lundi 05 septembre 2011

5 Sep

Bellerive: La cohabitation politique, «trop sophistiquée pour Haïti»

Clarens Renois / Agence France-Presse

Le premier ministre haïtien démissionnaire Jean-Max Bellerive.... (Photo: André Pichette, Archives La Presse)

Le premier ministre haïtien démissionnaire Jean-Max Bellerive.

Photo: André Pichette, Archives La Presse

La cohabitation entre un président populaire et un parlement contrôlé par l’opposition est un système «trop sophistiqué» pour Haïti, juge le premier ministre haïtien démissionnaire Jean-Max Bellerive dans un entretien à l’AFP commentant la crise politique.

«La cohabitation est trop sophistiquée pour Haïti (…) ce système correspond aux pays qui ont déjà des partis politiques organisés et forts», estime M. Bellerive dans cette interview réalisée samedi.

«La démocratie est en construction en Haïti. Ici on travaille sans filet, chaque jour il faut inventer cette démocratie» et traiter «des problèmes cuisants de développement, les conséquences du tremblement de terre, le choléra. Il y a des défis majeurs», note le premier ministre, dont le gouvernement expédie les affaires courantes.

La désignation d’un nouveau premier ministre est actuellement suspendue aux négociations en cours entre le camp présidentiel et les multiples groupes du Parlement.

Près de quatre mois après son investiture à la présidence d’Haïti, le 14 mai, l’ex-chanteur populaire Michel Martelly, largement élu, n’a pas encore réussi à mettre en place un gouvernement alors que le nouveau chef d’État a proposé à deux reprises un premier ministre rejeté à chaque fois par le Parlement dominé par l’opposition.

M. Bellerive appelle la communauté internationale à faire preuve de patience et à «comprendre Haïti».

«Le président Martelly est arrivé sans appui politique au Parlement (il n’a que 2 élus de son parti), il faut donc un dialogue avec les groupes parlementaires», insiste M. Bellerive, qui estime «pénible de gérer les affaires courantes depuis quatre mois».

«C’est compliqué d’agir avec cohérence et de préparer l’avenir, car il y a un problème de coordination avec la nouvelle présidence. On n’a eu que deux conseils des ministres depuis quatre mois», regrette M. Bellerive, qui ne souhaite pas être reconduit comme premier ministre.

«Quand je regarde le profil des personnes qui ont été déjà choisies par le président Martelly, sur une échelle européenne elles sont beaucoup plus à droite que moi. Cela correspondrait à une vision beaucoup plus à droite du président que ce que je représente», a déclaré M. Bellerive.

Selon des sources parlementaires, Michel Martelly envisagerait de nommer un fonctionnaire de l’ONU, Garry Conille, comme nouveau premier ministre. Avant d’officialiser son choix, le président tenterait de bâtir une majorité susceptible de le ratifier au Parlement.

M. Conille, un médecin de 45 ans, a été diplômé en Haïti avant d’être formé à l’administration aux États-Unis. Il est chef de cabinet de l’ex-président Clinton, représentant spécial en Haïti du secrétaire général de l’ONU.

Il vient d’être nommé représentant résident du Programme de l’ONU pour le Développement (PNUD) au Niger.

 

Haïti: Le chef des casques bleus uruguayens limogé pour une affaire de viol

AFP – 05/09/2011

Le chef du bataillon uruguayen des Casques bleus de l’ONU en Haïti a été démis de ses fonctions après la divulgation sur internet d’une vidéo montrant le viol présumé d’un jeune Haïtien par quatre soldats uruguayens, a annoncé hier le ministère de la Défense.

Dans un communiqué, le ministère a également indiqué qu’un « conseil de discipline » se tiendrait en Haïti dans la cadre de la mission de stabilisation de l’ONU (Minustah) et que les préparatifs étaient en cours pour le rapatriement des cinq militaires impliqués dans les faits. Le ministère n’a pas fait état du nom du chef de la mission uruguayenne, issu de la Marine. « La Marine entend aller au-delà de la seule vidéo et établir s’il y a eu d’autres manquements » dans la conduite des militaires, a déclaré sur une radio locale son porte-parole, Sergio Bique, qui a promis « les peines les plus sévères et les plus rigoureuses prévues » par le réglement militaire si les militaires sont jugés coupables.

Selon des images prises à l’aide d’un téléphone portable et diffusées sur internet, quatre soldats du bataillon de l’Uruguay de l’ONU – qui compte 900 hommes – auraient participé au viol d’un jeune Haïtien, âgé de 18 ans. Le juge haïtien Paul Tarte a ouvert vendredi une enquête sur le viol présumé du jeune homme. « J’ai reçu le commandant du bataillon des soldats de l’Uruguay, Fernando Perez. Il m’a assuré que les soldats ont été placés à l’isolement et avaient été transférés à Port-au-Prince », avait déclaré ce magistrat. « Si les faits sont avérés, les auteurs devront être traduits en justice », a réagi un porte-parole de l’ONU, Kieran Dwyer. « Les Nations unis prônent la tolérance zéro en matière d’abus sexuels. Nous prenons ces accusations très au sérieux », a-t-il ajouté. Des voix se sont élevées en Haïti pour demander le retrait total du bataillon uruguayen.

 

Haïti – Économie :

Formations de 20 jeunes cadres haïtiens dans l’industrie textile

04/09/2011 14:48:34

Haïti - Économie : Formations de 20 jeunes cadres haïtiens dans l’industrie textileUne vingtaine de jeunes haïtiens, sélectionnés parmi près de 200 candidats, commenceront prochainement une formation de cadre dans l’industrie textile, au Nicaragua.
Selon Jocelyne Colimond Fethière, la Ministre du Commerce, cette formation professionnelle, d’une durée de 6 mois, est financée par et pour le leader mondial coréen du textile SAE-A Trading Co. dans le cadre de la construction du parc industriel au Nord.
Une fois leur formation complétée, ces 20 jeunes cadres, occuperont des postes de direction dans la firme coréenne et assureront également la formation des futurs ouvriers de la compagnie « Ce projet est porteur d’espoir. Les haïtiens doivent s’en réjouir, c’est la création d’emplois qui changera l’image d’Haïti. Ainsi, la population sera en mesure de prendre soin des siens, de construire leur propre maison, d’investir dans d’autres secteurs. En peu de mots, elle pourra assurer son avenir » a ajoutée la Ministre du Commerce.
SAE-A Trading Co., investira 78 millions de dollars américains en frais d’acquisition et d’installation d’équipements pour ce projet, qui devrait créer 20 000 emplois permanents sur sept ans.
M. Jean Kesner Delmas, Directeur Général de la Société Nationale des Parcs Industriels(SONAPI) affirme que les travaux d’implantation du nouveau parc industriel du Nord, avancent rapidement. Suivant l’échéancier, l’entreprise SAE-A Trading Co. devrait être à même de débuter ses opérations au premier semestre 2012.
Lire aussi :
http://www.haitilibre.com/article-3457-haiti-economie-55-millions-pour-le-parc-industriel-du-nord.html
http://www.haitilibre.com/article-3168-haiti-economie-le-parc-industriel-du-nord-prend-forme.html
http://www.haitilibre.com/article-3140-haiti-reconstruction-projet-de-construction-de-2-000-maisons.html
http://www.haitilibre.com/article-2302-haiti-economie-le-projet-coreen-du-parc-industriel-du-nord.html
http://www.haitilibre.com/article-2179-haiti-economie-parc-industriel-du-nord-tous-les-details.html
http://www.haitilibre.com/article-2086-haiti-economie-parc-industriel-244-millions-d-investissement.html
http://www.haitilibre.com/article-1338-haiti-economie-les-parcs-industriels-leviers-de-la-relance-economique.html
http://www.haitilibre.com/article-1232-haiti-economie-investissements-entre-10-et-25-millions-dans-le-textile.html
http://www.haitilibre.com/article-576-haiti-economie-la-coree-parle-business-avec-haiti.html
HL/ HaïtiLibre

 

Haïti – Justice :

Michel Forst entre satisfaction et préoccupations

04/09/2011 12:09:32

Haïti - Justice : Michel Forst entre satisfaction et préoccupationsVendredi à la veille de la fin de sa 9 ème mission et avant de se rendre à New York et à Washington pour des consultations sur Haïti, Michel Forst, Expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Haïti a rencontré la presse pour faire le point sur la situation, exprimer ses préoccupations et attentes, entre autres, sur la situation d’un État de Droit en Haïti.
«… Je ne vous cache pas que j’étais curieux, en arrivant à Port-au-Prince, de découvrir le contexte politique lié à l’élection du Président Michel Martelly, et après avoir lu dans la presse et entendu à la radio un certain nombre de promesses ou d’annonces dans des domaines qui m’intéressent au premier chef, je pense notamment à tout ce que j’avais entendu dans le domaine de l’État de droit.
[…] je ne vous cache pas non plus, que j’ai été assez impressionné, lors des rencontres avec les présidents des deux assemblées, les conseillers du Président et le Président Michel Martelly lui-même lors de l’entretien que nous avons eu jeudi.
Je pense d’abord à l’annonce cette semaine du choix fait par le Sénat des 18 candidats à la Cour de Cassation et de la très prochaine nomination par le Président, des 6 membres de la Cour et surtout de son Président, qui représente, l’élément tant attendu qui permet de rendre effectif le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire et le Conseil d’Administration de l’Ecole de la Magistrature.
Il ne m’appartient pas de me prononcer sur les noms qui ont été retenus par le Sénat, […] mais il me paraît évident qu’ils devront répondre aux exigences d’éthique et de déontologie attendus pour les juges suprêmes dans le pays. […] Avec d’autres, je serai attentif à ce point, dès lors qu’ils seront notamment conduits à se prononcer sur les nominations et la carrière des magistrats du pays. L’annonce d’une rentrée judiciaire le 3 octobre prochain avec ces nominations attendues me semble porter le germe de la réalisation de la réforme de la justice voulue par les 3 lois votées en 2007.
[…] je vois dans cette annonce les prémisses de la réalisation tant attendue de la nécessaire séparation du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire qui devrait, à terme, permettre de redonner aux Haïtiens confiance dans l’effectivité de leur justice tellement décriée. […] Je ne veux pas être taxé de naïveté, le chemin est pavé d’embûches et de pièges, et je crois qu’il est maintenant nécessaire, d’attendre que ces décisions annoncées soient suivies d’effet […] Mais dans le même temps je souhaite aussi partager avec vous la conviction que j’ai senti la détermination et la volonté politique du Président Martelly de concrétiser ces annonces prochainement dans le domaine de l’État de droit, l’une des priorités annoncées pour son mandat.
Mais l’État de droit c’est également […] un plan de réforme de la Police Nationale d’Haïti (PNH). Ce plan s’accompagne d’un processus de vetting mené conjointement par les UNPol [Police des Nations Unies] et la Minustah et qui doit aboutir à ce que les éléments de la police qui ne répondent pas aux exigences d’une police démocratique soient écartés des rangs de l’institution policière.
Je ne vous cache pas mon inquiétude de voir que les milliers de dossiers qui ont été examinés et qui devaient faire l’objet d’une décision du Président du Conseil Supérieur de la Police Nationale, restent actuellement en souffrance alors que des policiers, parfois de rang élevé, devraient sans plus tarder être écartés des rangs de la PNH. Il s’agit là d’une mesure de salubrité et je m’inquiète de ce que des ex-policiers, au passé sujet à caution, puissent dans le même temps réintégrer la PNH. Cette inaction dans le domaine de la mise en œuvre des recommandations du vetting et la confirmation de ces réintégrations, donneraient le signal que les deux piliers de l’État de droit, la justice et la police, ne se réforment pas au même rythme. Je fais confiance au futur gouvernement pour que ces craintes soient rapidement et complètement dissipées.
L’état de droit c’est également le traitement décent des personnes privées de liberté parce qu’elles purgent leur peine ou qu’elles sont en attente de passer devant le juge. Et vous savez que lors de chacune de mes visites je ne manque jamais de me rendre dans une prison ou un commissariat. Hélas, pour constater que, malgré les efforts faits et l’importante assistance de la communauté internationale, la prison en Haïti est souvent un lieu dans lesquels les personnes enfermées sont l’objet de traitement cruels ou dégradant. Je suis très inquiet pour la situation des prisons, et notamment pour des questions sanitaires, alors que l’épidémie de choléra n’est pas encore terminée et pour des raisons purement bureaucratiques, les latrines de certaines prisons ne sont plus vidées. De même, je suis profondément troublé par le fait que l’approvisionnement en nourriture pour les détenus n’est quasiment plus assuré, les stocks de nourriture sont épuisés et, là aussi, pour d’obscures raisons, les décisions ne sont pas prises d’alimenter les cuisines des prisons d’un stock de denrées alimentaires. Il y a là quelque chose de profondément choquant, sans compter le risque d’explosion de violence que cette inaction de l’État porte en germe, dès lors que les prévenus et les détenus ne seraient plus nourris.
Instaurer l’État de droit c’est enfin aussi garantir un fonctionnement des institutions et des services publics qui, au-delà de la sécurité des personnes et des biens, doivent veiller à assurer à tous les citoyens l’exercice de l’ensemble des droits civils et politiques, comme les droits économiques, sociaux et culturels tels qu’énoncés par les deux Pactes. Cette approche holistique devrait guider les choix du gouvernement dans les réformes à conduire, de telle sorte que progressivement l’accès à l’éducation pour tous, l’accès à un système de santé, l’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement, un logement salubre et décent, un accès aux revenus du travail et à la formation soient garantis pour tous. »

Lire aussi :
http://www.haitilibre.com/article-3723-haiti-justice-impressionnantes-annonces-sur-l-etat-de-droit-il-faudra-etre-attentifs-aux-resultats.html
http://www.haitilibre.com/article-2418-haiti-societe-il-faut-en-finir-avec-l-impunite.html
HL/ HaïtiLibre

 

Haïti – Santé :

Le MSPP n’a pas encore accepté la démission du Dr Lassègue

04/09/2011 09:51:56

Haïti - Santé : Le MSPP n’a pas encore accepté la démission du Dr LassègueAprès la grève débuté le 6 juillet 2011 et la reprise annoncée, le mercredi 31 août sur fond d’insatisfactions, le Dr Gabriel Timothée Directeur Général du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) a tenu à apporter quelques précisions importantes.
«… les activités vont reprendre graduellement […] comme vous pouvez le voir au niveau de la salle d’urgence, l’ORL et la dermatologie n’ont jamais chômé, ces services n’étaient pas en grève, la pédiatrie va recommencer.
Nous avons demandé que tout les chefs de services se réunissent autour du Directeur médical pour qu’ils fassent une proposition pour assurer l’intérim, parce que jusqu’à présent, nous n’avons toujours pas réagit officiellement à la lettre de démission du Dr. Lassègue, parce que c’est une grosse perte pour nous, nous avions beaucoup investi en lui, du point de vue énergie, du point de vue de la vision, de la disponibilité et de sa compétence… le voir partir comme ça, après un mouvement de protestation, cela nous fait mal, […] au niveau du ministère, nous n’avons toujours pas réagi officiellement, vous savez lorsqu’on vous donne une lettre de démission, vous pouvez l’accepter ou la refuser […] nous respectons son opinion mais en attendant […] l’intérim va être assuré. Hier matin, ils ont fait une réunion et m’ont donné des noms de personnes ou bien de comités qui vont assurer un intérim en attendant de prendre des dispositions, au niveau de l’administration.
Il n’y a pas de problème, car l’administrateur est en place, nous lui avons demandé de faire un relevé de tout les comptes, pour savoir exactement ce qu’il y a en terme de dépense à faire et peut-être à honorer également, de tel sorte qu’une série d’activités reprennent.
[…] je profite de l’occasion pour dire que l’hôpital va être en chantier […] il y a deux choix à considérer l’option A, où nous allons faire de la construction et de la démolition en même temps que de allons maintenir des services, et l’option B, qui est de démolir tous l’espace et de commencer à reconstruire rapidement, c’est cela qui crée tous ce bouleversement.
Il y a de l’inquiétude, certains se demandent s’ils vont perdre leur emploi, est ce que les résident vont pouvoir suivre leur formation…? Nous nous sommes réuni avec tous les résidents et médecins internes pour leur dire, qu’étant donné que l’hôpital va être en chantier voici ce qui peut arriver, nous avons mis les choses sur la table, nous n’avons rien à cacher. Nous leur avons présenté les 2 options et signalé qu’aucune n’avait été choisie officiellement […] dans n’importe quel cas, que ça soit l’option de démolir progressivement […] ou de démolir complètement et de délocaliser, cela va demander un plan de contingence, c’est à dire qu’il faudra qu’ils s’adaptent et travaillent dans un espace réduit, et un nombre de malades réduits […] nous avons identifié une série d’hôpitaux en périphérie, pour que les soins puissent continuer et que la formation continue…»

Lire aussi :
http://www.haitilibre.com/article-3715-haiti-sante-alix-lassegue-demissionne-les-ex-grevistes-toujours-insatisfaits.html
http://www.haitilibre.com/article-3698-haiti-sante-reprise-des-activites-a-l-hueh.html
http://www.haitilibre.com/article-3693-haiti-social-les-grevistes-de-l-hueh-ont-manifeste-hier-a-port-au-prince.html
http://www.haitilibre.com/article-3684-haiti-social-greve-a-l-hueh-syndicats-et-autorites-restent-sur-leurs-positions.html
http://www.haitilibre.com/article-3473-haiti-justice-report-de-l-audition-des-4-grevistes-de-l-hueh.html
http://www.haitilibre.com/article-3468-haiti-justice-greve-a-l-hueh-4-employes-devant-la-justice.html
http://www.haitilibre.com/article-3453-haiti-sante-la-greve-illimitee-a-l-hueh-met-en-danger-la-vie-des-patients.html
PI/ HaïtiLibre

 

Haiti – Social :

Nouveau marché, Projet Village de l’espoir, Irrigation, Education – Martelly

02/09/2011 13:03:33

Haiti - Social : Nouveau marché, Projet Village de l'espoir, Irrigation, Education - MartellyVillage de l’espoir
Mercredi le Président de la République, Michel Martelly s’est rendu dans la ville Saint-Michel-de-l’Attalaye, dans le département de l’Artibonite, lors de sa visite il a officiellement lancé le projet de colonie agricole « Village de l’espoir » à savane Diane, une commune situé à quelques kilomètres. Ce projet de construction de 200 maisons, financé par les Taiwanais à hauteur de cinq millions de dollars américains, doit accueillir 200 familles de la région d’ici fin août 2012.
« Ce projet pilote sera soutenu, suivi avec beaucoup d’intérêts et régulièrement évalué. C’est peut-être une piste, que dis-je, la piste, qui permettra de sortir toute cette région de son enclavement. S’il passe le test, et je suis certain que ce sera le cas, il servira de modèle aux futurs projets de regroupement des populations dispersées à travers nos montagnes et nos plaines. »
Nouveau marché pour 3500 marchandes
Ensuite le Président s’est rendu à Saint-Raphaël, dans le département du Nord, où il a procédé à l’inauguration du marché communal, construit en neuf mois il est doté d’une capacité d’accueil de 3500 marchandes, il comprend 4 bâtiments, 40 douches et 40 toilettes. Ce marché, l’un des plus grands marché du pays, construit sur 1 carreau et demi [19,150m2] a été financé par le Trésor public et a permis de créer près de 200 emplois lors de sa construction.
Satisfait des avancées du Chef de l’Etat en dépit de l’absence d’un Premier Ministre, le Maire de Saint-Raphaël, Antiocus Robert François encourage la population à continuer à accompagner le Président de la République dans ses efforts en faveur du développement.
Irrigation de 5000 hectares
Le Président de la République a fait l’annonce d’un projet d’envergure qui consiste à irriguer cinq mille hectares de terre dans la région Nord. Ce nouveau projet d’irrigation annoncé mercredi a été soumis par la Présidence à l’attention de la coopération taiwanaise pour financement. Il représente le premier projet agricole d’importance du mandat du Chef de l’Etat pour sortir progressivement de l’agriculture pluviale conformément à la vision du Président. La mission technique taiwanaise d’évaluation est déjà sur place et est en train de travailler avec les techniciens haitiens.
Scolarisation gratuite dans 4 écoles
Par ailleurs, le Président Martelly a profité de sa tournée pour annoncer l’intégration de quatre nouvelles écoles, à St-Michel et à St-Raphaël, dans son programme de scolarisation gratuite pour cette année. Une cérémonie officielle est prévue ce vendredi au Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle pour la mise en œuvre de ce programme tant attendu par la population. La liste des premiers bénéficiaires sera publiée sous peu.
HL/ HaïtiLibre

 

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Les derniers jours du système financier international ?

(Première partie)

Par Leslie Péan / mercredi 31 août 2011

La crise financière actuelle oblige l’observateur averti à concentrer son attention sur les problèmes de fond. À moins de vouloir prendre des chemins qui ne mènent nulle part, il doit s’armer d’instruments d’analyse rigoureux et aborder la crise de manière méthodique et sans complaisance. En outre, on ne saurait masquer la réalité ni la sous-estimer, car elle est têtue. L’économie américaine, qui représente 35% du PIB mondial, perd plus de 1 000 milliards de dollars annuellement depuis 2008. Dans ce PIB dominé par le secteur du « feu » [en anglais FIRE (finance, insurance, real estate)], les opérations financières sont plus importantes que les activités industrielles, qui, mondialisation aidant, sont sous-traitées (outsourced) principalement à la Chine. Signe des temps : le nouveau pont de la baie de San Francisco est construit à Shanghai [1]. Comme l’indique le Tableau 1, la proportion des dettes par rapport au PIB est passée, de 1980 à 2010, de 162% à 356%

La financiarisation fait maintenant la loi, privilégiant les gains en capital réalisés sur les valeurs mobilières (capital gains of securities) par rapport aux bénéfices traditionnels et aux intérêts. Pour contourner le fisc américain, qui taxe davantage les dividendes que les plus-values résultant des gains en capital, les actionnaires de la Corporate America ont mis en œuvre dans les conseils d’administration tout un arsenal de manipulations et de pratiques de corruption utilisant la comptabilité créatrice, l’évaluation au cours du marché (mark to market), la mauvaise gestion des capitaux détenus dans des régimes de retraite par capitalisation, etc. La compagnie Enron, de triste mémoire, demeure l’exemple achevé de ces pratiques corporatives corrompues qui, selon les avocats du PDG de cette dernière, sont des pratiques d’entreprise normales qui ne devaient en aucun cas être criminalisées [2].

Nous avons déjà analysé la stratégie de globalisation financière de la décennie 1980 des Leverage Buy Out (LBO), rachat d’entreprises grâce à l’effet de levier, à partir de laquelle « les entreprises étaient achetées dix ou quinze fois la valeur de leur excédent brut d’exploitation (EBITDA en anglais c.-à-d. résultat avant intérêts, impôts dépréciation et amortissements) [3]. » Nous disions alors : « La stratégie de globalisation financière et de financiarisation conduirait à la corruption du capitalisme de par l’encouragement que ce système donne au surendettement des entreprises. C’est le point de vue de John C. Bogle [4], fondateur et ex-PDG du fonds d’investissement Vanguard Group en Philadelphie. Dans son entendement, la financiarisation affecte la structure du capital de l’entreprise privée en faisant évoluer le ratio dettes/fonds propres dans le sens de l’endettement afin de donner aux actionnaires les leviers de commande par rapport aux managers [5]. »

Dans une corruption sans précédents dans les annales de l’humanité, le château de cartes de la finance spéculative s’est effondré. Comme l’a montré Danny Schechter, une coalition de banquiers, courtiers et autres marchands a pensé et réalisé une arnaque de haut vol, créant plus de 1 000 milliards de produits hypothécaires toxiques entre 2005 et 2007 [6]. Après que le prix Nobel d’économie Paul Krugman ait qualifié l’économie américaine de « Madoff économie » [7], en référence à Bernie Madoff dont la pyramide a été découverte suite justement à la débacle des subprime, d’autres analystes ont parlé de ponzification de l’économie américaine et de l’escroquerie qui la caractérise [8]. Quels que soient les silences des média sur ces faits, la misère grandissante qui s’en est suivie ne peut pas être masquée. Les cités de tentes n’ont pas fait leur apparition seulement en Haïti après le séisme du 12 janvier 2010. Elles se sont développées aussi aux États Unis d’Amérique depuis le séisme financier des crédits hypothécaires à haut risque (subprimes) où ces campements de fortune se multiplient de l’est à l’ouest, du nord au sud [9]. Selon la chaîne de télévision conservatrice Fox News, des terrains vagues sont appropriés par des familles sans logement (squatters) à Providence, au Rhode Island ; à Colorado Springs, au Colorado ; à Virginia Beach, en Virginie ; à Olympia, dans l’État de Washington et à Sacramento, en Californie [10]. Et tout comme en Haïti, où le système financier international sous la houlette des États-Unis ne peut afficher aucun résultat 18 mois après le séisme, si ce n’est l’importation du choléra, cette situation désespérée perdure pour les millions de personnes qui vivent sous des tentes aux États- Unis d’Amérique. Auront-elles le même sort que les habitants de la Nouvelle Orléans, qui, six ans après le passage de l’ouragan Katrina, attendent toujours le mieux-être promis ?

La quadrature du cercle

La période de chômage la plus longue connue depuis la grande dépression de 1929 fait penser au drame collectif décrit dans Les raisins de la colère par John Steinbeck. Le Bureau of Labor Statistics (BLS) a vite fait d’étendre de deux à cinq ans le critère du chômage de longue durée [11]. Parallèlement, le nombre des saisies immobilières va surpasser en 2011 le niveau record de 3,8 millions atteint en 2010, ce qui représente une croissance de 2% par rapport à 2009 et de 23% par rapport à 2008 [12]. Les signes avant-coureurs de la crise étaient pourtant visibles dans le secteur du logement où les prix avaient plus que doublé dans les cinq années précédant 2008, à un tel point qu’en cette année-là, la valeur totale des hypothèques s’élevait à plus de 90% du PIB [13]. Des millions de gens sont au chômage, dont le niveau est officiellement de 9,1%, mais plutôt de 16,1% selon les statistiques du BLS [14]. La crise financière actuelle, commencée avec celle des subprimes qui a causé l’effondrement de la maison de crédit à l’habitat New Century en 2007, continue depuis avec de nombreux rebondissements.

Le pays se retrouve dans ce que Keynes appelait la « trappe de la dette ». Une vraie quadrature du cercle. À l’école qui propose de réduire le déficit budgétaire en augmentant l’impôt surtout sur les plus riches afin de créer des programmes de travaux publics pour diminuer le chômage s’oppose celle qui voit dans toute augmentation d’impôt une baisse de l’épargne (et des investissements), qui diminue à son tour la compétitivité. En réalité, le premier groupe a raison, car les inégalités des revenus se situent au premier rang des facteurs qui ont provoqué la crise. Telles sont les conclusions d’une analyse du très orthodoxe Fonds Monétaire International (FMI) comparant la conjoncture d’avant la grande dépression de 1929 à celle qu’on refuse de nommer aujourd’hui. Selon le FMI, entre 1920 et 1928, la part de revenus de 5% des ménages américains les plus riches dans le revenu national a augmenté de 24 à 34%. On sort carrément de la littérature grise à laquelle cette institution nous avait habitués. En interrogeant le fondement de la distribution des revenus, l’étude du FMI précise que, entre 1983 et 2007, la part de revenus de 5% des ménages les plus riches aux États Unis est également passée de 22 à 34% du revenu national. En outre, elle révèle que dans le même temps l’endettement des ménages américains les plus pauvres a cru de 50 % [15]. Enfin l’étude montre que le salaire horaire réel des 10 premiers centiles de la population a augmenté de 70%, tandis que celui des catégories médianes diminuait de 5% et que celui des salaires des 10% au bas de l’échelle chutait d’environ 25% [16]. Le FMI a-t-il fini par comprendre, comme le dit Joseph Stiglitz, que « le bien-être économique dépend de l’égalité sociale et la justice [17] » ?

Le quotidien « Wall Street Journal » donne raison à Karl Marx

Le capitalisme de copinage et de casino fonctionne à merveille comme dans le film Casablanca de Humphrey Bogart et d’Ingrid Bergman. L’économie américaine est rentrée dans une spirale fatidique avec l’accord sur la réduction de la dette publique de 2,2 mille milliards de dollars agréée par le Congrès américain sur une décennie. La diminution des dépenses publiques ne peut qu’augmenter le chômage déjà élevé, tout en annulant les effets du plan de relance (stimulus package) des 786 milliards de dollars adopté par le président Obama en 2009. Les conservateurs américains ont contraint ce dernier à faire un pas en avant puis deux pas en arrière, pour l’amener exactement là où ils voulaient et diminuer ses chances d’avoir un deuxième mandat. Dans le même temps, les filets de sécurité et les programmes sociaux (assurance-maladie et sécurité sociale) sont menacés. Le prix Nobel d’économie Paul Krugman a parlé de la peur et de la colère des Américains devant la capitulation d’Obama, considérée comme ce qu’il nomme un « kidnapping » [18].

On se retrouve en plein dans ce que Karl Marx avait écrit il y a plus d’un siècle concernant les contradictions internes du capitalisme aboutissant à l’autodestruction du système du fait même de la diminution des revenus des travailleurs par rapport à ceux revenus des capitalistes. Ce sont les conclusions auxquelles est parvenu l’économiste Nouriel Roubini dans le Wall Street Journal [19]. Tout se passe comme dans l’ouvrage de Gabriel Garcia Marquez Chronique d’une mort annoncée. Tout le village de Sucre savait que Santiago Nasar allait être assassiné par les deux frères d’une jeune femme répudiée par son mari la nuit même de ses noces, parce qu’elle aurait perdu sa virginité avec Santiago. Mais personne ne fit rien pour avertir ce dernier et empêcher qu’il échappe à ce sort.

Sur la scène financière internationale, on savait que la Grèce (pays qui a inventé la tragédie) était un canard boîteux au sein de l’Union Européenne (UE). Pourtant ce pays a pu maquiller ses comptes jusqu’en 2004, grâce à la corruption des conseillers de la haute finance américaine [20]. Elle se passait la corde au cou, car les dispositions institutionnelles de ladite zone euro lui refusaient tout concours de la banque centrale européenne (BCE) dans la négociation des titres de sa dette publique et l’obligeaient à recourir aux marchés financiers qui l’ont dépecée [21]. En avril 2010, l’agence de notation Standard & Poor’s a diminué la cote de la Grèce de BBB à BB+, faisant des titres émis par ce pays des obligations de pacotille (junk bonds). La crise en Grèce a contaminé le Portugal qui a vu sa cote passer de A+ à A-, puis le 5 juillet 2011, l’agence de notation Moody’s l’a encore dégradée de 4 crans, soit de Baa1 à Ba2, avec une perspective négative.

Tableau 1 PIB et Dettes ( 1980-2010) [22]

Années

PIB ($Milliards)

Total dettes ($ Milliards)

Total dettes/PIB %

Dettes du secteur financier

Dettes du secteur financier, en % des dettes totales

Dettes du secteur non financier, en % des dettes totales

1980

2,788.1

4,525.1

162.3%

578.1

12.8%

87.2%

1985

4,217.5

8,622.9

204.5%

1,257.3

14.6%

85.4%

1990

5,800.5

13,766.8

237.3%

2,613.6

19.0%

81.0%

1995

7,414.7

18,468.6

249.1%

4,233.5

22.9%

78.1%

2000

9,951.5

27,137.5

272.7%

8,157.8

30.1%

69.9%

2006

13,398.9

41,279.4

308.1%

14,291.4

34.6%

65.4%

2007

14,061.8

45,353.9

322.5%

16,217.5

35.8%

64.2%

2008

14,369.1

50,043.2

348.3%

17,123.1

34.2%

65.8%

2009

14,119.0

52,433.4

371.4%

15,168.4

28.9%

71.1%

2010

14,660.4

52,399.5

357.4%

14,171.3

27.0%

73.0%

La politique d’émission monétaire ou du tigre de papier

La droite américaine n’est guère de l’avis du professeur Roubini, qui estime que l’entreprise privée, motivée uniquement par le profit dans le cadre du capitalisme, ne marche pas et produit des crises enrichissant quelques-uns et plongeant la majorité dans la misère. Pour cette droite rassemblée autour du Tea-Party, c’est le gouvernement qu’il faut blâmer pour la crise. Il fallait laisser couler les entreprises défaillantes de la Corporate America telles que AIG, Goldman Sachs, UBS, Fannie Mae, Freddie Mac, Merrill Lynch, J. P. Morgan, General Motors, Chrysler, etc. Le marché aurait apporté sa propre correction sans l’intervention gouvernementale opérée avec la FED (la banque centrale) et le Trésor dont les dirigeants ont manipulé le système en tirant des avantages pour eux-mêmes avec l’argent des contribuables. Michael Bloomberg, maire de New York et propriétaire de la société financière qui porte son nom, a dû intenter un procès à la FED en novembre 2008 pour connaître neuf mois plus tard les noms des firmes qui ont bénéficié des 2 mille milliards de dollars du plan de sauvetage financier (bail out) [23]. Pour les fondamentalistes du marché, il aurait été préférable que la FED s’abstienne de toute intervention. Tout serait reparti spontanément pour le mieux, dans le meilleur des mondes, comme sous l’empire d’une certaine loi de l’harmonie universelle. Il faut laisser le renard libre dans le poulailler aux portes grandes ouvertes, même si quelques volailles risquent de faire les frais de ce choix insensé. La vie est ainsi faite ! Un point, c’est tout. (à suivre)

[1] « San Francisco’s Bay Bridge Gets 5,300-Ton Steel Span Delivery from China », Bloomberg News, Jul 11, 2011

[2] Kristen Hays, « Defense : Gov’t Manufactured Enron Case », Washington Post, May 17, 2006.

[3] Leslie Péan, « Les Etats-Unis d’Amérique ont besoin d’un prêt d’ajustement structurel », AlterPresse, 6 octobre 2008.

[4] John C. Bogle, The Battle for the Soul of Capitalism, Yale University Press, 2005.

[5] Leslie Péan, « Les Etats-Unis d’Amérique ont besoin… » op. cit..

[6] Danny Schechter, Plunder : Investigating Our Economic Calamity ans the subprime scandal, Cosimo Books, 2008. Également du meme auteur The Crime of Our Time : Was the Economic Collapse « Indeed, Criminal ?,2010.

[7] Paul Krugman, « The Madoff Economy », New York Times, 19 décembre 2008.

[8] Jean-François Gayraud, « Capitalisme criminel : subprimes ou subcrimes ? », Cités, numéro 41, Paris, PUF, 2010, p. 124.

[9] Joshua Rhett Miller, « Economic Woes Lead to Proliferation of Tent Cities Nationwide », FoxNews.com, August 11, 2011.

[10] Ibid.

[11] Peter Schroeder, « Long-term unemployment measure extended to five years », The Hill, Washington, D.C., December 28, 2010.

[12] Jon Prior, « Foreclosures in 2011 to break last year’s record : RealtyTrac », Housingwire, January 12, 2011.

[13] Carmen M. Reinhart and Kenneth S. Rogoff, This time is different : eight centuries of financial folly, Princeton University Press, 2009.

[14] Table A-15, « Alternative measures of labor underutilization », Bureau of Labor Statistics, August 5, 2011.

[15] Michael Kumhof and Romain Rancière, Inequality, Leverage and Crises, International Monetary Fund, November 2010, p. 6.

[16] Ibid.

[17] Joseph E Stiglitz, « The IMF’s change of heart – The International Monetary Fund has realised that a nation’s economic well-being depends on social equality and justice », Al-Jazeera, May 2011.

[18] Paul Krugman, « The Hijacked Crisis », New York Times, August 11, 2011.

[19] Roubini, « Karl Marx Was Right », Wall Street Journal, August 12, 2011.

[20] Marc Roche, La Banque, Paris, Albin Michel, 2010, p. 17-27.

[21] B. Coriat, T. Coutrot et H. Sterdyniak, 20 ans d’aveuglement. L’Europe au bord du gouffre, Paris, Les liens qui libèrent, 2011.

[22] Flow of Funds, Table L.1, Board of Governors of the Federal Reserve, 1980 – 2011, Washington D.C. June 9, 2011 et calculs de l’auteur.

[23] Mark Pittman, Bob Ivry and Alison Fitzgerald, « Fed Defies Transparency Aim in Refusal to Disclose », Bloomberg News, November 10, 2008. On lira aussi Mark Pittman, « Court Orders Fed to Disclose Emergency Bank Loans », Bloomberg News, August 25, 2009.

 

Les derniers jours du système financier international ?

(Deuxième partie)

Par Leslie Péan /samedi 3 septembre 2011

La tempête qui balaie les marchés boursiers et met au grand jour les dangers de la dette américaine est inquiétante et annonce d’autres implosions. Les manipulateurs du marché obligataire de la haute finance, c’est-à-dire la minorité de 1% responsable de la crise financière et économique qui terrasse l’économie américaine et mondiale, ne restent pas assis, les bras croisés. La Corporate America a fait appel à l’État, qu’elle contrôle, pour imposer aux contribuables américains les sacrifices devant lui permettre de sortir sa tête de l’eau. D’où les plans de relance et autres politiques d’assouplissement monétaire (quantitative easing) engagés depuis le dernier trimestre de 2008 [1]. Elle a aussi déclenché une offensive tapageuse sur le plan politique avec la machine de propagande mensongère du Tea-Party et des media aux ordres pour endormir la population américaine. Enfin, depuis 2009, les dirigeants américains menacent de révéler le montant des comptes off-shore des dirigeants chinois s’ils ne se mettent pas une sourdine à leur critique de la politique monétaire des Etats-Unis et continuent d’acheter des bons du Trésor. Quelles sont les chances qu’un « tigre en papier », pour reprendre cette expression de Mao Zedong, puisse vraiment faire peur ?

Avec l’once d’or à plus de 1 800 dollars, la tendance est de se réfugier dans l’or et la tentation, de retourner au système de l’étalon or. Le modèle de l’économie fondée sur la dette a fait faillite. En France, sur la période 1981-2011, la dette publique est passée de 21 % à 82 % du PIB. Même tendance aux États-Unis, où la dette publique est passée de 32,5% à 102,6% du PIB sur la période 1981-2011 [2]. En France, la dette publique risque d’atteindre 112% du PIB avec la récente débâcle des obligations de l’Italie et de l’Espagne et la nécessité pour la BCE de racheter leurs bons, ce qui implique automatiquement un renflouement de cette dernière par la France et l’Allemagne. La ruée des investisseurs vers l’or s’explique du fait que ce placement offre un rendement de 15%, tandis que celui des bons du Trésor américain n’est que de 4%. Le dollar n’a plus la confiance qu’il inspirait comme monnaie de réserve internationale. Et il faut s’attendre à ce que l’inflation dans les secteurs des prix des produits alimentaires et de l’essence dépasse tous les pronostics, du fait de l’arrivée des fonds spéculatifs sur le marché des matières premières et du fait des risques y afférant, notamment de la transformation du marché des biens de consommation courante en un marché financier [3]. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a indiqué que le prix d’achat moyen des produits alimentaires a grimpé de 32% entre juin et décembre 2010 [4]. Une situation qui a sans doute contribué à faire voler en éclats le régime du président Hosni Mubarak en Égypte après 18 jours de protestation, soit le 11 février 2011.

Comme un serpent qui se mord la queue

Cela fait déjà des décennies que les analystes les plus crédibles affirment que les États-Unis vivent au-dessus de leurs moyens. C’est une illusion de penser que le reste du monde peut et va assurer éternellement le financement de ces déficits. Ce pays s’est en quelque sorte amusé à acheter les biens du reste de la planète en actionnant la planche à billets. Avec 14 mille milliards de dollars de déficit budgétaire, 14 autres mille milliards de dollars de dettes on comprend aisément la décision prise par la FED en 2006 de suspendre la publication des statistiques de la masse monétaire au sens large M3, ce qui empêche de connaître le montant des dollars circulant à travers le monde. Dès lors, la planche à billets pouvait fonctionner à plein rendement sans risque d’éveiller de soupçons.

Depuis 1971, les États-Unis d’Amérique sont littéralement en faillite. La France du général Charles de Gaulle avait envoyé un croiseur de la marine française à New York en 1969 pour récupérer 300 millions de dollars en or déposés dans les chambres fortes de la Federal Reserve Bank de New York. La Suisse avait retiré 50 millions de dollars en or en juillet, et la France du général De Gaulle insistait pour avoir 191 millions de dollars en or en août 1971 [5]. En deux décennies, les États-Unis qui possédaient 67% du stock d’or mondial en 1948 ne se retrouvaient qu’avec 16% de ce même stock en 1970 [6]. Alors, le président Nixon décida de prendre le taureau par les cornes en mettant fin à l’étalon or dans le système financier international. Charles de Gaulle avait compris que le privilège d’émission de la monnaie de réserve internationale par excellence allait conduire les États-Unis à se comporter comme un serpent qui se mord la queue.

Les coûts militaires de l’empire engagé dans les guerres allant de celle du Vietnam à celle de l’Irak ont augmenté les déficits au bénéfice du complexe militaro-industriel. Des déficits qui deviennent des dettes. Les États-Unis manipulent leur monnaie tant au niveau de son prix intérieur (le taux d’intérêt) que de son prix extérieur (le taux de change). Ils le font pour des objectifs de sécurité nationale principalement en changeant les règles du jeu quand ils veulent et comme ils veulent. Jacques Rueff, le conseiller économique du président De Gaulle, avait prévu dès 1965 les métastases du cancer monétaire créé par le dollar et de leur impact négatif sur la finance mondiale. Dans l’épilogue de son ouvrage Le péché monétaire de l’Occident, Rueff a tiré la sonnette d’alarme en 1971, allant jusqu’à citer Lénine pour attirer l’attention sur les dangers que la cupidité faisait planer sur le capitalisme. En effet, le leader bolchévik disait que « pour détruire le régime bourgeois, il suffit de corrompre sa monnaie [7] ». On en est aujourd’hui avec une dette internationale de 60 mille milliards, mais avec une spéculation sur les marchés de produits dérivés qui atteignait 600 mille milliards en décembre 2010 [8]. Ce détournement de la productivité vers des objectifs secondaires n’a pu se produire qu’avec les possibilités offertes par les changes flottants et la création des marchés à terme d’instruments financiers.

Finir avec le temps des zombis

Les techniques financières utilisées par les spéculateurs pour pomper l’épargne des autres pays vers les États-Unis sont maintenant utilisées par la haute finance contre la population américaine. La Federal Reserve (FED), donc la banque centrale des États-Unis, ne se gêne nullement pour créer de l’argent à partir du simple papier afin de voler au secours des grandes firmes de la Corporate America engagées dans des massives pratiques de corruption pour lesquelles personne n’a été poursuivi et arrêté. Le relèvement du plafond de la dette américaine et l’abaissement de la note de cette dette par Standard & Poor’s ont ouvert un moment particulier dans le système financier international. Londres brûle, la Grèce est en défaut sur sa dette souveraine, les investisseurs refusent d’acheter les bons italiens et espagnols, la notation AAA de la France est menacée. Warren Buffett, l’homme le plus riche de l’Amérique, a eu à dire : « la lutte de classes existe et les riches sont en train de la gagner [9] ». Le temps est venu pour les riches de lâcher du lest et pour permettre des réformes visant à diminuer les inégalités par une meilleure distribution des revenus. C’est du moins ce qu’enseigne le printemps arabe contre les régimes les plus corrompus de la planète soutenus par l’Occident. Au centre, comme à la périphérie, il importe de mettre fin au temps des zombies. Pour cela, il faut relancer l’économie. Il ne s’agit pas seulement de renflouer et de recapitaliser le système bancaire. Comme l’expliquent Reinhart and Rogoff, « le principal moteur de l’augmentation de la dette est l’inévitable chute des recettes fiscales subie par l’État à la suite d’une contraction profonde et durable de la production [10] ».

Le discours

La Chine a compris comment le pouvoir de la force et de la violence peut conduire à l’éclipse sinon au naufrage de la raison. Le comportement des agences de notation du crédit (rating agencies) l’a prouvé. En effet, Fitch, S&P et Moody’s ont assuré la santé financière des grandes entreprises de la Corporate America en leur donnant la note AAA. Elles ont garanti des obligations de pacotille émises par les fonds de placement que les banques allemandes, entre autres, ont acheté les yeux fermés. En réalité, ces fonds spéculatifs, étaient engagées, de concert avec des sociétés de prêt hypothécaire, dans des pratiques de corruption sans précédent qui ont conduit non seulement à leur faillite, mais aussi à celle des États qui ont volé au secours des banques associées aux régulateurs et aux agences de notation. Aux États-Unis, ces fraudes ont été dénoncées par de nombreux chercheurs et organisations, dont le FBI, qui y ont vu d’ailleurs la main du crime organisé. De 2006 à 2010, selon le FBI, la moyenne annuelle de la fraude dans les prêts hypothécaires est estimée à plus de 17 milliards de dollars [11].

À partir de ses antécédents, la Chine a décidé de créer en 2010 sa propre agence de notation dénommée Dagong. Affichant immédiatement son indépendance par rapport au discours dominant de l’Occident, elle retire la note A+ aux États-Unis, mais aussi à nombre de pays européens, et la remplace par la note A avec menace de dégradation [12]. Discours en soi significatif au niveau des représentations eurocentriques du monde. Cette baisse de la notation américaine est due au fait que le programme de réduction des dépenses approuvées au Congrès américain n’est pas suffisant. C’est la goutte d’eau qui a fait déverser le vase. Dagong pense qu’il faudrait des réductions de dépenses de 4 mille milliards sur une période de 5 ans, tandis que le gouvernement américain n’a pu proposer de réduire les dépenses que de 2,2 mille milliards sur une période de 10 ans.

La mesure de dégradation du 6 août 2011 de la notation de la dette souveraine américaine par Standard & Poor’s ne saurait être sous-estimée. Le déficit américain n’a cessé de préoccuper économistes et analyses financiers. Déjà « le 7 décembre 2004, pour la première fois, une Rating Agency [Agence de notation] évoquait l’éventualité d’un déclassement de la côte de crédit du gouvernement américain lui-même, de ²AAA² à ²AA² [13]. » Les gérants obligataires ne peuvent plus faire la sourde oreille. Dans le meilleur des cas, cela conduira à une diminution du poids des bons du Trésor américain constituant 60% du marché des 18 mille milliards de dollars de la dette souveraine. Ce serait une illusion de croire le mot de Margaret Thatcher qu’il n’y a pas d’alternative et que d’autres actifs ne peuvent être trouvés. À moins que les États-Unis décident d’utiliser l’arme militaire pour maintenir leur hégémonie financière fissurée. « En l’absence de notre puissance militaire, disait Bill Gross de la Pacific Investment Management Co. (PIMCO), patron de la plus grande firme de courtage américaine, une décote de la qualité de notre crédit serait une affaire allant de soi [14]. »

La Reichsbank et le Zimbabwe

Bill Gross, qui était le plus grand acheteur d’obligations américaines, a décidé de débarrasser et de vendre tous les bons du Trésor américains qu’il détenait [15]. Quand on sait que la FED achète, avec des dollars qu’elle fabrique elle-même, plus de bons du Trésor américain que la Chine, on en est en droit de se poser des questions. Le sort réservé aux institutions et aux pays qui font ce genre de transactions douteuses est connu. C’est la Reichsbank et le Zimbabwe. La crise au Japon et celle des monarchies pétrolières risquent de raréfier les acheteurs des bons du Trésor américain. La situation d’incertitude augmente bien qu’elle ne se soit pas matérialisée dans les bas taux de 2,09% observés lors de la vente du bon américain de 10 ans du mercredi 10 août 2011 par la FED [16]. De toute façon, l’heure de la fin du vivre à crédit éternellement, dans une sorte de cavalerie financière (schéma de Ponzi), a sonné. « Étrange situation, constate Jacques Attali, où les riches vivent aux crochets des pauvres, où des Chinois gagnant moins de 1,000 euros par mois consacrent la moitié de leurs revenus à financer les salaires de fonctionnaires, de militaires et de chercheurs américains gagnant plus du décuple de leur revenu ; où le système bancaire mondial finance la consommation des pays du Nord par l’épargne des pays du Sud en prélevant au passage de confortables commissions. [17] »

L’appât du gain et la spéculation pour le pouvoir semblent avoir vaincu, au détriment des travailleurs, tout ce qui restait d’éthique dans le monde. À un moment où le crime organisé paraît avoir conquis ses titres de noblesse dans les sphères de la haute finance, l’heure est aux réformes en profondeur et non aux opérations de maquillage ou de façade. Sinon, la dictature des marchés financiers prônant le profit le plus rapide possible conduit l’humanité à une destruction de valeur sans précédent dans son histoire. Les êtres humains peuvent faire mieux que les bêtes et cesser de se dévorer pour de l’argent, pour le pouvoir et pour le plaisir. Les marchés financiers doivent cesser d’être des gladiatures.

[1] Leslie Péan, « La fin du dollar au G20 de Seoul et la déconstruction de l’État-providence », AlterPresse, 10 novembre 2010

[2] Office of Management and Budget, Historical tables, Budget of the U.S. Government, Fiscal year 2012, US Government Printing office, Washington, 2010, p. 140.

[3] CNUCED, Price Formation in Financialized Commodity Markets : The Role of Information, Geneva, 2011.

[4] Benoit Daviron, Niama Nango Dembele, et al., Rapport sur la volatilité des prix, Comité de la sécurité alimentaire mondiale, FAO, Rome, Mai 2011, p. 5.

[5] David Frum, How we got here : the 70’s, the decade that brought you modern life, New York, Basic Books, 2000, p. 298.

[6] Alfred E Jr. Eckes, A Search for Solvency, University of Texas Press, Austin and London, 1975, p. 238.

[7] Jacques Rueff, Le péché monétaire de l’Occident, Paris, Plon, 1971, p. 281.

[8] Bank of International Settlements, Quarterly Review, Basel, june 2011.

[9] Ben Stein, « In Class Warfare, Guess Which Class Is Winning », New York Times , November 26, 2006.

[10] Carmen M. Reinhart and Kenneth S. Rogoff, This time is different, op. cit.

[11] U. S. Department of Justice, Federal Bureau of Investigation, Financial Crimes Report to the Public, May 2005. Voir aussi le 2010 Mortgage Fraud Report Year in Review, August 2011, p. 6.

[12] Olivia Siegl, « Pour Dagong, l’agence de notation chinoise, les Etats-Unis ne méritent que A+ », Les Échos, Paris, 29 juillet 2011. Voir aussi Ambrose Evans-Pritchard, « Chinese rating agency strips Western nations of AAA status », The Telegraph, London, 12 July 2010.

[13] Paul Jorion, La crise du capitalisme américain, Broissieux, France, Editions du Croquant, 2009, p. 17.

[14] Ibid.

[15] « Pimco sells off all its Treasuries », New York Post, March 10, 2011

[16] Annalyn Censky, « Treasury yields near all-time lows », CNN, August 10, 2011.

[17] Jacques Attali, Tous ruinés, dans dix ans ?, Paris, Fayard, 2010, p. 17.

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