mercredi 22 juin 2011

22 Juin

L’édito

Haïti: Quand INITE s’affirme

En rejetant le choix de Daniel Gérard Rouzier comme Premier ministre, la plateforme INITE, par l’entremise du Groupe des parlementaires pour le renouveau (GPR), veut affirmer sa suprématie comme bloc politique à la Chambre basse. Après Ericq Pierre, Hervé Denis et Robert Manuel, Daniel Gérard Rouzier devient le quatrième Premier ministre désigné par un président de la République rejeté par l’une des deux Assemblées législatives depuis l’adoption de la Constitution de 1987.
Sur 65 députés qui ont répondu à l’appel nominal, quarante-deux ont voté contre Daniel Gérard Rouzier, dix-neuf ont soutenu le Premier ministre désigné et trois se sont abstenus. Le résultat du vote prouve que les violons ne s’accordent pas entre le président Michel Martelly et la plateforme INITE, majoritaire dans les deux Assemblées. Ce vote de la Chambre des députés va-t-il permettre au président de la République de remettre les pendules à l’heure ?
Si Martelly a bien appris la leçon du vote de mardi, il va rapidement entreprendre les démarches nécessaires auprès du directoire de la plateforme INITE avant de choisir un nouveau Premier ministre. Avec une cinquantaine de députés regroupés au sein du GPR et seize sénateurs à la Chambre haute, la plateforme INITE est incontournable en ce qui a trait à la ratification du choix d’un Premier ministre ainsi qu’à l’approbation de la déclaration de sa politique générale. Cet exercice démocratique est courant dans les pays à régime d’assemblée. En août et en décembre 1997, deux Premiers ministres choisis par le président René Préval avaient été rejetés par le Parlement. En avril 2008, après le vote de censure infligé au Premier ministre Jacques-Edouard Alexis par le Sénat, deux Premiers ministres choisis par René Préval avaient eu le même sort en mai et en juin de la même année. Si Martelly veut voir un gouvernement prendre les rênes de l’administration incessamment, il va devoir accepter la cohabitation avec le parti majoritaire, auquel cas son Premier ministre n’éprouvera aucune difficulté dans les deux Chambres.
Qui sera le nouveau Premier ministre ? Martelly a-t-il intérêt à laisser passer le temps avant d’en choisir un autre, comme avait fait René Préval en 1997, lorsque l’Organisation du peuple en lutte était majoritaire au Parlement ?
Entre une campagne de dénigrement contre la plateforme INITE et le choix avec célérité d’un nouveau Premier ministre pour la mise en branle de la machine gouvernementale afin de rendre opérationnel le plan des quatre E si cher au président (Emploi, Education, Environnement, Etat de droit), quelle doit être la priorité ?

Lemoine Bonneau / bonneau@lenouvelliste.com

 

Daniel Rouzier échoue à devenir Premier ministre, doutes sur sa nationalité et sur sa situation fiscale

L’Assemblée des députés a rejeté, mardi, le choix de Daniel Gérard Rouzier, désigné par le chef de l’Etat, Michel Martelly, pour succéder à Jean-Max Bellerive à la primature. Par 42 voix contre 19 et 3 abstentions, la Chambre basse brise le rêve du président de la République d’avoir un entrepreneur comme chef de gouvernement.
Les portes de la primature sont définitivement fermées à Daniel Gérard Rouzier, désigné il y a un mois par le chef de l’Etat, Michel Martelly, pour devenir le chef du gouvernement. « Evasion fiscale » et son récent statut de consul honoraire de la Jamaïque en Haïti sont deux parmi les raisons évoquées par la majorité des députés pour stopper d’entrée de jeu l’homme d’affaires dans sa course vers la primature. « Le choix de M. Daniel Rouzier par le président de la République est rejeté. Nous allons écrire au président de la République pour l’en informer et lui demander de choisir un autre Premier ministre », informe Saurel Jacinthe, président de la Chambre basse, à la fermeture de la séance fatale à M. Rouzier.
Le Groupe des parlementaires pour le renouveau (GPR), majoritaire au Parlement, a été le principal bourreau du Premier ministre désigné. « Les 42 voix contre le choix du Premier ministre désigné sont exclusivement des députés membres du GPR », affirme Levaillant Louis-Jeune. Membre de la plateforme Inite, l’ex-président de la Chambre basse a littéralement désapprouvé Daniel Rouzier dont la crédibilité a été à diverses occasions vantée par le chef de l’Etat. « A l’heure où le président a besoin d’argent pour alimenter le Fonds national d’éducation, certaines personnes ne paient pas suffisamment de taxes dans le pays », déclare le représentant de Desdunes à la 49e législature, faisant allusion aux accusations d’évasion fiscale émises à l’encontre de Daniel Rouzier.
Membre de la commission Anticorruption de la Chambre basse, Levaillant Louis-Jeune entend convoquer le ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement démissionnaire, ainsi que le directeur général des impôts, pour passer au crible les chiffres d’affaires des 100 premières grandes entreprises haïtiennes afin de s’assurer qu’elles paient suffisamment de taxes.
Parallèlement au rapport mi-figue mi-raisin de la commission spéciale chargée d’analyser les pièces du Premier ministre refusé le député Arnel Bélizaire s’est livré, pour sa part, à un cinglant réquisitoire contre Daniel Gérard Rouzier. Le représentant de Delmas/Tabarre à la Chambre basse, qui n’avait pas signé le rapport de la commission, évoque des conflits d’intérêts politiques et économiques entre le statut d’entrepreneur et d’ancien consul honoraire de la Jamaïque de Daniel Rouzier et le poste de Premier ministre. « M. Pierre Daniel Gérard Rouzier est l’un des principaux actionnaires d’une compagnie qui investit plus de 59,3 millions de dollars américains en Haïti. Il se trouve que, pour l’instant, l’Etat haïtien est le seul et unique client de cette compagnie électrique », se désole le député Belizaire à la tribune de la Chambre basse. Monsieur Rouzier, poursuit-il, aurait démissionné du conseil d’administration d’E-Power. « Nous prenons acte de la lettre, mais peut-il nous prouver qu’il a vendu la totalité de ses actions ? » s’interroge le parlementaire.
Parlement rancunier
La mésaventure de la sélection haïtienne de football des moins de 17 ans à la Jamaïque, il y a six mois, a été ressuscitée lors de la séance à la Chambre des députés. En tant que consul honoraire de la Jamaïque, Pierre Daniel Gérard Rouzier est accusé d’avoir gardé un silence complice face aux autorités jamaïcaines qui ont infligé un traitement humiliant aux jeunes footballeurs haïtiens, selon le député Bélizaire. « M. Rouzier occupait un poste politique et servait les intérêts politiques et économiques de la Jamaïque », estime le parlementaire qui conforte les anti-Rouzier dans leur décision à fermer les portes de la primature à l’entrepreneur réussi à la tête de plusieurs institutions en Haïti.
Evoquant l’article 13 de la Constitution de 1987, le député Arnel Belizaire a tué le peu d’espoir que nourrissait encore le Premier ministre désigné par le chef de l’Etat qui n’a aucune représentativité au Parlement. Les trois seuls députés élus sous la même bannière politique que le chef de l’Etat font partie du groupe GPR dominé par la plateforme Inite de l’ancien président René Préval. « M. Rouzier est en situation de perte de nationalité en vertu de l’article 13 de la Constitution, lâche le député. La nationalité haïtienne se perd par naturalisation acquise en pays étranger, l’occupation d’un poste politique au service d’un gouvernement étranger. »
Dans son cinglant réquisitoire imprimé à 70 exemplaires remis au Bureau de la Chambre des députés, le député Arnel Belizaire met aussi en cause les redevances fiscales du patron de Sun Auto. « Il n’a pas honoré ses redevances fiscales envers l’Etat haïtien comme il le devrait », insiste le parlementaire.
Les considérations politiques de l’Assemblée pour refuser le choix du Premier ministre désigné n’ont pas été cachées par ses tombeurs. « Dans tous les parlements, les votes sont politiques. Les conditions politiques ne sont pas réunies pour ratifier le choix de M. Rouzier », assume Levaillant Louis-Jeune. Quand bien même Daniel Rouzier passerait cette étape, poursuit l’ex porte-parole de la Concertation des parlementaires progressistes, il aurait des difficultés à l’avenir pour faire passer une loi.
Claude Gilles
Jean Pharès Jérôme

 

Rouzier rejeté, Supplice en embuscade

21/06/2011

La Chambre des Députés a rejeté la nomination de l’homme d’affaires Daniel Gérard Rouzier au poste de Premier ministre avec 42 voix contre, 19 pour et trois abstentions, lors d’une séance plénière tenue ce mardi. Le Groupe parlementaire du renouveau (GPR), issus pour la plupart de la Plateforme de l’ex-Président René Préval (Inite), ont infligé un vote défavorable à M. Rouzier.
Suite à un rapport pour le moins défavorable au candidat à la primature suivi d’un document préparé par l’un des membres de la commission qui n’a pourtant pas signé le rapport, Arnel Bélizaire, les débats ont entrainé beaucoup de critiques.
Certains faits reprochés au premier ministre désigné comme l’évasion fiscale, des doutes sur sa nationalité haïtienne et son passé d’ex-consul honoraire de la Jamaïque à Port-au-Prince, semblent être à la base du tout premier échec politique du président Martelly.
Avec la déroute de Daniel Gérard Rouzier, les députés invitent le chef de l’Etat à faire choix d’ une autre personnalité pour le poste de premier ministre. Le Président Michel Martelly, dont le leadership commence à être mis en jeu, n’a à aucun moment cherché à constituer une majorité au parlement.
Le sociologue Daniel Supplice, président de la commission de la transition pourrait être le nouveau premier ministre désigné. De sources concordantes, nous avons appris que le président a déjà demandé à son conseiller politique spécial de préparer toutes ses pièces.

Joseph Chanoine Charles

 

Haïti – Politique :

Réactions de Martelly au rejet du Premier Ministre désigné

22/06/2011 08:53:35

Haïti - Politique : Réactions de Martelly au rejet du Premier Ministre désignéDans un communiqué, le Président Michel Martelly, prend note de la décision de la Chambre des Députés d’accorder un vote défavorable au Premier Ministre désigné Daniel Gérard Rouzier, lors de la séance tenue ce mardi 21 juin 2011.
Le communiqué précise que « Le Chef de l’Etat en est profondément déçu mais en sa qualité de démocrate, il ne peut qu’accepter le vote des Députés de la 49e législature » tout en restant convaincu d’avoir pris une bonne décision en désignant Monsieur Daniel Gérard Rouzier comme Premier Ministre.
Le Président Martelly est conscient de l’ampleur des problèmes, de toutes sortes, qui gangrènent le pays et réaffirme sa détermination de continuer à travailler sans relâche pour apporter le changement tant espéré. Il prendra bientôt des dispositions afin de continuer à respecter ses engagements en vue d’améliorer les conditions de vie du peuple haïtien.
Suite au rejet par la Chambre des députés de la candidature du Premier Ministre, Daniel Gérard Rouzier, le Président Martelly à déclaré :
« …Je crois que c’est un jour triste pour Haïti, parce que j’avais fais un choix,[…] et jusqu’à aujourd’hui, je suis derrière ce choix.
Monsieur Rouzier, je vous le redis encore, est intègre. Il était prêt à faire un sacrifice pour prendre une position, parce que le pays est dans son cœur. Mais, comme des combattants; M. Rouzier, l’équipe de la Présidence et moi-même, nous n’allons pas passer beaucoup de temps à nous plaindre, nous allons nous mettre au travail. Monsieur Rouzier est convaincu qu’il va quand même servir le pays, avec ou sans poste, actuellement ça sera sans poste, mais pour nous, il sera là pour Haïti et nous allons commencer à travailler dans les prochaines heures.
Nous pouvons voir ce moment, comme un moment de crise à gérer, crise, parce que nous n’avons pas de Premier Ministre désigné, mais je vous dis aussi, il y a beaucoup de crises parallèles à cette crise. […] actuellement, il est important que nous commencions à agir au niveau du choléra, de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, de la sécurité et tant d’autres choses qui doivent être faites dans le pays.
Nous n’allons pas perdre du temps, […] nous allons convoquer toute notre équipe pour commencer à travailler, pour venir avec des solutions. Nous n’allons pas sortir du Palais aujourd’hui, avant de savoir comment nous allons faire ou quand nous allons commencer à le faire […]
…C’est un combat, comme je l’ai toujours dis, mais nous n’allons pas perdre la bataille et pour ceux qui attendait qu’on donne une chance à M. Rouzier de servir son pays, je vous le dit : M. Rouzier est dans la bataille. »

Lire aussi :
http://www.haitilibre.com/article-3217-haiti-flash-politique-le-premier-ministre-designe-rejete-maj-17-14.html
HL/ HaïtiLibre

 

Haïti – Politique :

Les fausses et vraies raisons du rejet de Daniel Gérard Rouzier

22/06/2011 12:20:48

Haïti - Politique : Les fausses et vraies raisons du rejet de Daniel Gérard RouzierL’assemblée des députés a rejeté mardi le choix du Premier Ministre désigné Daniel Gérard Rouzier. 42 députés ont voté contre, 19 pour et 3 ont fait abstention. 65 députés (sur 99) ont pris part à la séance. Les députés d’INITE ont voté en bloc, contre Daniel Gérard Rouzier, en dépit « de la campagne » menée en sa faveur par l’ancien Président René Préval, supposé être le patron du groupe des parlementaires d’INITE et de ses alliés. Les députés favorables au Premier Ministre désigné ont « accusé » leurs collègues d’INITE de vouloir paralyser le pays.
Les fausses raisons :
Les députés ont motivé leur décision du rejet de la candidature du Premier Ministre désigné, par le fait qu‘ils ne pouvaient être certain de sa nationalité haïtienne, sur le doute de sa probité en matière de redevances fiscales, sur des allégations d’avoir perdue sa nationalité et privilégié les intérêts d’un autre pays, lorsqu’il était Consul honoraire de la Jamaïque au détriment de ceux d’Haïti ainsi que sur d’éventuels risques de conflit d’intérêts, en raison de ses entreprises. Doutes et allégations qui n’ont pourtant pas été confirmés par de faits, des preuves tangibles…
La mise en cause de la probité fiscale du Premier Ministre désigné est l’exemple flagrant d’une instrumentalisation politique. Il était très facile pour la commission, d’obtenir toutes les preuves auprès de la DGI, confirmant le paiement des impôts de Mr Daniel Gérard Rouzier et mettre fin aux spéculations et allégations infondées, lancées intentionnellement pour salir sa réputation. Lors d’une conférence de presse conjointe hier mardi, avant le vote de la Chambre basse, Monsieur Rouzier n’a fait aucune difficulté pour s’expliquer publiquement, en toute transparence sur sa situation fiscale, des propos facile à vérifier :
«…Aujourd’hui devant la Nation je dis que la seule chose que j’ai, c’est mon nom et ma réputation. Chaque année, depuis 30 ans je fais ma déclaration d’impôt, pour ceux qui ne la font pas, laissez moi vous expliquer comme cela fonctionne. Chaque mois, lorsque ma compagnie, qui s’appelle Sun Auto, qui est sise à Tabarre, paie ses employés, elle fait une retenue à la source pour l’État. Donc, quand la Sun Auto a payé mon salaire, elle a retirée la part qui revient à l’État qui est remit chaque mois à la DGI. À la fin de l’année, je fais ma déclaration finale et je la soumet à la DGI, à ce moment, l’inspecteur de la DGI détermine si le montant prélevé est supérieur ou inférieur, c’est comme ça que chaque année, la DGI me demande de payer un montant supplémentaire qui n’est jamais inférieur à 218,000 gourdes.
Par exemple, l’année dernière [2010] j’ai touché 2,915,250 comme salaire, la Sun AUTO a prélevé 517,000 gourdes sur ce montant qui ont été remis à la DGI directement, à la fin de l’année lorsque j’ai fait ma déclaration définitive, la DGI m’a demandé de payer 233,000 gourdes supplémentaire, et c’est ce que j’ai fait le 31 janvier 2010. Au total, l’année dernière, j’ai payé à la DGI 750,000 de taxe sur mon salaire. Pour SUN AUTO, entre la douane et la DGI, ma compagnie a payé 112,420,700 gourdes et 57 centimes de taxe. J’espère que la presse va prendre ces informations et qu’elle va faire faire savoir à tous le monde d’ici ou de l’extérieur qu’il y a toujours des haïtiens conséquents dans le pays, qui, investissent chez eux, qui aiment leur pays, et qui ont décidé d’y vivre sans magouille…»

Le vote s’est aussi appuyé sur des allégations de perte de nationalité liée au poste de Consul honoraire de la Jamaïque en Haïti. Faut-il que nos parlementaires soit à ce point, mal informé ou manipulé, pour ignorer le rôle mineur pour ne pas dire «symbolique» d’un Consul honoraire, une fonction bénévole qui n’implique aucun changement de nationalité et dont le rôle est davantage sociale que politique et se limite souvent à faciliter des contacts au besoin. En aucun cas, un Consul honoraire ne peut prendre des décisions politiques au nom du pays qui lui a accordé cette fonction.
Quant à alléguer que Monsieur Rouzier, aurait dans cette fonction, défendu des intérêts de la Jamaïque contraire à ceux d’Haïti, c’est une bien grave accusation que les parlementaires ont « oublié » de documenter… Nier ou douter que Monsieur Rouzier est Haïtien (acte de naissance, passeport haïtien etc..) sous prétexte de ne pas être en mesure de prouver que ses parents, à un quelconque moment de leur vie, n’ont pas renier leur nationalité démontre bien l’intention d’exclure d’une façon ou d’une autre, le Premier Ministre désigné.
Les vraies raisons :
Plusieurs des Parlementaires, qui ont voté contre Daniel Gérard Rouzier, ont accusé le Président Martelly et son premier Premier Ministre désigné, d’être « suffisants et intraitables dans les négociations » sans s’être donné la peine de s’assurer d’une majorité fonctionnelle. Le Député Accluche Louis Jeune [Dame Marie] a qualifié la décision de ses collègues « d’irresponsable » et fait savoir que les membres du parti INITE majoritaire au parlement, « avaient conditionné leur vote en faveur de monsieur Rouzier, à l’obtention de portefeuilles ministériels ».
Si la commission électorale chargée de l’examen des dossiers des députés [et Sénateurs] s’était montrée aussi scrupuleuse, que ces parlementaires, qui outrepassent sur plus d’un point les prescrits constitutionnels, combien de ceux-ci auraient pu participer aux élections? Très peu sans aucun doute.
Une chose est sûre, c’est que les Parlementaires viennent d’ouvrir « un champs de bataille » dont personne ne peut prédire les conséquences et l’issue si ce n’est qu’aujourd’hui, nos compatriotes, sont pour le moment, les seuls véritables perdants.
Lire aussi :
http://www.haitilibre.com/article-3211-haiti-politique-la-verite-sur-le-contenu-du-rapport-de-la-commission.html
http://www.haitilibre.com/article-3217-haiti-flash-politique-le-premier-ministre-designe-rejete-maj-17-14.html
http://www.haitilibre.com/article-3218-haiti-politique-reactions-de-martelly-au-rejet-du-premier-ministre-designe.html
http://www.haitilibre.com/article-3219-haiti-politique-reactions-de-daniel-gerard-rouzier.html
HL/ HaïtiLibre

 

L’ex-Président Leslie Manigat opéré

22/06/2011 04:25:00 Auteur(e) La Redaction

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President Manigat

L’ancien Président Leslie Manigat (fév-juin 1988) a été opéré mardi à l’hôpital du Canapé-Vert pour une fracture du col du fémur qui était devenue extrêmement douloureuse ces derniers jours, a indiqué son épouse, Mirlande Hyppolite Manigat, à Radio Kiskeya.

Interrogée peu avant l’intervention chirurgicale, Mme Manigat a assuré que son mari, 81 ans en août prochain, était conscient à son arrivée à l’hôpital et n’avait aucun autre grave problème de santé.

L’historien et politologue, l’un des plus prolifiques de sa génération, avait été victime d’une chute à domicile, il y a environ deux semaines.

Mirlande Manigat, candidate malheureuse aux dernières présidentielles, souligne que les premiers examens médicaux effectués à l’hôpital n’avaient pas permis de détecter la fracture.

Une fois que la maladie a été diagnostiquée, l’hospitalisation du professeur Manigat s’imposait.

A cause de son état de santé, ce grand habitué de la foire littéraire annuelle Livres en folie a dû décider de faire l’impasse sur l’édition 2011 qu’accueille ce jeudi le parc historique de la Canne-à-Sucre.

Leslie Manigat devait signer son tout dernier ouvrage consacré à la vie et à la carrière politique d’Anténor Firmin, l’un des penseurs majeurs du XXe siècle haïtien. spp/Radio Kiskeya

 

Haïti: Le processus électoral bouclé mais…

La proclamation, lundi dernier, par le Conseil électoral provisoire (CEP), des résultats définitifs du second tour des élections législatives déroulées le 29 mai 2011 dans les circonscriptions de Fond-Verrettes/ Ganthier, la Vallée de Jacmel et Verrettes, vient mettre un terme au long processus électoral. Toutefois, la validation d’une quinzaine d’élus n’est pas acquise.
Dérilus Wilkens (MODELH-PRDH- Verrettes- L’Artibonite), François Sanozier (Alternativ-Fond-Verrettes-Ganthier) et Ruffine Labbé (Ansanm nou fò- la Vallée de Jacmel) ont remporté les législatives complémentaires du 29 mai 2011. Le Conseil électoral provisoire (CEP) a rendu public ces résultats dans un communiqué publié, lundi 20 juin 2011, portant la signature du conseiller Jean Thélève Pierre-Toussaint, vice-président de l’organisme électoral. Ainsi, le CEP a bouclé un processus électoral très coûteux et à rebondissements. « Le Conseil électoral provisoire (CEP), après avoir tranché les différends à travers ses organes contentieux, comme il est dit à la section H de la loi, proclame les résultats définitifs des élections », lit-on dans ledit communiqué.
Entretemps, deux sénateurs et 13 députés attendent la bénédiction des parlementaires de la 49e législature pour faire leur entrée au Parlement. En effet, le président de la République JMichel Martelly a procédé, le week-end écoulé, à la publication de leurs noms dans le journal officiel Le Moniteur. Quatre autres candidats déclarés vainqueurs par le BCEN spécial ne connaissent toujours pas leur sort. En conséquence, les circonscriptions de Jacmel (Sud-Est), Belladère (Centre), Carice/Mombin Crochu (Nord-Est) et Abricots/Bonbon (Grand’Anse, Sud-Ouest) ne peuvent se représenter dans la Chambre basse. Pourtant, le CEP, dans le communiqué susmentionné, a écrit : « Avec cette publication, le Conseil électoral provisoire (CEP) exprime sa satisfaction d’avoir mené à terme le processus électoral initié le 28 novembre 2010 ».
Depuis la démission suivie du décès de Jean Enel Désir le 1er mai dernier, ajouté à la démission de Mme Ginette Chérubin, le Conseil électoral provisoire fonctionnait avec un effectif réduit de sept conseillers. L’indisponibilité de quatre des sept membres du conseil rend l’institution inopérante. Malgré tout, le vice-président, Jean Thélève Pierre-Toussaint, les conseillers Ribel Pierre et Laurette Croyance tiennent à délivrer la marchandise. Traversé par une série de scandales depuis l’organisation des élections en vue du renouvellement du tiers du Sénat en avril 2009 en passant par le tirage au sort déroulé en décembre de la même année 2009, suivi des accusations de fraude de toutes sortes le 28 novembre 2010, ce Conseil électoral a battu le record de l’institution électorale la plus discréditée durant ces vingt-quatre dernières années.
Gérard JEANTY Junior
gjeantyjr@lenouvelliste.com

 

Le président du CEP installe un nouveau chef de cabinet

20/06/2011

Au cours d’une entrevue accordée ce week-end à radio Vision 2000, Gaillot Dorsainvil, président du Conseil électoral provisoire (CEP), a expliqué qu’il était passé à son bureau le mercredi 15 juin dernier pour installer son nouveau chef de cabinet en la personne de monsieur Antoine O. Villaire en remplacement à Serge Jules Audate.
M. Dorsainvil a fait savoir qu’il fonctionne de loin et qu’il ne se porte pas bien, il souffre d’un ulcère d’estomac et bientôt il doit subir une intervention chirurgicale. Son médecin lui demande de prendre un peu de repos a-t-il souligné.
M. Dorsainvil proteste contre ce qu’il appelle une persécution politique dont il est victime et l’interpellation de l’un de ses agents personnels malmenés par des agents de la BIM.
WPC/LM

 

Haïti – Reconstruction :

Le Québec et la France parlent de regrouper leurs ONG

22/06/2011 12:54:34

Haïti - Reconstruction : Le Québec et la France parlent de regrouper leurs ONG Monique Gagnon-Tremblay, la Ministre québécoise des Relations internationales, en visite à Paris cette semaine, s’est entretenue, mardi avec Alain Juppé, Ministre français des Affaires étrangères au sujet d’un regroupement des ONG québécoises et française qui œuvrent en Haïti afin de conjuguer leurs efforts.
« Nos ONG ne se parlent pas. Il faut les réunir pour maximiser les retombées, en présence des ministres haïtiens. Les ONG reçoivent plus d’argent que leurs ministères mais ils ne sont pas au courant des projets » a expliqué Monique Gagnon-Tremblay, « On dit que ça manque de coordination, qu’on est incapable de coordonner nos actions. L’idée est de les réunir, de les écouter, pour faire le bilan de leur action et comprendre ce qu’elles font. Pour nous, Haïti est une priorité […] J’ai suggérée que nous organisions une mission conjointe dans le but de regrouper nos ONG. »
L’idée québécoise semble avoir été bien accueillie par Alain Jupé qui a donné un mandat à ses fonctionnaires pour approfondir cette idée. Bien qu’aucune date n’a été fixée pour cette éventuelle mission, la fin de l’année aurait été évoquée.
S/ HaïtiLibre

 

Bilan de la visite du Groupe consultatif de l’ECOSOF en Haïti

Le Groupe consultatif spécial du Conseil économique et social de l’ONU a conclu le 18 juin sa visite annuelle en Haïti. Au cours de cette visite de quatre jours, le Groupe a rencontré des responsables politiques et les acteurs du développement, haïtiens, onusiens et internationaux, travaillant notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, du développement économique, du secteur bancaire et de l’État de Droit. Le Groupe s’est rendu également à Léogane ou il a été témoin du travail considérable de déblaiement et de reconstruction réalisé depuis sa dernière visite, l’an passé à la même période. Ces résultats sont encourageants.
Il importe que le pays maintienne une dynamique constructive dans ses relations avec les partenaires de développement, en tirant pleinement profit des actions de coopération entreprises au cours des dernières années et en lançant de nouveaux axes de coopération, basés sur les priorités du Président de la République et du nouveau gouvernement.
Le Groupe souhaite vivement que la transition politique en cours n’entrave pas la poursuite des activités de coopération pour le développement étant donné les besoins très importants qui demeurent dans le pays, tant pour l’aide à la reconstruction que pour le développement à plus long terme. La nomination d’un Premier Ministre et d’une équipe ministérielle est prioritaire à cet égard.
Par ailleurs, le Groupe se déclare encouragé par l’importance accordée par de nombreux interlocuteurs au renforcement de l’État de Droit et au processus de décentralisation politique et économique.
Dans ce contexte, les partenaires de développement doivent assurer une coordination effective de l’aide, en appui aux priorités des nouvelles autorités haïtiennes. L’avenir des mécanismes de reconstruction est une question importante au sujet de laquelle des décisions doivent être prises.
Le Groupe présentera un rapport sur ses travaux au Conseil économique et social de l’ONU en juillet 2011. Le Groupe s’est enrichi de trois nouveaux membres en 2011 (Les Bahamas, les États-Unis d’Amérique et la France).
Lors de sa visite en Haïti, le Groupe était compose des représentants suivants : M. Gilles Rivard, Représentant Permanent adjoint du Canada auprès des Nations Unies à New York (Président du Groupe) ; Mme Paulette Bethel, Représentante Permanente des Bahamas auprès des Nations Unies à New York ; M. Jean Francis Régis Zinsou, Représentant Permanent du Bénin auprès des Nations Unies à New York ; M. Octavio Errazuriz, Représentant Permanent du Chili auprès des Nations Unies à New York ; M. Juan Pablo de Laiglesia, Représentant Permanent de l’Espagne auprès des Nations Unies à New York, M. Martin Briens, Représentant Permanent adjoint de la France auprès des Nations Unies à New York ; M. Jean Wessley Cazeau, Représentant Permanent adjoint d’Haïti auprès des Nations Unies à New York ; Mme Véronique Pepin-Halle, Premier Secrétaire, Mission permanente du Canada auprès de Nations Unies à New York ; Mr. Ricardo Rizzo, Deuxième Secrétaire, Mission permanente du Brésil auprès des Nations Unies à New York ; Mme Christina Day, Deuxième Secrétaire chargée des questions politiques à l’Ambassade des États Unis en Haïti ; M. Marc-André Dorel, Économiste hors classe, Département des affaires économiques et sociales, Secrétariat des Nations Unies.

 

Haiti-Reconstruction :

Reconstruire avec et pour les Haitiens

P-au-P, 21 juin 2011 [AlterPresse] — Le Groupe de Réflexion et d’Action pour une Haiti Nouvelle (Grahn), plaide en faveur d’une reconstruction fondée sur les intérêts du pays rejette tout processus basé sur l’assistanat.

« Il faut reconstruire Haïti avec et pour les Haitiens », déclaré le professeur Samuel Pierre, président de Grahn-Monde, durant une cérémonie de lancement, ce 21 juin, du chapitre Haïti du Grahn et la présentation d’un ouvrage collectif baptisé « Construction d’une Haïti nouvelle – vision et contribution du Grahn ».

« Pour reconstruire Haiti cela prend un plan stratégique axé sur des réflexions à moyen et à long terme », souligne le professeur, alors que le flou persiste sur le processus de reconstruction d’Haiti, terriblement frappé par le séisme du 12 janvier 2010.

 

La branche Grahn-Haiti se donne pour mission de faciliter un « renforcement de la capacité de l’État à répondre à ses responsabilités » ainsi que celle de la société civile, de sorte que le pays soit « capable, à un certain horizon (…) de se prendre en main », précise le professeur Samuel Pierre.

« Il faut faire que cette Haiti puisse se passer de l’assistanat », préconise-t-il, en présentant le contenu du livre de 600 pages, soit 10 chapitres, écrit par 125 auteurs haïtiens vivants à l’étranger et en Haïti.

Cet ouvrage renferme 175 propositions, 150 recommandations et 25 projets « structurants », dont les réalisations sont définies dans le temps, indique Pierre.

Ces projets ont, en substance, pour objectif de projeter l’ancienne perle des Antilles vers la modernité en répondant aux différents défis auxquels le pays est confronté, soit la sous-éducation chronique, l’inaccessibilité aux soins de santé de base, un taux de chômage élevé, la perte du contrôle démographique et l’incapacité de créer de la richesse.

Le premier ministre désigné, Gérard Daniel Rouzier, qui assistait à la cérémonie, affirme sa volonté de prendre en considération les propositions du Grahn, si jamais il est ratifié par le parlement haïtien.

De son coté le recteur de l’Université d’Etat haïtien (UEH), le professeur Jean Vernet Henry, estime que cette initiative est un « signal de changement … » un pas « pour sortir Haïti du désastre généralisé ».

Le GRAHN est une organisation mondiale qui regroupe plusieurs centaines de professionnels, d‘experts et de citoyens haïtiens, de l’intérieur et de l’extérieur, ainsi que des amis d’Haïti.

Créé officiellement le 20 janvier 2010, son but principal est de permettre une mise en œuvre des forces vives du pays à travers le monde, au bénéfice d’Haiti.

Ses membres nourrissent le rêve de faire d’Haiti, un pays émergent d’ici 2030. [rh gp apr 21/06/2011 15 :15]

 

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Haiti : Entre Savoir et Démocratie

Leslie Péan nous parle

mardi 21 juin 2011

Entretien avec Leslie Péan à propos de l’ouvrage « Entre Savoir et Démocratie – Les luttes de l’Union Nationale des Étudiants Haïtiens (UNEH) sous le gouvernement de Duvalier » [1]

Pourquoi ce livre sur la grève des étudiants de 1960 ?

Leslie Péan. 1960-2010 : à folle allure, 50 ans ont filé. La société haïtienne est prise dans un tourbillon qui lui fait perdre de sa sérénité et de son harmonie. Apprécier cette situation et la comprendre demandent le détour par Entre Savoir et Démocratie — Les luttes de l’Union Nationale des Étudiants Haïtiens (UNEH) sous le gouvernement de Duvalier . L’ouvrage consacré aux luttes menées par cette organisation estudiantine créée en 1959 évoque, avec l’apport de quatorze acteurs de l’époque, le courage d’une jeunesse qui a refusé d’accepter les conditions de précarité de l’école haïtienne et qui n’a pas voulu vendre son âme aux tontons macoutes. C’est l’histoire de l’esprit de résistance de la jeunesse universitaire haïtienne contre le processus d’abêtissement mis en marche par le duvaliérisme. Plus de 450 pages pour ne pas oublier la résistance contre la crétinisation de masse et le champ de ruines humaines. Une résistance commencée avec les maitres de l’Union nationale des membres de l’enseignement secondaire (UNMES) et poursuivie par leurs élèves. Résistance contre la reddition de soi et contre les tentatives d’anéantissement de l’agitation créatrice organisée par les étudiants.

Avec un répertoire riche qui ne s’arrête pas uniquement et strictement aux problèmes de l’éducation, c’est-à-dire ayant à voir avec les professeurs et les étudiants, l’UNEH se penche sur maintes questions importantes de la vie haïtienne. Son expérience couvre les années 1960 au cours desquelles les premiers signes de relâchement physique et moral se sont donnés à voir dans la société haïtienne occupée par les tontons macoutes. Deux ans d’activité ouverte et sept ans d’activités clandestines. Un temps vraiment court dans la vie nationale. Mais un temps qui permet la diffusion à l’échelle nationale d’un savoir indéracinable. Il importe de reconnaître et de souligner la vraie grandeur de ce combat en faisant découvrir le foisonnement créé par les éclaireurs de l’UNEH. Ce livre est une invitation à un éclairage que la dislocation du fascisme duvaliérien n’a pas altéré, malgré les confusions et les incompréhensions que cette dictature tenace a développées.

Quels ont été les motifs exacts de cette grève ?

Duvalier avait procédé à l’arrestation d’une vingtaine de jeunes étudiants et lycéens parmi lesquels Joseph Roney, le trésorier de l’UNEH. Ils ont été gardés en prison pendant deux mois et demi malgré les démarches entreprises par leurs camarades étudiants pour obtenir leur libération. Devant cette violation de leurs droits les plus élémentaires, la direction de l’UNEH en accord avec ses différentes sections, lance une campagne de soutien afin d’obtenir leur libération ou leur traduction en justice. Ayant épuisé tous leurs ressorts y compris celui d’aller voir François Duvalier au Palais national pour demander l’élargissement de leurs camarades injustement arrêtés, les dirigeants de l’UNEH déclenchent le 22 novembre 1960 une grève général et illimitée pour obtenir leur libération. Devant leur détermination, malgré la répression des tontons macoutes, Duvalier est obligé de reconnaître sa défaite et de libérer les étudiants le 1e décembre 1960. La crise est donc en voie de trouver une solution et les étudiants se préparent à retourner dans leurs salles de classe. Mais Duvalier ne démord pas. Il dissout l’UNEH et prend coup sur coup trois décrets fascistes, deux le 8 décembre 1960 et le troisième le 16 décembre 1960 macoutisant l’Université. Alors les dirigeants de l’UNEH décident de continuer une grève illimitée jusqu’au retrait de ces décrets fascistes. C’est alors que rentreront en action les traitres et les briseurs de grève connus sous les noms de Roger Lafontant, Robert Germain et Rony Gilot qui organiseront la répression contre les étudiants en introduisant les tontons macoutes dans les milieux universitaires. La grève dura quatre mois jusqu’au 16 mars 1961.

Quels ont été les effets de ce type de pratique sur la diffusion des connaissances en Haïti ?

Le duvaliérisme a envahi le champ du savoir en imposant le macoutisme à la société. Les tontons macoutes et leur progéniture rentraient de force dans les écoles secondaires et à l’Université. Peu importe s’ils étaient capables de suivre le cycle dans lequel ils s’imposaient. En envahissant les écoles secondaires, les tontons macoutes forçaient les enseignants à placer la barre très bas. Les directeurs d’établissement scolaires et universitaires étaient dans l’obligation d’accepter que leur enseignement soit suivi par des élèves et étudiants n’ayant pas le niveau requis. De plus ces resquilleurs devaient réussir aux examens et recevoir leurs diplômes. La mission duvaliériste a été celle de former ainsi les nouvelles générations dans l’université macoutisée où tous les cursus d’enseignement supérieur étaient accessibles aux rejetons du régime. La capacité d’un élève se mesurait par ses accointances macoutes. Tel était le niveau requis pour l’admission.

De plus, la logorrhée noiriste devait être enfoncée à coups de marteaux dans les têtes des étudiants. Il fallait faire allégeance à Duvalier. Et même certains de ceux qui l’avaient fait n’étaient pas à l’abri des dénonciations et autres tracas venant du pouvoir. On s’explique donc que la bougie de l’intelligentsia haïtienne se soit éteinte au pays avec ce nivellement par le bas qui a fait école. L’agit-prop duvaliériste bombarde les consciences haïtiennes avec une propagande insidieuse qui installe une culture reposant sur l’idée que tout se vaut (tout voum se do), tout en propageant la hargne et la haine contre le différend au lieu de mettre en valeur sa nature complémentaire. Le système de symboles et de significations véhiculés par le duvaliérisme impose une culture de la force et de l’arbitraire, de la soumission et de l’ésotérisme.

Le nationalisme culturel duvaliériste propage des valeurs rétrogrades dans leur essence. Des valeurs de mauvaise qualité qui ont conduit tant à la crise de l’agriculture qu’à celle de l’éducation et enfin à la désintégration nationale. La société haïtienne a été soumise à cette dictature qui a concouru à la diminution de son humanité. Le dérèglement du comportement haïtien part de cette dérive. Les faits historiques sont dénaturés dans la problématique noiriste qui confisque l’identité haïtienne. C’est la corruption de la connaissance et du savoir. Une corruption qui s’est infiltrée dans les manuels d’histoire, de littérature, dans les cours de science politique et de science économique. Le besoin de reconnaissance sociale est détourné vers une situation d’anomie sociale génératrice de toutes les dérives.

Quel âge aviez-vous à l’époque, quels étaient vos modèles et avez-vous participé personnellement à la grève ?

J’étais un adolescent à l’époque. J’avais un cousin, Max Péan, qui était à la faculté de génie et membre de la direction qui a préparé le premier Congrès de l’UNEH en 1960 et un frère ainé consanguin, Yvon Piverger, qui fut arrêté au cours de la grève en 1960 avant d’être tué par Duvalier en 1963. La conscience politique de ma génération d’adolescents était très élevée. Le niveau de compréhension des jeunes sortis du certificat d’études primaires que nous étions nous permettait de construire un sens critique de notre réalité politique. Non seulement nous lisions les Trois Mousquetaires avec D’Artagnan, mais également nous écoutions tous les soirs l’épopée de Fidel Castro et Che Guevara sur Radio Rebelde. Nous avions suivi quotidiennement avec joie la progression des forces révolutionnaires de la Sierra Maestra jusqu’à la victoire de la bataille livrée à Santa Clara sous la direction du Che le 29 décembre 1958 et qui a pavé la voie à la conquête de La Havane trois jours plus tard.

La révolution cubaine offrait donc un exemple à suivre par les jeunes en lutte contre le fascisme duvaliérien. La pensée politique va bénéficier d’un nouvel imaginaire pour peupler ses rêves de lendemains meilleurs pour le peuple haïtien. L’arme de la grève interprofessionnelle était dans l’air comme moyen de lutte contre la tyrannie. Même quand elle échouait comme ce fut le cas à Cuba lors de la grève lancée par Castro en avril 1958. La résistance haïtienne faisait face à la tyrannie duvaliériste. Les problèmes étaient similaires, mais la connaissance de l’autre pour permettre une ouverture sur le vrai passait par une connaissance de soi qui a fait défaut. Nous avons donc participé à la grève en signe de solidarité avec les étudiants et élèves arrêtés par les tontons macoutes en septembre 1960. Comme nombre d’opposants à la dictature, les jeunes ont cru à l’immédiateté du résultat de leurs actions. En effet Duvalier a capitulé et libéré les étudiants emprisonnés, mais il a aussi macoutisé l’Université avec ses décrets fascistes. Le mouvement social avait d’autres médiations à acquérir dans les milieux patronaux, syndicaux et paysans pour gagner son pari. Ce qui n’a pas été fait.

Sans vouloir sortir du sujet qu’est la grève de l’UNEH, croyez-vous aujourd’hui 50 ans plus tard que ces idéaux symbolisés dans la bataille de Santa Clara du 28 décembre 1958 valaient la peine ?

Les idéaux de justice et d’équité sont toujours d’actualité. C’est aussi le cas pour les luttes révolutionnaires contre l’oppression et la dictature. Dans ce combat, la violence populaire devient légitime pour faire avancer l’histoire. Les luttes de pouvoir ne trouvent une porte de sortie que dans la reddition d’un camp et la victoire de l’autre. Cela s’est fait au bout du fusil en 1776 aux États Unis d’Amérique, en 1804 en Haïti, en 1865 lors de la guerre de Sécession aux États Unis d’Amérique ou en 1988 lors de la bataille de Cuerto Cuanavale en Angola. Partout, la guerre est une étape dans la recherche de la paix durable. Les bourreaux et les victimes acceptent de s’asseoir ensemble seulement après que l’un des deux s’est rendu compte qu’il disparaitra sans sa reddition. Che Guevara l’avait bien dit au commandant de la garnison de Santa Clara le 29 décembre 1958. Vous vous rendez ou vous disparaissez. C’est exactement ce que les Américains ont dit aux Japonais et aux Allemands en 1945. La politique, c’est la guerre et les Américains l’ont bien compris en mettant sur pied la plus grande armée du monde et en la dotant de plus de 800 bases militaires disséminées autour de la planète. La force de l’État est justement dans l’établissement de la violence masquée à travers les lois qui consacrent la victoire des gagnants sur les perdants.

Dans la conjoncture actuelle, y a-t-il des enseignements à tirer ?

Le duvaliérisme s’enracine dans la fraude électorale de 1957 qui l’a rendu imperméable à la démocratie. L’UNEH est avant tout le vivant refus de cette politique. On ne peut éclairer les directions potentielles que peut prendre Haïti après le séisme du 12 Janvier 2010 sans la maîtrise du mouvement d’idées qui s’est épanoui en 1960. Sans la connaissance des actions des créateurs de l’UNEH qui ont voulu baliser la société haïtienne avec des marqueurs de sens reflétant les idéaux de la démocratie et du savoir. Les parcours de ces créateurs peuvent servir, car les repères de fraternité humaine et de solidarité auxquels ils renvoient sont indépassables. Leur journal « Tribune des Étudiants » contient des textes d’un regard décapant sur la société haïtienne. Ces témoignages ont traversé le temps et gardent une grande fraîcheur. Leur saveur a même crû considérablement avec les témoignages des acteurs 50 ans plus tard.

Le Mai 1968 haïtien a eu lieu du 22 novembre 1960 au 16 mars 1961. Quatre mois de grève qui sont l’expression de l’intériorisation par les étudiants haïtiens de la nécessité d’orienter la société dans une autre direction. Quatre mois de grève qui sont la manifestation de la solidarité de la jeunesse avec une vingtaine d’étudiants arbitrairement emprisonnés trois mois auparavant. Les étudiants contestent la perte de repères dans laquelle le duvaliérisme plonge la société haïtienne. En tant que creuset des idées nouvelles, l’Université gênait Duvalier et il a voulu la caporaliser à ce moment charnière de l’histoire de la perpétuation de la dictature qui va se donner un autre mandat frauduleux de six ans en avril 1961, dissoudre le Sénat et proclamer la présidence à vie le 1er avril 1964. Dernière étape dans l’émergence et la consolidation du fascisme tropical de François Duvalier qui nommera également son fils âgé de 19 ans président à vie en 1971, avec la bénédiction de la communauté internationale.

En donnant la parole à ceux qui ont des souvenirs qui dorment en eux, nous avons levé le voile sur le combat mené par les jeunes de l’UNEH pour changer un système politique qui, malheureusement, perdure encore. C’est à un devoir de mémoire que nous nous soumettons pour briser la loi du silence et donner des béquilles à un pays en perdition pour qu’il puisse se relever. Les occurrences des années soixante prennent racines au sein du mouvement d’idées qui commence avec l’UNEH. C’est un ouvrage pour faire échec à l’arbitraire des gate-keepers (portiers) de l’information sur un mouvement social unique dans l’histoire d’Haïti. Un ouvrage pour penser autrement. Pour découvrir des horizons inconnus dans le dédale de l’actualité.

Quels échos devrait avoir ce livre aujourd’hui en Haiti ?

« Entre savoir et démocratie » résonne avec beaucoup de force dans une jeunesse qui a soif de comprendre le cheminement qui a conduit à la catastrophe actuelle. C’est un bon signe. Cela fait partie du projet d’éducation que les pouvoirs publics voudraient mettre en œuvre. La mystification consistant à vouloir mettre ensemble bourreaux et victimes dans un embrouillamini permanent participe du complot pour abêtir les Haïtiens en les stérilisant, du moins au niveau de la pensée. L’éducation n’est donc pas neutre. Toutefois, il ne s’agit pas de détruire l’autre, de le scalper, comme Le Nouvelliste a titré récemment. Les tournures élégantes pour amorcer des échanges de qualité doivent aider à fixer les responsabilités. Je comprends le titre aguicheur « Leslie Péan scalpe Rony Gilot ». Cela peut séduire les lecteurs et les inciter à y voir de plus près, mais ce titre ne traduit pas mon état d’esprit. La méchanceté n’est pas mon fort, mais c’est aussi le cas pour la complaisance. Pour sauver la jeunesse de son innocence, il faut l’aider à sortir de l’isolement de connaissance dans lequel les bourreaux l’ont enfermé. Des bourreaux qui démontrent par leurs écrits qu’ils ne font pas le mal accidentellement mais plutôt qu’ils aiment le mal. Dire la vérité n’est pas vouloir éliminer physiquement l’autre, le scalper, et être sans ménagement. Pour remettre les pendules à l’heure, il faut sonner le glas des semi vérités. L’approche scientifique nécessaire demande de la rigueur. On ne saurait taire les noms des responsables de la descente aux enfers d’Haïti surtout dans le domaine de l’éducation et de la connaissance, à un moment où le savoir est le moteur de la croissance et du développement.

[1] Mémoire d’Encrier, Montréal, 2010

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