du processus qui se déroulera à huis-clos et qui s’achèvera par la publication d’un rapport « probablement la semaine prochaine… »
Avant tout dépouillement réel, les experts de l’OEA vont examiner les critères utilisés par le Conseil Électoral Provisoire (CEP) dans la détermination de la validité des feuilles de pointage a fait savoir Le Secrétaire adjoint, « l’objectif d’aujourd’hui et demain est de se pencher sur tous les systèmes et ensuite de s’entendre sur la façon dont l’équipe va procéder. Elle sera dans les centres de compilation pour comprendre l’ensemble du système tel qu’il a fonctionné, les procédures qui ont été suivies, la façon dont cela a été exécuté, puis l’équipe se penchera sur les feuilles de résultats et la façon dont elles ont été comptées »
Quant à savoir si le deuxième tour des élections, prévu initialement le 16 janvier 2011, pourrait être retardé à cause de la longueur du processus de vérification, Albert Ramdin a dit que cette question relevait du gouvernement haïtien « Ils ont leurs propres critères pour déterminer combien de jours ils ont besoin pour préparer le second tour, c’est a eux de parler de ce sujet ».

 

Haïti: une « dérive autoritaire » dénoncée

AFP / 30/12/2010

Un groupe d’intellectuels haïtiens dénonce dans une pétition la « dérive autoritaire » d’un pouvoir qui cherche à « imposer un choix politique que la population rejette massivement » alors qu’Haïti traverse une crise politique.
Dénonçant « une dérive autoritaire du pouvoir », ces écrivains, sociologues, chercheurs disent avoir relevé « de nombreux cas de persécution de membres de partis politiques opposés au groupe affidé au pouvoir », depuis les élections présidentielle et législatives dont les résultats préliminaires sont contestés.
Une mission de l’Organisation des Etats américains (OEA) est arrivée mercredi en Haïti dans le but d’aider les autorités à vérifier les procès verbaux et recompter les votes du premier tour de la présidentielle. Selon les résultats préliminaires, la candidate Mirlande Manigat est arrivée en tête (31% des voix) devant Jude Célestin, le candidat du parti au pouvoir Inité (22%).
Ce résultat a été violemment contesté par les partisans du chanteur Michel Martelly, relégué en troisième position à quelques milliers de voix près de M. Célestin et écarté ainsi du deuxième tour.
Parmi les écrivains qui ont signé le texte apparaissent le sociologue Laenec Hurbon, membre du CNRS (français), le romancier Lyonel Trouillot et l’historien Pierre Buteau.
Mercredi, un groupe de candidats à la présidence a réitéré l’appel à l’annulation des élections en rejetant à l’avance les travaux de la mission d’experts de l’OEA chargée du recomptage des votes.

 

Le groupe des 12 veut un gouvernement provisoire
HAITI LIBRE – 30/12/2010 08:30:38

Haïti - Élections : Le groupe des 12 veut un gouvernement provisoireLe groupe des 12 [qui ne sont plus que 10] et qui représente 19.37% des suffrages exprimés, a réaffirmé hier mercredi, ses positions à savoir : l’annulation des élections du 28 novembre, le départ du Président René Préval le 7 février 2011 et l’installation d’un gouvernement provisoire en vu d’organiser de nouvelles élections. « Je vous donne la garantie que le 7 février, le peuple installera un nouveau Président, à la tête d’un gouvernement provisoire, en remplacement de René Préval en vue d’organiser les élections » a déclaré Jacques Édouard Alexis.
Les «membres du Groupe des 12 » :
Charles Henri Baker « Regwoupman sitwayen pou espwa (Respè)» (2.38%)
Jean Henry Céant « Renmen Ayiti » (8.18%)
Joseph Michel Martelly « Repons peyizan » (s’est désolidarisé depuis)
Leslie Voltaire « Ansanm nou fò» (1.51%)
Jacques Edouard Alexis « Mobilisation pour le Progrès d’Haïti (MPH)» (3.07%)
Jeudy Wilson « Fòs 2010 » (0.57%)
Josette Bijou (Indépendante) (1%)
Erick Smarcki Charles « Parti de l’Évolution nationale d’Haïti (PENH) » (0.24%)
Jean Chavannes Jeune « Alliance Chrétienne Citoyenne pour la Reconstruction d’Haïti (ACCRHA) » (1.80%)
Garaudy Laguerre « (WOZO) » (0.26%)
Leon Jeune « Konbit liberasyon ekonomik (KLE) » (0.36%)
Mirlande Hyppolite Manigat « Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP) » (s’est désolidarisé depuis)
Total des votes exprimé le 28 novembre : 19.37 %
Génard Joseph (Groupement Solidarité) (0.85%), arrivé au moment de la déclaration d’annulation du scrutin, a approuvé la position des 12. Après cette conférence, Yves Cristalin « Oganizasyon Lavni (LAVNI) (1.60%) » et Yvon Neptune « Ayisyen pou Ayiti » (0.39%) se sont exprimés en faveur de l’annulation du scrutin.
Autres candidats favorables à l’annulation du scrutin : 2.84%
Ensemble des candidats favorables à l’annulation du scrutin : 22.21 % des votes exprimés
Jacques Édouard Alexis a rappelé, que le groupe a toujours été favorable à la formation d’un gouvernement provisoire et non de transition pour assurer la tenue de bonnes élections avec un nouveau Conseil Électoral.
Il a fait savoir également, que le gouvernement provisoire dont le groupe réclame l’installation est constitutionnel et prévu par les lois haïtiennes ce qui n’est pas le cas, selon lui, pour la loi électorale amendée, qui permettrait au chef de l’État de rester au pouvoir jusqu’au 14 mai (date à laquelle il avait prêté serment en 2006) – Rappelons que la constitution, indique le 7 février comme terme du mandat présidentiel, mais mentionne aussi la durée de 5 ans de ce mandat. C’est sur cette dernière précision que la loi permettant au Président Préval de rester jusqu’au 14 mai 2011, a été voté par le parlement et le Sénat en mai 2010.
De son coté, Jean-Henry Céant a rappelé au chef de l’État, qu’en organisant les élections du 28 novembre, il s’était engagé à quitter le pouvoir le 7 février « M. Préval ne peut se servir d’aucun stratagème constitutionnel pour justifier son éventuel maintien à la tête de l’Etat au-delà du 7 février »
De plus, Jacques Edouard Alexis a précisé que le groupe ne reconnaissait pas, tout comme la constitution haïtienne, la mission d’experts de l’Organisation des États Américain (OEA) devant procéder à la vérification des procès-verbaux. Il affirme que l’OEA fait partie du problème et ne peut, en aucun cas, prétendre faire partie de la solution. « Nous ne reconnaissons pas cette mission, ni le deuxième tour qu’on veut nous imposer. Il faut un gouvernement  provisoire pour organiser de nouvelles élections » affirme-t-il.
Pour sa part, Charles-Henri Baker, s’interroge sur la validité de l’évaluation unilatérale par l’OEA, des résultats du scrutin du 28 novembre qualifiés de frauduleux. Estimant que toute enquête sérieuse devrait conduire a l’annulation de 90% des procès-verbaux et donc du scrutin « La loi électorale n’ayant pas été appliquée, il ne saurait être question de recomptage des procès-verbaux issus d’opérations de bourrage d’urnes ».
Le groupe des 12 appelle la population à rester mobilisée pour défendre ses droits, se disant convaincu que « la parodie du 28 novembre ne passera pas et sera annulée ».

 

Risques d’affrontements dominicains-haïtiens le 3 janvier
HAITI LIBRE – 30/12/2010 09:44:22

Haïti - Social : Risques d’affrontements dominicains-haïtiens le 3 janvier« Aujourd’hui, nous sommes envahi par les haïtiens, ils sont responsables de la plupart des vols et agressions commis dans nos quartiers, ils jettent des ordures dans les rues, ils vivent dans des pensions qui n’ont pas de salles de bains et déféquent dans des sacs en plastique qu’ils jettent devant les maisons, les écoles les entreprises et d’autres lieux, nous sommes désespérés » a fait savoir José Francisco Consuegra président du Conseil de quartier de La Mina. Rappelant qu’une enquête menée par des groupes communautaires à San Jose et La Mina estimait entre 1,800 à 2,700 la population d’haïtiens sans papiers vivant dans ces quartiers, sans compter 400 autres qui sont arrivés samedi dernier, a rappelé Consuegra.
Les résidents des quartiers de San Jose, Mina et Cristo Rey, au sud de Santiago (Nord) en République Dominicaine, ont expliqué dans la presse dominicaine, que si le 3 janvier prochain, la Direction Générale de l’Immigration ne faisait pas le nécessaire pour arrêter et rapatrier la population d’haïtiens clandestins qui vivent dans leurs quartiers, la population les expulseront par la force.
José Francisco Consuegra a tenu à préciser que l’attitude des habitants n’est pas raciste ou discriminatoire, mais il constate qu’aujourd’hui que les haïtiens sont plus nombreux que les dominicains dans leurs quartiers.
Un agent des autorités de l’immigration, sous le couvert de l’anonymat, a reconnu que ses services recevaient effectivement des dizaines de plaintes chaque jour en provenance de ces communautés concernant des actes criminels ou d’incivilité concernant des haïtiens, rappelant que ses services ne peuvent suivre toutes ces plaintes, son bureau étant mobilisé sur la prévention et la surveillance des passages clandestins à la frontière.
Cette même source a déclaré, que ce que la population envisageait de faire, était dangereux et que les services de l’immigration ne pouvait pas le tolérer, n’excluant pas de prendre des mesures pour protéger les haïtiens menacés d’expulsion afin d’éviter des affrontements indésirables.
De leur côté, les habitants de San José et La Mina se plaignent que certains haïtiens sans papiers portent des armes blanches et ont menacé les Dominicains de s’en servir si la population tentait de les expulser. Toutefois devant les risques d’affrontement et les menaces de dominicains, une centaine d’haïtiens ont déjà quitté «volontairement…» ces zones a fait savoir José Francisco Consuegra, mais il en reste plus de 2,000… Réitérant la détermination de la population à expulser les haïtiens le 3 janvier s’ils sont encore là « Ils sont plus nombreux que nous, nous menacent et nous défient, mais nous gagnerons… » a affirmé Consuegra.

 

Cuba forme des toubibs haïtiens pour … la France ?
de : Fidel Castro
BELLACIAO / jeudi 30 décembre 2010 (14h06)

    La Havane. 29 Décembre 2010

    Réflexions de Fidel -La bataille contre le choléra

    Je fais une pause au milieu de plusieurs analyses importantes qui prennent mon temps ces jours-ci pour aborder deux questions que notre peuple doit connaître.

    L’ONU, poussée par les Etats-Unis, qui ont engendré la pauvreté et le chaos en République d’Haïti, y a dépêché voilà plusieurs années des forces d’occupation, dites Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH), qui y ont d’ailleurs introduit le choléra.

    Le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), lui, y avait nommé, début 2009, comme son représentant personnel un intellectuel brésilien, Ricardo Seitenfus, qui faisait alors partie du ministère des Affaires étrangères de son pays.

    Seitenfus jouissait d’un prestige mérité dans les milieux diplomatiques et gouvernementaux de Port-au-Prince, la capitale haïtienne, par le sérieux et la franchise avec lesquels il se colletait avec les problèmes. Il avait écrit en 1993, l’année de sa première visite en Haïti, un livre intitulé : Haïti, la souveraineté des dictateurs.

    Le 25 décembre dernier, les agences de presse faisaient savoir qu’il avait été cassé sans préavis de son poste de représentant spécial de l’OEA.

    Le motif ? L’interview donnée quelques jours plus tôt au journal suisse Le Temps, au cours de laquelle il avait exprimé ses vues en toute sincérité.

    J’en donne ci-après un résumé textuel à partir de l’interview disponible sur Internet en français :

    Dix mille Casques bleus en Haïti. A votre sens, une présence contre-productive ?

    Ricardo Seitenfus : Le système de prévention des litiges dans le cadre du système onusien n’est pas adapté au contexte haïtien. Haïti n’est pas une menace internationale. Nous ne sommes pas en situation de guerre civile. […] Et pourtant le Conseil de sécurité […] a imposé des Casques bleus depuis 2004, après le départ du président Aristide. […]. Il s’agissait pour l’ONU de geler le pouvoir et de transformer les Haïtiens en prisonniers de leur propre île. […]

    Qu’est-ce qui empêche la normalisation du cas haïtien ?

    Ricardo Seitenfus : Pendant deux cents ans, la présence de troupes étrangères a alterné avec celle de dictateurs. C’est la force qui définit les relations internationales avec Haïti et jamais le dialogue. Le péché originel d’Haïti, sur la scène mondiale, c’est sa libération. Les Haïtiens commettent l’inacceptable en 1804 : un crime de lèse-majesté pour un monde inquiet. L’Occident est alors un monde colonialiste, esclavagiste et raciste qui base sa richesse sur l’exploitation des terres conquises. Donc, le modèle révolutionnaire haïtien fait peur aux grandes puissances. Les Etats-Unis ne reconnaissent l’indépendance d’Haïti qu’en 1865. Et la France exige le paiement d’une rançon pour accepter cette libération. Dès le départ, l’indépendance est compromise et le développement du pays entravé. […] On ne résout rien, on empire. On veut faire d’Haïti un pays capitaliste, une plate-forme d’exportation pour le marché américain, c’est absurde. […] Il existe des éléments dans cette société qui ont pu empêcher que la violence se répande sans mesure.

    N’est-ce pas une démission de voir en Haïti une nation inassimilable, dont le seul horizon est le retour à des valeurs traditionnelles ?

    Ricardo Seitenfus : Il existe une partie d’Haïti qui est moderne, urbaine et tournée vers l’étranger. On estime à quatre millions le nombre de Haïtiens qui vivent en dehors de leurs frontières. C’est un pays ouvert au monde. […] Plus de 90% du système éducatif et de la santé sont en mains privées. Le pays ne dispose pas de ressources publiques pour pouvoir faire fonctionner d’une manière minimale un système étatique. […] Le problème est socio-économique. Quand le taux de chômage atteint 80%, il est insupportable de déployer une mission de stabilisation. Il n’y a rien à stabiliser et tout à bâtir.

    Haïti est un des pays les plus aidés du monde et pourtant la situation n’a fait que se détériorer depuis vingt-cinq ans. Pourquoi ?

    Ricardo Seitenfus : L’aide d’urgence est efficace. Mais lorsqu’elle devient structurelle, lorsqu’elle se substitue à l’État dans toutes ses missions, on aboutit à une déresponsabilisation collective. […] Le séisme du 12 janvier, puis l’épidémie de choléra ne font qu’accentuer ce phénomène. La communauté internationale a le sentiment de devoir refaire chaque jour ce qu’elle a terminé la veille. […] J’avais l’espoir que, dans la détresse du 12 janvier, le monde allait comprendre qu’il avait fait fausse route avec Haïti. […] Au lieu de faire un bilan, on a envoyé davantage de soldats. Il faut construire des routes, élever des barrages, participer à l’organisation de l’Etat, au système judiciaire. L’ONU dit qu’elle n’a pas de mandat pour cela. Son mandat en Haïti, c’est de maintenir la paix du cimetière.

    Quel rôle jouent les ONG dans cette faillite ?

    Ricardo Seitenfus : A partir du séisme, Haïti est devenu un carrefour incontournable. Pour les ONG transnationales, Haïti s’est transformé en un lieu de passage forcé. Je dirais même pire que cela : de formation professionnelle. […] Il existe une relation maléfique ou perverse entre la force des ONG et la faiblesse de l’Etat haïtien. Certaines ONG n’existent qu’à cause du malheur haïtien.

    Quelles erreurs ont été commises après le séisme ?

    Ricardo Seitenfus : Face à l’importation massive de biens de consommation pour nourrir les sans-abri, la situation de l’agriculture haïtienne s’est encore péjorée. Le pays offre un champ libre à toutes les expériences humanitaires. Il est inacceptable du point de vue moral de considérer Haïti comme un laboratoire. La reconstruction d’Haïti et la promesse que nous faisons miroiter de 11 milliards de dollars attisent les convoitises. […] Un exemple : celui des médecins haïtiens que Cuba forme. […] Près de la moitié d’entre eux, alors qu’ils devraient être en Haïti, travaillent aujourd’hui aux États-Unis, au Canada ou en France. […]

    On décrit sans cesse Haïti comme la marge du monde, vous ressentez plutôt le pays comme un concentré de notre monde contemporain… ?

    Ricardo Seitenfus : C’est le concentré de nos drames et des échecs de la solidarité internationale. Nous ne sommes pas à la hauteur du défi. La presse mondiale vient en Haïti et décrit le chaos. […] Pour elle, Haïti est un des pires pays du monde. Il faut aller vers la culture haïtienne, il faut aller vers le terroir. […] Personne ne prend le temps ni n’a le goût de tenter de comprendre ce que je pourrais appeler l’âme haïtienne. […]

    Au-delà du constat d’échec, quelles solutions proposez-vous ?

    Ricardo Seitenfus : Dans deux mois, j’aurai terminé une mission de deux ans en Haïti. Pour rester ici, et ne pas être terrassé par ce que je vois, j’ai dû me créer un certain nombre de défenses psychologiques. Je voulais rester une voix indépendante malgré le poids de l’organisation que je représente. […] Le 12 janvier m’a appris qu’il existe un potentiel de solidarité extraordinaire dans le monde. Même s’il ne faut pas oublier que, dans les premiers jours, ce sont les Haïtiens tout seuls, les mains nues, qui ont tenté de sauver leurs proches. […] Nous devons penser simultanément à offrir des opportunités d’exportation pour Haïti mais aussi protéger cette agriculture familiale qui est essentielle pour le pays. Haïti est le dernier paradis des Caraïbes encore inexploité pour le tourisme, avec 1 700 kilomètres de côtes vierges… […] Il y a deux cents ans, Haïti a illuminé l’histoire de l’humanité et celle des droits humains. Il faut maintenant laisser une chance aux Haïtiens de confirmer leur vision.

    On peut être d’accord ou non avec les affirmations du Brésilien Ricardo Seitenfus, mais il est incontestable qu’il a dit des vérités lapidaires.

    J’estime utile toutefois de préciser certains points.

    Notre pays n’a pas envoyé des centaines de médecins qu’au peuple haïtien, frère et voisin ; il en a dépêché des milliers à d’autres peuples du Tiers-monde, surtout dans des cas de catastrophes naturelles, et il a contribué à la formation de dizaines de milliers de médecins dans notre patrie et à l’étranger.

    La coopération médicale avec Haïti a démarré voilà douze ans, le 4 décembre 1998.

    Quand la tyrannie des Duvalier et des Tontons Macoutes – imposée par les USA pendant des décennies – est tombée à la fin des années 90 et qu’un gouvernement élu par le peuple a pris la direction du pays, Cuba y a dépêché une centaine de médecins pour prêter service, et le premier groupe de jeunes bacheliers haïtiens est arrivé à Cuba en 1999 pour commencer des études de médecine.

    En 2001, nous avons entrepris de coopérer avec l’université de médecine créée par le président Jean-Bertrand Aristide en transformant en professeurs les médecins qui travaillaient alors au service du peuple haïtien. Quand les Yankees ont fomenté le coup d’Etat et que les putschistes ont transformé l’Ecole de médecine en caserne, environ 270 élèves sont venus dans notre patrie avec les professeurs pour poursuivre leurs études.

    La Mission médicale cubaine a néanmoins continué de prêter ses services humanitaires en Haïti, indépendamment des problèmes politiques internes du pays, qu’il soit occupé par les soldats putschistes, par les troupes yankees ou par les forces de la MINUSTAH.

    En août 2005, les 128 premiers étudiants de médecine, alors en sixième année, sont rentrés dans leur pays pour y faire leur pratique professionnelle aux côtés des médecins cubains qui avaient prêté service en Haïti.

    Du second semestre de 2006 au second semestre de 2010, un total de 625 étudiants de médecine haïtiens ont conclu leurs études, et nous les avons en très haute estime. Sur ce total, 213 travaillent dans des institutions médicales publiques ; 125 dans les Centres de contrôle médical du choléra ou dans les brigades de travail rapproché dans les sous-communes, aux côtés des médecins cubains et latino-américains diplômés de l’Ecole latino-américaine de médecine (ELAM), de La Havane, qui luttent contre l’épidémie de choléra ; 72 exercent dans des centres médicaux d’ONG et privés ; 20 dans ce qu’on appelle les Centres mixtes ; 41 font une seconde spécialité à Cuba ; 27, frais diplômés, attendent un poste en Haïti ; 14 ne travaillent pas pour des raisons personnelles (grossesse et maternité) ; 4 n’apparaissent pas sur les registres et 1 est décédé.

    Finalement, 104 exercent à l’étranger, fondamentalement en Espagne, aux USA, au Canada et en France, 1 en Suisse et 4 en Amérique latine. Je ne me permets pas d’émettre un jugement sur eux, car leur pays, extrêmement pauvre, manque de ressources et d’emplois. Que je sache, par ailleurs, aucun n’a refusé de servir son pays. Ce sont des médecins très demandés, formés en Haïti et à Cuba.

    Selon les chiffres officiels, 2 707 cholériques sont décédés à ce jour, soit un taux de 2,1 %.

    La Mission médicale cubaine n’a rapporté aucun décès ces trois derniers jours. Le taux de mortalité chez les 47 537 patients qu’elle a traités est de 0,57%. On peut éradiquer l’épidémie et éviter qu’elle ne se transforme en pandémie.

    La Table ronde télévisée de demain, à 18 h, donnera des nouvelles fraîches intéressantes sur la bataille contre le choléra en Haïti et offrira la parole à des autorités en la matière.

    J’aborderai demain, mardi 28, le second point.

    Fidel Castro Ruz

    Le 27 décembre 2010, 17 h 12.

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