REVUE DE LA PRESSE – Lundi 10 janvier 2011

10 Jan

Haïti – FLASH ÉLECTIONS :

 L’OEA recommande Manigat – Martelly au second tour
HAITI LIBRE – 10/01/2011 12:47:26

Haïti - FLASH ÉLECTIONS : L'OEA recommande Manigat - Martelly au second tourSelon un projet de rapport de l’Organisation des États Américains (OEA) chargé des vérifications des résultats préliminaires du premier tour, qui n’a pas été rendu publique mais dont l’Associated Press (AP) a obtenu une copie aujourd’hui, sous des conditions d’anonymat, le rapport recommande que le candidat Jude Célestin soit exclu du deuxième tour et remplacé par le candidat Michel Martelly qui fera face à l’ancienne première dame Mirlande Manigat pour la présidence d’Haïti.
Les experts ont constatés que des dizaines de milliers d’autres votes devaient être annulés parce que les responsables des bureaux de votes sur place n’ont pas suivi les procédures ou parce qu’il y avait des signes que les feuilles de pointage avaient été modifiées.
« Après une analyse statistiques approfondie… la mission d’experts a déterminé qu’elle ne peut appuyer les résultats préliminaires de l’élection présidentielle, publiés le 7 décembre 2010 » indique le rapport.
Conformément à la vérification, le candidat Michel Martelly (Repons peyizan) se retrouverait à la seconde place avec 22,2 % après avoir perdu 7,150 voix jugées non-valide. Le candidat du parti au pouvoir Jude Célestin (INITE) chuterait à la troisième place avec 21,9 % après avoir perdu 17,220 voix.
« Si cette recommandation devait être retenue, la position du candidat à la troisième place passerait à la seconde et le candidat maintenant à la deuxième place passerait à la troisième » comme indiqué directement dans ce projet de rapport.
L’ancienne première dame Mirlande Manigat « Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP) » resterait en première place avec 31,6% des voix après avoir perdue 13,830 de ses voix.
L’équipe d’expert de l’OEA a décidé de ne pas recommander d’annuler le premier tour et de procéder à une nouvelle élection dans tout le pays, comme certains observateurs et candidats l’ont demandé.
Le président Préval ne devrait pas réagir aux conclusions du rapport de l’OEA avant mercredi et les cérémonies marquant le premier anniversaire du séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) devra décider de la réponse à apporter à ces recommandations.

 

Haïti – Commémoration : Michaëlle Jean sera en Haïti mercredi
HAITI LIBRE – 10/01/2011 09:53:41

Haïti - Commémoration : Michaëlle Jean sera en Haïti mercrediMichaëlle Jean [ex-Gouverneure Générale du Canada], Envoyée Spéciale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) en Haïti, effectuera mercredi une visite de 24 heures dans la capitale, Port-au-Prince, pour marquer le premier anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010 et encourager les efforts de reconstruction du pays. Il s’agira de son premier voyage dans son pays d’origine depuis sa nomination à l’UNESCO.
Une visite qui nous rappelle ses premières déclarations, où sous le choc, elle déclarait le lendemain du séisme « Les communautés d’origine haïtienne partout au canada sont comme moi très éplorées, bouleversées par l’ampleur de la catastrophe. Les images et les nouvelles qui nous parviennent sont insoutenables. […] Il y a aussi tout ce que nous imaginons et qu’aucune image ne peut capter et qui accroît notre sentiment d’impuissance. »
Le 14 janvier en larmes, Michaëlle Jean avait déclaré « Les images et les nouvelles qui nous parviennent sont insoutenables […] toute cette détresse, toute cette souffrance, toute cette perte… Il y a aussi tout ce que nous imaginons et qu’aucune image ne peut capter, qui accroît notre sentiment d’impuissance […] C’est inouï, c’est comme si une bombe atomique était tombée sur Port-au-Prince.»
En savoir plus sur Michaëlle Jean :
Née le 6 septembre 1957, à Jacmel (Haïti), Michaëlle Jean (nièce du célèbre poète René Depestre) et sa famille fuient la dictature Duvalier en 1968. Alors âgée de 11 ans, elle commence sa nouvelle vie à Thetford Mines, au Québec (Canada). Elle parle cinq langues, le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien et le créole. Elle est mariée au cinéaste Jean-Daniel Lafond. Le couple a une fille adoptive, Marie-Éden, née à Haïti.

 

Message du MHAVE à la diaspora pour le 12 janvier 2011
HAITI LIBRE – 10/01/2011 14:57:11

Haïti - Commémoration : Message du MHAVE à la diaspora pour le 12 janvier 2011Le Ministère des Haïtiens Vivant à l’Étranger (MHAVE), informe nos concitoyens et concitoyennes de la diaspora de la mise en place d’un ensemble d’activités, sur tout le territoire national, à l’occasion de la commémoration du 1er anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010.
A cet égard, le MHAVE accorde son plein appui aux dispositions envisagées par nos compatriotes de l’extérieur en vue de commémorer la date du 12 janvier décrétée jour national du souvenir et du recueillement et les invite à adopter les mesures suivantes:

  • Mise en berne du drapeau haïtien
  • Port de brassard ou de bouton noir.
  • Observation de 35 secondes de silence le 12 janvier 2011, à 4:53 pm, par les membres des communautés haïtiennes de l’extérieur. Même considération dans les programmes de radio et de télévision.
  • Observation du deuil dans les pages d’accueil des sites et forums du réseau internet de 4:53 pm à minuit.
  • Diffusion de musique de circonstance dans les radios et télévisions communautaires.
  • Fermeture des lieux de divertissements (discothèques, salle de billards… etc.).
  • Célébration de services religieux et activités appropriées dans tous les centres communautaires de la Diaspora.

Le Ministère des Haïtiens Vivant à l’Étranger salue la mémoire des 300,000 victimes du tremblement de terre du 12 janvier 2010 et invite, en la circonstance, tous les haïtiens et haïtiennes, sans exclusive, à conjuguer leurs efforts pour le renouveau de la patrie commune.

 

Reconstruction d’Haïti: passons par le pouvoir municipal

Un an après le tremblement de terre, la... (PHOTO: THONY BELIZAIRE. AFP)

Un an après le tremblement de terre, la vie a repris tant bien que mal son cours à Léogâne. Deux adolescents haïtiens passent le temps en jouant aux dominos.

PHOTO: THONY BELIZAIRE. AFP

Gilles Lebrun / CYBERPRESSE / 10-01-11
L’auteur est un ancien conseiller municipal de Varennes.

En mai dernier, j’ai eu la chance d’apporter ma contribution à la reconstruction d’Haïti. J’ai pu constater que ce sont des gens pleins de bonne volonté, mais avec des moyens pratiquement inexistants. Mon mandat était de visiter différents sites dans le pays afin d’y construire un village qui soit le plus autonome possible.

Ayant une formation en urbanisme et ayant été conseiller municipal, j’ai eu l’occasion de rencontrer le conseil municipal de la ville de Léogâne. Nous leur expliquions le but de notre visite, mais le maire était surtout préoccupé par la reconstruction de sa ville. C’est ainsi que j’ai eu une idée qui ne coûte pas très cher, mais qui pourrait donner une ligne directrice à la reconstruction du pays.

Le gouvernement municipal est celui qui est le plus près des citoyens. Aux endroits visités, il y avait soit un conseil municipal, soit un chef de camp avec des conseillers. Dans un camp, entre autres, le chef avait instauré une réglementation qui convenait bien aux réfugiés. Il régnait un semblant de démocratie. Le chef avait fait aligner les tentes de manière à avoir des rues, creuser des canaux d’irrigation afin que les tentes ne pataugent pas dans l’eau. Il avait réussi à obtenir une génératrice pour éclairer les rues et un puits pour l’eau, ce qui assurait une certaine salubrité dans le camp. Il lui restait à obtenir un équipement pour les toilettes. J’en suis sûr, c’est maintenant chose faite. Afin d’assurer la subsistance du camp, le chef avait fait planter des légumes et les réfugiés y avaient accès sans limites.

Je constate que de manière tout à fait naturelle, les Haïtiens que j’ai rencontrés ont organisé localement leur code de conduite et s’y conformaient très bien. Dans ce pays pratiquement sans réglementation, il serait possible d’en instaurer et le reconstruire selon la volonté de la population tout en respectant leurs coutumes, habitudes et besoins.

La rédaction de règlements d’urbanisme n’est pas un exercice très coûteux, mais il serait combien utile aux populations qui sont prises en otages par le bon vouloir des organisations humanitaires, de bonne volonté certes, mais qui ne répondent pas nécessairement aux besoins du peuple haïtien.

Des règlements de zonage, de construction et de lotissement permettraient de bien coordonner la reconstruction. Un schéma d’aménagement permettrait de mieux planifier le développement et ainsi permettre à nos amis haïtiens de reprendre le contrôle de leurs villes et de se sentir enfin utiles.

Le pouvoir municipal étant plus proche des citoyens, c’est par le biais de ce dernier que les Haïtiens pourront planifier la reconstruction de leurs villes sur de bonnes bases et ainsi s’assurer un avenir plus prometteur.

 

Haïti – Commémoration :

Mgr Thomas Wenski appelle à la prière et à la solidarité
HAITI LIBRE – 10/01/2011 11:58:35

Haïti - Commémoration : Mgr Thomas Wenski appelle à la prière et à la solidaritéLa Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB – United States Conference of Catholic Bishops) a lancé un appel aux fidèles pour accompagner le premier anniversaire du tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 Janvier 2010, avec des prières et des réflexions.
Mgr Thomas Wenski, l’archevêque de Miami et président du Comité ad hoc a déclaré que les Haïtiens ont « encore besoin de beaucoup de nos prières et de notre solidarité […] comme nous nous approchons de l’anniversaire du tremblement de terre, nous demandons aux paroisses, aux écoles catholiques, aux groupes de jeunes et aux universités partout au pays, de se rappeler les événements tragiques de cette journée fatidique et de répondre par notre foi. »
Les évêques catholiques invitent à prier la neuvaine de la « Vierge de la Guadeloupe » qui commencera le 12 janvier pour se conclure le week-end du 22-23 Janvier. Une collecte de fonds nationale en Amérique sera réalisée pour aider Haïti.

 

Une aide de 1,2 millions de dollars du Cor Unum
HAITI LIBRE – 10/01/2011 09:17:24

Haïti - Religion : Une aide de 1,2 millions de dollars du Cor UnumL’envoyé du Pape, le Cardinal Robert Sarah, président du Conseil pontifical Cor Unum, est en Haïti pour apporter le message du Saint-Père. Quelques heures avant son départ de Rome, le Cardinal avait déclaré au sujet de message papale « le message est vraiment un message de proximité, d’affection est surtout d’une proximité qui veut se faire concrète par une participation du Saint Siège à la reconstruction du pays ». La dimension concrète de ce message, se traduira par une aide de 1,2 millions de dollars du Cor Unum, l’institution qui distribue les fonds reçus par le Vatican. 800,000 dollars iront à la reconstruction d’écoles et 400,000 à la reconstruction d’églises.
Lors de son séjour, le Cardinal Robert Sarah visitera certaines communautés religieuses : «Sœurs du Christ-Roi» dont l’hôpital a été détruit; les « Petites Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus » qui dirigent une clinique pour le sida et la tuberculose ainsi que la « Compagnie de Jésus », qui avait une maison de retraite et une école qui ont été détruites par le séisme de janvier 2010. Lors de sa visite à la Compagnie de Jésus, Le Cardinal Sarah posera la première pierre du futur Collège Notre Dame des Anges.

  • Le 11 Janvier, le Président de Cor Unum accompagné de Segundo Tejado, sous secrétaire d’État de l’Espagne rencontrera le Président René Préval et visitera le camp de réfugiés du Parc Acra où il célébrera une messe.
  • Le 12 Janvier, le message du pape sera lu pendant la messe de commémoration de la journée du souvenir du tremblement de terre.
  • Le 13 janvier, le Cardinal Robert Sarah présidera l’Eucharistie au couvent des Filles de Marie « Parideans » où 15 religieux sont morts sous les décombres et 12 autres grièvement blessés.

 

À Cité Soleil, la lutte contre le choléra est un combat sans fin

À Cité Soleil, la lutte contre le choléra est un combat sans fin L’épidémie de choléra sévit en Haïti depuis deux mois. Les centres de traitement ont soigné des dizaines de milliers de souffrants, mais la maladie continue de tuer. Surtout dans les bidonvilles, où l’accès à l’eau traitée reste limité. Reportage.

Par Gaëlle LE ROUX , envoyée spéciale à Port-au-Prince (Haïti) / FRANCE 24 / 10-01-11

Haïti n’avait pas connu le choléra depuis plus de 100 ans. Le temps que les mémoires et le système immunitaire des Haïtiens oublient la bactérie. Le temps que l’île devienne encore un peu plus vulnérable. Médecins sans Frontière (MSF) en sait quelque chose : depuis le début de l’épidémie mi-octobre, l’ONG a soigné plus de 91 000 malades du choléra dans ce pays qui compte 10 millions d’habitants. La plupart du temps, ils ont réussi à les sauver. Parfois non.

Le centre de traitement du choléra de Tabarre, un quartier du nord-ouest de Port-au-Prince, a admis quelque 2 500 patients en deux mois et demi. Aujourd’hui, l’endroit est calme, presque paisible. Les salles d’admission sont vides, infirmières, auxiliaires et médecins prennent le temps de s’asseoir et d’échanger quelques mots. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Durant les mois de novembre et de décembre, l’établissement a enregistré des pics d’affluence impressionnants. « On a quasiment rempli la structure, qui peut admettre 250 personnes, mais on n’a jamais eu à renvoyer des patients vers d’autres centres », se félicite Thomas Vandamme, jeune médecin français arrivé en Haïti à la fin d’octobre.

Calme avant la tempête

La journée a beau être tranquille, le médecin reste sur ses gardes. « Les périodes de pics ont toujours été précédées de moments de grand calme », assure-t-il. Sa collègue épidémiologiste, Kate Alberti n’est pas moins alarmiste. « Quand un cas de choléra se déclare, pour moi, c’est déjà une épidémie », lâche-t-elle en parcourant le centre de ses yeux clairs. Dans les trois quarts des cas, les personnes contaminées ne déclarent pas la maladie mais peuvent la transmettre. Le temps d’incubation n’excède pas quelques jours et la maladie peut se déclarer de façon foudroyante. En une poignée d’heures seulement, un malade peut se déshydrater jusqu’à en mourir. « On peut perdre jusqu’à un litre d’eau par heure », précise l’épidémiologiste. 

Centre de traitement du choléra de Tabarre

À chaque passage entre les zones « saines » et « souillées », tout le monde doit se plier au rituel de désinfection des semelles et des mains avec une solution chlorée pour éviter le transport de la bactérie. (Photo : Gaëlle Le Roux)

Les patients sont d’abord installés en zone d’admission sur des lits troués. Des seaux, placés en dessous, font office de toilettes. Lorsqu’au bout de 20 minutes ils sont stabilisés, les malades sont envoyés en zone d’hospitalisation. (Photo : Gaëlle Le Roux)

Bianca, 18 mois, et sa maman, ont toutes les deux contracté le choléra. Elles sont hospitalisées depuis trois jours. La fillette refusait de boire le sérum oral, elle a été perfusée. (Photo : Gaëlle Le Roux)

Chaque patient hospitalisé a le droit d’être accompagné. Début janvier, le centre de Tabarre était presque vide. (Photo : Gaëlle Le Roux)

Le centre de Tabarre a employé au maximum 400 personnes au plus fort de l’épidémie – médecins, infirmières, auxiliaires et sensibilisateurs – en très grande majorité haïtiens. (Photo : Gaëlle Le Roux)

                                       

En général, les patients sont remis sur pied au bout de trois jours, après un traitement intensif de sérum oral. Hospitalisée depuis une dizaine de jours, Yolette, 35 ans, n’a pas cette chance. Les traits tirés, elle peine à se redresser sur son lit. Quand elle est arrivée, « la veille de la nouvelle année », elle était si sévèrement déshydratée que les médecins ont été obligés de la perfuser. « Je ne sais pas comment j’ai attrapé ça, dit-elle dans un souffle. À la maison, on fait pourtant bouillir l’eau et on met l’aquatab [pastilles de chlore, ndlr] dans les seaux ». Sa demeure : une tente dressée dans un camp près de l’aéroport. De l’eau traitée y est régulièrement acheminée par les ONG mais, rien à faire, l’épidémie s’y est installée.

Les camps ne sont pourtant pas les zones les plus touchées par l’épidémie. Les ONG, omniprésentes, y distribuent des bidons de chlore et des pastilles purifiantes. Sans relâche, elles répètent les consignes d’hygiène : utiliser des latrines, se laver régulièrement les mains à l’eau chlorée – surtout après s’être rendu aux toilettes -, et assainir l’eau avant de la boire et de cuisiner.

Pastilles purifiantes et solution chlorée

Dans certains bidonvilles, c’est en revanche une autre affaire. Les associations humanitaires peinent à s’y implanter ou même à y accéder. Elles y distribuent des bons d’échange pour des pastilles purifiantes ou des bidons de solution chlorée mais pas d’eau traitée. Dans ces endroits, l’information passe moins bien et la prise en charge des malades est souvent tardive. En décembre, plusieurs habitants de la zone Mangue de Cité Soleil ont contracté la maladie, quelques-uns en sont morts.

La zone Mangue, quartier pauvre de Cité Soleil

Dans ce bidonville, les conditions sanitaires sont telles qu’y survivre s’apparente à un défi quotidien. Par endroits, le sol n’est plus qu’une immense décharge. Des lourds ruisseaux noirs y serpentent, peinant à s’écouler jusqu’à la mer toute proche. Des poules et des cochons maigrichons pataugent dans des marres d’eau saumâtre. L’odeur est pestilentielle. C’est pourtant ici qu’habitent plusieurs centaines de personnes, dans des maisons de tôle chauffées à blanc par le soleil.

À lui seul, l’endroit symbolise la faillite de l’État haïtien : rien n’arrive jusqu’à ce coin reculé de Cité Soleil. Ni routes, ni eau courante, ni électricité. Seul un camion de la Cadipa, l’organisme public de distribution d’eau, s’y aventure plusieurs fois par semaines. Il remplit des citernes où les femmes viennent s’approvisionner. L’eau arrive potable. Mais non traitée, elle ne le reste pas longtemps. Il suffit qu’un bol infecté par le choléra soit plongé dans la cuve pour que l’eau tourne au poison.

Manque d’informations

Dans cette zone d’extrême pauvreté, suivre les conseils d’hygiène à la lettre n’est pas chose aisée. Les citernes sont parfois éloignées des maisons. En outre, un seau d’un peu plus de quatre litres leur coûte une gourde (monnaie haïtienne), soit deux centimes d’euro. Mais quand l’eau se fait rare, le prix peut grimper jusqu’à cinq gourdes. « C’est pour cette raison que se laver régulièrement les mains n’est pas vraiment entré dans les habitudes des gens », commente d’un air professoral Déboner Nelson, sensibilisateur pour MSF. Ce jeune habitant de Cité Soleil en connaît un rayon question choléra : il est chargé de donner des conseils d’hygiène aux malades du centre de MSF de Tabarre.

Pour lui, le plus grand danger reste cependant le manque d’informations. « Les gens, ici, ont peur de l’épidémie, ils ne sont pas informés des risques qu’ils courent ou de la façon dont on attrape ou pas la maladie. Il arrive que lorsqu’une personne développe les symptômes du choléra, ils la laissent toute seule », poursuit Déboner. Et sans assistance, le choléra est souvent mortel.

L’installation d’un centre de MSF Belgique à Cité Soleil a cependant fait évoluer les choses. Bien qu’éloigné de la zone Mangue, le site est suffisamment proche pour que les malades et leur famille soient rapidement pris en charge. À force d’être répétés, les conseils d’hygiène commencent à y prendre racine, à défaut d’être systématiquement appliqués. Aux dires des habitants du bidonville, pratiquement tout le monde aujourd’hui possède de quoi traiter un minimum d’eau. Ne manquent que les réflexes.

De petites étapes ainsi franchies chaque jour devraient finir par enrayer la propagation de la maladie. Mais l’heure n’est pas à l’optimisme. Après avoir tué plus de 3 400 personnes dans le pays, l’épidémie ne montre aucun signe d’essoufflement. Selon Kate Alberti, le choléra pourrait frapper encore plusieurs années. « On n’est pas partis », soupire-t-elle.

 

Haïti- Elections :

Dites à la mission OEA/CARICOM de faire ses valises

ALTERPRESSE / lundi 10 janvier 2011

Par James Morrell*

(Version française de l’article original en Anglais : Haiti-Elections : Send this mission packing

La crise électorale qui a incité les gouvernements des Etats-Unis et du Canada à envoyer une équipe des experts extérieurs pour procéder à un nouveau décompte souligne nettement l’échec de la mission de l’OAS-Caricom pour mener à bien les tâches de vérifications les plus élémentaires, indissociables de la nature même d’une mission d’observation électorale.

Ainsi, tout en prétendant qu’elle était présente et surveillait étroitement les opérations du Centre de tabulation, la mission de l’OAS a échoué lamentablement puisqu’elle a été incapable de détecter le classement « comme étant comptabilisable » de plus de quatorze mille voix bien évidemment frauduleuses. La prise en considération de ces bulletins a faussé les résultats de la course à la présidentielle entraînant la qualification du candidat du pouvoir au second tour.

Ci-dessous, nous vous présentons les défaillances conduisant à cette utilisation indécente :

Le 5 décembre 2010, la mission électorale dûment accréditée d’ « Haïti Democracy Project » a reçu une information non confirmée, selon laquelle les membres du Conseil électoral subissaient des pressions du Président Préval pour que les résultats du scrutin soient corrigés en faveur de son candidat.

Néanmoins, les commissionnaires souhaitaient annoncer les résultats exacts de l’élection et désiraient rencontrer « Haïti Democracy Project ». N’ayant aucune confiance ni en la police haïtienne, ni en la MINUSTAH, ils voulaient se rapprocher d’un organisme indépendant américain ayant des liens avec Washington pour obtenir du Département d’Etat, un renforcement de leur sécurité.

Bien que la mission d’ « Haïti Democracy Project » ait nié avoir quelque pouvoir que ce soit pour obtenir du Département d’Etat qu’il assure leur sécurité, une rencontre a été organisée avec un membre de la Commission électorale qui n’a pu que confirmer l’existence de pressions sans en indiquer ni la source, ni la gravité.

Le 6 décembre, la mission a rencontré au siège de la CEP à Pétionville, son Président, Gaillot Dorsinvil ainsi que trois autres membres dont Jacques Belzin et Laurette Croyance. Durant notre échange, M.Dorsinvil a confirmé que la Commission subissait des pressions issues de milieux divers sans nous en préciser les auteurs et les raisons. L’interrogeant sur les mesures de sécurité qui lui seraient particulièrement indispensables, il a confessé avoir besoin d’une voiture blindée.

Dans les journaux de la semaine précédente, il avait été rapporté que le chef de la mission de l’ONU, Edmond Mulet aurait menacé les membres du CEP d’une révocation de visa si ces derniers falsifiaient les résultats des élections. Nous en avons conclu qu’il pourrait s’agir d’une des pressions évoquée par le Président Dorsinvil, lors de notre entretien.

Toutefois, le fait de vouloir bénéficier d’un véhicule blindé semble bien indiquer que les menaces spécifiques en matière de sécurité proviennent plus vraisemblablement des responsables des forces armées gouvernementales que des membres de la mission de l’ONU.

« Haïti Democracy Project » a souligné être tout à fait solidaire des inquiétudes des membres de la Commission électorale. Elle a rappelé que deux hauts responsables électoraux, Léon Manus et Jacques Bernard, avaient déjà été contraints de fuir pour échapper à la mort. Dans l’un et l’autre cas, « Haïti Democracy Project » avait organisé des séminaires à Washington, où ces fonctionnaires avaient pu évoquer les menaces les ayant conduits à l’exil.

Monsieur Dorsinvil a indiqué qu’il était informé de ces précédents. Notre conversation s’est terminée sans qu’aucune décision ne soit prise.

En résumé, la mission d’observation a conclu que deux éléments rapportés par des informations non confirmées avaient été corroborées : (1) les menaces pesant sur la sécurité émanent finalement de Préval et (3) le désir pour les Américains de contribuer à la sécurité. La Commission électorale se sentait menacée et non protégée. Sur le point (2) concernant le respect de l’éthique, la mission a reçu des renseignements selon lesquels la Commission se préparait à annoncer que Mirlande Manigat et Michel Martelly étaient en lice pour le second tour. Des informations nullement confirmées, mais en supposant qu’elles soient vraies, les bonnes intentions affichées n’auraient alors duré qu’un seul petit jour.

A compter du 6 décembre, la mission a commencé à prendre connaissance de compte-rendus selon lesquels la Commission électorale avait sorti de « quarantaine » une soixantaine des 350 procès-verbaux écartés afin de permettre au candidat du parti au pouvoir d’accéder à la deuxième place. Ces pratiques n’ont pas encore été confirmées à ce jour.

Ce que la mission a pu confirmer sans l’ombre d’un doute, est l’existence dans les résultats annoncés, d’un nombre important de bulletins répondant aux caractéristiques énoncées ci-dessus. Ainsi, les résultats de 75 bureaux dont 14 400 bulletins affichant le même type de votes démesurés pour un même candidat, a conduit le Centre de Tabulation à mettre en quarantaine 311 autres procès verbaux contenant 38 000 bulletins.

L’existence d’un nombre important de votes douteux ayant été comptabilisé et la part revenant aux votes placés en quarantaine correspondent aux rapports que nous avons reçus. Seule, l’information selon laquelle ces bulletins étaient originellement mis en quarantaine reste à vérifier.

A l’issue de la rencontre du 6 décembre avec la Commission électorale, les membres d’ « Haiti Democracy Project » se sont rendus au Centre de Tabulation avec environ 400 copies conformes de procès verbaux des bureaux de vote et ont proposé de les comparer avec ceux reçus par le Centre.

En décembre 2006, nous avions formulé une demande similaire au Centre de Tabulation et nous avions été bien accueillis. Durant nos investigations, nous avions découvert des cas flagrants de falsification de résultats qui fort heureusement avaient déjà été détectés par des avocats travaillant au Centre.

Cette fois-ci, le responsable du Centre de Tabulation, Alain Gauthier, a rejeté la requête d’ « Haiti Democraty Project ». Même après lui avoir communiqué notre numéro de badge et lui avoir rappelé que la loi électorale haïtienne autorisait les observateurs à examiner la totalité des opérations électorales sur l’ensemble du territoire, nous avons été refoulés ; et ce, sans nous donner aucune explication.**

En l’occurrence, des documents en notre possession démontrent que les procès-verbaux reçus et regroupés par le Centre de Tabulation pour l’élection d’un député à Ouanaminthe ont fait l’objet de modifications massives et frauduleuses dans le but de favoriser le candidat du parti au pouvoir. Nous avons publié sur internet, les tableaux comparatifs des procès verbaux originaux et des résultats frauduleux publiés par le Centre de Tabulation. Lors de leurs investigations ultérieures, tant le Centre de Tabulation que l’OAS ont reconnu que les résultats annoncés étaient inexacts.

Depuis notre arrivée au Centre de Tabulation, soit un jour avant la publication des résultats, nous déplorons que ce dernier n’ait pas voulu s’appuyer sur nos propres documents ce qui lui aurait sans doute éviter d’entériner des résultats erronés.

Alors que le Centre de Tabulation empêchait « Haïti Democracy Project » pourtant dûment accréditée, d’effectuer sa mission, dans le même temps, il autorisait celle de l’OAS.

Lors de ses communiqués de presse, l’OAS soulignait qu’elle était présente et « surveillait de près » les opérations se déroulant au Centre de Tabulation pour « garantir l’intégrité des résultats ».

Pourtant, un jour après la tentative infructueuse d’ « Haiti Democracy Project » pour accéder au Centre de Tabulation, la mission de l’OAS n’a pas permis de détecter ou a consenti, c’est selon, la comptabilisation de 14 400 bulletins non valables, qui a modifié les résultats du premier tour de l’élection présidentielle en faveur du parti au pouvoir et contribua à plonger le pays dans la tourmente.

Interrogé par « Haïti Democracy Project », le 24 décembre, le chef de mission de l’OAS, l’Ambassadeur Colin Granderson, a souligné qu’il ne disposait pas, au Centre de Tabulation, du personnel nécessaire pour détecter cette fraude. Il n’a eu aucune réaction lorsque nous lui avons demandé comment « Haïti Democracy Project », avait été en mesure de le faire avec si peu de moyens.

Depuis, Alain Gauthier n’a donné aucune raison expliquant l’exclusion d’ « Haïti Democracy Project » du Centre de Tabulation alors que dans le même temps, il admettait la présence de l’OAS. Nous ne prétendons pas connaître la motivation réelle ayant entraîné une différence de traitement entre deux missions dûment accréditées.

Toutefois, il est difficile d’échapper à l’impression que par rapport à la position critique d’ « Haïti Democracy Project » et à sa documentation indépendante, le style de l’OAS, dans sa manière de tout « surveiller de près » sans jamais rien détecter, pouvait être plus rassurant pour cet administrateur.

En août 2010, lors de son déplacement en Haïti, le secrétaire-général, José Insulza a rencontré les membres de la Commission électorale ainsi que des dirigeants de l’opposition et des représentants de la Société civile. Ils lui ont soigneusement expliqué pourquoi il leur apparaissait que cette Commission électorale était totalement dépourvue d’indépendance et entièrement subordonnée au Président Préval. Un état de fait qui a contraint les représentants politiques de l’opposition, à boycotter l’élection, en signe de protestation. Un mouvement de protestation qui a été rejoint par les dirigeants de la société civile. En conséquence, la plupart des partis-sociaux démocrates, parmi les plus crédibles, n’ont pas participé à cette élection.

En quittant le pays, M. Insulza a déclaré qu’il n’avait aucune raison de croire que la Commission électorale ne fût pas crédible. Cet affichage d’un parti-pris pro-gouvernemental est au regard des faits, pour le moins choquant. Pour avoir interpellé le Secrétaire Général sur sa prise de position, le leader d’un groupe de la société civile s’est vu accusé par l’OAS de mener à son encontre, une campagne de dénigrement.

En fait, la franchise dont la Commission électorale a fait preuve devant « Haiti Democracy Project » au sujet de menaces venues finalement de Préval et sa résignation, un jour plus tard, en comptabilisant 14 400 voix douteuses favorables au candidat du gouvernement, prouvent que l’appréciation des parties sociaux-démocrates et des leaders de la société civile sur le CEP était parfaitement correcte alors que celle de l’OAS était totalement erronée.

Les œillères pro-gouvernementales de l’OAS ont rendu sa mission d’observation électorale inefficace dans la détection de fraudes avérées , indépendamment du fait qu’il a perdu toute crédibilité non seulement dans l’opinion publique haïtienne mais même auprès de Washington.

En 2000, M. Orlando Marville, alors à la tête de la Mission d’Observation Electorale de l’OAS avait détecté et demandé la correction de fraudes flagrantes. Devant le refus opposé par le gouvernement Haïtien, il s’est officiellement retiré de la Mission d’Observation en Haïti. Le Sénateur Marville est un membre fondateur d’ « Haiti Democracy Project ».

La décision prise à regret, mais d’une façon catégorique par M.Marville en 2000, se fait aujourd’hui attendre pour une mission qui n’a pas seulement échoué à prévenir la fraude mais n’est même pas parvenue à la détecter.

………………..

* James Morrell a dirigé les 58 observateurs d’Haiti Démocracy Project. Il a obtenu son doctorat de l’Université de Harvard en 1977.

** « Les observateurs nationaux ou internationaux accrédités peuvent observer le déroulement de l’ensemble des opérations électorales sur toute l’étendue du territoire. A cet effet, ils peuvent :

• « Faire toute suggestion de nature à améliorer et à faciliter le déroulement à toutes les étapes du déroulement du processus électoral ;

• « Faire état de toute situation qui serait de nature à perturber les opérations électorales. »

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