samedi 27 août 2011

27 Août

Haïti/politique

Cent jours : la période de grâce est terminée

L’attente devient de plus en plus insupportable. Les cent premiers jours du Président Martelly viennent de s’écouler et Haïti n’a toujours pas de premier ministre. Entre spéculations, rumeurs et accusations l’espoir de voir la crise se terminer s’évanouit. En tout cas, la période de grâce est terminée, les forces politiques et sociales du pays, en sommeil depuis les dernières élections, vont peut-être se réveiller pour contraindre les hommes au pouvoir à faire avancer le pays.

2011-08-26 09:38:22

Le pays est paralysé. La grogne enfle. Et les décisions, dit-on, du chef de l’Etat de nommer de nouveaux ministres, secrétaires généraux et chargés d’affaires sont loin d’être une cure efficace au mal qui ronge le pays. S’il est vrai que le président échappe à tous les conformismes, il doit cependant éviter l’avarice des sentiments, s’apprivoiser afin d’orienter sa fougue et ses idées nouvelles dans le sens des intérêts de la collectivité. Le déchirement du pays est encore évitable et les cris d’alarme de certaines fractions de la société traduisent le climat de tension qui règne. Michel Martelly n’a d’autre choix que de devenir le président de la réconciliation nationale.
Des signes avant-coureurs… L’oncle Sam se fâche-t-il déjà ? En tout cas, des émissaires américains sont entrés dans le pays en milieu de la semaine écoulée et se sont entretenus avec les 16 sénateurs du groupe majoritaire. Suivant les premières informations, ils sont en mission pour plaider la reconduction du Premier ministre démissionnaire, Jean Max Bellerive. Ils devaient rencontrer également le chef de l’Etat, Michel Martelly, pour peaufiner un accord sur le Choix de M. Bellerive. La pilule semble difficile à avaler pour les parlementaires, notamment ceux du groupe minoritaire, mais, parait-il, il n’y a plus lieu, dit-on, de discussion. L’international est en train d’imposer une « solution ».
« Le Peuple attend une formule pour débloquer le pays », C’est ce qu’avait déclaré l’ambassadeur Américain, Kenneth Merten, au début de la semaine écoulée. Tout en se défendant d’interférer dans les affaires haïtiennes, il avait attiré l’attention des protagonistes sur les conséquences néfastes de l’absence d’un gouvernement légitime dans le pays. Ces déclarations de l’ambassadeur Merten contrastent avec la présence de cette mission. Suivant l’avis de plus d’un, c’est un acte d’ingérence grave. Peut-on croire que l’ambassadeur n’était pas informé de la présence de ces émissaires? Ou, Préparait-il tout simplement l’opinion publique ?
L’ambassadeur Merten s’était dit, toutefois, optimiste quant à un accord entre les acteurs haïtiens. Parlait-il en connaissance de cause ? Un accord est imminent, apprend-on. Nul n’imaginait qu’il interviendrait si tôt. Une fois de plus, semble t-il, la solution viendra de l’étranger. Cette mission est évocatrice du ras-le-bol de la communauté internationale face à cette crise politique qui menace la stabilité du pays. L’opération « debloke peyi » fait également parti des signes avant-coureurs. Lancé par certains individus qui se sont réclamés du parti politique « Peyizan », cette opération est symbolique du ras-le-bol populaire face à cette situation de crise persistante et gratuite qui hypothèque un peu plus l’avenir du pays. Les responsables de cette formation politique ont depuis formellement démenti les informations les liant à une quelconque opération qui consisterait à faire pression sur les parlementaires pour ratifier le prochain premier ministre désigné par le chef de l’Etat. C’est, en tout cas, un profond témoignage de l’exaspération populaire.
Pratiquement tous les secteurs de la vie nationale sont inquiets. C’est également le cas pour la classe économique. Cette semaine, des membres du forum économique ont rencontré le président de la chambre des députés, et lui ont fait part de leurs inquiétudes face à l’enlisement de la crise. En effet, suivant les représentants du secteur économique, l’absence de gouvernement constitue un obstacle au développement du pays et paralyse sa croissance.
La société civile s’impatiente également. 13 organisations, représentant ce secteur, ont exprimé leurs préoccupations face à la dégradation du pays, disent-elles, sur le plan économique, social et politique en raison de l’absence d’un gouvernement légitime et de leadership sérieux de la part des autorités étatiques. Pour marquer les cent jours du président Martelly, dans une note rendue publique, elles ont appelé le chef de l’Etat à former un gouvernement et à promulguer la constitution amendée.
Si les promesses de campagne peinent encore à atterrir, ces organisations n’ont, toutefois, pas oublié de les rappeler au chef de l’Etat. Une solution rapide, estiment-elles, devra être apportée aux graves problèmes sociaux et économiques auxquels le pays fait face : stagnation des dossiers de la reconstruction et du relogement des personnes vivant sous les tentes, recrudescence de l’insécurité, vulnérabilité de la population face aux menaces des désastres naturels, régression accrue de l’économie, persistance de l’extrême pauvreté.
L’incapacité et l’incertitude de la grande majorité des parents face aux exigences de la rentrée scolaire comptent également parmi les préoccupations de ces organisations, qui estiment que jusqu’ici, aucun mécanisme clair et transparent n’a été présenté à la population sur les facilités relatives à la scolarisation gratuite et obligatoire. Par ailleurs, elles invitent le chef de L’Etat à se ressaisir en évitant les voyages à retombées hypothétiques pour se concentrer sur les négociations avec le parlement afin de choisir un Premier Ministre. Elles en ont aussi profité pour inviter les parlementaires à faire preuve de discernement et de patriotisme dans l‘exercice de leur pouvoir. Ces organisations sanctionnent donc les cent premiers jours de M. Martelly au pouvoir qui sont, selon elles, loin d’être un succès.

Lionel Edouard

 

Les sénateurs majoritaires présentent leur plan

Environ un mois après avoir spectaculairement rejeté le choix de Bernard Gousse au poste de Premier ministre, le groupe des 16 (G-16), majoritaire au Sénat, tente de se faire comprendre. Dans un document de 2 724 mots, ces parlementaires campent le profil idéal du prochain chef de gouvernement. Ils font des recommandations les unes plus fantasmatiques que les autres au chef de l’Etat qu’ils somment de dialoguer avec tous les secteurs au Parlement et de la société civile.

Les demandes et/ou recommandations du bloc majoritaire au Sénat sont multiples. C’est tout un programme de gouvernement. Les parlementaires du groupe des 16 englobent des sujets qui vont du fonctionnent des institutions, de la politique à l’économique en passant par le social. Selon eux, l’homme d’Etat doit-être bien imbu des contraintes et des défis du moment afin de les résoudre au mieux dans l’intérêt national. « La conjoncture actuelle mérite, exige même, d’être étudiée et abordée avec lucidité et un sens élevé de l’Etat et du bien commun », ont-ils dit, estimant que la machine de l’Etat s’enlise dans des débats jusque-là vains et infructueux.
Avant toute autre chose, les Pères conscrits ont rappelé à Michel Martelly le principe des rapports de force. « Le président de la République est élu avec une majorité d’électeurs confortable, mais ne dispose pas d’une majorité parlementaire. Il est donc impérieux d’ouvrir le dialogue entre l’exécutif et le pouvoir législatif en vue d’installer un Premier ministre qui s’appuie sur une majorité fonctionnelle qu’il se doit de forger en vue d’assurer la stabilité et l’efficacité de son gouvernement », ont-ils avancé dans leur position.
Le dialogue doit être inclusif, sans distinction aucune. Selon le groupe des 16, il est impérieux de trouver un compromis ayant obligatoirement le partage raisonnable des responsabilités dans l’exécution d’un programme minimal à plusieurs niveaux. Ce qui ramène aux demandes et/ou recommandations du groupe des 16 au président Martelly.
Volet institutionnel
Tout d’abord dans cette partie, les 16 sénateurs veulent la publication de l’amendement constitutionnel, préalable indissociable pour l’accomplissement du programme d’éducation gratuite prévu par l’article 32-1 de la Constitution et supporté par le président de la République. Ensuite, ils exigent la nomination des juges de la Cour de cassation sur une liste soumise par le Sénat et l’institution du Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire.
Le groupe des 16 veut la formation du CEP permanent tel que prévu par la nouvelle Constitution, pour la tenue des prochaines élections pour le renouvellement du tiers du Sénat et des collectivités. Ces parlementaires veulent aussi en passant, l’élaboration par le CEP d’une nouvelle loi électorale devant être votée avant novembre. M. le président, il faut aussi mettre en place le Conseil constitutionnel.
Ils n’ont aucun problème avec la reconduction de la CIRH, mais il faut qu’il y ait des corrections appropriées et largement discutées. Pour la MINUSTAH, son mandat doit être réorienté comme si cela dépendait de nous. L’élaboration d’un calendrier de retrait progressif concomitant à la mise en place d’une force nationale de sécurité doit être envisagée.
M. Martelly doit mettre en application sereinement le projet d’éducation gratuite prévu par l’article 32-1 de la Constitution ou d’un corollaire acceptable, avant octobre.
Il doit également, selon le groupe des 16, renforcer la diplomatie haïtienne par le rajeunissement et la dynamisation des cadres.
Volet politique
Ce chapitre concerne particulièrement le profil du prochain Premier ministre. « Etude consciencieuse et sereine du profil d’un Premier ministre. Dans la conjoncture actuelle, un Premier ministre, au-delà des prescrits constitutionnels, devrait être une personne responsable et dotée d’une forte personnalité ; compétente aux points de vue académique, technique, administratif … », selon le groupe des 16, soulignant que le prétendant à la Primature doit avoir un rayonnement social et une bonne maîtrise des dossiers internationaux.
Il doit bénéficier également de la confiance du président de la République et partager sa vision des politiques publiques à mettre en place pour le développement du pays, selon les 16 parlementaires. Il faut qu’il ait la capacité et la volonté d’assurer un dialogue continu entre les trois pouvoirs ; respectueux en toute circonstance de la prééminence du chef de l’Etat.
Cependant- un petit bémol du G-16- il appartient au chef de l’Etat, et à lui seul, d’arrêter son choix ou d’élargir la plateforme des options à proposer. « De même, le G-16 continuera à exercer son pouvoir dans les limites de ses attributions, dans le respect absolu du territoire de chacun des acteurs politiques et institutionnels. »
Par ailleurs, dans ce même chapitre politique, le président doit lancer le dialogue national pour l’établissement du Pacte de gouvernabilité. « Le président d’Haïti devrait s’approprier les leviers de cette opération salutaire et sonner vigoureusement le ralliement derrière un tel projet qui aurait la vertu de vider les contentieux sociaux et politiques, de calmer les acrimonies et de renouer les liens du vouloir-vivre-ensemble qui constitue le ciment d’une nation, dans sa définition sociologique, sentimentale et émotionnelle », a avancé le G-16.
Volet économique et financier
« La situation économique du pays ne cesse de se dégrader. Les indicateurs macroéconomiques accusent des signes évidents d’inquiétude. Parmi les plus visibles, on retient : une nette accélération du taux d’inflation passant de 6% en début d’année à 9.3% au cours de ce mois de juin ; la chute des importations avec toutes ses conséquences sur les recettes fiscales tenant du poids des impôts sur le commerce extérieur dans la structure fiscale nationale ; les indicateurs dans le secteur agricole qui n’inspirent pas la quiétude d’esprit selon la Coordination nationale pour la Sécurité alimentaire (CNSA) ; le surplus de liquidité qui dort actuellement dans les comptes des banques commerciales et qui est évalué à environ 56 milliards de gourdes. Ces fonds auraient pu être utilisés pour la relance de l’investissement, particulièrement dans le secteur de l’immobilier. Or, de l’avis de plus d’un, le crédit est loin d’atteindre les prévisions », a détaillé le bloc parlementaire.
Les sénateurs du G-16 ont souligné le fait que le projet de loi des finances de l’exercice 2011-2012 n’a pas été, conformément à la loi, soumise au Parlement à la date du 30 juin écoulé. « Au premier octobre 2011, le pays risque de se réveiller avec une nouvelle reconduction de la loi des finances de l’exercice 2009-2010 », ont-ils dit.
En outre, ils ont dénoncé le fait qu’aucune provision légale, pour l’instant, n’autorise ni la création du Fonds national de l’éducation, ni l’utilisation des ressources collectées par la BRH et le CONATEL pour son financement, toujours selon les parlementaires du G-16.
Enfin, le volet social
Le président doit dégager le plus rapidement possible les moyens de construire des dizaines de milliers de maisons, à Port-au-Prince et dans certaines villes de provinces. Libérer le Champ de Mars et les places publiques de la capitale et des métropoles dans le plus bref délai, en offrant aux actuels occupants des logements décents, des services et des commodités honorables pour la condition et la dignité humaines. Réaménager les infrastructures agricoles dans la dynamique d’une politique objective de relance de la production nationale ; subventionner les intrants agricoles, engrais et outils agricoles ; créer des moyens et primes d’incitation pour fixer le paysan à sa terre et lui redonner le goût du travail agricole.
Michel Martelly doit intensifier la lutte contre le choléra, surtout au lendemain du cyclone Irène qui a causé des inondations susceptibles de potentialiser l’expansion et l’extension de l’épidémie.
Construction de routes, d’hôpitaux, 14e mois aux employés de la fonction publique…Bref, la liste est longue dans ce volet.
En conclusion, le G-16 a déclaré à qui veut l’entendre qu’il ne saurait constituer un élément de blocage. Il invite « acteurs politiques, leaders, groupes organisés de la politique et de la société civile, tous les patriotes conscients des enjeux, des défis et des périls du moment à se joindre à lui pour trouver avec le président de la République la voie sereine et pacifique du déblocage. »
En présentant à la presse leur document, un des membres du groupe des 16, le sénateur Evallière Beauplan en a profité pour fustiger le comportement du chef de l’Etat qui hésite encore à les rencontrer. « 25 jours après le rejet du choix de Bernard Gousse, le président n’a jamais eu de rencontre avec nous, or, c’est nous la majorité. Son Premier ministre désigné ne pourra pas passer le cap au Sénat sans la majorité. Il trouve du temps pour voyager, aller au Chili, dans le Nord-Ouest du pays, à Jacmel », a-t-il fulminé.
S’agissant du pacte de gouvernabilité, le sénateur Youri Latortue a fait savoir que des négociations sont en cours entre les groupes minoritaires (12) et majoritaire (16) en vue de conclure cet accord. Selon lui, ce pacte doit être opérationnel avant la designation d’un Premier ministre.
Robenson Geffrard
rgeffrard@lenouvelliste.com

 

Offensive du G-16 : Michel Martelly doit répondre à dix exigences

Au nom de la sauvegarde des institutions républicaines et des responsabilités constitutionnelles du chef de l’Etat, le bloc majoritaire au Sénat l’appelle au dialogue avec les forces politiques et sociales et à la mise en oeuvre d’un train de mesures comme conditions sine qua non pour arriver à la formation d’un nouveau gouvernement

Publié le vendredi 26 août 2011

Le groupe des seize, majoritaire au Sénat et de plus en plus opposé au Président Michel Martelly, a dénoncé vendredi les « dérives du pouvoir » et présenté un cahier des charges en dix points dont l’application conditionnera le processus de ratification du nouveau Premier ministre alors que l’impasse politique reste totale en Haïti plus de trois mois après l’arrivée de la nouvelle administration.

Incisifs et déterminés dans l’exposé de leur déclaration qui, dans son contenu et son articulation annonce un glissement vers une polarisation de la vie politique, les Sénateurs Wencesclass Lambert, Evallière Beauplan et Simon Dieuseul Desras ont d’entrée de jeu exigé de la Présidence l’établissement d’un dialogue sur la normalisation de la situation du pays avec les blocs parlementaires, les partis politiques représentés au Parlement et la société civile.

Sur la longue liste des recommandations publiée tout juste quelques heures après une rencontre mercredi entre le G-16 et l’ambassadeur américain, Kenneth Merten, figurent notamment la promulgation de la version amendée de la constitution, la formation du conseil électoral permanent (CEP) et du conseil constitutionnel, la nomination de nouveaux juges à la Cour de cassation suivie de l’institution du conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), la reconduction de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) et la révision du mandat de la Mission de stabilisation de l’ONU (MINUSTAH).

Se défendant de vouloir mettre les bâtons dans les roues du chef de l’Etat et de rendre inopérante son administration, le bloc majoritaire, par la voix de Wencesclass Lambert, assure qu’il revient à Michel Martelly de faire connaître le nom de son nouveau Premier ministre désigné après l’échec des deux premiers candidats, Daniel Rouzier et Bernard Gousse.

Pour sa part, Evallière Beauplan, se montre très critique vis-à-vis du Président de la république qui, déplore-t-il, refuse de dialoguer avec les représentants de la majorité au Sénat en vue de trouver une solution au blocage politique. Parallèlement, il consacre le plus clair de son temps à des gesticulations inutiles. Le troisième Sénateur du nord-ouest a également averti que l’opération baptisée « débloquer le pays » dont le lancement a été annoncé dans les médias par des partisans zélés du pouvoir ne pourra nullement atteindre son objectif qui est d’intimider les parlementaires.

Intervenant sur le même thème, son collègue Simon Dieuseul Desras, a exprimé ses plus vives préoccupations et mis en garde contre toute agression dont pourraient faire l’objet Députés et Sénateurs de la part des troupes de choc qui compteraient, à la solde de la Présidence, partir en guerre contre le Parlement.

Ancien allié de Michel Martelly lors de la dernière campagne présidentielle, le Sénateur du Plateau Central (centre), issu du secteur Lavalas, évoque clairement la possibilité d’envisager la destitution du chef de l’Etat au cas où les parlementaires seraient la cible d’actions attentatoires à la démocratie.

A la veille d’un cumul de problèmes sociaux et d’une rentrée des classes à hauts risques au cours de laquelle M. Martelly sera mis à l’épreuve sur l’une de ses grandes promesses de campagne, la scolarisation universelle gratuite des enfants, la lune de miel avec le pouvoir législatif semble déjà terminé pour un Président en panne de solution devant l’impatience de plus en plus perceptible des citoyens et de la communauté internationale. spp/Radio Kiskeya

 

Martelly: peu de progrès accomplis après 100 jours au pouvoir, selon le Miami Herald

« Le billet d’invitation froissé de Guerda Anier – lors de la prestation de serment du président Michel Martelly en mai dernier – est encore dans sa bourse. 100 jours après, cette occupante des tentes avoisinant les ruines du Palais national attend que Martelly matérialise ses promesses de campagne. Mais l’ex-musicien, qui s’est fait remarquer pour son franc-parler, n’a pas pu concrétiser la plupart de ses promesses. Le Premier ministre qu’il a choisi a été boudé par les parlementaires, ce qui accentué les frictions entre lui et ces derniers, au point que même ses partisans les plus acharnés se demandent si ses projets seront approuvés par le Parlement.
« Je peux comprendre qu’il n’ y ait pas de gouvernement, mais le président Martelly n’a rien fait », a expliqué cette femme de 43 ans, montrant du doigt un espace en face du Champ de Mars transformé en cité de tentes, non loin du Palais national. Et elle rappelle que le président actuel, alors qu’il était en campagne, avait annoncé qu’il avait 30 000 maisons, mais que le président Préval ne lui avait pas donné d’endroits pour les construire. « Eh bien, aujourd’hui, c’est lui le président. Alors, où sont les 30 000 maisons ? On attend toujours », a fait remarquer la jeune femme.
Espoir
Avant le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, Anier vendait du parfum et des bijoux, mais le destin l’a contrainte à trouver refuge sur une place publique du centre-ville. Elle appartient aussi à la catégorie des personnes dont Martelly a promis de relever le niveau de vie, grâce à la création d’emplois rémunérateurs. Les maigres sommes découlant de la vente en détail de rhum, des cigarettes et de l’eau ensachée lui permettent à peine de faire face aux frais scolaires et aux dépenses pour les uniformes de ses quatre filles. Si les vieilles lames d’aluminium la protège du soleil, ce n’est pas pareil quand il pleut.
S’agissant de ses enfants, elle affirme qu’elle essaie de leur donner un brin d’espoir, y compris à son petit garçon de 13 ans qui a perdu son père après le tremblement de terre. « Dois-je leur promettre la lune, alors qu’il n y a aucun espoir ? Il y a plus de découragement que d’espoir aujourd’hui. »
Martelly a passé ses premiers mois à inaugurer des édifices et des écoles. Il a lancé un fonds pour alimenter ses projets en matière d’éducation et, la semaine dernière, il a annoncé un plan pour reloger plus 5 000 familles issues de six camps de déplacés. Il a nommé des conseillers au sein de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) et invité le Parlement à renouveler celle-ci. Il a aussi lancé les semaines de la reconstruction, du tourisme, de la gouvernance et de la technologie.
Mais les diplomates en poste à Port-au-Prince estiment que Haïti a besoin d’un gouvernement pour passer de la rhétorique aux actes concrets.
L’éducation gratuite et des logements pour plus de 600 000 personnes vivant dans les camps ne sont que quelques-unes des promesses de campagne du président Martelly, 50 ans. Il est arrivé à la présidence d’Haïti à un moment d’incertitude pour l’économie mondiale, avec des risques de voir s’amenuiser l’aide des bailleurs de fonds, suite au tremblement de terre. La paupérisation continue. Des décennies d’inertie gouvernementale et la reconstruction au ralenti ont créé des frustrations évidentes dans le pays.
Il faut un gouvernement
« Nous avons besoin d’un gouvernement qui mette les bouchées doubles », a déclaré l’ancien président américain Bill Clinton, qui copréside la CIRH. « Les choses négatives qui auraient pu arriver ont été drastiquement évitées, grâce aux efforts affichés par le président et son équipe pour attirer plus d’investisseurs en Haïti… et en prenant des initiatives simples, mais porteuses, comme le nettoyage des rues par des équipes. »
En outre, les querelles intestines au sein du camp Martelly s’ajoutent à son attitude hostile envers le Parlement et son penchant pour les voyages – il s’est rendu sept fois à l’étranger au plus fort de la crise – suscitant de l’incertitude et des préoccupations. Autre source de questionnement pour les parlementaires et les diplomates étrangers : le manque de transparence de son projet de fonds pour l’éducation, qui inclut des prélèvements financiers sur les appels et les transferts en partance pour Haïti. L’équipe inexpérimentée de Martelly, essentiellement composée d’amis d’enfance également comme conseillers, a hypothéqué les trois premiers mois de son mandat, en termes d’apport de changement réel dans la vie des 10 millions d’ Haïtiens. Plusieurs mois après la prestation de serment historique du 14 mai 2011, Haïti se cherche encore.
Les changements constitutionnels sont au point mort ; des millions de dollars d’aide internationale sont encore bloqués par des bailleurs de fonds frustrés; les investissements et la consommation sont au plus bas. Le taux d’inflation – qui était de 6 % quand Martelly est arrivé au pouvoir – est passé à 9,3 %. Le budget pour l’année fiscale qui doit démarrer le 1er octobre a lui aussi été retardé. Constitutionnellement parlant, cette situation pourrait même contraindre Martelly à s’accommoder du budget du gouvernement sortant, ce qui réduira sa marge de manoeuvre dans l’accomplissement de ses promesses.
Ouvert aux investissements
« Le président dit que le pays est ouvert aux investissements, mais personne ne viendra en Haïti, s’il n’ y a pas de Premier ministre et un gouvernement fonctionnel », a déclaré Kesner Pharel, un économiste et observateur politique haïtien, qui rend à la fois Martelly et le Parlement responsables de l’impasse actuel. « L’incapacité ces personnes à choisir un Premier ministre a un sérieux impact sur l’économie. » Martelly, par la voix de son porte-parole, a refusé de commenter ces allégations.
Des parlementaires proches de l’ex-président René Préval ont rejeté à deux reprises le choix du Premier ministre proposé par Martelly, ravivant la polarisation et les spéculations selon lesquelles les deux camps exploitent la question du vote d’un nouveau Premier ministre en fonction de leurs propres intérêts politiques.
Les mauvaises langues disent qu’en refusant de négocier, Martelly essaie soit d’écarter le Parlement, soit de se reprocher le fait qu’il n’a pu tenir ses promesses, notamment la gratuité de l’éducation pour 500 000 enfants en septembre. D’autres encore affirment que les deux parties s’observent jusqu’ à la fin de l’année, quand interviendront les élections pour le renouvellement du tiers des 30 sénateurs en fin de mandat. Martelly en profitera alors pour se forger une majorité d’élus. « Il y a lieu de s’étonner, à la lumière de l’impasse actuel, que les masses déshéritées d’ Haïti aient pu faire preuve de tant de patience et éviter au pays une explosion sociale », a commenté Robert Maguire, un spécialiste d’Haïti et professeur à la Elliot School of International Affairs de l’Université George Washington. « Les élites politiques haïtiennes restent passives, alors que le pays s’enflamme ».
Tout récemment, le secteur privé, Martelly et une majorité de parlementaires ont présenté chacun leur perception du pacte de gouvernabilité. Dans le même temps, ils ont évoqué la possibilité de maintenir provisoirement Bellerive à on poste pour faire marcher le pays. Les Etats-Unis et l’ONU sont opposés à cette formule et estiment qu’ Haïti doit avoir un gouvernement permanent. « La balle est dans les pieds du président. C’est la seule personne autorisée à choisir, mais il ne peut décider tout seul », a déclaré le sénateur Steven Benoît, qui a tenté en vain de conseiller son ami Martelly. « S’il ne négocie pas, nous arriverons en décembre sans Premier ministre. ».
« Ça commence »
Lors d’une récente visite de quarante-huit heures en Haïti, Bill Clinton a annoncé le déblocage de 30 millions de dollars pour reloger 5 239 familles issues de six campements. Ce projet est d’un montant de 78 millions de dollars.
Un jour après l’annonce de la construction prochaine de nouveaux logements, l’espoir renaît chez Ainier et chez ses voisins, qui sont convaincus qu’ils verront bientôt le bout du tunnel. Malheureusement, ils ne savent pas que les déplacés du centre-ville ne bénéficieront pas de ce projet.
Des manifestations de protestation ont eu lieu au Champ de Mars. Certains politiciens se plaignent de l’insécurité grandissante dans les camps. Des rumeurs circulaient sur la destruction de ces camps par des bulldozers, car le maire avait rendu publics des plans de reconstruction de la capitale et de relogement des personnes vivant dans des camps sur les montagnes dénudées dans le nord. La solidarité qui avait vu le jour après le 12 janvier s’est transformée en désaccord et en impatience. Il y en a dans les abris de fortune qui sont révoltés à l’idée qu’ils pourraient être délogés de force, d’autant qu’on parle constamment de faux sans-abris dans les camps qui sont dans l’attente d’aide.
Il arrive que des motocyclistes qui passent dans la zone adressent publiquement des injures à Anier en lui demandant si elle n’est pas fatiguée de vivre comme une bête.
« On nous a tous mis dans le même panier », a lancé Anier. « Mon seul rêve est de partir d’ici. Pensent-ils que ça nous arrange de nous battre contre les rats et les intempéries ? »
Belmondo Ndengué
Traduit de l’anglais

 

Guy Philippe dans le collimateur de la DEA

Guy Philippe, en cavale malgré les tentatives pour l’appréhender, sera arrêté tôt ou tard, a déclaré Mark Trouville, un agent spécial de la DEA, cité dans un article de Jay Weaver du Miami Herald, publié le jeudi 25 août 2011. Guy Philippe, selon ce responsable de la DEA, fait partie d’une douzaine d’Haïtiens accusés d’avoir expédié de la cocaïne colombienne vers le sud de la Floride au milieu de l’année 2000.
Presque tous les autres suspects dont des officiers de police, des politiciens et le chef de la sécurité de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide ont été reconnus coupables de trafic de drogue à Miami, a poursuivi l’article du Miami Herald. Le sud-ouest de la frontière des Etats-Unis reçoit d’importantes quantités de drogue, a souligné Mark Trouville, à un moment où les cartels de drogue colombiens s’activent autant que ceux du Mexique.
Joint au téléphone par le journal Le Nouvelliste en milieu de journée, Guy Philippe n’a pas souhaité faire de commentaires. Cependant, Guy Philippe, qui a toujours démenti être mouillé dans le trafic de drogue, avait indiqué dans la presse par le passé que la DEA a été transformée en un instrument politique pour le nuire.
Cité dans la lettre du Rnddh rapportant les informations d’une enquête de l’IGPNH ayant révélé qu’une réunion préparatoire à l’atterrissage le 10 septembre 1999 d’un petit avion en provenance de Colombie avec 450 kilos de cocaïne s’était tenue deux jours plus tôt à Pèlerin 6, chez Guy Philippe, ce dernier avait vertement critiqué cet organisme de défense des droits humains. « C’est de la médisance visant à avilir des gens, des professionnels », avait réagi Guy Philippe dans la presse en menaçant de traîner le Rnddh devant la justice, le mardi 14 juin 2011.
Le Rnddh avait attiré l’attention du président Michel Joseph Martelly sur la présence dans son entourage « d’ex-policiers à la moralité douteuse » dans une correspondance datée du 9 juin 2011. « Plusieurs ex-policiers dont Noël Godwork, Jacky Nau, Gilbert Dragon, Carel Alexandre et Will Dimanche, renvoyés de l’institution policière, ont intégré votre service de sécurité alors qu’il pèse sur eux de sérieux doutes quant à leur implication présumée dans le trafic illicite de stupéfiants, la violation des droits humains et autres actes répréhensibles », avait écrit l’organisation de défense des droits de la personne.
« Tous ces ex-policiers tournent autour de vous et font partie de votre service de sécurité. Aujourd’hui, ils entreprennent des démarches en vue de réintégrer la PNH », avait souligné le Rnddh, pour qui la réintégration d’ex-policiers, en dehors des règles préétablies, au sein de l’institution policière, représenterait un retour aux anciennes pratiques arbitraires, à l’ère des promotions irrégulières, du favoritisme, de la politisation de la PNH et de sa transformation en une milice privée.
En dépit des nombreux reproches pouvant être adressés à l’institution policière, poursuit le Rnddh, force est de constater que des efforts ont été consentis dans le but de la structurer et de la professionnaliser tant soit peu, avait noté l’organisation. « Les postes de responsabilités doivent être confiés à des hommes et des femmes de grande moralité, au-dessus de tout soupçon, car les institutions étatiques ne doivent pas constituer un lieu de refuge pour les individus en conflit avec la loi ou un repaire de bandits », avait rappelé le Rnddh au président Joseph Michel Martelly.
« Si la DEA, les ambassades, la CIA, les services d’intelligence haïtiens ne peuvent pas me donner des informations sur ces messieurs que l’on dit être de moralité douteuse, excuse-moi, d’après tout ce qu’on a dit sur moi à la radio, à la télévision et dans les journaux, on pourrait dire que je suis aussi de moralité douteuse », avait confié au journal Le Nouvelliste le président Michel Joseph Martelly, qui avait demandé des preuves.
« Les informations au sujet des investigations de la DEA sur le trafic de stupéfiants ne peuvent pas être partagées en dehors des conditions établies par la loi américaine .Il y a beaucoup de restrictions sur les sujets que nous pouvons discuter. Les questions d’immigration et d’investigation, par exemple », avait confié au journal Jon E. Piechowski.
Roberson Alphonse
ralphonse@lenouvelliste.com

 

Le Conatel n’a pas le droit de fixer les prix ni de créer une taxe

« Avec le prix plancher de $0,23 la minute, le bypass est devenu un véritable sport national », estime Robin Patberg. Le PDG de Voilà pense que le CONATEL n’a pas le droit de fixer les prix sur le marché. Cela « enfreint la libre compétition et ne sert qu’à défendre les intérêts de l’acteur dominant ». Pour Patberg, le CONATEL n’a nullement le droit d’introduire une taxe ni de percevoir des paiements de taxes. Pour assurer un terrain sain et équitable, il faudrait que l’organe régulateur dispose d’une certaine indépendance, selon lui. En ce qui concerne l’interconnexion, la position de sa compagnie est simple et claire : c’est une obligation. Voilà et Natcom sont interconnectées depuis des mois. Interview.
Le Nouvelliste : Voilà a-t-elle porté plainte, elle aussi, contre ceux qui font le bypass ?
Robin Patberg : Le détournement illégal du trafic international entrant (le bypass) est un problème majeur – pour tous les opérateurs -, ce qui entraîne une perte substantielle de revenus. De ce fait, nous avons aussi été amenés à porter plainte (contre X).
L.N : Cela fait plus de dix ans que l’on ne parlait plus de bypass dans le monde des télécoms en Haïti. Quels sont les raisons de la recrudescence de ce phénomène ces derniers temps ?
R.P : Cette affirmation est erronée. Voilà se plaint continuellement auprès du régulateur à ce sujet. Le problème qui se pose actuellement est que cette fraude était déjà très lucrative quand le prix de vente (en gros) du trafic international était à $0,18/minute. Maintenant que le gouvernement a instauré un prix plancher de $0,23/minute (dans le contexte de la taxe pour financer le programme scolaire du président de la République), c’est devenu un véritable sport national! D’ailleurs on avait avisé les conseillers du président Martelly ainsi que le régulateur que ceci allait arriver bien vite. De plus, faut-il le rappeler, des ateliers de travail au Conatel avec les opérateurs téléphoniques et les ISP avaient eu lieu en 2008; et depuis, des mesures de contrôle et d’échange d’informations fonctionnaient très bien. Ce sont en fait ces mêmes mesures qui ont été étendues et améliorées. Ce qui a changé est que la police et la justice ont été incorporées dans le processus afin d’identifier et contrecarrer les fraudeurs avec des résultats probants.
L.N. : Voilà aussi se sent-elle concernée dans le cas de bypass impliquant les employés de Access Haïti ?
R.P. : Jusqu’à présent nous ne savons pas si les employés sont impliqués ou non, il appartient à l’enquête et à la justice de se prononcer. En ce qui concerne la fraude elle-même, nous sommes concernés et le serons dans tous les cas, par le fait que nous subissons un préjudice financier.
L.N. : Votre réseau aussi était piraté par cet Américain qui a été arrêté à Delmas 75 ?
R.P. : Il paraît que le groupe en question disposait d’une SIM Box et avait en sa possession un grand nombre de cartes SIM de tous les opérateurs. Depuis, en collaboration avec le gouvernement, nous avons pu identifier plusieurs autres opérateurs de bypass. Le bypass affecte tous les réseaux sans distinction.
L.N. : Quel est le déficit de recettes que vous subissez à cause du bypass ?
R.P. : Il est difficile d’estimer les pertes encourues à cause du bypass. Mais, par exemple, très récemment nous avons chiffré et les données sont très précises: les pertes sont estimées à 30 000 USD pour une période de 5 jours. Entre la hausse du prix, l’élimination forcée de certains produits (comme les cartes d’appesl internationaux de longue durée) et le bypass, nous constatons une perte mensuelle se chiffrante à plus de USD 300 000 !
L.N. : Mis à part le bypass, y a-t-il d’autres entraves à la bonne marche de vos activités ?
R.P. : Nous maintenons depuis très longtemps que les éléments essentiels pour un développement sain, d’une part du secteur des télécommunications et d’autre part de l’économie en général (et de ce fait la création d’un climat propice à l’investissement massif international), sont le maintien d’un terrain de jeu équitable et le respect de la loi et des droits. Nous vivons une période dans laquelle il semblerait que ces obligations n’existent qu’en théorie. Pour nous assurer un terrain sain et équitable, il faudrait que l’organe régulateur dispose d’une certaine indépendance, et ceci est prévu dans les textes de la nouvelle loi sur les télécommunications. Il est donc primordial et nous militons dans ce sens pour que cette loi soit soumise aux parlementaires au plus vite.
L.N. : Quelle est la position de votre entreprise sur le surplus tarifaire pour les appels internationaux et le prix plancher récemment imposé par les autorités ?
R.P. : Nous pensons que le CONATEL essaie de son mieux de protéger le secteur, mais n’a pas le droit de fixer les prix sur le marché. Nous pensons que ce genre d’action enfreint la libre compétition et ne sert qu’à défendre les intérêts de l’acteur dominant.
L.N. : Doit-on, selon vous, réintroduire la libre concurrence, éliminer le prix plancher ou prendre des mesures légales plus sévères pour décourager le bypass ?
R.P. : En fait, soit vous allez vers une politique complètement libérale, et le bypass disparaîtra de lui-même, puisqu’il ne sera plus rentable, mais ceci demande une refonte de la régulation et la mise en place des mécanismes pour éviter les pratiques déloyales et le dumping; soit, comme le fait le régulateur en ce moment, vous imposez des prix plancher, mais dans ce cas, il faut contrôler le trafic pour empêcher le transit illégal des appels. Cela, faut-il le rappeler, est quasiment impossible, avec les nouvelles technologies. De nouveau nous retombons dans la nécessité de revoir la régulation au plus vite. Donc le problème est complexe. D’après nous, il faut laisser régner la libre concurrence (nous considérons les prix présentés par le régulateur comme des suggestions), et l’État devrait adopter une position très ferme vis-à-vis du bypass… Après tout, la perte que subissent les opérateurs légaux se traduit directement dans un manque à gagner pour l’État au niveau de l’impôt sur le revenu, et de ce fait pour la population. Le problème n’est pas simple et va susciter beaucoup de travail (en commençant par la création d’un cadre juridique le définissant et le criminalisant), et de toute façon tout cela passe par la révision de la régulation et une nouvelle loi sur les télécommunications.
L.N. : Quelle est la position de Voilà en ce qui concerne la ponction de 5 centimes par minute sur les appels internationaux ?
R.P. : Nous tenons tout d’abord à réitérer notre engagement pour un accès à l’éducation pour tous, mais cette ponction est une taxe pure et simple. Le CONATEL n’a nullement le droit d’introduire une taxe ni de percevoir des paiements de taxes. Toute nouvelle taxe est sujette à une loi, votée par le Parlement. Cette ponction, comme vous l’appelez, aurait pu être plus souple, c’est-à-dire s’appliquer sur des tarifs à plusieurs niveaux. Notre incompréhension, au-delà de l’aspect légal, vient surtout de l’imposition d’un tarif plancher unique sans discernement des produits offerts qui, lui, fait obstacle à la compétition et favorise un opérateur.
L.N. : Le monde des télécoms en Haïti parle beaucoup de cette affaire d’interconnexion entre la Natcom et les opérateurs plus anciens. Dans le cas de Voilà, quelle est votre position envers Natcom ?
R.P. : Nous avons l’obligation de l’interconnexion. C’est simple, c’est prescrit dans toutes nos concessions. Voilà est interconnectée avec la Natcom depuis dejà plusieurs mois.
L.N. : Techniquement, Voilà aussi va passer au 4G ?
R.P. : Faut-il d’abord que nous passions au 3G. Le monde du 3G/4G est un véritable terrain miné sur lequel différents opérateurs vont essayer de confondre les utilisateurs avec des termes comme « 3G » ou « 4G »! Mon conseil aux consommateurs: concentrez-vous sur le débit que vous obtenez de votre fournisseur de service et de la qualité du service!
L.N. : Quatre opérateurs de téléphonie mobile pour un marché comme Haïti. N’est-ce pas trop d’acteurs ?
R.P. : Nous avons maintenu dès le début du processus de privatisation de la Teleco que le marché est saturé. L’histoire jugera… Voyons si tous les opérateurs survivront et si l’État augmentera l’assiette fiscale…
Q: On a parlé récemment d’une réorientation stratégique de Voilà imposée par sa maison mère Trilogy. La compagnie est très impliquée dans le social, dans la musique, dans l’éducation. Vous allez continuer comme par le passé?
R: Notre vision est claire et notre orientation n’a pas changé. Nous continuerons à porter les meilleurs produits aux meilleurs prix sur le marché… La qualité de notre service est non négociable. Quand à notre engagement dans le social, « nou se Ayiti »… Nou p’ap janm bliye sa!

 

Haïti-Education :

L’UNNOH plaide en faveur d’une éducation gratuite de qualité

P-au-P, 26 août 2011 [AlterPresse] — L’Union Nationale des Normaliens Haïtiens (UNNOH) a organisé ce vendredi une conférence débat autour de la scolarisation gratuite des enfants, l’une des principales promesses du président Michel Martelly.

Il s’agit de la troisième conférence de ce type organisée par l’UNNOH qui entend poursuivre cette initiative jusqu’à la réouverture des classes. « Les possibilités d’une école haïtienne de qualité, gratuite et obligatoire » a été le thème retenu ce 28 août.

Selon le Secrétaire général de l’UNNOH, Josué Mérilien, l’idée est de pousser les responsables à prendre leurs responsabilités.

Michel Martelly promet, dès la rentrée scolaire prévue pour ce mois d’octobre de permettre à 146 mille enfants d’aller gratuitement à l’école. Le chef de l’Etat a déjà mis en place un Fonds National pour l’Education (FNE) en vue de concrétiser ce projet.

La méthode de Michel Martelly, ne fait cependant pas l’unanimité et a vivement été critiquée lors de la conférence de l’UNNOH. Nélio Providence, étudiant finissant de l’Ecole Normale Supérieur a particulièrement insisté sur la qualité de l’éducation dans un contexte de gratuité scolaire.

« Il faut commencer par une minorité agissante pour parler d’école de qualité. Cette dernière permettrait d’avoir une école concurrentielle à l’échelle mondiale, qui servirait à faire naitre une conscience nationale, et qui servirait également à fortifier la dignité d’un peuple vaillant », souligne t-il.

Pour cela la notion de temps et celle de moyens s’avèrent fondamentales, ajoute Nélio Providence.

Concernant le Fonds National pour l’Education (FNE) mis sur pied par le président Martelly, il estime qu’il est « injuste de soutirer de l’argent à des gens (de la diaspora) qui travaillent très dur pour aider leur famille, alors que les bourgeois envoient de l’argent à leur famille par virements bancaires ».

En revanche, le professeur Jean Marie Théodat (docteur en géographie et professeur à l’Université de Paris 1) salue l’initiative de Martelly.

Il encourage en même temps l’Etat haïtien à prélever des taxes sur les « borlettes » (loterie populaire), et les studios de beauté. Selon lui, ces types de commerce ne profitent pas à la majorité.

Par ailleurs, le professeur Théodat soutient qu’on devrait féliciter les professeurs qui dispensent des cours tant bien que mal dans des écoles dites « borlettes » (de niveau médiocre), car selon lui, ces professeurs, en dépit de leur manque d’efficacité, ont permis de réduire le taux d’analphabétisme dans le pays.

Haïti reste le seul pays dans l’hémisphère qui compte plus de 500 mille enfants en âge d’aller à l’école et qui n’ont jamais été scolarisés. Le projet de Martelly vise en priorité ces enfants. Mais le taux d’abandon scolaire est lui aussi très élevé : 67%. Quel plan pour ces enfants ? [jep kft gp apr 26/08/11 16:00]

 

Les professeurs sont-ils assez compétents ?

Plus d’un se félicite de la volonté du chef de l’Etat de faire de l’éducation l’une des priorités de son programme de gouvernement. Ne serait-ce pas également l’occasion de valoriser la condition enseignante dans le pays ? Car sur les 60 261 enseignants évoluant dans l’enseignement fondamental, 79% (soit 47 678) n’ont reçu aucune formation initiale de base. Environ 40% de ces 79% n’ont pas le niveau académique de la 9e année du fondamental. Et que dire de l’offre scolaire à travers le pays ?
Michel Martelly vient d’annoncer que 250 000 enfants iront à l’école gratuitement dès la prochaine rentrée scolaire fixée au 3 octobre, initialement prévue pour le 5 septembre. En visite jeudi à Mirebalais, le président a précisé que 100 000 enfants déjà intégrés dans le système éducatif fréquenteront gratuitement 200 établissements de Port-au-Prince, il en est de même pour 141 000 autres qui, pour la première fois de leur vie, se rendront à l’école.
L’inquiétude de plus d’un sur cette initiative louable, c’est la capacité d’accueil des écoles et le problème d’enseignants qualifiés pour la formation de tous ces enfants. Car selon le rapport du Groupe de travail sur l’éducation et la formation (GTEF) intitulé : « Pour un pacte national sur l’Education en Haïti, soumis en août 2010 à l’ex-président René Préval, sur les 60 261 enseignants évoluant dans l’enseignement fondamental, 79% n’ont reçu aucune formation initiale de base. Environ 40% de ces 79% n’ont pas le niveau académique de la 9e année du fondamental.
Les autres, poursuit le rapport, sont des universitaires (2 789 ou 4,84%), des normaliens (6 136 ou 10, 64%) et des « capistes », c’est-à-dire détenteurs d’un certificat d’aptitude à l’enseignement (3 658, soit 6 34%). Moins de 35% des enseignants du niveau préscolaire ont les compétences requises pour exercer leur métier, et seulement 14 62% de ceux qui sont au niveau fondamental ont les profils de compétences académiques et professionnelles requis.
« Pourtant, au cours des vingt dernières années, il y a eu beaucoup d’argent investi dans la formation des maîtres et des directeurs d’école en Haïti sous forme de séminaires, à travers les projets et les programmes financés par la communauté internationale. Le problème est que ces heures de formation n’ont pas été administrées de façon systématique, suivant un plan bien établi », fait remarquer le rapport.
« La question aujourd’hui est de savoir quel dispositif mettre en place, d’une part, pour assurer efficacement la formation initiale et continue des enseignants à tous les niveaux du système éducatif, et attirer, d’autre part, plus de gens vers cette carrière souvent identifiée comme peu valorisante et très difficile », poursuit le document. Et dire que les conditions de travail ne sont pas non plus attractives pour les professionnels dotés des qualifications pour l’enseignement.
Quelle école pour produire quel citoyen et pour quel pays ?
En effet, les membres de cette commission présidentielle – qui a été coordonnée par le professeur Jacky Lumarque, recteur de l’Université Quisqueya – admettent que dans tous les pays qui sont parvenus à améliorer leur éducation, la valorisation de la condition enseignante est une exigence stratégique incontournable. Selon eux, la question qui est à l’ordre du jour en Haïti est de savoir quelle école mettre en place pour produire quel citoyen et pour quel pays.
« Le type de citoyen que nous choisissons de former est en fait une réponse au type de société que nous choisissons de produire. En ce sens, le véritable projet de société du pays est largement déterminé par son projet éducatif », soutient cette commission, qui a été mise sur pied par René Préval.
Le problème de l’offre scolaire
Par ailleurs, mis à part la question d’enseignants, la mauvaise répartition de l’offre scolaire sur le territoire est l’une des principales causes du faible accès des enfants en âge scolaire à une école. Le GTEF a recommandé que la politique éducative nationale soit tendue à un accroissement graduel de l’offre publique d’éducation.
« Il existe actuellement 143 sections communales dépourvues d’écoles publiques, dont 23 ne possèdent pas d’école du tout ; de plus, ces sections communales correspondent à celles les plus démunies sur le plan des équipements sociaux », confie le document.
Il y a du pain sur la planche, car il faudra créer l’offre scolaire là où la demande est exprimée ou incitée
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Valéry DAUDIER

 

Rapts et frayeur sur la capitale

Le porte-parole de la PNH, le commissaire Frantz Lerebours, a confirmé pour le journal l’enlèvement de deux personnes au cours des dernières 24 heures, vendredi 26 août 2011. « Le notaire Gilbert Giordani a été enlevé alors qu’il se trouvait dans sa voiture à Lalue, vendredi après-midi », a-t-il expliqué. Les ravisseurs ont trompé la vigilance d’une autre victime – un homme – chez lui à Montagne noire jeudi après-midi, en se faisant passer pour des employés d’une entreprise livrant du courrier.
« La présence policière est renforcée et la cellule contre l’enlèvement est saisie de ces dossiers », a promis le commissaire Frantz Lerebours.
Vendredi, en début de soirée, des bouchons de circulation et des fouilles ont été signalés dans plusieurs points de Pétion-Ville et de Port-au-Prince. La frayeur s’est emparé de certains alors que les BBM et SMS relayaient d’autres rapts non confirmés par la police.
« Incroyable, cela fait plus d’une heure que je suis bloquée dans un bouchon de circulation.C’est pire qu’au carnaval. Il est plus facile de circuler à moto », a écrit sur sa page Facebook Jacqueline Charles, journaliste du Miami Herald.
« On n’entend parler d’insécurité que quand on kidnappe une personne connue alors qu’au quotidien des marchandes se font dépouiller et des policiers sont aussi assassinés », a écrit sur son mur Facebook Carel Pèdre, le très populaire animateur de Digicel Stars.
« On se plaint des problèmes mais on se tait quand c’est notre semblable qui subit l’insécurité ou la cherté de la vie », a-t-il ajouté.
Le flou politique provoqué par l’absence d’un nouveau gouvernement depuis plus de trois mois alimente beaucoup d’inquiétudes en Haïti où des forces ténébreuses opèrent, avait indiqué Edouard Paultre sur les ondes de Magik 9 cette semaine.

Roberson Alphonse
ralphonse@lenouvelliste.com

 

La CIRH et le développement économique d’Haïti : quelques interrogations d’une économiste

par Dr Kathleen Dorsainvil

2011-08-26 09:55:16

L’ancien président des USA, M. Bill Clinton, a annoncé lors d’une visite en Haïti le 16 août dernier que, dans le cadre de la reconstruction, la Fondation Clinton avait octroyé un prêt à un taux préférentiel à une petite entreprise d’artisans, le Caribbean Craft, dont l’atelier avait été détruit par le séisme du 12 janvier 2010. D’autres prêts sont à venir, avait-il fait savoir.
Le peuple haïtien se doit de remercier M. Clinton qui, à travers ses actions, montre combien la remise sur pied de notre pays lui tient à cœur. Mais ce prêt suscite aussi certaines interrogations dans le contexte économique agité que connaît notre pays.
1. Le cadre de ce prêt
Ce projet individuel et positif met en exergue, une fois de plus, la faiblesse de nos institutions. Car, du point de vue de l’avenir, du développement du pays, est-ce le meilleur usage de ces fonds ? N’y a-t-il pas d’autres petits entrepreneurs, frappés eux aussi par le séisme, dont le produit est plus promoteur de croissance ? Combien d’emplois seront créés à partir de ce prêt ? Quel mode de fiscalité sera appliqué à cette entreprise ? Ce prêt sera-t-il versé en partie ou en totalité à un compte en banque de la place, faisant ainsi baisser la pression sur la monnaie locale, ou sera-t-il utilisé à partir d’un compte à l’étranger ?
Ces questions et d’autres auront vraisemblablement été débattues par les experts de la Fondation. On aurait aimé savoir si elles l’ont été aussi par les gestionnaires haïtiens. Elles suggèrent la mise sur pied d’une interface gouvernementale officielle afin d’aiguiller les bonnes volontés étrangères ou de nos compatriotes de la diaspora vers les besoins économiques fondamentaux de notre société.
2. Le cadre monétaire de l’aide à la reconstruction
Les projets financés par la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH), la Fondation Clinton, la Fondation Bush-Clinton pour Haïti et par d’autres organismes témoignent sans doute de la volonté de nos amis étrangers de nous venir en aide. Ces fonds sont collectés en devises étrangères pour être dépensés en gourde dans le pays. Pourquoi donc la Banque centrale d’Haïti (BRH) apparaît si absente de ce processus ? N’a-t-elle pas sa place à la CIRH au même titre que l’autorité fiscale ? L’élan de générosité de nos amis étrangers et de la diaspora nous offre aussi une opportunité unique de remodeler notre politique monétaire selon les problèmes du jour. La BRH ne peut plus se contenter de l’objectif de stabilité des prix comme indiqué dans son rapport annuel de février 2011. Le contexte actuel du pays et des économies mondiales commande l’objectif de croissance en tant que priorité. D’ailleurs, le Fonds monétaire international (FMI), auquel se réfère la BRH, défend ce point de vue avec véhémence. L’objectif de croissance implique, certes, un autre type d’agressivité monétaire, par exemple, une autre gestion des réserves de change, d’autres modalités de fonctionnement vis-à-vis des autorités fiscales ou des banques commerciales.
3. Le Fonds national de l’éducation (FNE)
Un montant fixe d’un dollar cinquante est prélevé sur tous les utilisateurs de transfert avec Haïti. Les promoteurs de cette taxe ont-ils essayé au préalable de dresser un profil des utilisateurs de ce service ? Ces transferts sont-ils plutôt de petits montants (50 $ US, 100 $ US, 200 $ US) ou s’agit-il de montants plus importants (500 $ US, 1 000 $ US) ? À cette question est liée l’hypothèse que les petits montants sont associés à des personnes à faibles revenus. Prélever 1, 5 $ US sur un transfert de 50 $ US n’est pas ressenti de la même manière que sur un transfert de 1 000 $ US. Si les petits montants sont prédominants, cette frange à bas revenus, celle-là même qui préoccupe la nouvelle équipe gouvernementale, serait elle-même en train de financer l’éducation de ses enfants, à travers ce fonds !
Par conséquent, avant d’aller plus en avant dans cette collecte, les administrateurs de ce fonds doivent s’assurer que cette nouvelle taxe n’est pas plutôt régressive que progressive. Et dans ce cas, une taxe proportionnelle serait une meilleure option.
De plus, ce fonds est géré par la BRH, a-t-on appris. Mais aucun détail n’a été fourni à ce jour sur la façon dont ceci est fait. En théorie, la BRH mettra à la disposition des autorités fiscales des gourdes afin de leur permettre de gérer ce programme. Que compte-t-elle faire des dollars accumulés ? Les mettre sur le marché pour baisser la pression sur la gourde ? Les stériliser ? Chaque démarche reflète une option sur la gestion monétaire à venir, et on aimerait savoir.
Les questions autour du FNE illustrent, si besoin est, les difficultés que connaissent les gestionnaires de ce monstre que représente la CIRH dans sa forme actuelle. Il revient à l’autorité haïtienne de la Commission de dresser, pour l’information de tous, un bilan du travail effectué à ce jour. Ceci, afin que les modifications nécessaires puissent être apportées pour un fonctionnement et une gestion plus efficients de cette commission à l’avenir. Car il ne peut être question de fermer les portes de la CIRH.
Les événements tragiques du 12 janvier 2010 offrent au pays la chance de mettre sur pied un vrai programme économique de développement. Ce programme va au-delà du relogement des sinistrés ou de la reconstruction de bâtiments détruits, tâches qui peuvent aisément être confiées à des fondations. Il s’agit d’une alliance véritable débattue, réfléchie entre le fiscal et le monétaire en vue d’atteindre l’objectif prioritaire de croissance dans le contexte économique mondial et d’en définir les étapes. En effet, dans ce tumulte que connaît l’économie mondiale, les gestionnaires fiscaux d’Haïti ne peuvent ignorer, par exemple, la part de l’aide extérieure dans le fonctionnement au jour le jour de l’État haïtien. Le fiscal se doit d’avoir pour point de mire d’apprendre aux concitoyens à vivre de leurs ressources propres, en prévision d’une aide appelée à se tarir, donc une gestion dans l’économique des fonds de l’État avec réduction graduelle des avantages/dépenses criards.
En ce qui a trait à l’économie en général, l’une de mes dernières recherches a mis en évidence la portée limitée de l’aide extérieure sur l’économie haïtienne : il faut au moins trois ans pour que l’aide reçue ait un effet positif de 0, 4 % sur le produit intérieur brut (PIB). Par contre, un problème quelconque dans l’économie américaine se traduit au cours de la même année par un changement du PIB d’environ 5 %. D’où la nécessité d’être attentif à la vie économique de notre puissant voisin. C’est le rôle du monétaire. Il se doit aussi d’encourager le fiscal dans son approche de gestion efficiente par une politique accommodante seulement au cas par cas. La politique monétaire se devrait aussi de favoriser les exportations à venir, et un certain seuil de réserves de change va être nécessaire. Ce fonctionnement en symbiose entre le fiscal et le monétaire ne peut qu’être bénéfique au bien commun.
Les compatriotes de la diaspora et les prestigieux amis étrangers qui veulent le vrai décollage de ce pays nous seraient reconnaissants d’avoir une ligne directrice connue, sensée, qu’ils seraient heureux de suivre.

Kathleen Dorsainvil
Docteur en économie

 

Miss Anédie Azaël attend votre vote

Elue Miss Haïti Univers le 27 juillet dernier à Port-au-Prince, Anédie Azaël se prépare à représenter dignement son pays natal Haïti dans le concours international qui se déroulera le 12 septembre prochain à Sao Paolo (Brésil).

2011-08-26 10:41:20

Elue Miss Haïti Univers le 27 juillet dernier à Port-au-Prince, Anédie Azaël se prépare à représenter dignement son pays natal Haïti dans le concours international qui se déroulera le 12 septembre prochain à Sao Paolo (Brésil).
Agée de 22 ans, Anédie, 1,77 m, est un mannequin professionnel connue dans les milieux de la mode. Elle poursuit une carrière de top model aux USA. Elle a posé pour de grandes maisons telles que Macy’s, Dior, Carolina Herrera… Elle travaille actuellement pour Alpha Communication Network (ACN) en Haïti.
Elle est un produit de Collège Antillais et elle est étudiante à Florida International University où elle poursuit des études en Gestion et Psychologie. Elle a beaucoup de projets. Elle veut être un entrepreneur comme le sont ses parents et ses modèles sont Tyra Banks et Kimmora Lee Simmons.
Pour arriver en demi-finale du concours de Miss Univers International, Anédie a besoin du support de ses compatriotes d’Haïti et de l’étranger.
Comment l’aider ?
C’est simple ! Supportez-la en votant sur le site http://www.missuniverse.com/members/contestants.
Cherchez Haïti dans la liste et cliquez sur voter, ainsi elle aura sa chance d’être parmi les cinq finalistes de ce grand concours. La représentante d’Haïti, Anédie Azaël, est au Brésil depuis ce samedi 20 août.
Avant Anédie, d’autres beautés haïtiennes ont atteint les demi- finales , certaines ont même gagné le concours.
Claudinette Fouchard a été couronné en 1960 « Reine du sucre » et Reine des reines en 1960, en Colombie. Polyglotte, parlant couramment le Créole, le Français, l’Anglais, l’Espagnol, l’Allemand et même l’Italien, elle a visité la France, les Etats-Unis, la Grèce, la Yougoslavie, Cuba, Porto-Rico etc…Aimant fiévreusement la musique, Claudinette joue le piano avec art et dextérité.
Le 14 juillet 1962, la candidate haïtienne Evelyne Miot est devenue la premièree noire à arriver aux demi-finales de l’élection de Miss Univers.
Le concours Miss Univers 1975 qui s’est déroulé au Salvador en présence du chef d’Etat Arturo Molina Armando fut un événement sans précédant. Miss Haïti, Gerthie David, maintint son avance jusqu’à la demi finale. Elle obtint la deuxième place, derrière Anne Marie Pohtamo de la Finlande, devenant ainsi la deuxième femme noire à accéder à la finale depuis sa création en 1952.
Sofia Guillod, obtint à Las Palmas, Iles Canaries (Espagne) le titre 1984 de Miss Maja International. C’était la première fois qu’une haïtienne gagnait ce concours. L’année d’avant, le 5 Décembre 1983, à Port-au-Prince, Rachelle Scott,obtenait la deuxième place à ce concours.

Walter Cameau
Walcam2005@yahoo.fr

 

Des légères secousses sismiques ressenties vendredi

26/08/2011 22:09:00 Auteur(e) La Redaction

De légères secousses sismiques ressenties vendredi ont fait un blessé dans la commune de Pétion-Ville. Plusieurs villes du pays ont été touchées, a appris Haïti Press Network.

Un homme qui travaillait sur un chantier à Pétion-Ville a été blessé suite à un éboulement qu’ont causé les secousses qui ont duré quelques secondes.

Des habitants de Petit-Goave, au sud de Port-au-Prince, ont déclaré avoir ressenti les secousses mais ils ignorent s’il y a eu des victimes.

La magnitude de cette réplique n’a pas encore été indiquée. HPN

 

Kidnapping en République Dominicaine :  Témoignage d’une rescapée

25/08/2011 11:15:00 Auteur(e) La Redaction

imageUn jeune couple vient de vivre l’amère expérience d’un kidnaping express en République Dominicaine. Pendant plus de deux heures, ils ont été la proie de ravisseurs qui les ont dépouillé complètement entre San Cristobal et Santo Domingo. Cela arrive de plus en plus souvent à des compatriotes de se faire enlever chez nos voisins. Récit d’une aventure au pays d’à côté.

Il est 20h30. Trop tard sur une route trop longue. Mon mari est sur le qui-vive: des Haïtiens ont été attaqués sur la route menant à Santo Domingo la semaine dernière. Il ne m’en dit rien, il ne veut pas m’inquiéter. Nous venons de passer San Cristobal. Une pancarte indique Santo Domingo 24km: c’est bon, nous serons à notre hôtel dans moins d’une demi-heure.
Une sirène me tire de ma rêverie. Le reflet bleu et rouge d’un gyrophare danse dans le rétroviseur. Nous ne roulions pas si vite que cela quand même… Mon mari ralentit et se gare. La lumière d’une lampe de poche nous aveugle. « Policia ! Policia ! Haitianos, DROGA !!!! ». Cela se passe tellement vite… Un homme descend de la voiture « de police ». Le temps de crier « Policia ! Policia ! Haitianos ! Droga ! », et il est déjà à la fenêtre de mon mari, qui tente d’ouvrir la boite à gants pour, j’imagine, lui montrer que nos papiers sont en règle. Le bruit d’un pistolet qu’on bascule, le reflet du canon pointé sur nous, et le cauchemar commence.
Ils nous font descendre. Ils ne sont pas en uniforme, mais ils ont l’air de policiers. J’entends mon mari dire en créole : « Mesyeu, madanm mwen ! » Nous montons dans leur voiture je ne sais trop comment. Une Mitsubishi Montero DID Limited rouge grenat « two toned ». « Cheri, yo pran nou », il acquiesce d’un signe de tête et me prends la main. Je vois un de leurs complices monter à bord de notre voiture. Nous partons à vive allure, et faisons demi-tour sur l’autoroute.
_ « Por donde vamos ? »
_ « Carcel de policia, si no hay droga no hay problema ? »
_ « Senor que droga ? soy con mi esposo… ».
Nous croisons une patrouille de police. Panique ; l’un de nos ravisseurs traverse depuis le siège avant et se place à côté de moi en nous immobilisant de son bras gauche.
Nous sortons de l’autoroute ; j’entends mon mari leur demander s’ils vont nous tuer. Ils disent que non. Il continue : « Tenemos un hijo, tiene 18 meses ». Ils lui crient de se taire. Je fonds en larmes. Je ne veux pas mourir, je veux élever mon fils. « Perdio mi hermano durante el terreno… mi madre no puede. » Je ferme les yeux lorsqu’il me braque le front de son pistolet.
« Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » Ces Dominicains doivent bien croire en quelque chose non ? « Callate ! Silencio ». Mon mari me prie des yeux de me taire. J’obtempère, mais continue de prier en silence.
La pendule de leur voiture indique 10h45. Nous nous éloignons de plus en plus de la civilisation. Il fait nuit noire et nous n’avons croisé de voiture ni de personne depuis au moins dix minutes. Et nous roulons supervite.
_ « Seigneur, donnez-moi le courage de supporter ce qui va m’arriver. Faites en sorte que rien n’arrive à mon mari, que mon fils ait au moins un parent. ».
Je pense à mon petit garçon. Qui prendra soin de lui ? Il doit dormir à cette heure. Se souviendra-t-il de moi ? Je n’ose pas penser à mes parents. « Seigneur, épargnez mon mari », Je ne me vois pas annoncer de mauvaise nouvelle à ma belle-mère. Je pense à ma mère, à ma belle-mère, à mon père. Mon mari me confiera par la suite qu’il a passé le trajet à se dire qu’il saurait enfin à quoi ressemble la mort. A se demander comment il mourrait.
_ « Entiendo lo que pasa » ; la voix de mon mari s’est raffermie.
_ « Y que pasa ?!? » l’autre, le ravisseur à ma droite s’énerve.
J’appuie mon mari: « Cuanto ? »
_ « Cuanto dinero tiene ? »

Mon mari prend la conversation en main. Son espagnol m’impressionne. Il leur dit que son argent est dans notre voiture. C’est là qu’ils nous font remarquer que notre voiture « la jeepeta » nous suit.
_ « Zanmi tiene goud ? ». « Y la mujer ? »
Il répond que je n’ai pas d’argent. C’est faux, il le sait. Il me protège. J’ai peur que ce mensonge ne nous coûte la vie, ou qu’il énerve nos ravisseurs.
_ « Que quiere senor ? »
_« Cuanto dinero tiene », répète-t-il.
Je lui dis que j’ai de l’argent, que mon mari ne savait pas. Que c’est son anniversaire et que je voulais lui acheter un cadeau. C’était une surprise.
_ « Feliz cumple » ; le chauffeur parle pour la première fois ; jusque-là, il s’était contenté de chanter au son de la radio. Quel culot quand même.
Nous nous arrêtons enfin. Celui assis à ma droite descend. Le chauffeur aussi. « Chéri, si on doit mourir aujourd’hui … » les mots me manquent. Il me regarde et me tient la main. Ils le font descendre de la voiture. Je le suis. On m’en empêche.
_« Senor es mi esposo, es mi vida. »
Le ravisseur me fixe droit dans les yeux et me rassure: « No voy a matarte, no vamos a matarle ; te vas por el guagua, la jeepeta. »
Ils vident ma voiture. De leur voiture étant, je vois passer le couvercle de mon pneu de rechange. Les sacs en plastique contenant nos provisions pour la route… un sandwich à moitié mangé. J’ai honte pour eux. Je vois passer nos bagages. Mon mari revient. Je descends. Ils nous font remonter dans leur voiture et me font signe de donner ma montre.
Mon alliance et ma bague de fiançailles. Même mes bijoux de fantaisie. L’alliance de mon mari. La chaîne que sa grand-mère lui a offerte et qu’il n’enlève jamais. Les boucles d’oreilles qu’il m’a offertes. L’un d’entre eux vide mon sac. Poche par poche. Méticuleusement. Il fait signe à mon mari d’ôter ses chaussures… il les prend… Tout se déroule dans un silence profond. Comme si le temps s’était arrêté. Il prend des pièces de cinq gourdes. J’ai tellement pitié de lui que mes larmes se remettent à couler.
Ils nous font redescendre. Mon mari demande : « Pasaportes ». On lui tend les passeports et son portefeuille. Ils nous ont aussi laissé mon sac à main, mon portefeuille et nos cartes de crédit.
Je vois briller le porte-clés que ma tante m’avait offert. Ils veulent jeter les clés dans la rivière. Un d’entre eux s’interpose et les prend. Il crie à mon mari « Mira ! » Il répète « Mira ! » Il éclaire les buissons de sa lampe de poche, lance les clés dans le rayon lumineux. Il nous fait signe que nous ne sommes plus de sa responsabilité et part en courant vers la Montero où l’attendent ses complices.
Nous récupérons les clés et remontons dans notre voiture. Vidés, épuisés, cassés, mais vivants.
Nous apprendrons par la suite que le week-end d’avant, deux familles avaient subi le même sort, dans la même zone. Le staff de l’hôtel à qui nous racontons nos déboires n’a pas l’air particulièrement surpris. Ni outré. La police appelée sur l’heure, non plus. En même temps, ils ne prennent ni déposition, ni signalement du véhicule ou des agresseurs. J’entends un des policiers parler au téléphone pendant que mon mari s’évertue à faire comprendre à son collègue ce qui nous est arrivé: « si, si, Haitianos ».
Nos représentants en République Dominicaine qui nous ont accompagnés et aidés à porter plainte le lendemain nous ont confirmé que de nombreuses attaques similaires se sont produites récemment. Je me dis que si j’avais cette information, j’aurais peut-être choisi de prendre l’avion. Ou de partir ailleurs.
Depuis la nôtre, au moins deux autres attaques ont eu lieu, entre Bani et San Cristobal, dont une impliquant la même Mitsubishi.

Une rescapée

Le Nouvelliste

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