samedi 28 mai 2011

28 Mai

Edito

Haïti: Cohabitation ou affrontement ?

Le Nouvelliste

Y a-t-il vraiment d’énormes difficultés pour former le gouvernement de Daniel Gérard Rouzier ? Oui et non.
Oui, si le président Michel Martelly et ses principaux conseillers cherchent à diriger sans la participation des groupes parlementaires, notamment le parti INITE, alias Regroupement des parlementaires pour le Renouveau (GPR).
Non, si la sagesse politique et le pragmatisme, alimentés par les normes et les exigences de notre régime semi-parlementaire, semi-présidentiel, guident les décisions de nos nouveaux dirigeants, conscients du primat de la négociation pour inclure les groupes parlementaires dans la composition du cabinet ministériel.
Voila en bref le dilemme terrifiant auquel doit faire face notre fringant chef d’Etat : la cohabitation ou l’affrontement, le consensus ou le blocage, la gouvernabilité ou l’instabilité. Il n’y a pas à en sortir de là. On ne peut pas nier l’importance incontournable du Parlement dans la gestion (bonne ou mauvaise) du pouvoir.
A bien y regarder, la difficulté de gouverner ce pays a toujours été liée en grande partie à la nature tyrannique ou hégémonique des vainqueurs du jour ou des heureux élus. L’exclusion est un mal qui ronge notre société à tous les niveaux. Pourtant, dans un passé pas trop lointain, le président René Préval, en formant en 2006 avec le Premier ministre Jacques Edouard Alexis un gouvernement de coalition dit « gouvernement pluriel», avait donné un bel exemple d’inclusion politique et parlementaire. Mais il y avait malheureusement un hic dans cette formule : l’absence d’un véritable programme de gouvernement patiemment élaboré avec la participation de tous les partis, fondé sur des feuilles de route cohérentes et détaillées en guise d’un pacte de stabilité que le Parlement aurait pour devoir d’évaluer par la suite en toute objectivité.
L’élaboration de ce programme commun de gouvernement aurait pour vertu de prévoir les problèmes d’incohérence et de leadership gouvernemental, les luttes de personnes, les rivalités partisanes susceptibles d’entraîner la paralysie et l’implosion du gouvernement.
Cette lecture sereine et froide de l’après-Préval revêt au fond un caractère certes positif mais exigeant, car Haïti n’est pas un pays apaisé ni stable. Au contraire. Les leçons essentielles des élections du 28 novembre 2010 et du 20 avril 2011 exigent de nos nouveaux dirigeants – y compris nos parlementaires- qu’ils fassent preuve de retenue, de réalisme, de grandeur d’âme, de pondération et d’ouverture mais surtout de flexibilité et de courage patriotique pour ne pas nous entraîner, comme par le passé, dans un tourbillon de crises institutionnelles, de malheurs, d’incertitudes.
Pierre-Raymond Dumas

 

Haïti-CEP-Corruption

Deux membres du CEP par-devant la commission sénatoriale d’enquête sur la corruption au sein de l’institution électorale

La conseillère électorale Laurette Croyance affirme n’avoir jamais entendu parler de corruption lors des réunions au CEP

samedi 28 mai 2011

Les auditions dans l’enquête sur la corruption au Conseil Electoral Provisoire (CEP) se sont poursuivies vendredi au Sénat avec la comparution des conseillers électoraux Laurette Croyance et Ribel Pierre.

Ils ont été entendus séparément par les membres de la commission sénatoriale d’enquête présidée par le sénateur de l’Artibonite Youri Latortue.

Au sortir de l’audition, Mme Croyance a affirmé avoir répondu à toutes les questions des sénateurs chargés de l’enquête. Quant à l’objet même de la convocation, en l’occurrence la question de la corruption au sein de l’institution électorale, elle a soutenu n’en rien savoir vu que « pareil sujet n’a jamais été abordé lors des réunions du conseil ».

C’était la première fois que la commission rencontrait des membres du CEP dont elle a sollicité et obtenu l’interdiction de laisser le pays. Auparavant, elle avait rencontré des candidats, des ministres du gouvernement démissionnaire Préval/Bellerive et le chef de la Police Nationale d’Haïti. [jmd/Radio Kiskeya]

 

Haïti – Économie : «Ce marché est une oeuvre d’art» dixit Martelly
27/05/2011 19:14:41

Haïti - Économie : «Ce marché est une oeuvre d'art» dixit MartellyDe concert avec le Président haïtien Michel Martelly, le gouvernement américain a inauguré le marché de Savane Pistache en Haiti en vue de supporter les marchands locaux et promouvoir la stabilité dans la communauté. De nombreuses personnalités comme le maire de Port-au-Prince Muscadin Jean Yves Jason, le député de la troisième circonscription de Port-au-Prince Jean Baptiste M’Zou Naya Belange, l’Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique Kenneth H. Merten, des représentants de la Fondation SOGEBANK , de l’USAID, de CHF et des membres d’associations locales, étaient présent.
Savane Pistache, située à Carrefour-Feuilles, à Port-au-Prince, est une zone densément peuplée qui connait un taux de chômage très élevé. Le marché de Savane Pistache, érigé sur une superficie de 5.000 mètres carrés, sera mis à la disposition de 300 marchands et des 25.000 habitants de la communauté en attirant plus d’activités commerciales.
Le gouvernement des Etats-Unis, à travers l’Agence Américaine pour le Développement International (USAID), a travaillé en partenariat avec la CHF International et les membres de la communauté locale dans la construction du marché. Cette cérémonie d’inauguration tenait également lieu de remise officielle de la gestion du marché à la mairie de Port-au-Prince et aux membres des organisations locales.
« Nous sommes heureux d’avoir pu collaborer avec les autorités du gouvernement haïtien et les membres de la communauté locale dans la construction de ce marché », a déclaré l’Ambassadeur des Etats-Unis en Haiti, Kenneth H. Merten. « Nous sommes déterminés à continuer à travailler avec le gouvernement haïtien en vue de trouver des moyens novateurs et durables pour la reconstruction du pays », a-t-il poursuivi.
« Ce marché est une œuvre d’art », s’est réjouit le Chef de l’Etat, adressant ses remerciements aux différents acteurs impliqués dans la construction de cette importante infrastructure. « Haïti peut changer, Haïti va changer », a-t-il rappelé.

Le bâtiment à plusieurs niveaux est construit de manière à faciliter l’accès aux personnes handicapées, et comprend de toilettes et de salles de bain. Les caractéristiques qui respectent l’environnement incluent un système permettant de recueillir l’eau de pluie captée sur le toit dans un réservoir d’une capacité de 10.000 gallons. Le marché bénéficiera également des avantages de recyclage et de compostage du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD).
Les 15 pavillons du marché sont peints de couleurs vives et des fresques réalisées par des artisans locaux ornent les allées et les murs intérieurs. Au cours de cette cérémonie d’inauguration, des juges ont décerné des prix aux meilleures réalisations.
Un sous-commissariat de Police pour Savane Pistache
Au cours de cette cérémonie d’inauguration, le Président Martelly a annoncé qu’il va s’entretenir dans l’immédiat avec le directeur général de la Police Nationale d’Haïti (PNH), Monsieur Mario Andresol, afin de prendre des dispositions nécessaires pour que Savane Pistache puisse se doter d’un sous-commissariat de Police. « Avec les maigres ressources que nous disposons, nous allons voir ensemble ce qui doit être fait, peut-être aussi avec nos partenaires, pour construire ce sous-commissariat », a promis le Président de la République.
Lire aussi :
http://www.haitilibre.com/article-3036-haiti-economie-inauguration-du-marche-de-savane-pistache.html
HL/ HaïtiLibre

 

Haïti-Politique : Les quatre « e » de Martelly

P-au-P, 27 mai 2011 [AlterPresse] — La tâche qui attend la nouvelle administration parait immense et tout semble prioritaire, alors que le premier ministre désigné, Daniel Rouzier, poursuit son opération de séduction auprès du Parlement.

En attendant d’obtenir ou non sa ratification et de présenter sa politique générale, l’Etat de droit, l’éducation, l’environnement et l’emploi sont les quatre axes déjà dégagés par le président Michel Martelly. Quatre axes comme dans la roue d’un cercle vicieux, où chaque défi en appelle un autre.

A plusieurs reprises, les Nations Unies ont signalé que l’instauration d’un Etat de droit est incontournable. L’absence d’Etat de droit mine les institutions publiques avait d’ailleurs estimé récemment Edmond Mulet, ex-représentant de Ban Ki Moon en Haïti.

« E » pour « en finir avec l’impunité »

Selon Pierre Esperance, du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), le procès de l’ancien dictateur Jean Claude Duvalier représente à la fois « un gros défi pour le gouvernement » et un signe qu’Haïti se dirige dans cette direction. Duvalier est dans le collimateur de la justice haïtienne depuis son retour le 16 janvier dernier. Il est poursuivi entre autres pour crimes contre l’humanité et détournements de fonds.

« Il faut qu’ils[les nouveaux responsables] donnent un signal clair, qu’ils veulent rompre avec l’arbitraire et combattre l’impunité » en contribuant à faire avancer le processus, souligne Esperance.

Les organisations nationales et internationales de droits humains ont résolument les yeux rivés sur l’attitude des nouveaux responsables vis-à-vis du dossier de Duvalier. Plusieurs ont, cette semaine enjoint Michel Martelly, d’« affecter les ressources humaines suffisantes à l’enquête et aux poursuites ».

L’une des faiblesses du système judiciaire haïtien, souvent mise en avant, est sa subordination à l’Exécutif. Pour Pierre Esperance, un Etat de droit implique non seulement un appareil judiciaire indépendant mais que « tous les citoyens soient soumis à la loi sans considérations économiques, sociales ou politiques ».

Instaurer l’Etat de droit suppose aussi la réduction des écarts au sein d’une population dont 68% des habitants vivent avec moins de deux dollars par jour, soit en dessous du seuil de pauvreté.

« Il y a trop d’inégalités », souligne Esperance, et l’Etat de droit implique « des institutions fonctionnelles » qui délivrent les services aux citoyens en ayant « la loi comme boussole ». Il faudra sortir les sinistrés sous les tentes, et préparer un plan de retrait de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti(MINUSTAH), poursuit le responsable du RNDDH entre autres priorités.

« Le retrait de la MINUSTAH ne signifie pas forcément le retour de l’armée d’Haïti… Je ne crois pas que le pays ait besoin d’une armée », précise Esperance plaidant pour une force de police équipée.

La police compte un peu plus de 9 mille agents actifs et Martelly manifeste sa volonté de créer une force de sécurité complémentaire.

« E » pour « éradiquer la misère »

Le président de la République a souvent affirmé son intention de « créer un climat » favorable aux investissements dans le pays considéré comme le mauvais élève en matière de stabilité dans la région. La création d’emplois constitue l’une de ses principales promesses, lui qui a vanté lors de son investiture l’esprit travailleur du peuple haïtien.

Selon un rapport du Bureau International du Travail (BIT) paru en 2010, seules 2,3 millions de personnes sur une population totale de 10 millions d’habitants ont une occupation. Et sur ce chiffre 80% vivent d’emplois informels.

Cependant « il ne s’agit pas d’une question d’emplois mais de conditions de travail et de salaire », affirme Didier Dominique de l’organisation Batay Ouvriye.

Le chef de l’Etat aurait pu montrer sa rupture avec « le statu quo » en réclamant une augmentation du salaire minimum ou au moins le respect de la loi actuelle le fixant à 200 gourdes, explique Dominique.

Le militant rappelle que le président compte appuyer la stratégie d’implantation de zone franche et d’industries de sous-traitance dans le pays. Une stratégie qui, selon lui, a abouti à la destruction de la production nationale et l’exode rural, gage d’un afflux de main d’œuvre pour la sous-traitance. En 2009 ce secteur comptait un peu plus de 300 mille ouvriers et ouvrières.

« Il s’agit d’une démarche des Etats-Unis entamée depuis 30-50 ans et qui n’a abouti qu’à l’appauvrissement et l’exploitation » du pays, analyse t-il.

Didier Dominique juge que le président symbolise en ce sens un « retour en arrière et non le changement ». « Il (Martelly) va mettre une pierre en plus dans l’édifice érigé par les multinationales » et « s’apprête à entrer dans la même logique », anticipe t-il.

Par ailleurs 40% de la population haïtienne travaille dans l’agriculture, selon le BIT. Et dans le milieu rural ce chiffre atteint 72%. Il s’agit d’un secteur marginalisé, ayant une maigre part dans le budget national.

Pour Filfranc Saint-Naré, du Mouvement des Paysans Papaye(MPP), la création d’emploi en milieu rural est une priorité. Selon lui, le gouvernement peut développer toute une série d’activités allant de la construction de routes agricoles à la mise en place de système d’irrigation, « pour que le paysan ne soit pas contraint qu’à prendre une machette [pour travailler la terre] quand il doit envoyer ses enfants à l’école ».

L’administration aura à répondre aux desiderata habituels des planteurs en fournissant encadrement technique, moyens et outils de production, mais aussi en investissant dans la transformation des produits agricoles.

« Aujourd’hui les paysans récoltent mais ils n’ont pas de moulins pour transformer la canne, le manioc », explique Sénaré, appelant aussi à des investissements dans l’élevage.

Eviter une crise environnementale

« Dans plusieurs régions rurales, surtout en période sèche, les pratiques de brulis détruisent non seulement les micros organismes mais aussi les petits arbustes. Et les mornes finissent totalement nues », relève Vilfranc Sénaré. « Il faut rebâtir les forêts de ce pays », ajoute-t-il.

Il appelle en outre à l’« utilisation d’énergies alternatives comme le soleil et l’eau pour réduire la pression qui existe sur les arbres avec le charbon de bois ».

Le charbon de bois représente les trois quart de la consommation en énergie du pays, selon le Bureau des Mines et de l’Energie (BME). En 2006, plus de la moitié des réserves d’arbres du pays était déjà utilisée. [kft apr 27/05/2011 14 :40]

 

Haïti: La signature de Préval sera gardée

Le Nouvelliste

Le chef de l’Etat et les présidents du Sénat et de la Chambre des députés ont convenu de corriger la version de l’amendement constitutionnel contenant des erreurs matérielles et publiée dans Le Moniteur, journal officiel du pays. La signature de l’ex-président René Préval et celles de ses ministres seront gardées dans le document, selon Saurel Jacinthe, vice-président de l’Assemblée nationale, quand les deux Chambres se réunissent.
Le chef de l’Etat, Michel Martelly, détient déjà le texte corrigé. Il devra autoriser les Presses Nationales d’Haïti à publier la bonne version dans Le Moniteur, a confié Saurel Jacynthe, lors d’une conférence au Parlement. Une entente, dit-il, a été trouvée mercredi dernier entre le président Martelly, celui du Sénat, Rudolphe Joazile et moi-même. « Il s’agit d’une erreur à corriger. Le président Martelly va seulement autoriser les corrections», a fait savoir le député Jacynthe. Les signatures qu’elles soient des membres du bureau de l’Assemblée nationale ou de M. Préval, président d’alors, n’auront aucun changement. »
Six parlementaires dont les sénateurs Rudolphe Joazile, Kely C. Bastien, Mélius Hypollite et le député Saurel Jacynthe se sont entretenus à ce sujet, il y a deux jours, avec le président Martelly pour trouver une issue à la version erronée de l’amendement de la Constitution, publiée dans le journal officiel du pays, la veille de l’investiture de Michel Martelly. Pas moins de 8 articles ont été manipulés dans le document, au grand scandale des parlementaires.
« Le Pouvoir législatif peut prendre, à l’endroit du Premier ministre, plus d’un vote de censure par an. Tout Premier ministre ayant obtenu un vote de confiance peut-être interpellé dans un délai de six mois après ce vote de confiance. L’échec d’une motion de censure, soumise au vote dans l’une des deux Chambres, à l’endroit du Premier ministre équivaut à un vote de confiance », stipule l’article 129.6 de l’acte publié dans Le Moniteur du vendredi 13 mai 2011. Cet article est contraire au voeu des parlementaires qui avaient opté pour un moratoire d’une année. Les articles (63, 68, 90.1, 92, 92.3, 94.3, et 95) traitant du mandat des députés, sénateurs et élus locaux ont été littéralement modifiés.

 

Haïti: Le Parlement n’est pas encore prêt

Le Nouvelliste

Aucune date n’a été retenue pour l’ouverture de la session extraordinaire de la Chambre des députés convoquée par le chef de l’Etat, Michel Martelly. Les présidents du Sénat et de la Chambre basse accordent, cependant, leurs violons pour lancer le processus de ratification du choix de Daniel Gérard Rouzier, Premier ministre désigné.
« Ce n’est qu’aujourd’hui, 27 mai, que j’ai eu la lettre de convocation des députés en session extraordinaire », a dit d’entrée de jeu le président de la Chambre basse, Saurel Jacynthe, lors d’une conférence de presse. Cette précision a son pesant d’or pour M. Jacinthe qui peine à cacher un léger malaise entre la présidence de la Chambre des députés et celle du Sénat sur le processus de ratification du choix de Daniel Gérard Rouzier, candidat à la Primature. Le président du grand corps, Rodolphe Joazile, confirme avoir reçu depuis vendredi dernier la lettre de convocation, à l’insu de son homologue de la Chambre des députés. « Il y a eu une erreur de procédure sur laquelle je n’entends pas revenir. Evitons de faire de cette erreur un drame », a supplié Saurel Jacynthe qui répondait aux questions des journalistes accrédités au Parlement. Entre les deux branches d’un même pouvoir – législatif -, nuance-t-il, il peut y avoir un différend. Chose certaine, a assuré M. Jacinthe, la date de la convocation des parlementaires (députés et sénateurs) en Assemblée nationale pour ouvrir la session extraordinaire. Cette session convoquée par le chef de l’Etat est nécessaire à la ratification du choix de Daniel Rouzier.
Pour que le choix du Premier ministre soit ratifié, celui-ci doit obtenir un vote favorable dans chacune des deux Chambres, dominées par la plateforme Inité de l’ancien président René Préval. De quoi pousser Daniel Rouzier, 51 ans, à engager des discussions pour s’assurer d’un vote favorable dans les deux Chambres. Le partage de quelque cinq ministères stratégiques entre l’administration Martelly et le GRP aurait été évoqué lors d’une première rencontre dans un restaurant au bas de la ville, en ruine. « Il faut un partage de responsabilités, en d’autres termes un partage des postes ministériels », a exigé le sénateur Fritz Carlos Lebon de l’Inite. « Le Premier ministre sait qu’en se présentant devant la majorité qu’il y aura cohabitation. C’est peut-être ce qu’il cherche en demandant cette rencontre », a noté le parlementaire.
Issu de la même plateforme Inite, Saurel Jacinthe entend faire, pour sa part, la démarcation entre sa fonction de président de la Chambre basse et sa famille politique quand les journalistes évoquent les retards accumulés dans le processus de ratification du Premier ministre désigné. « La procédure constitutionnelle ne dépend pas des sentiments des présidents de la Chambre des députés et du Sénat. Le chef de l’Etat nous a consultés et désigné son Premier ministre ; c’est une obligation de convoquer la 49e législature en session extraordinaire », a fait savoir Saurel Jacinthe. « Est-ce que le Parlement va ratifier ou pas le choix, s’interroge-t-il ? Etant donné que le Premier ministre désigné entame des pourparlers, attendons-voir ».
En attendant un éventuel vote collectif du bloc majoritaire, Daniel Rouzier pourra compter sur des amis de longue date au Parlement. L’une des voix du groupe minoritaire, le sénateur Evallière Beauplan, n’est pas de la liste des amis de l’entrepreneur. Celui qui avait fait chanter une ancienne Premier ministre avant de lui donner son vote n’entend pas faire de chantage politique à M. Rouzier. Nous allons nous baser sur son programme politique, dit-il, pour voter. Dans la foulée des négociations pour prendre les commandes de la Primature – siège du gouvernement -, Daniel Rouzier laisse ses documents au bon soin de ses avocats. Des juristes considèrent la « carte de résidence américaine » comme un obstacle à la ratification de son choix.
Claude Gilles

 

Séisme/Haïti: doutes sur le bilan officiel

AFP – 28/05/2011

Un projet de rapport commandé par l’Agence américaine d’aide au développement (Usaid), que l’AFP a pu consulter, met en doute le bilan officiel des victimes du séisme dévastateur du 12 janvier 2010 en Haïti, en mettant en avant des chiffres bien inférieurs.
Selon le bilan officiel des autorités haïtiennes, entre 200.000 et 250.000 personnes ont trouvé la mort dans le séisme du 12 janvier 2010.
Le rapport, qui n’est pas finalisé et n’a pas encore été publié, met en avant une estimation bien moindre. « Le nombre de personnes qui ont trouvé la mort dans le séisme est estimé entre 46.190 et 84.961 », est-il écrit dans ce rapport daté du 13 mai.
« Les chiffres avancés par les autorités haïtiennes sont basés sur les rapports des municipalités des régions touchées par le séisme et sont tirés des registres de la compagnie qui avait ramassé les cadavres », a réagi à Port-au-Prince un fonctionnaire travaillant au bureau du Premier ministre haïtien.
Parlant sous le couvert d’anonymat, un ministre du gouvernement sortant a fait référence aux registres de l’Etat. « Il y a des chiffres officiels que je connais, c’est le même bilan (250.000 à 300.000 morts). C’est curieux de présenter de nouveaux chiffres plus d’un an après la catastrophe », a-t-il déclaré à l’AFP.
L’estimation faite dans le rapport de l’Usaid s’appuie sur un travail d’enquête, en porte-à-porte, qui a été mené en Haïti dans les jours qui ont suivi le séisme puis un an après.
Mark Toner, porte-parole du département d’Etat qui chapeaute l’agence Usaid, a confirmé auprès de l’AFP que l’Usaid avait bien commandé ce rapport et qu’il avait été mené sur le terrain avec l’aide du cabinet LTL Strategies, dont le siège est à Washington.
Mark Toner a indiqué qu’il y avait des « incohérences » dans ce projet de rapport. « Nous sommes en train d’examiner ces incohérences avec LTL Strategies pour nous assurer que l’information que nous allons diffuser est exacte », a-t-il déclaré sans plus de précisions.
Le rapport met aussi en doute les derniers chiffres officiels de l’ONU portant sur le nombre de personnes vivant dans la rue. Selon l’ONU, 630.000 personnes vivent sans toit en Haïti. D’après le rapport, la réalité sur le terrain serait plus près d’un chiffre compris entre 5 et 10% du bilan de l’ONU.
« Les résultats de ce rapport, les résultats du programme du (ministère des travaux publics) et la plupart des autres estimations laissent penser que les chiffres cités sont improbables », dit le rapport commandé par l’Usaid.
Intitulé « Evaluations structurelles et déblaiement des débris dans les quartiers d’Haïti touchés par le séisme » (Building Assessments and Rubble Removal in Quake-Affected Neighborhoods in Haiti), ce rapport, s’il est confirmé, pourrait avoir des implications majeures dans l’aide et la reconstruction à venir d’Haïti.
Le Premier ministre désigné d’Haïti, un entrepreneur, Daniel-Gérard Rouzier a récemment indiqué dans la presse qu’il envisageait de prendre en main la reconstruction de son pays jusque-là confiée à une commission internationale (CIRH) financée par la communauté internationale à hauteur de 11 milliards de dollars sur 5 ans.

 

Haïti: Cité Soleil livré aux bandits

Depuis plusieurs semaines, on enregistre dans la commune de Cité Soleil, un regain de violence entrainant chez la population une réelle psychose de peur justifiée par la carence de patrouilles policières et l’impuissance des forces de l’ordre.
Les bandits armés ont désormais repris du service dans la quasi-totalité des quartiers de Cité Soleil. Des citoyens de cette communauté sont de plus en plus inquiets face à une insécurité galopante. Ils dénoncent la présence de bandits armés dans leurs quartiers, qui rançonnent jour et nuit commerçants et passants, au vu et au su de tout le monde. Cette situation inquiète de plus en plus les résidents de ces quartiers. Le mardi 12 avril, vers 9 heures du matin, des bandits, ont cambriolé l’Institution d’éducation chrétienne, un établissement scolaire de renom qui dessert Cité Soleil depuis plus de trente ans.
Quelques jours plus tard, dans la matinée, aux heures de classe, des bandits armés ont investi l’économat du même centre d’éducation. Ils ont tout emporté et ont même menacé de mort la directrice de cette école qui ne cesse de recevoir depuis lors des appels anonymes. Une situation qui a révolté la conscience des habitants de la commune. Nous avons pu confirmer les informations communiquées par une interlocutrice en interrogeant un policier affecté au sous-commissariat de police de Cité Soleil. D’après cet agent de la force publique, qui déplore le manque d’équipements de la PNH, il y a bien recrudescence de l’insécurité dans le plus grand bidonville du pays.
Récemment, une étudiante d’un prestigieux centre universitaire de la capitale a été agressée par des malfrats qui l’ont dépouillée de tout ce qu’elle avait dans sa voiture au moment où elle sortait du centre hospitalier Sainte-Catherine en compagnie de son fils et de son mari. Plus loin, elle nous explique que la présence des casques bleus ne sert à rien. « Ils restent dans leurs chars. Ils interviennent seulement s’ils sont attaqués », crache la victime. « On vient tout juste de tuer une dame qui essayait de tromper la vigilance de certains bandits», ajoute-t-elle.
A notre arrivée, jeudi matin, dans cette commune, aucun dispositif de sécurité n’était remarqué. Les forces de l’ordre étaient totalement absentes. La frayeur se lisait sur le visage des riverains. La population est victime tous les jours de rapine, de viol, de meurtre, etc. Les écoles, les églises, les boutiques et les maisons ne sont pas épargnées. Des tirs nourris d’armes automatiques sont entendus quotidiennement dans cette commune, ce qui crée des moments de panique au sein de la population. Des individus armés, localisés dans les quartiers de « Ti Ayiti », « Boston », « Bélékou », « Babèt », « Cité Gérard », etc. reprennent leurs opérations criminelles.
« Ce bidonville qui avait été sous le contrôle de gangs armés tente de reprendre son rythme normal. A visage découvert et à toute heure de la journée, des malfrats ne cessent de dépouiller les passants et les résidents de leurs effets, particulièrement les bijoux et les téléphones portables. La faible présence de la police à Cité Soleil n’est pas une garantie pour la sécurité de la population », nous confie un riverain.
Alors que le président de la République Michel Joseph Martelly ne cesse d’exprimer sa volonté de mettre un terme à l’insécurité qui sévit particulièrement dans la zone métropolitaine, les actes de banditisme n’ont pas cessé d’augmenter au cours de la semaine qui a suivi sa prestation de serment. Il faut noter que six personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées la semaine écoulée dans les communes de Delmas et de Pétion-Ville. Ainsi, l’alerte est donnée. Les bandits gagnent du terrain dans la commune. Les cris de détresse viennent presque de partout. Qui doit veiller à la sécurité de la population de Cité Soleil ?
Amos Cincir
mcincir@lenouvelliste.com

 

Haïti: Les petites phrases du président de la République

Le Nouvelliste

Près de deux semaines après son investiture, le 56ème premier mandataire haïtien, Michel Joseph Martelly, imprime progressivement sa marque de fabrique, son style oratoire. Ses faits et gestes bousculent les vieilles habitudes et sont suivis de près par les médias, ses admirateurs et par d’autres encore. Chronique d’une communication sans fard.

Le mois de mai, avec sa cohorte d’activités, aura été celui de la véritable rentrée politique en Haïti. Les médias raffolent de l’actualité dite institutionnelle et ne ratent pas les moindres déclarations de ces nouveaux élus du peuple aussi volubiles que leurs prédécesseurs. L’imbroglio judiciaire autour des membres du Conseil électoral provisoire (CEP), les tractations ou pré-consultations du Premier ministre désigné, Daniel Rouzier, et les discours du président Martelly alimentent toutes les conversations. C’est la preuve que, la politique, après le football est le sport favori des habitants de nos cités.
Lors de son investiture le 14 mai, le nouveau président a terminé son discours par une phrase extraite d’une chanson évangélique bien connue : « Ayiti yo pa vle wè a » (Haïti que l’on méprise…). Un message en pointillé et à connotation nationaliste. Un gage de volonté pour redonner à Haïti un autre visage. Le mot fétiche « Tèt Kale », traduisant la fermeté, la détermination ou le sublime est revenu plus d’une fois. Dans les tribunes et aux abords des ruines du Palais national, la foule jubilait, en réaction à ces leitmotivs puisés dans les tréfonds de la culture populaire. Le mardi 17 mai, alors qu’il participait à l’inauguration d’un jardin d’enfants à Zoranje, Michel Martelly a renouvelé l’une de ses promesses de campagne sur la gratuité de l’enseignement, comme pour dire aux sceptiques que sa position sur cette question n’avait pas changé d’un iota.
Le 18 mai, à l’Arcahaie, à l’occasion de la Fête du drapeau, c’est un président de la République dithyrambique, dans la peau des ancêtres et rassembleur, qui a invité ceux qui priaient pour son fiasco à se joindre à lui. Car, devait-il souligner, son échec serait le leur et par ricochet, celui de toute la nation. Le 20 mai, lors de sa participation à la cérémonie de sortie de la 22ème promotion de l’académie de police, Michel Martelly avait invité les agents de la Police nationale d’Haïti (PNH), à plus de posture et de convenance. Mon attitude d’antan a changé, depuis que je suis devenu chef de l’Etat, devait-il déclarer, en guise d’exemple. Pour l’homme de la rue, il ne faisait pas l’ombre d’un doute, que le nouveau président faisait à la fois preuve de fermeté et d’ouverture dans ses propos. Dans une déclaration métaphorique en créole, lors de sa participation à l’inauguration d’un Centre d’opérations d’urgence (C.O.U) situé dans la commune de Tabarre, Michel Martelly a dit: « Se avèk anpil fyète ke mwen antre nan kay sa a. Yon enstitisyon flanban nèf, byen kale, byen bande ». Il a salué cette initiative et félicité les responsables du bureau de la protection civile pour leur détermination à sécuriser la population. Il a aussi promis de travailler de concert avec les partenaires d’Haïti pour combler les besoins de ce centre. Le 27 mai, le président haïtien, qui venait d’assister à l’inauguration du marché de Savane Pistache, un quartier de Carrefour-Feuille, a choisi, selon des témoignages concordants, de rejoindre les abords du Champ de Mars à pied, ajoutant ainsi une quinte à ce nouveau style de communication politique.
L’humour couleur locale se mêle désormais au discours politique, à la volonté affichée de faire triompher la justice et de rompre avec les pratiques du passé. Le peuple aime rire et aura pris l’habitude de se délecter de ces images qui font partie de son univers culturel. D’autres pourraient être tentés de gloser. Mais l’artiste, et aujourd’hui le président d’Haïti, s’affiche comme un grand communicateur. Outre son aisance langagière qui lui a permis de gagner des galons durant les différentes campagnes électorales, Michel Martelly ne lésine pas sur les nouvelles technologies de la communication qu’il utilise à fond. Une mutation qui bouscule la culture politique d’Haïti.
Belmondo Ndengué

 

Haïti / Politique

Daniel Rouzier a-t-il les coudées franches ?

L’horizon politique s’obscurcit au fil des jours pour Daniel Gérard Rouzier. Les choses ont grandement changé. La grande bataille politique semble atteindre son plus haut sommet. Les tractations que l’on prétendait aller bon train ont pris une courbe dont le Premier ministre désigné lui-même semble avoir perdu le contrôle. Inite et ses alliés seraient sur le point d’imposer leur veto à la ratification du Premier ministre désigné.

Le Matin / 2011-05-27 10:27:10

En moins d’une semaine, la donne semble changer et le Premier ministre désigné Daniel-Gérard Rouzier pourrait ne pas avoir son destin en main. Les hommes de Inite ont changé leur fusil d’épaule et veulent désormais intégrer le nouveau gouvernement. Si , dans un premier temps, le Groupe des parlementaires du renouveau (GPR), majoritaire au Parlement, avait choisi de donner libre champ au président Michel Martelly, ils ont, en quelques jours, changé de stratégie.
Personne ne veut jouer au chat et à la souris. Tout est clair. Les pontes du groupe majoritaire entendent non seulement détenir certains portefeuilles ministériels, mais aussi ont désigné les ministères dont ils veulent avoir le contrôle. Les poulains de René Préval imposeraient même leur loi au président de la République. Ils veulent négocier même l’impensable, selon plus d’un.
Sans ambages, le groupe majoritaire au Parlement, formé de plus d’une trentaine de députés d’Inite, opte, au premier abord, pour le ministère de l’Economie et des Finances. On ne saurait prétendre qu’un président de la république laisse un tel ministère si stratégique entre les mains des personnes contre qui il avait fait campagne. Le sénateur Jean Hector Anacacis, membre de GPR, croit important que son groupe soit représenté au sein des ministères clés.
D’autres exigences faites par cette force au Parlement concernent les ministères de la Justice et de la Sécurité publique et le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales. Le bien-fondé de cette démarche, selon le sénateur du Nord, Moïse Jean-Charles, est de s’assurer qu’ils aient une présence au sein du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN). Le sénateur Jean-Charles dit craindre que le président de la république n’instrumentalise le CSPN en un outil de représailles contre ses adversaires politiques.
Une importante rencontre tenue, mercredi dernier, au restaurant Tifany au Bicentenaire, entre le Premier ministre désigné et le Groupe des parlementaires du renouveau a terminé en queue de poisson. Rien de grand n’en est sorti. Selon une source proche du GPR, aucune chose concrète n’a été promise. Le Premier ministre s’est contenté d’exposer une partie de sa politique générale qui est sur le point d’être peaufinée.
Le groupe emmené par le sénateur Joseph Lambert avait finalement exposé leur cahier de doléances à Daniel Rouzier et son équipe. Plusieurs ministères ont été clairement réclamés et la participation du groupe parlementaire, peut-être à un autre niveau moindre, dans d’autres ministères importants dont celui de l’Economie et des Finances et de la Planification et de la Coopération externe.
Les ministères de la Justice et de la Sécurité publique, de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, de l’Agriculture et des Ressources naturelles et celui des Affaires sociales sont donc formellement demandés à l’éventuel chef de la Villa d’accueil. Une situation extrêmement embarrassante pour Rouzier qui tentait auparavant de dégager une majorité à la 49e législature.
Les négociations ont pris une autre allure depuis ces dernières soixante douze (72) heures. Inite et alliés tirent les ficelles et en remontrent au président inexpérimenté Michel Martelly. Ils font monter les enchères. Les esprits sont surchauffés et les palabres étaient encore, jeudi matin, bloqués à ce niveau.
Que faire, se demandent Martelly, Rouzier et leur équipe ? Voilà une question à laquelle ces néophytes tentent encore de répondre. La stratégie à utiliser n’est pas encore conçue. Les « robots call » pleuvent et la pression semble s’accentuer. Les parlementaires ont vertement dénoncé ces appels téléphoniques et voient, en la démarche du président de la république, une forme de chantage. Les co-dépositaires de la souveraineté nationale sont à couteaux tirés.
Entre-temps, le pays attend son 16e Premier ministre. Des rêves à concrétiser, des promesses à satisfaire et le chronomètre des cent (100) jours de grâce avance à grand pas. Une situation de blocage semble se profiler à l’horizon. Les prochains jours seront très décisifs pour le camp Martelly et les hommes de Inite, vu les multiples besoins d’une population sur les genoux. L’ère du changement annoncé semble loin d’être arrivée. L’on se demande quel sera le sort de Daniel-Gérard Rouzier au Bicentenaire ?

cjchanoine@yahoo.fr

Joseph Chanoine Charles

 

Tractations et convoitise: les grands enjeux

Le terrain politique se révèle aujourd’hui des plus épineux. Des démarches un peu partout et des négociations à n’en plus finir sont à leur plus haut niveau. Le temps presse. Les militants de tous poils font signe d’impatience. Aujourd’hui, le temps est au partage du « butin ». Les « grands ministères » font l’objet de toutes les convoitises. Soit pour des raisons de stratégie politique, de contrôle du territoire national, soit pour leur budget, ces ministères constituent une véritable pomme de discorde autour de laquelle responsables de partis politiques, parlementaires, président et Premier ministre mènent des négociations ardues.

Le Matin / 2011-05-27 15:13:14

Le terrain politique se révèle aujourd’hui des plus épineux. Des démarches un peu partout et des négociations à n’en plus finir sont à leur plus haut niveau. Le temps presse. Les militants de tous poils font signe d’impatience. Aujourd’hui, le temps est au partage du « butin ». Les « grands ministères » font l’objet de toutes les convoitises. Soit pour des raisons de stratégie politique, de contrôle du territoire national, soit pour leur budget, ces ministères constituent une véritable pomme de discorde autour de laquelle responsables de partis politiques, parlementaires, président et Premier ministre mènent des négociations ardues.
Le jeu politique se fait à la minute dans cette ville de Port-au-Prince fatiguée et délabrée. Les hommes politiques sont constamment occupés. Ils sont soit au téléphone ou enfermés dans des conciliabules pour tenter de répondre à une question : Que faire pour intégrer le prochain gouvernement ? Les hommes de Inite, fidèles de René Préval, tirent les ficelles et font monter les enchères. Le groupe majoritaire au Parlement veut garder certains ministères clés, tandis que le président de la République et son équipe ne l’entendent pas de cette oreille. Une véritable pierre d’achoppement entre les forces en présence.
Compromis et discordance
Certains ministères, mêmes stratégiques, ne sont pas au centre des discussions. Un consensus aurait été déjà trouvé entre les grandes forces politiques sur le terrain. Qu’il s’agisse de la minorité ou de la majorité au Parlement, le mot d’ordre est clair : pas question de barrer la route à Michel Martelly. Les ministères de l’Economie et des Finances, de la Planification et de la Coopération externe et celui des Affaires étrangères et des Cultes n’ont jamais été au centre des débats.
Cependant, les principaux acteurs politiques et l’équipe de Martelly semblent être à couteaux tirés sur certains portefeuilles ministériels représentant des points stratégiques et détenant une part importante du budget national. Garder le contact avec des structures de base sur le terrain au moyen d’un job ou d’autres avantages offerts par certains ministères, chercher à gagner les prochaines élections, sont autant d’enjeux majeurs qui sous-tendent les grandes négociations pour le contrôle de ces ministères considérés comme névralgiques.
Les ministères de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, des Affaires sociales et du Travail, de la Justice et de la Sécurité publique, de l’Intérieur et des Collectivités territoriales et celui des Travaux publics, Transport et Communication détiennent plus de 44% du budget et représentent des pôles stratégiques pour des structures politiques. Tout le débat aujourd’hui se tourne autour de ces grands morceaux du gâteau. Comment les partager et à qui les donner ?
Les forces politiques et leurs ambitions
Le coordonateur de Inite semble vouloir faire le jeu du président Martelly. Au fil des négociations, le degré de satisfaction du sénateur Joseph Lambert parait de plus en plus en nette augmentation. L’ex-président du Sénat s’affirme en un fin négociateur. Joseph Lambert joue gros et se montre, ces derniers jours, plus conciliant que jamais. Il ne veut pas barrer la route à Martelly, mais indexe déjà de grands ministères. Le sénateur du Sud’Est, intéressé au premier abord, à un portefeuille ministériel, semble être d’avis différent aujourd’hui. Qu’il soit Lambert ou un autre, Inite s’accroche à certains portefeuilles importants dont celui de l’Intérieur et des Collectivités territoriales.
Par ailleurs, l’ex-président René Préval, l’un des pions stratégiques de ces grandes négociations, n’a pas tout à fait rendu le tablier. Il a dirigé près de quatre réunions en sa résidence privée à Laboule afin de donner le mot d’ordre à ses poulains. M. Préval serait d’accord que ses hommes facilitent le processus de ratification du Premier ministre désigné en votant favorablement. Toutefois, l’homme fort et l’un des véritables maitres du jeu opte pour le contrôle de trois grands ministères (Agriculture, Intérieur et Affaires sociales).
L’Alternative de son côté, deuxième force au Parlement, joue la carte de la prudence. Les dirigeants encore en consultation n’ont pas encore une position officielle, mais seraient favorables au choix de Daniel Gérard Rouzier pour le poste de Premier ministre. Au cours de plusieurs réunions tenues la semaine dernière, les responsables de ce regroupement se disent prêts à servir le pays, mais n’exigent pas encore le contrôle d’un ministère donné, contrairement aux hommes d’Inite.
Le bouillant sénateur de l’Ouest, Steven Benoit (Alternative), se dit déjà prêt à voter en faveur de monsieur Rouzier. Le sénateur Benoit se fait même passer pour un lobbyiste du Premier ministre désigné tant il cherche à convaincre d’autres parlementaires du bien-fondé de ce choix. Le père de la loi sur le salaire minimum soutient que Daniel Rouzier est un homme intègre, sérieux, honnête et qui a déjà fait preuve de son pragmatisme en Haïti.
Le Premier ministre désigné, comme un pèlerin, fait le tour des médias et des bureaux des partis politiques. Pour l’heure, Daniel Gérard Rouzier a déjà rencontré au moins un représentant de tous les blocs au Parlement. L’homme d’affaires, qui se montre très confiant, semble ne pas s’inquiéter du grand test qui l’attend à la cité de l’Exposition. Les différentes démarches qu’il a déjà entreprises pourraient porter fruit et la route qui doit le conduire à la Primature semble se débroussailler de plus en plus.
En effet, M. Rouzier, travaillant avec plusieurs groupes ayant à leur tête des vieux briscards de la politique haïtienne, acquiert à sa cause, au fil des heures, certains hommes forts du Parlement. Des leaders au Bicentenaire auraient même participé à des séances de travail avec de proches conseillers du Premier ministre désigné sur l’élaboration d’un plan stratégique et de l’énoncé de politique générale du probable chef de la Villa d’accueil.
Des tractations en cascade, des réunions à longueur de journée, des séances de travail avec près d’une vingtaine de groupuscules sur les différents dossiers et sujets importants de la nation occupent le quotidien de l’ex-patron d’E-power (Centrale électrique à Port-au-Prince). Monsieur Rouzier, un néophyte en politique, comme le président de la République, se dit prêt à travailler avec tous les secteurs de la vie nationale pour faire sortir Haïti du gouffre de la misère et du pétrin de la pauvreté.

cjchanoine@yahoo.fr

Joseph Chanoine Charles

 

Politique / Partage du pouvoir

MICT : instrument de contrôle du territoire national ?

Le pays est en train d’ouvrir un autre chapitre de son histoire. Tous les yeux sont rivés sur le Parlement. La formation du prochain gouvernement est à la une de l’actualité. La population attend la ratification du chef du gouvernement pour connaitre la composition du cabinet ministériel. Cependant, certains portefeuilles font déjà l’objet des convoitises de forces politiques diverses. Dans cette lutte pour le partage du Pouvoir exécutif, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales (MICT) ne laisse pas indifférent. Pour, entre autres, des raisons d’ordre de contrôle du territoire national.

Le Matin – 27/05/2011

Le sénateur des Nippes, Jocelerme Privert.

Le président Michel Joseph Martelly a choisi Daniel Gérard Rouzier pour exécuter ses plans de changement. Cependant la formation du gouvernement s’annonce difficile. Ne disposant pas de majorité parlementaire qui lui aurait permis d’imposer de manière unilatérale un cabinet ministériel acquis à sa cause, M. Rouzier devra s’atteler à dégager une majorité en vue de la ratification de sa politique générale. Les tractations continuent. Rageusement. Ouvertement ou subtilement, acteurs et forces politiques représentées au Parlement convoitent certains portefeuilles ministériels qui leur permettront de rester visibles au cours des prochains cinq ans.
Parmi les ministères les plus convoités figure celui de l’Intérieur et des Collectivités territoriales. Ce ministère peut servir, estime-t-on, d’instrument politique dans la préparation des prochaines campagnes électorales. Ce serait, avec la tutelle exercée sur les collectivités territoriales, le ministère le plus proche de la population. Le désir ouvertement exprimé du sénateur Joseph Lambert de la plateforme Inite d’être le titulaire de ce ministère attise la curiosité des citoyens. Toutefois, pour d’autres comme le sénateur Jocelerme Privert, ex-ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, l’intérêt démesuré voué à ce ministère par les leaders et partis politiques est dû à leur ignorance. Ces intéressés, avance-t-il, n’ont pas réalisé la profonde mutation qu’a subie le MICT. En effet, le rôle prépondérant que jouait ce ministère sous la dictature des militaires grâce à ses multiples fonctions, a aujourd’hui profondément été altéré. Il faudrait, si l’on veut que ce ministère intervienne dans les affaires électorales, d’après Privert, le détourner de sa mission première qui a été fixée par le décret loi organique du 17 mai 1990. « Ce ne sera alors plus de la gestion », lance-t-il.
Organisation et fonctionnalité…
Ce décret loi organique, pris en la date ci-devant indiquée par le gouvernement d’Ertha Pascal Trouillot, a divisé le ministère de l’Intérieur et de la Défense nationale d’alors en deux branches. Deux ministères distincts avec deux fonctions différentes ont alors pris naissance : le ministère de la Défense nationale et le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales (MICT).
Le nouveau ministère de l’Intérieur, tout en assumant des missions d’ordre et de souveraineté, aura une mission totalement orientée vers le progrès et le développement. Sa structure organique est ainsi constituée : le bureau du ministre qui comprend son secrétariat ; le cabinet particulier du ministre qui est un organe de réflexion, de consultation, de conception, d’étude et d’analyse ; la direction générale qui est l’organe d’exécution du ministère ; les directions techniques qui comprennent la direction de l’Immigration et de l’Emigration, la direction de la Protection civile, une direction des Collectivités territoriales et une direction des Affaires politiques. En dernier lieu, la direction administrative qui prépare le budget, gère les ressources financières et humaines et les archives.
Les organes de sécurité et de défense nationale ont été transférés ailleurs. La Police sous l’autorité du ministère de la Justice. L’Armée et les services techniques s’occupant de l’intelligence gérés par le ministère de la Défense nationale.
Décentralisation, mission impossible ?
Le ministère de l’Intérieur est alors devenu un ministère d’organisation du territoire, un ministère du progrès. En plus de sa mission qui est d’assurer la tutelle de l’Etat sur les Collectivités territoriales sans les gérer, il assure la coordination des organes déconcentrés et décentralisés de l’administration d’Etat. Par conséquent, c’est le ministère de la Décentralisation.
Après le séisme du 12 janvier 2010, la décentralisation parait, en effet, incontournable et représenterait, selon nombre de spécialistes, la solution indiquée au problème d’absence de l’Etat dans l’arrière-pays. Suivant l’ex-ministre Jocelerme Privert, cette solution devra tenir compte de deux paramètres fondamentaux : les paramètres territorial et technique. La décentralisation technique est perçue à travers les entités que l’Etat central crée ou que les collectivités peuvent eux-mêmes créer afin d’assurer aux populations locales les services de base. Dans la perspective de la décentralisation territoriale, la constitution reconnait à trois entités le statut de collectivité territoriale. Il s’agit du département, de la commune et de la section communale. Ces trois entités ont pour mission de s’occuper de l’administration locale et d’aider l’Etat dans ses tâches de développement. Pourtant, elles n’ont jamais bénéficié des conditions nécessaires pour jouer leur rôle dans le grand projet d’un « Etat déconcentré et décentralisé ».
Ce concept est présent dans toutes les constitutions depuis 1843. La décentralisation n’est donc pas une création de la constitution de 1987. La commune a toujours été reconnue comme entité territoriale autonome. Redéfinir le cadre légal en vu du bon fonctionnement des collectivités, voilà le grand défi et la condition indispensable à l’avènement d’un Etat décentralisé. Avec moins de 10% du budget national alloué au MICT, la décentralisation parait plus un idéal que toute autre chose. De ce fait, l’Etat doit effectuer un nouveau partage des compétences et des responsabilités, notamment pour le département, la commune et la section communale. En leur attribuant de nouvelles responsabilités, il faudrait également les doter de ressources afin de répondre aux nouvelles exigences, estime Privert. La décentralisation reste encore donc un rêve qu’il faudra matérialiser afin de promouvoir la capacité de l’Etat à assurer le développement national. Ce sera un vrai challenge pour Michel Martelly et son équipe, sachant que, suivant la constitution de 1987 en son article 64 de la section A, la section communale s’occupe de la formation de la population, une des priorités du nouveau chef de l’Etat que toute organisation politique voudrait bien faire sienne et réaliser compte tenu de la popularité qu’elle est susceptible d’accorder.
Les ressources économiques qui manquent au MICT et aux collectivités sont de vrais obstacles au processus de décentralisation. Sous l’administration de Jocelerme Privert, le budget de ce ministère ne dépassait pas 300 millions de gourdes par an. Cependant, d’autres fonds comme celui de la contribution à la gestion des collectivités territoriales qui est un fonds de péréquation horizontale, est également géré par le ministère en attendant la mise sur pied du Conseil interdépartemental. Ce fonds est évalué aujourd’hui à près d’un milliard de gourdes. « Ce n’est pas un fonds du ministère », a tenu à préciser Privert. C’est un fonds géré par le ministère et destiné à la couverture des salaires des organes des collectivités territoriales et de certaines petites dépenses de fonctionnement. Il ne fait donc pas partie intégrante du budget alloué au MICT. Suivant le professeur Rénol Elie, récemment interviewé par l’équipe du Matin, la crainte des autorités centrales vis-à-vis des pouvoirs locaux qui risquent de leur faire de l’ombre, entravent également la décentralisation.
Aucune commune du pays ne dispose de recettes lui permettant de répondre à ses responsabilités, selon Jocelerme Privert. De ce fait, l’autonomie de ces entités paraît chimérique. Il n’y a pas d’autonomie sans ressources. Conséquemment, ces entités placées sous tutelle du ministère de l’Intérieur sont susceptibles, estime-t-on, d’être contrôlées par le pouvoir central ou la force politique aux commandes du MICT qui pourra ainsi influencer l’électorat. Selon les promesses de sa campagne électorale, il existe plusieurs postes ministériels clés pour le président Martelly, notamment le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, le ministère des Travaux publics, Transport et Communication, ministère de l’Education nationale, ministère de l’Intérieur. Ils sont pour la plupart tous convoités par les organisations de l’opposition. Le sénateur Privert estime que M. Martelly ne saurait se désintéresser de ces ministères, vu qu’ils représentent les piliers qui lui permettront d’implémenter ses promesses de campagne. Sorel Jacinthe, président de la Chambre basse, estime, lui, que le nouveau chef de l’Etat, dans une perspective de conciliation des forces politiques, doit se faire le devoir de consulter, avant la formation du cabinet ministériel, la majorité dégagée au Parlement à travers le Groupe de parlementaires du renouveau (GPR).

Lionel Edouard

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