vendredi 23 septembre 2011

23 Sep

Des duvaliéristes interrompent la lecture d’un rapport d’Amnesty International

Ayant à leur tête Mes Reynold Georges et Osner Févry, les protestataires ont envahi l’hôtel Le Plaza où l’organisation exigeait justice pour les victimes de Jean-Claude Duvalier en présentant un catalogue de "crimes contre l’humanité" commis sous l’ancien dictateur, à l’occasion de l’anniversaire de l’avènement au pouvoir de son père, François Duvalier ; Martelly invité à présenter des "excuses publiques au peuple haïtien" pour les méfaits de Duvalier

Publié le vendredi 23 septembre 2011

Des duvaliéristes ont brutalement interrompu jeudi la présentation d’un rapport d’Amnesty International sur les « crimes contre l’ humanité », commis sous la dictature des Duvalier, un bilan désastreux qui coïncidait avec le 54e anniversaire de l’accession au pouvoir de François Duvalier dit Papa Doc, le 22 septembre 1957.

Dans la salle de l’hôtel Le Plaza où se tenait la conférence de presse, des individus menaçants, accompagnés de Mes Osner Févry et Reynold Georges, et munis pour certains d’ouvrages du Dr Duvalier frappés du sinistre drapeau noir et rouge, s’en sont pris aux représentants de AI qu’ils ont verbalement agressés.

Le responsable du dossier d’Haïti au sein de l’organisation internationale de défense des droits humains, Gerardo Ducos, a tout de même eu le temps de dénoncer les graves violations des droits de la personne perpétrées contre des milliers de gens répertoriées entre 1970 et les années 80, allant des séances de torture aux Casernes Dessalines ou au Palais National à des disparitions en passant par des emprisonnements arbitraires.

Une centaine de plaintes ont été déposées par des victimes de la dictature ou leurs parents, a indiqué Ducos qui dit qu’Amnesty International s’inquiète de la conduite du processus judiciaire engagé au cabinet d’instruction à l’encontre de Baby Doc, revenu en janvier dernier de 25 ans d’exil en France.

En conséquence, l’Etat haïtien est invité à assumer ses responsabilités et le Président Michel Martelly à présenter des "excuses publiques au peuple haïtien" pour les atrocités de l’ancien régime. Ceci au nom des engagements internationaux auxquels Port-au-Prince a souscrit.

Défenseur intraitable de Jean-Claude Duvalier à l’instar des autres manifestants, Me Reynold Georges a accusé Amnesty International de vouloir plonger le pays dans la guerre civile avant de présenter son client comme « peut-être, le futur Président d’Haïti ».

N’y allant pas non plus de main morte, son collègue Osner Févry a traité de « malandrins » les représentants de l’organisation et leur a proposé de poursuivre de préférence en justice l’ex-Président américain Bill Clinton, responsable, selon lui, des plus grands malheurs d’Haïti.

"Nous considérons que c’est un attentat à la liberté de la presse, c’est dommage que les haïtiens n’aient pas eu l’occasion de nous interroger sur le rapport", a réagi Javier Zunica, conseiller spécial d’Amnesty International. spp/Radio Kiskeya

Le président haïtien Michel Martelly donnera un concert-bénéfice en décembre

Publié par Associated Press le jeudi 22 septembre 2011 à 20h33

Haïti - Culture : Martelly... Sweet Micky de retour sur scène pour l'éducationNEW YORK, États-Unis – Le président haïtien Michel Martelly a annoncé, jeudi, qu’il remonterait sur les planches en décembre pour un concert qui vise à amasser 10 millions $US pour les écoles du pays.

Michel Martelly, un chanteur très célèbre en Haïti avant son élection à la présidence, espère convaincre des responsables des Nations unies et de la République dominicaine voisine d’acheter des lots de billets pour le concert prévu le 23 décembre à Port-au-Prince.
«Je reste proche de mon peuple», a dit M. Martelly à l’Associated Press, à la veille de son discours devant l’Assemblée générale de l’ONU à New York. «Je continue de chanter avec eux.»
Michel Martelly affirme que le spectacle sera présenté non pas par le président d’Haïti, mais par Sweet Micky, le nom de scène avec lequel il s’est fait connaître en tant que maître du kompa, un style musical typiquement haïtien.
Mais le président âgé de 50 ans, qui a joué quelques notes de piano pour les caméras de télévision jeudi matin dans une suite d’un hôtel de New York, a admis que sa vie n’était pas une partie de plaisir depuis son élection à la présidence, au printemps.
Michel Martelly a affirmé que ses fonctions de président l’avaient fait changer d’avis sur certains sujets, notamment sur la présence de casques bleus en Haïti, à laquelle il s’était déjà dit opposé dans le passé.
«Je pense qu’en l’absence de notre propre système de défense, de notre propre armée, son existence se justifie», a dit M. Martelly au sujet de la force de maintien de la paix de l’ONU, arrivée dans le pays pour la première fois en 1994 pour aider à maintenir l’ordre.
Les appels au départ de la force de l’ONU continuent de se faire entendre en Haïti, où plusieurs citoyens sont en colère contre l’épidémie de choléra probablement importée dans le pays par un bataillon népalais. L’épidémie a tué plus de 6200 personnes depuis son apparition, il y a près d’un an.
Les Haïtiens sont aussi outrés par les allégations d’agression sexuelle d’un jeune homme de 18 ans par des casques bleus originaires de l’Uruguay dans la ville de Port-Salut, en juillet. Les Nations unies et les gouvernements d’Haïti et de l’Uruguay enquêtent sur ces allégations.
Le président haïtien a blâmé «certaines personnes» et des politiciens qu’il n’a pas voulu nommer pour avoir organisé les manifestations contre l’ONU.
Michel Martelly a expliqué qu’une bonne partie de son énergie était maintenant consacrée à la reconstruction du pays après le séisme dévastateur de janvier 2010.
Il a indiqué qu’aucune décision n’avait été prise sur l’avenir du Champ de Mars, un parc public au coeur de la capitale qui est devenu un immense camp de cabanes et de tentes où vivent des milliers de personnes qui n’ont plus de maison.
Il attend aussi l’approbation par le Sénat, la semaine prochaine, du candidat qu’il a choisi pour le poste de premier ministre: un haut fonctionnaire de l’ONU proche de l’ancien président américain Bill Clinton, qui a déjà obtenu l’approbation de l’Assemblée nationale.
M. Martelly estime que l’expérience de Garry Conille à l’ONU et avec M. Clinton lui permettra de bien assumer ses nouvelles responsabilités.
Le président a indiqué que Bill Clinton, envoyé spécial des Nations unies en Haïti, l’avait prévenu que certaines personnes pourraient questionner son choix à cause des liens de M. Conille avec l’ONU et les États-Unis. Mais M. Martelly pense que M. Conille est le meilleur candidat pour le poste.
Les députés haïtiens avaient rejeté les deux premiers candidats qu’il avait choisis pour assumer la fonction de premier ministre.

Georges Michel prône la formation d’une armée nationale pour accélérer le départ de la Minustah

L’historien Georges Michel affirme que le retrait de la Minustah pourra se concrétiser uniquement lorsqu’une nouvelle armée nationale aura été constituée. Il exhorte les acteurs à s’attaquer réellement au problème sécuritaire en mettant en place les forces armées d’Haïti prévues par la constitution.
S’insurgeant contre les politiques qui veulent confier à la police la tache de la défense nationale, M. Michel rappelle que la police, appelée a protéger les vies et les biens, ne pourra pas faire face à un soulèvement armé. Pour éviter un éventuel retour de la mission de maintien de la paix dans le futur, M. Michel préconise la constitution d’une armée moderne.
Il rejette les argumentaires des antimilitaristes pour qui Haïti n’a nullement besoin d’une force armée. Si une force armée n’est pas nécessaire que fait la Minustah dans le pays, rétorque l’historien.
Interrogé sur les ressources financières nécessaires pour une mobilisation des militaires, M. Michel révèle que des puissances étrangères sont disposées à apporter une assistance en la matière.
De plus, il recommande une meilleure gestion des recettes de l’Etat en vue de dégager des fonds nécessaires pour produire la sécurité. L’intégration de deux unités de la PNH, USGPN et les Gardes cotes, dans la nouvelle armée se fera sans effort financier. Georges Michel déplore que les gouvernements de Latortue et de Préval n’aient pas pris les engagements nécessaires en vue de créer un embryon de la nouvelle armée.
M. Michel et plusieurs autres spécialistes dénoncent le double langage de la communauté internationale qui veut maintenir une mission militaire et souhaite l’arrivée des investisseurs étrangers. La présence des casques bleus indique que les haïtiens ne peuvent pas garantir un climat sécuritaire, insiste M. Michel.

LLM / radio Métropole Haïti

Haïti – Éducation :

Le Fonds Happy Hearts et la BID ensemble pour soutenir l’éducation en Haïti

22/09/2011 13:24:27

Haïti - Éducation : Le Fonds Happy Hearts et la BID ensemble pour soutenir l'éducation en HaïtiLa Banque Interaméricaine de Développement (BID) et le Fonds Happy Hearts (HHF) ont conclu hier un protocole d’entente d’harmonisation des efforts, en support au Gouvernement d’Haïti pour reconstruire des écoles qui ont été affectés par le 12 Janvier, 2010, faisant ainsi un engagement à long terme et durables pour l’avenir du peuple haïtien. Cet engagement s’inscrit dans le Plan d’Éducation d’Haïti 2010-2015, qui vise à élargir l’accès à l’éducation pour tous les enfants haïtiens.
Avec ce protocole d’accord, HHF et la BID conviennent de soutenir la mise en œuvre du Plan d’Éducation d’Haïti 2010-2015, en particulier, les objectifs d’accès à l’éducation de base gratuite et à une qualité de l’apprentissage, qui auront besoin de la construction et de réhabilitation des infrastructures scolaires, la réduction du coût de l’éducation pour les ménages pauvres, et les opportunités de bénéficier de l’amélioration des environnements d’apprentissage et des méthodes.
"Ceux de nous qui travaillons dans le développement international savons tous trop bien que l’accès à l’éducation de qualité est primordiale pour le développement et l’avenir durable d’un pays" a déclaré Luis Alberto Moreno, Président de la BID. "La Banque Développement Interaméricaine est très fier de travailler avec le Fonds Happy Hearts sur les possibilités incroyables de soutenir les enfants d’Haïti à travers les projets d’éducation que nous allons développer et mettre en œuvre ensemble, en coordination avec le Gouvernement d’Haïti et en accord avec la stratégie d’éducation du gouvernement."
En particulier, HHF et la BID conviennent d’identifier et de co-financer des écoles en Haïti, en particulier dans les villes de Port-au-Prince, Léogâne et Jacmel. Ces zones ont été durement touchés par le tremblement de terre qui a posé de nombreux nouveaux défis à un pays déjà confronté à un chemin difficile vers le développement. HHF et la BID ont lancé leur partenariat en Septembre 2010, et ont depuis entrepris une mission conjointe en Haïti avec l’objectif de pré-évaluation des écoles qui ont besoins de réhabilitation ou de reconstruction complète.
Petra Nemcova, fondatrice et présidente du Fonds Happy Hearts a déclaré "J’ai un profond respect pour la puissance de l’éducation et nous avons vu de près comment les enfants, leurs familles et toute la communautés s’épanouissent autour d’une nouvelle école. Le Fonds Happy Hearts est fière de s’associer avec la Banque Interaméricaine de Développement et de soutenir le Gouvernement d’Haïti en apportant en retour un environnements d’apprentissage dynamique et sécuritaire aux enfants d’Haïti.
Le protocole d’accord a été signé hier à l’occasion de la réunion annuelle 2011 de la Clinton Global Initiative (CGI) qui a lieu à New York. Le Président de la BID Luis Alberto Moreno et Petra Nemcova, la fondatrice et présidente de HHF ont signé le protocole d’accord au nom de leurs organisations respectives, solidifiant officiellement leur partenariat.
La BID et la réforme de l’éducation haïtienne
La BID prévoit de verser 250 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir le plan. En outre, la BID a pour objectif de sensibiliser, mobiliser et lever 250 millions supplémentaire auprès des donateurs non traditionnels, tels que le Fonds Happy Hearts.
Avec des ressources d’une subvention de 50 millions de dollars que la BID a approuvé en Novembre 2010, Haïti reconstruit actuellement 30 écoles publiques, met en place 25 écoles semi-permanentes, offre une éducation gratuite à 35 000 enfants dans les écoles non publiques et des kits et manuels scolaires à 30.000 enfants supplémentaires, ainsi que le renforcement de la capacité du ministère de l’Éducation de mettre en œuvre son Plan. La portée de cette subvention de la BID a également été augmenté par plusieurs efforts de co-financement, notamment 20 millions de dollars canadien de l’ACDI, 10 millions de dollars provenant du Fonds de Reconstruction d’Haïti et 1 million de la Trinidad and Tobago First Citizen Bank.
A propos du Fonds Happy Hearts
Le Fonds Happy Hearts est une fondation sans but lucratif vouée à améliorer la vie des enfants grâce à des programmes éducatifs et durable dans les zones touché pas des phénomènes naturels majeurs. Globalement, HHF effectue des opérations dans neuf pays, dont Haïti, bénéficiant à plus de 34,330 enfants et 337,450 membres de la communauté.
HL/ HaïtiLibre

Haïti – Canada :

Déclaration à New-York du Ministre Bernard Valcourt au sujet d’Haïti

22/09/2011 12:14:35

 Haïti - Canada : Déclaration à New-York du Ministre Bernard Valcourt au sujet d’HaïtiDans son discours, à la réunion de concertation ministérielle informelle, de la Francophonie sur les transitions politiques majeures dans l’espace francophone, en marge de la 66ème Assemblée Générale de l’ONU, à New York, le Ministre d’État canadien Bernard Valcourt a déclaré concernant Haïti :
«…Nos gouvernements ont des responsabilités parce qu’ils prennent des engagements lors des sommets de la Francophonie. Faisant écho justement à ces engagements, le Canada est fier de soutenir Haïti en matière de démocratie, de bonne gouvernance et de développement comme en fait foi notre contribution de plus d’un milliard de dollars de 2006 à 2012. À titre d’exemple, le Canada finance des initiatives visant, entre autres, à accroître l’accès au système de justice en Haïti et à le renforcer ainsi qu’à soutenir les différents processus électoraux.
La situation politique actuelle et la faiblesse de l’état de droit dans ce pays nous préoccupent grandement. Notre engagement à poursuivre nos efforts en Haïti exige désormais d’accorder une plus grande importance à la volonté politique, à la bonne gouvernance et à la primauté du droit. Ces aspects sont essentiels à la réussite de tous les efforts, aussi bien ceux des Haïtiens que ceux de la communauté internationale.
À cet égard, nous soutenons fortement la toute récente proposition du Secrétaire général des Nations Unies de développer un pacte sur l’état de droit en Haïti afin de progresser durablement dans la reconstruction et le développement d’Haïti. »

HL/ HaïtiLibre

Michaëlle Jean a été parmi les invités à la réunion inaugurale du Conseil consultatif présidentiel

clip_image001L’ancienne Gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean, envoyée spéciale de l’UNESCO pour Haïti, a pris part, le 21 septembre dernier à la réunion inaugurale du Conseil consultatif présidentiel pour le développement économique et l’investissement, créé par le, président, Michel Martelly.
La rencontre a eu lieu à l’hôtel Palace de New York, en présence des membres du conseil consultatif regroupant 32 personnalités éminentes du milieu des affaires et du monde politique, dont l’influence dépasse leur sphère d’activité et transcende les frontières.
Parmi elles figurent : William Jefferson Clinton, ancien président des États-Unis et Envoyé spécial de l’ONU pour Haïti; Jose Maria Aznar, ancien premier ministre de l’Espagne; Dennis O’Brien, propriétaire de Digicel; Adam Goldstein, président-directeur général des lignes Royal Caribbean; et Manuel Grullon, président de Banco Popular.
Le Conseil consultatif fera valoir tout le potentiel qu’Haïti offre aux investisseurs afin que le pays se relève du dévastateur tremblement de terre de janvier 2010 et délaisse pour de bon l’aide internationale sur laquelle il a trop longtemps compté et qui n’a rien produit de pérenne.
« Le temps est venu pour Haïti de renoncer à la logique d’assistanat, de dépendance et de quasi-tutelle qui a régné sur ce pays pendant des décennies, a déclaré Madame Jean, pour se tourner vers une nouvelle logique d’investissement, de partenariat et de réalisations. »
« L’avenir d’Haïti, a ajouté l’Envoyée spéciale de l’UNESCO, doit passer par des investissements soutenus pour renforcer les ressources humaines, accroître les capacités de gouvernance, enrichir les connaissances et le savoir-faire, contribuer à l’autonomisation de la société civile et, bien entendu, permettre la création de conditions favorables au développement de l’économie nationale. »
Les membres du Conseil consultatif prodigueront au gouvernement haïtien leurs conseils, que ce soit en matière de réformes sociales, juridiques ou réglementaires et l’épauleront dans ses démarches pour dynamiser son économie et assurer aux Haïtiennes et aux Haïtiens une vie plus prospère. Mais ils ne rateront aucune occasion de répéter partout sur leur passage qu’Haïti a beaucoup à offrir et qu’elle est disposée à créer les conditions favorables à l’investissement.
EJ/Radio Métropole Haïti

La couleur de l’aube – Yanick Lahens

Par Alice-Ange le vendredi 23 septembre 2011

La couleur de l'aubeJoyeuse est une pulpeuse gamine de 23 ans qui a une foi inébranlable dans son rouge à lèvres, ses seins et ses fesses. Angélique, sa sœur ainée, est la sage, la mère sacrifiée, la fille soumise, la sœur exemplaire dévouée à ses malades à l’hôpital. Et leur Mère préfère ne pas s’acheter des vêtements ou de la nourriture plutôt que de ne pas honorer sa grande famille de Dieux africains.

Récit à deux voix – les deux sœurs – , La couleur de l’aube concentre, chacune avec sa tonalité, l’angoisse quotidienne qui sourd dans la ville de Port-au-Prince. A elles deux, Angélique et Joyeuse forment les deux faces d’une même réalité. A deux voix, elles dessinent un portrait de Fignolé, leur frère qui n’est pas rentré de la nuit. Fignolé qui n’a jamais accepté d’être embrigadé par aucun dogme, aucun uniforme, aucune doctrine. Fignolé qui se trouve incapable de s’inscrire dans la vie. Fignolé qui traîne aujourd’hui un désespoir qui lui brûle le sang. Et Fignolé que personne n’a vu depuis la veille.

Elles ont juste une journée. Une journée pour enquêter et essayer de retrouver une trace de leur frère musicien, enragé contre le parti des Démunis, qui s’est retourné contre ses supporters.

Joyeuse, qui travaille comme vendeuse dans une boutique de luxe, est dans l’attente : D’un homme. Un seul. Un homme ordinaire. Un homme, vœu de mes jours. Envie de mes nuits. Un homme qui mange ma vie. Un homme tapi dans la longueur de mes hanches. Un homme dont l’absence descend en pente douce jusqu’au haut de nos cuisses. Sensuelle, elle pense qu’elle a des fesses à emballer tous les trottoirs. Elle n’a pas le temps, elle avale la vie par les deux bouts, mais pour la première fois elle a vraiment peur pour son frère.

Angélique, pendant ce temps s’abstrait dans la religion et fréquente notamment les Pentecôtistes, sous la férule du célère Pasteur Jeantilus qui harangue les foules et fait chanter ses ouailles. Au cours du récit elle lèvera le voile sur la naissance de Gabriel, son fils, dans un moment d’abandon.

Et leur mère qui, quelques mois après la naissance de Fignolé, retrouva sa condition de femme sans être obligée de vivre avec un homme au quotidien est celle qui tient l’édifice de la famille à bout de bras.

Mère eut un mari, beaucoup d’amants, mais aucun homme ne la posséda. Il ne lui apprirent pas grand-chose hormis certains gestes au lit. Ne lui donnèrent rien à part quelques dollars. Mère n’est pas femme à acheter la paix d’une maison en vendant son âme.

Il y a aussi John, l’Américain humanitaire, qui a choisi la famille de Fignolé pour faire son œuvre charitable, Venu se défaire de son ennui de gosse de riche en semant la pagaille chez les pauvres qu’il admire comme d’étranges animaux debout sur deux pattes. John, dont Angélique dit que : c’est tellement facile d’être gentil et bon et d’inventer des histoires de livres et de cinéma. John a un avenir. Nous n’en avons pas. Il y a des gens riches. D’autres pauvres. Nous serons toujours pauvres. John toujours riche. John n’est pas des nôtres et ne le sera jamais.
Concentré sur une seule journée qui commence tôt le matin et va s’achever très tard dans la nuit, les trois femmes tentent d’occulter l’angoisse qui monte au fur et à mesure de la journée. Pourtant dès le matin à la radio, elles ont entendu qu’une émeute a eu lieu la veille au soir contre le gouvernement en place …

Et puis il y a surtout Port-au-Prince. Haïti vit la violence quotidienne à l’image de cette scène que vit Joyeuse où un étudiant, blessé à mort m’a fixée de ses yeux révulsés. Celui qui l’a tué était debout, en face de moi. En guenilles, ensauvagé jusqu’à la moelle, il avait à peine seize ans : sans passé, sans avenir, sans parenté, une nature à nu, une plaie frottée à sang.

Un style précis, condensé, qui évoque celui de William Faulkner à qui Yannick Lahens a consacré un essai. Une écriture sensuelle, sensible, poétique qui vous enveloppe comme une mélopée envoutante. Un récit poignant, vécu en « vingt quatre heures chrono », où l’auteur réussit le tour de force de ne jamais s’apitoyer sur le sort de ses personnages, qui courent tous pourtant tout droit vers le désastre.

Alice-Ange

Extrait :

Contrairement à Angélique, Mère n’a jamais rien attendu de personne. Elle a répondu au malheur au coup par coup, l’encerclant quelquefois comme pour l’étreindre. La vie d’Angélique est un fruit dont elle aurait mangé la meilleure portion sans même s’en apercevoir, sans même en goûter le jus. Ceux qui l’approchent sont conduits à éprouver à son endroit une indulgence tiède qui ne débouche jamais sur une relation profonde et durable. Quelque part en elle est gravé ce signe qui distingue les perdants et qui finit par les isoler irrémédiablement de l’autre partie de l’humanité. Angélique est morte de cette mort lente que connaissaient les réprouvés. Angélique a attendu et n’a pas eu ce qu’elle espérait. Comme beaucoup de femmes, Angélique espérait tout et puisque ce tout n’est jamais arrivé, elle l’a perdu sur une seule mise. Attendre ce que l’on peut avoir et se rendre compte trop tard que l’on ne l’aura jamais fait une vie coulée dans un étroit moule de tristesse, une vie de vaincue. Mère est épuisée mais pas vaincue. « L’épuisement fait courber l’échine mais la défaite n’est pas belle. » Du jour où j’ai compris que quelque chose faisait tourner le monde contre moi et tous ceux qui me ressemblent, j’ai choisi de devenir l’exacte opposée d’une vaincue, la face contraire de l’épuisée.

La couleur de l'aube
La couleur de l’aube de Yanick Lahens – Éditions Sabine Wespieser – 224 pages

 

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