mardi 04 octobre 2011

4 Oct

Rentrée scolaire « historique » pour Martelly

03/10/2011 21:57:00 Auteur(e) La Redaction

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Le président Martelly a qualifié, ce lundi, d’ « historique » cette rentrée scolaire qui prévoit notamment d’intégrer plus de 100.000 nouveaux élèves, selon des chiffres de la Présidence, dans le système scolaire haïtien.

Lors d’une cérémonie le 3 octobre à l’école nationale de Tabarre, le Chef de l’état a qualifié d’ « historique » cette entrée scolaire dans le sens que, d’après lui, « la scolarisation universelle prônée par l’article 32.1 et 32.2 de la Constitution de 1987 est devenue une réalité ».
La cérémonie d’ouverture officielle des classes s’est déroulée en présence de la Présidence, du ministère de l’éducation nationale avec la participation de L’Unicef et le programme alimentaire mondial (PAM).
M. Martelly a soutenu qu’il ne va pas s’arrêter là et promet d’envoyer tous les enfants à l’école peu à peu jusqu’au terme de son mandat. Il encourage les enfants à faire preuve d’assiduité à l’école pour encourager le pouvoir public  dans son programme d’éducation pour tous.
Le ministre sortant de l’éducation nationale Joël Desrosiers Jean-Pierre a lui aussi fait savoir qu’il s’agit d’un moment particulier. M. Jean Pierre a salué l’initiative du Président Martelly qui, selon lui, aura un impact important dans le Programme d’éducation universelle.
Par ailleurs,  selon la représentante de l’Unicef en Haïti Françoise Gruloos-Ackermans, près de 750.000 enfants et 15. 000 enseignants ont reçu des fournitures scolaires de la part de L’Unicef. Près de 2.500 écoles recevront un soutien de l’Unicef, a précisé Mme Françoise Gruloos-Ackermans qui assure son soutien au Président Martelly dans son Programme d’éducation gratuite.
De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM)  promet avec ses partenaires un plat chaud quotidiennement à 1.9 millions d’enfants. Le PAM promet à lui seul de nourrir 1.1 millions d’écoliers repartis dans l’ensemble du pays.

Selon la représentante de PAM à la cérémonie, Myrta Kaulard, cette nourriture va permettre aux enfants de travailler mieux et ainsi soulager les familles ne disposant pas de grands moyens.
Par ailleurs, la présidence entend « scolariser » plus de 700 000 enfants sur le territoire national à travers son programme d’éducation gratuite. Ce chiffre prend en compte des élevés déjà scolarisés dans le système public ou qui vont y être introduits. Il s’agira de payer les frais d’inscription annuel de ces écoliers qui est de100 gdes (3 dollars US).
Il prend aussi en compte des enfants qui bénéficiaient auparavant d’un programme de subvention scolaire.

Le programme d’éducation gratuite s’applique à 8 des dix départements du pays (l’Ouest et l’Artibonite n’y sont pas encore inclus). Il vise des enfants de 6 à 12 ans.
Wilner Jean Louis
jnlouis2010@yahoo.fr
HPN

Rentrée scolaire : Faible mobilisation des élèves

03/10/2011 21:31:00 Auteur(e) La Redaction

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"Un grand jour pour Haiti", a résumé le chef de l’Etat en dépit de l’affluence dérisoire constatée dans les sallles de classe à l’occasion du premier jour officiel de la nouvelle année académique, pourtant placé au centre d’une grande propagande médiatique

Les écoliers en uniforme étaient très peu nombreux lundi dans les rues de Port-au-Prince et divers établissements fonctionnaient avec un effectif réduit, ceci malgré le battage médiatique orchestré par les autorités autour de la scolarisation universelle gratuite dont le President Michel Martelly a fait l’un des grands enjeux de son quinquennat.

"Aujourd’hui est un grand jour pour Haiti", s’est quand même exclamé le chef de l’Etat en procédant dans la matinée à l’école nationale de Tabarre (banlieue nord de la capitale) au lancement officiel de l’année académique 2011-2012.

Il s’est enorgueilli d’avoir pu envoyer 772.000 jeunes à l’ecole et mettre pour la première fois l’article 32 de la constitution qui stipule que l’instruction primaire est obligatoire et gratuite.

Cependant, loin de repondre aux attentes du pouvoir qui a annonce en grande pompe que plusieurs centaines de milliers -dont 140.000 enfants pour la premiere fois- iront cette annee a l’ecole aux frais de la republique, la tres faible mobilisation des eleves risquait de refleter durablement l’extreme gravite des conditions socio-economiques de la grande majorite des parents et l’impossibilite de resoudre, a travers une simple politique de subvention, le probleme de l’acces a l’education en Haiti.

Dimanche, une emission realisee en direct du Palais National (siege de la presidence) sur les mesures adoptees a l’occasion de la rentree des classes a mobilise pendant plusieurs heures la quasi-totalite des chaines de television de la capitale.

En outre, la Televison Nationale n’a cesse de diffuser en boucle un spot enregistre par Michel Martelly lui-meme et dans lequel il explique que les autobus de la compagnie Dignite vont assurer gratuitement le transport des ecoliers en uniforme, pendant toute l’annee. spp/Radio Kiskeya

Garry Conille devrait être fixé sur son sort ce mardi au Grand Corps

lundi 03 octobre 2011 à 17:15

La séance de ratification du choix du prétendant à la Primature, Garry Conille, est reportée à demain mardi 11 heures, a informé le président du sénat de la République.

Les copies du rapport de la commission, laisse entendre, Rodolphe Joasile, n’ont pas été acheminées à temps aux pairs conscrits, insinuant que ses collègues du G16 (groupe majoritaire au Sénat) ne parviennent  toujours pas à adopter la position commune promise suite à la ratification de Garry Conille  à la Chambre basse.

Notons que les membres de cette majorité ont une  nouvelle fois,  ce lundi, rencontré le premier ministre désigné sur la question du partage des responsabilités.

Haïti – Reconstruction :

Visite d’Heraldo Muñoz à Port-au-Prince

03/10/2011 16:05:31

Haïti - Reconstruction : Visite d’Heraldo Muñoz à Port-au-PrinceLa semaine dernière Heraldo Muñoz, Directeur régional du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), s’est rendu sur plusieurs sites de projets à travers Port-au-Prince afin de prendre acte des progrès atteints et envisager la potentialité de projets à venir pour une Haïti nouvelle.
À Morne à Tuff, quartier commercial du centre-ville où a lieu une opération de démolition des bâtiments rouges (endommagés et inhabitables). Le Directeur régional a pu mesurer la difficulté d’accès à certaines parties de la ville et la proximité des commerces et habitants du site de démolition.
La visite s’est poursuivie à St Gérard où les partenaires du projet ont monté un atelier de production de matériaux en béton dont la particularité est d’utiliser des débris comme matière première. Heraldo Muñoz a pu observer les différentes techniques développées pour produire des pavés et des tuiles ainsi que les agrégats tels que le sable et les graviers. Cet atelier prévoit également de fournir des formations sur les techniques de production de matériaux et sur les notions de base de gestion et de création de micro-entreprises.
« Je suis fier de voir que ce projet, qui réunit les autorités locales, les habitants des quartiers et les ONG, permette de renforcer la capacité technique des micro-entreprises, d’encourager la création d’activités génératrices d’emplois tout en dégageant 4 millions de mètres cube des rues de Port-au-Prince, en gardant les Haïtiens et leurs communautés au centre des efforts de reconstruction. »
La mission de M. Muñoz s’est terminée par une rencontre avec le Président Michel Martelly. Les deux hommes ont notamment discuté de l’importance de la reconstruction, du renforcement de l’État de droit et de l’appui au renforcement des capacités de l’état. Muñoz a déclaré « Les engagements du gouvernement en vue d’atteindre des cibles précises et d’engager des réformes concrètes doivent se traduire par un appui international décidé, tant du point de vue politique que financier […] le PNUD, les Nations Unies et la coopération internationale ne peuvent être et n’ont jamais été le moteur du développement d’un pays. La communauté internationale peut cependant représenter un catalyseur des efforts des Haïtiennes et des Haïtiens. »
HL/ HaïtiLibre

L’édito

Cour de Cassation: La balle n’est-elle pas dans le camp des sénateurs ?

Pour la septième année consécutive, Me Georges Moïse, vice-président de la Cour de cassation, a procédé ce premier lundi d’octobre à la réouverture traditionnelle des travaux judiciaires, conformément à la loi. Ce magistrat dévoué et dynamique n’a cessé depuis plusieurs années de dénoncer dans ses prises de position les mauvaises conditions de travail des magistrats et la nonchalance du pouvoir exécutif et du Sénat de la République dans la nomination du président et des juges de la plus haute instance de décision judiciaire du pays.
La Cour de cassation qui fonctionne en deux sections réunies avec six juges chacune ne dispose que de six magistrats sur douze. Nommé vice-président de cette Cour en 2005 à la suite du décès de Georges Henri à ce poste, Georges Moïse remplit les fonctions de vice-président et de président par intérim depuis lors. Ce malaise à la Cour de cassation remonte à mars 2004, date à laquelle Me Boniface Alexandre a été investi président provisoire de la République, conformément à l’article 149 de la Constitution, après le départ forcé pour l’exil de Jean-Bertrand Aristide. Croyant pouvoir retourner dans ses fonctions de président de la Cour de cassation après les élections générales, comme le lui avaient promis la plupart des candidats à la magistrature suprême, Boniface Alexandre n’avait jamais voulu y nommer un président. Tout porte à croire que René Préval était sur la liste des candidats qui avaient fait cette promesse au président provisoire. Il semblerait que le climat qui prévalait à l’investiture de René Préval comme président élu le 14 mai 2006 n’était pas favorable au retour de Boniface Alexandre comme président de la Cour de cassation. C’est peut être dans cette optique que l’homme de Marmelade n’avait pas pourvu la Cour de cassation d’un président pendant les cinq années de sa présidence.
En dépit des démarches entreprises par différents gouvernements qui se sont succédé sous la présidence de René Préval pour rendre effective la réforme judiciaire, avec le vote de plusieurs lois dont celle portant création du Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire (CSPJ), aucun pas n’a été franchi dans la mise en place de cette institution, car le président de la Cour de cassation est d’office président du CSPJ.
Combien de temps le Sénat va-t-il mettre pour choisir de nouvelles personnalités à la suite de la décision du président Michel Martelly de retourner la liste soumise par le Sénat sur laquelle figure les noms des candidats n’ayant pas satisfait aux exigences de la loi sur l’organisation judiciaire. Bref, des candidats au passé douteux.
La balle n’est-elle pas dans le camp des sénateurs ?
Lemoine Bonneau
bonneau@lenouvelliste.com

Martelly agresse un journaliste de Scoop FM

03/10/2011

Un journaliste de la radio Scoop FM d’Haïti qui voudrait avoir des renseignements sur le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), a été agressé verbalement par le président Michel Martelly. WPC/LM

Nouveau dérapage du président Martelly, l’AJH exige des excuses publiques

« Je ne pensais pas que le président Martelly allait injurier ma mère et moi à travers elle », a confié Germain Etienne, jeune reporter à Radio Scoop FM, quelques heures après avoir fait son travail : poser des questions afin de trouver des réponses pour le public.
L’insistance du journaliste à demander en deux occasions au chef de l’Etat s’il allait honorer sa promesse concernant le CSPJ et aussi à souligner que la question d’une journaliste étrangère a été satisfaite et non la sienne a irrité le président, sorti de ses gonds : « Pa fè sa, map menm joure manman w wi ».
L’AJH exige des excuses publiques
« L’AJH exige des excuses publiques du président Michel Joseph Martelly qui a eu un autre écart de langage», a indiqué Jacques Desrosiers, secrétaire général de l’Association des journalistes haïtiens.
L’AJH, a souligné Jacques Desrosiers, est « inquiète » et souhaite vivement que le président de la République clarifie ses positions par rapport à la liberté de la presse et le droit des journalistes d’effectuer leur travail correctement.
Le président de la République participait à une cérémonie à Tabarre à l’occasion du premier jour de classe, lundi 3 octobre.
Le président Martelly avait promis lors d’une conférence de presse à son retour de New York qu’il était optimiste quant à la désignation avant le 3 octobre des six juges pour compléter la Cour de cassation, de laquelle sortira le président du Conseil supérieur du pouvoir judicaire. Il avait aussi annoncé avoir renvoyé la liste des 18 candidats pour six postes vacants. Il y a des gens dont les noms ne devaient pas être sur cette liste, avait-t-il indiqué.
Roberson Alphonse

À propos de l’article des professeurs Larèche et Charles, "Garry Conille : haut fonctionnaire public international "

La désignation du docteur Garry Conille à la fonction de Premier ministre ainsi que la ratification de ce choix par la Chambre des députés ont fait couler beaucoup d’encre dans le pays en raison de son statut de fonctionnaire international. L’article 157 de la Constitution haïtienne de 1987 subordonne la nomination d’un Premier ministre à la réunion par le candidat à cette fonction d’un ensemble de conditions.
Alors que les auteurs de cet article paru dans Le Nouvelliste du 29 septembre 2011 se sont efforcés de montrer que l’intéressé satisfait au critère de résidence notamment, à la lumière des règles et des principes du droit international public et du droit constitutionnel, les lignes qui suivent insisteront sur le fait que seuls les chefs et membres des missions diplomatiques d’Haïti auprès d’Etats ou d’organisations internationales – contrairement aux fonctionnaires internationaux et aux hauts fonctionnaires internationaux – peuvent se prévaloir du statut de résidents en Haïti. La démarche qui sera suivie consistera à reproduire ici en italique les paragraphes qui posent problème et à les analyser ensuite.
D’abord, on lit : En fait, les expressions « diplomatie multilatérale et fonctionnaire public international » sont apparues dans l’histoire diplomatique avec la création de la première organisation internationale à vocation universelle, la Société des Nations. Non et non. Éclatée en 1939 à l’occasion de la Seconde Guerre mondiale, la SDN sera remplacée par l’Organisation des Nations unies aussitôt après le conflit, en vertu de la Charte de San Francisco adoptée en 1945 et révisée le 24 octobre 2005. Cette dernière est constituée d’organes principaux, subsidiaires et d’institutions spécialisées. ? Elle dispose naturellement des ressources humaines nécessaires, appelées à agir en son nom et pour son compte. Car, pour toutes les organisations internationales, il s’agit d’assurer la permanence de leur mission et de maintenir leur indépendance par rapport aux États. La fonction publique internationale est donc née.
Certaines inexactitudes doivent être relevées dans le paragraphe ci-dessus. Les institutions spécialisées sont indépendantes mais sont reliées à l’ONU par des accords. Certaines d’entre elles sont même préexistantes à l’ONU. C’est le cas de l’Organisation internationale de l’Aviation civile (OACI) créée à la Conférence de Chicago en 1944. Néanmoins, qu’elles soient créées avant ou après l’adoption de la Charte de San Francisco de 1945, les institutions spécialisées sont groupées dans la famille des Nations unies et sont destinées à revivifier la coopération technique dans tous les domaines.
En outre, les auteurs de l’article n’ont pas pris le soin de faire ressortir la différence entre les organes pléniers et restreints de l’ONU composés des représentants des Etats membres et du Secrétariat général organe permanent composé des fonctionnaires internationaux, chargé d’assurer le fonctionnement continu de l’organisation.
La question de la diplomatie multilatérale
En ce qui a trait à la diplomatie multilatérale, il est à observer que ces auteurs ont passé sous silence la naissance des premières organisations internationales (OI). Au début du 19e siècle, les Etats européens s’étaient évertués à institutionnaliser le multilatéralisme à travers la création des Commissions fluviales du Rhin de 1831 et du Danube en 1856. Par la suite, d’autres organisations internationales furent créées. Il s’agissait, entre autres, de l’Union télégraphique internationale en 1865, du Bureau international des Poids et Mesures en 1875, de l’Union postale universelle en 1878.
Avec la multiplication des OI, les Etats ont mis à leur disposition des instruments pour favoriser l’efficacité de leur diplomatie à l’échelon régional ou mondial. Ce faisant, ils ont renforcé le multilatéralisme. Dans le cas des Nations unies, la diplomatie multilatérale concerne essentiellement les organes pléniers et restreints. Les États membres y conservent l’initiative de l’action car leurs représentants doivent agir suivant les instructions de leurs gouvernements respectifs et chercher à définir une position commune. C’est à ce moment qu’intervient le Secrétariat général, organe permanent animé par des agents internationaux pour assurer le suivi des décisions prises par les représentants des Etats. Le Secrétariat de l’ONU est donc au service des organes pléniers et /ou restreints.
Étant donné que les hauts fonctionnaires de l’ONU exercent, en fait, une véritable fonction diplomatique, on considère qu’ils ont le statut diplomatique. Néanmoins, la Charte de l’ONU, à l’article 100, insiste sur l’indépendance de tous les fonctionnaires internationaux de l’ONU. Ce qui se comprend aisément, vu qu’ils ne représentent pas leur pays.
Plus loin, on relève : Bien entendu, le statut de haut fonctionnaire international confère au bénéficiaire un ensemble de privilèges et d’immunités clairement définis par la doctrine du droit international public et les conventions de l’ONU. En effet, l’auteur du « Droit des relations internationales » précise : « Pour remplir ses missions, le personnel d’une Organisation internationale dispose des privilèges et immunités reconnus aux diplomates ». Selon lui, il ne fait aucun doute que le haut fonctionnaire international bénéficie du rang de diplomate. Il s’agit toutefois de diplomatie multilatérale ; c’est-a-dire, la représentation d’une Organisation internationale auprès d’un État ou inversement. La convention de l’ONU sur les privilèges et immunités du13 février 1946 conforte d’ailleurs M. Blachèr dans sa prise de position.
Il y a lieu d’appeler l’attention des auteurs de cet article citant Blachèr qu’au regard de l’article 19 de la convention de l’ONU sur les privilèges et immunités des Nations unies du 13 février 1946, il n’y a que les très hauts fonctionnaires internationaux que sont les Sous-secrétaires généraux et le Secrétaire général qui jouissent des privilèges et immunités analogues aux envoyés diplomatiques. Il faut ajouter dans cette catégorie les Secrétaires généraux adjoints, postes créés par le troisième Secrétaire général des Nations unies, U Thant et le poste de Vice-secrétaire général créé en 1997 par Kofi Annan. Les autres fonctionnaires ne sont pas couverts pour les actes de la vie privée car ils « jouiront de l’immunité de juridiction pour les actes accomplis par eux en leur qualité officielle » (art. 18a de cette convention). Or, tantôt les signataires se réfèrent aux fonctionnaires, tantôt ils font état de hauts fonctionnaires.
Des spécialistes de la fonction publique internationale ont mis l’emphase sur le caractère dérogatoire du statut des très hauts fonctionnaires de l’ONU, particulièrement dans les conditions d’exercice de leurs fonctions. C’est le cas d’Alain Plantey, dans Droit et pratique de la fonction publique internationale, Paris, CNRS, 1977, paragr. 443, du doyen Mario Bettati, membre de la fonction publique internationale et professeur de droit international à l’Université Paris II- Panthéon Assas, qui a commenté l’article 97 de la Charte des Nations unies dans l’édition de 2005 sous la direction des professeurs Jean-Pierre Cot et Alain Pellet et du professeur émérite David Ruzié, dans son commentaire de l’article 100 de cette même édition.
Les auteurs poursuivent : Le manuel de Droit diplomatique de Jean Salmon explique : « Outre les privilèges et immunités prévus aux sections 19 et 20 de la convention sur les privilèges et immunités adoptée le 13 Février 1946 par l’Assemblée générale des Nations unies, le directeur général de chaque institution spécialisée, ainsi que tout fonctionnaire agissant au nom du Secrétaire général en son absence, tant en ce qui le concerne qu’en ce qui concerne ses conjoints et ses enfants mineurs, jouira des privilèges, immunités, exemptions et facilités accordés, conformément au droit international, aux envoyés diplomatiques ».
S’il est établi dans sa lettre de nomination ou dans celle de sa promotion que le poste du docteur Garry Conille au Niger était classé hors échelle, il n’y a aucun doute qu’il est un haut fonctionnaire de l’ONU. Il a donc le statut diplomatique.
Toutefois, un fonctionnaire international ou un haut fonctionnaire international de l’ONU (donc avec statut de diplomate) de nationalité haïtienne ne remplit pas la condition de résidence exigée à l’article 157 de la Constitution de 1987 qui oblige tout candidat à la fonction de Premier ministre de résider « dans le pays depuis cinq années consécutives ». Le constituant avait à l’esprit l’idée que ce candidat ne devait pas être coupé de la réalité politique et socioéconomique du pays pour pouvoir s’attaquer efficacement aux problèmes y relatifs.
Puis les signataires déclarent :« D’autre part, la même convention sur les privilèges et immunités de février 1946 accorde aux hauts fonctionnaires des Nations unies le privilège de l’exemption d’impôts. Laquelle exemption n’est cependant pas complète. Ils ne sont pas exempts des impôts indirects, des droits de succession, des impôts et taxes sur les revenus privés et sur les biens meubles privés situés sur le territoire de l’Etat accréditaire, selon la convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques».
Les signataires de cet article passent de la convention sur les privilèges et immunités des Nations unies du 13 Février 1946 à celle de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. La descente est brutale car cette dernière, à l’article premier, définit les expressions « chef de mission », « membres de la mission », « membres du personnel diplomatique », « agent diplomatique » notamment. Il est donc évident qu’elle ne régit pas les fonctionnaires et les hauts fonctionnaires de l’ONU car il n’y est fait allusion dans aucune de ses dispositions.
Et les auteurs de l’article de conclure : « Tout compte fait, les privilèges et immunités reconnus en diplomatie bilatérale et multilatérale ne diffèrent en rien. Les hauts fonctionnaires internationaux sont donc fondés à se réclamer notamment de l’exemption d’impôts et du droit à l’extraterritorialité ; c’est-a-dire, le prolongement du territoire national dans n’importe quel pays hôte. Ce qui, dans le cas d’espèce en discussion ces derniers temps, tend à conférer au docteur Garry Conille la qualité qu’exige le poste politique où il est appelé actuellement. Compte tenu de son statut de haut fonctionnaire international de niveau D-1.
Il est à souligner à l’attention de ces deux professeurs que les privilèges et immunités dont tous les fonctionnaires internationaux jouissent sur le territoire des Etats membres « leur sont nécessaires pour exercer en toute indépendance leurs fonctions en rapport avec l’organisation » (Art.105, paragraphe 2 de la Charte), 2e considérant et article 2, section 14 de la convention de 1946 sur les privilèges et immunités des Nations unies et article 1.1f du statut du personnel de l’ONU, révisé en 2009). Ces privilèges et immunités s’inspirent largement de ceux qui sont accordés aux diplomates. Cependant, cela n’implique nullement que les fonctionnaires internationaux de l’ONU représentent leurs Etats. Le caractère exclusivement international des responsabilités du Secrétariat que consacrent expressément l’article 100 de la Charte et l’article 1.2 du Statut du personnel serait mis à mal.
Ces privilèges et immunités s’expliquent donc par les nécessités fonctionnelles et n’ont rien à voir avec la fiction juridique d’extraterritorialité. D’ailleurs, celle-ci n’a pas cours dans l’ordre juridique international puisque la convention de Vienne du 18 avril 1961 sur les relations diplomatiques justifie l’existence de ces privilèges et immunités par le caractère représentatif des agents diplomatiques et de la mission diplomatique et par les nécessités fonctionnelles. À preuve, le préambule de cette convention affirme que: « (…) le but desdits privilèges et immunités est non pas d’avantager les individus mais d’assurer l’accomplissement efficace des fonctions des missions diplomatiques en tant que représentants des Etats ».
Même dans l’hypothèse où le docteur Conille aurait le statut diplomatique, comment pourrait-il prétendre représenter Haïti, membre des Nations unies, puisque celles-ci, comme toute Organisation internationale, ne disposent pas de territoire. Pour déployer leurs activités sur le territoire des Etats membres, des accords de siège doivent être conclus. Par quelle esquive juridique peut-on faire comprendre aux juristes internationalistes et même à l’esprit le moins perspicace que le Niger où le docteur Conille travaillait à titre personnel pour les Nations unies était regardé comme le prolongement du territoire haïtien ?
De ce qui précède, il ressort clairement que le docteur Conille représentait au Niger non pas Haïti – avec laquelle il n’avait rien à voir – mais l’ONU devant laquelle il était responsable. Par conséquent, il n’a pas résidé en Haïti depuis cinq années consécutives comme le requiert l’article 157 de la Constitution. Ce qui est différent des chefs et membres des missions diplomatiques d’Haïti auprès de l’ONU qui doivent recevoir continuellement des directives de la part de leur gouvernement. Pour savoir si les fonctionnaires ou les hauts fonctionnaires internationaux de l’ONU satisfont à certaines conditions pour occuper des fonctions publiques dans les Etats dont ils sont les ressortissants, il faut se référer aux Constitutions de ces Etats.
Fritz Robert St Paul
Professeur de droit international public et
de droit constitutionnel à l’UEH
frstpaul20@hotmail.com

Martelly aurait-il un enfant adultérin ?

Le jeune Patric Alfredo Martelly Garó

Le jeune Patric Alfredo Martelly Garó, résidant en République dominicaine, lors d’une interview exclusive accordée à La Republica – une section du journal dominicain Listin Diario, affirme qu’il serait le fils du président de la République d’Haïti, Michel Joseph Martelly qui ne l’a pas officiellement reconnu. Ce dernier, qui ne sait ni lire ni écrire, voudrait que le chef de l’Etat fasse le test d’ADN pour pouvoir confirmer les dires de sa défunte mère, Magdalena Garó, de nationalité dominicaine.
Âgé de 21 ans, le jeune Patric Alfredo Martelly Garó, qui vit aujourd’hui dans le quartier de « Los Cocos de Enriquillo » (Sud), serait né d’une liaison entre Michel Martelly, quand il était musicien, avec une jeune dominicaine, décédée peu après avoir emmené son fils, âgé de 5 ans, en République voisine.
Toujours selon le quotidien dominicain, peu de temps après le décès de la mère du petit Martelly, une femme nommée Marie Gué, qui serait une amie du musicien de Sweet Micky, s’était rendue en République dominicaine à la recherche de l’enfant.
Patric Alfredo Martelly Garó aurait en sa possession un document d’identification où il est mentionné qu’il est né en Haïti le 9 février 1990, de père musicien et son nom de famille est Martelly. Sachant que son père présumé est le président d’Haïti, le jeune Martelly souhaite avoir son aide pour pouvoir entamer des études. Interrogé sur ce qu’il attend du président Martelly, il répond: « Qu’il vienne se soumettre à un test d’ADN. Ce qui m’intéresse, c’est confirmer ce que ma mère a toujours répété et cela, bien avant que Martelly devienne président d’Haïti ».
Arrivé en République dominicaine en 1995 avec sa demi-soeur, le jeune Patric Alfredo Martelly Garó vit actuellement dans une modeste maison à los Cocos-Enriquillo, dans le sud de la République dominicaine, non loin de Barahona, où vit également Heriberto Mendez, un ancien maire dont la famille avait accueilli l’enfant en dépit du refus de sa grand-mère Carmen Feliz Samboy et d’autres parents.
Amos Cincir avec Listin Diario
mcincir@lenouvelliste.com

Dix (10) stratégies pour l’atteinte de l’objectif de la gratuité de l’enseignement en Haïti

Yves Roblin

Pour matérialiser le projet de gratuité de l’enseignement au niveau des deux cycles de l’Ecole fondamentale prôné par M. Joseph Michel MARTELLY bien avant son accession à la magistrature suprême de l’Etat haïtien, nous proposons comme contribution citoyenne, dix (10) stratégies comme la conversion du service de la dette au profit de l’éducation de base comme source de financement, le dépistage des enfants non scolarisés y compris les enfants de rue et des handicapés, un repas chaud aux enfants, une allocation aux parents d’élèves pauvres pour compenser les coûts d’opportunité, une réingénierie du ministère de l’Education pour une gouvernance plus transparente, un programme de subvention pour les écoles, un partage de compétences avec les collectivités territoriales, etc.
Le Président Michel Joseph MARTELLY a pris comme cheval de bataille, lors des dernières joutes électorales et desquelles d’ailleurs, il est sorti vainqueur avec un score appréciable, la gratuité de l’enseignement selon les prescrits de la constitution haïtienne de 1987 et le Cadre d’action de Dakar de l’année 2000, véritable feuille de route pour l’Education pour Tous (EPT). Cette politique prônée par l’équipe au pouvoir est en congruence avec l’objectif de l’EPT ou la scolarisation universelle selon lequel toute la cohorte d’enfants en âge scolaire devrait être en 1ère année de l’école fondamentale à un horizon pas trop lointain. Il faut dire en passant que c’est pour la première fois dans l’histoire de ce pays qu’un Président de la République, voulant honorer ses promesses de campagne, se soit penché avec assez de détermination sur la gratuité de l’enseignement. En ce sens, nous pensons que les experts nationaux ainsi que les agences d’aide présentes sur le terrain comme l’Unesco, l’Unicef doivent accompagner le nouveau Chef de l’Etat dans cette quête de gratuité. Et ceci nous conduira sans nul doute à l’augmentation de la population scolarisée mais le noeud gordien dans tout cela, c’est que la question récurrente de la qualité ne sera pas résolue du jour au lendemain et nous devons approfondir nos réflexions là-dessus aux fins de palliatifs dont l’intensification de la formation des maitres.
Un grand nombre de littératures produites sur le secteur a révélé que la montée vertigineuse du prix de l’écolage à chaque rentrée scolaire affecte non seulement la participation des enfants à l’école mais aussi engendre la déperdition scolaire. A chaque réouverture des classes, les parents surtout décapitalisés lors du séisme, ne savent pas à quel saint se vouer ? Ainsi on peut comprendre facilement la réaction de l’Union des parents d’élèves progressistes haïtiens (UPEPH) et des organisations syndicales comme la Confédération nationale des enseignants haïtiens (CNEH) qui montent au créneau, ces derniers temps, pour dénoncer la cherté des services éducatifs. Et aussi apprécions-nous la position de l’Union Nationale des Normaliens Haïtiens (Unnoh) du professeur Josué MERILIEN relative à l’aménagement de la loi du Sénateur Kelly Bastien sur les frais scolaires dans le but de publication.
On se dit quel paradoxe à quelques semaines de la rentrée des classes ? Pendant que le Président de la République adopte, dans sa politique volontariste, des stratégies comme le Fonds national d’Education (FNE) pour alléger la souffrance des parents d’élèves par la gratuité de l’enseignement, une frange des écoles non publiques du pays prend un malin plaisir à augmenter les frais d’entrée annuels ainsi que le droit de la scolarité. Même les écoles d’obédience confessionnelle n’ont pas été épargnées par cette dérive mercantile. Dans notre pays, malheureusement, c’est une course pour les biens temporels au détriment de toute éthique. C’est le fameux « vivre d’abord et philosopher ensuite ». On croyait que les comportements allaient se modeler voire changer après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010 ayant endeuillé la nation et détruit une bonne partie de nos infrastructures scolaires.
Souvent, par manque de moyens et une offre publique faible, les familles haïtiennes sont contraintes à garder leurs enfants à la maison. Et parfois, on se demandait qu’adviendrait-il de ces enfants, disons, non scolarisés et déscolarisés ? Ils deviendraient, toutes proportions gardées, des délinquants, des laisser pour compte et des chômeurs que des chefs de gangs les enrégimenteraient pour semer le deuil et la désolation dans les foyers par les assassinats crapuleux et le kidnapping. Et comme aimait à répéter l’auteur de « la Cour des Miracles » et poète romantique français, Victor Hugo : ‘ouvrir une école, c’est fermer une prison’.
Convient-il de mentionner que depuis bien des lustres, nombre de pays de la région comme la République dominicaine ont introduit le principe de la gratuité de l’enseignement dans leur système d’éducation. Et récemment, des pays de l’Afrique comme le Burkina Fasso, le Bénin et le Ghana ont aboli les frais scolaires au niveau du primaire. Evidemment avec des mesures d’accompagnement telles que des subventions significatives de l’Etat aux écoles, de la promotion automatique pour éviter des années-élèves gaspillées ou des taux de redoublement importants et la dotation des écoles en manuels, fournitures scolaires et guides pédagogiques. Cependant, les subventions arrivent tardivement dans ces écoles. Ce qui démotive les acteurs de la communauté éducative et entraine le désenchantement des parents d’élèves.
Comme contribution citoyenne, nous proposons nombre de stratégies pour arriver, de façon graduelle, à la gratuité de l’enseignement au niveau de l’école fondamentale (1er et 2ème cycles) autrefois, appelée l’enseignement primaire en Haïti.
Des stratégies pour la gratuité de l’enseignement.
1. Un cadre de partenariat solide avec le secteur privé d’éducation qui domine le système éducatif haïtien à plus de 85%. Là où l’Etat n’a pas d’écoles, il peut s’acheter des places assises pour ainsi dire, accorder des bourses scolaires aux élèves. Un véritable programme de subvention pour les écoles est à mettre en place. Partant de ce qui précède, les frais d’entrée et le prix de la mensualité dans le privé vont être revus à la baisse. De plus, on peut faire appliquer la loi sur l’Office national de partenariat en Education (Onape), publiée, il y a environ deux années de cela. A noter qu’en Belgique, 99% des écoles sont privées mais c’est l’Etat qui les subventionne (Gabriel Carron, IIPE/UNESCO). Et comme dit ce vieil adage, celui qui paie le flûtiste peut lui imposer la musique.
2. Le fonctionnement des écoles en double vacation. Pour accroitre les structures d’accueil, les écoles existantes peuvent fonctionner en double vacation c’est-à-dire de deux heures à 6 heures, quitte à ce qu’on mette de l’énergie électrique, du courant de ville ou de la génératrice ou du moins de l’énergie solaire. Et par la suite, l’Etat réhabilitera et construira des bâtiments logeant des écoles de six (6) salles de classe ou six années de l’école fondamentale. Toutefois, s’il n’y a pas de demande potentielle d’éducation dans une zone, il ne faut pas y implanter d’écoles. Il faut avoir toujours des solutions à géométrie variable. C’est l’un des principes de la carte scolaire. Tout ceci, c’est pour optimiser les maigres ressources allouées à l’éducation.
3. Un état des lieux de la situation du parc scolaire. Un inventaire de l’existant doit être envisagé en termes d’écoles de simple vacation- d’espaces à réparer – de nombre de maitres sans emploi, d’éditeurs de la place pour les manuels scolaires et les guides pédagogiques et en termes de fonds disponibles et de promesses d’aide que ce soit de la part de la Banque mondiale, de la Banque interaméricaine de Développement (BID) et de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH).
4. Le dépistage des enfants non scolarisés. Le dénombrement de ces enfants y compris les enfants de rue et les handicapés est extrêmement important dans le sens de l’équité sociale. Il permettra aux décideurs politiques d’avoir le nombre exact d’enfants non scolarisés par département scolaire aux fins de leur faciliter une place assise à l’école. Ceci va satisfaire les exigences de l’objectif 2 du Cadre d’action de Dakar d’avril 2 000 savoir : « que tous les enfants qui sont en âge scolaire quels que soient leur genre, leurs couches sociales et leurs déficiences devraient être à l’école à l’horizon temporel 2015 ». Quant aux enfants de rue ayant acquis des connaissances, des habitudes et même des vices, il faut revenir avec la maison centrale et le centre d’accueil en vue de les rééduquer et de les réinsérer.
5. Une allocation aux parents très pauvres. Il faut donner une allocation dans le style de Bolsa familia du Brésil aux parents d’élèves vivant dans les poches de pauvreté par une discrimination inversée pour compenser les coûts d’opportunité. Au lieu de fixer leurs enfants à l’école, les parents pauvres préfèrent les envoyer dans les champs pour être aide-jardiniers ou bien les contraindre à rester à la maison pour s’occuper des travaux domestiques. Ici, il faut dire que le bénéfice est immédiat. Rappelons que l’école peut-être gratuite, l’uniforme, le manuel scolaire, la cantine, le transport, beaucoup de parents décideront quand même de bouder l’école; car pour aller à l’école, il y a toujours un coût d’opportunité ou un manque à gagner quel que soit le niveau d’enseignement considéré, même si c’est très faible en raison du taux élevé de chômage dans les pays à économie peu développée comme le nôtre. Dans les zones reculées d’Haïti aussi bien que dans les pays de l’Afrique subsaharienne, on peut dire sans ambages que c’est monnaie courante.
6. D’autres sources de financement. Nous devons trouver d’autres sources de financement afin que la part du budget national 2009- 2010 allouée à l’éducation qui était de 9% passe à 15% dans la perspective d’accroitre l’accès à l’éducation et d’améliorer la qualité de l’enseignement fondamental. Il faut convertir le service de la dette au bénéfice de l’éducation de base afin de permettre à l’Etat de compenser l’élimination ou la réduction des contributions scolaires, jugées parfois, trop faramineuses. En raison de la dette externe qui s’évaluait à 1,3 milliard de dollars (USD), les pouvoirs publics en Haïti décaissaient près de 4% comme intérêt annuel. Grâce au programme de la Banque mondiale connue sous l’appellation PPTE (Pays Pauvres Très Endettés), nombre de pays en développement comme Haïti ont pu bénéficier de l’allègement de la dette. Et pourquoi pas, l’Etat peut prélever une taxe de cinq cents (500) gourdes sur tous les employés du pays qui perçoivent un salaire à partir de quelque vingt mille (20 000) gourdes par mois. Des opérateurs privés particulièrement ceux de la téléphonie et des particuliers s’imprégnant de la pensée philanthropique peuvent faire des dons significatifs à l’Etat. Et que l’Etat de son côté devra, toutefois, surseoir sur les dépenses futiles comme l’achat de flotte de véhicules et les contrats juteux des consultants.
7. Un programme accéléré de 4 ans est à préparer. Au lieu de passer six (6) années à l’école fondamentale, les enfants vont passer seulement trois (3) ou quatre (4) années. Nous aurons à accueillir des enfants suragés qui sont dans la tranche d’âge, pour la plupart, 8-10 ans et 10-12 ans. Avec le créole comme langue d’enseignement-apprentissage et la promotion automatique tout en revisitant le système d’évaluation scolaire, ce contenu pédagogique et didactique doit être centré sur les compétences pour la vie courante et la responsabilisation des citoyens. Et comme disent les spécialistes en linguistique, il y a une corrélation étroite entre la langue maternelle et la performance scolaire de l’apprenant.
8. La réingénierie ou le renforcement des capacités institutionnelles du ministère de l’éducation est nécessaire pour une gouvernance plus transparente. Le principe de la gratuité de l’enseignement peut être effectif au voeu des articles 32.1 et 32.3 de notre charte fondamentale et au bon vouloir du Président de la République, l’absence d’un système de pilotage stratégique pourrait entrainer la dégradation de la qualité de l’enseignement, les surcharges de classe, l’insouciance des chefs d’établissement compliquant l’accès des enfants démunis à l’éducation et sans oublier le retard dans le paiement des enseignants.
9. Le partage des responsabilités avec les mairies n’est pas à négliger. Au niveau local, même si le Ministère de l’Education a une Direction dans chaque département scolaire du pays, une Cellule municipale d’éducation peut être mise en place avec le maire comme coordonnateur, le Directeur Départemental d’Education, les tables de concertation, les ONG et les associations syndicales. Une loi d’application sur la gratuité de l’enseignement devrait prendre en compte le partage des compétences entre le pouvoir central et les collectivités territoriales.
10. Un repas chaud pour maintenir les enfants à l’école. Il y a un vieux proverbe créole devenant par la suite une banalité qui dit « Mennen koulèv la lekòl se youn fè l chita se de ». Pour inciter les enfants démunis à rester à l’école, il faut leur assurer un repas chaud chaque jour tout en privilégiant une diète équilibrée basée principalement sur les produits locaux sous la coordination du Programme national de cantines scolaires (PNCS) et avec la collaboration des cellules municipales d’éducation (CME).
En guise de conclusion
En dépit des intérêts divergents, nous appelons les autorités du ministère de l’Education via le Nouveau Gouvernement à composer avec les associations de la société civile comme les syndicats d’enseignants, de parents d’élèves, de directeurs d’école et les associations de chefs d’entreprise ainsi que l’implication des autres ministères comme l’Agriculture, les Finances, la Santé et les Affaires sociales. Car l’approche doit être systémique et les phénomènes sont globaux totaux (George GURVITCH). Nous devons en profiter pour créer un cercle vertueux de changement dans le système éducatif haïtien aux fins d’une école républicaine qui puisse répondre aux attentes des parents d’élèves et de la société en général à l’heure de la reconstruction.
Yves ROBLIN
Diplômé de l’Institut International de Planification de l’Education (IIPE/UNESCO) de Paris
roblinyves@yahoo.fr

Le développement d’Haïti passe par les technologies spatiales

L’utilisation de technologies spatiales n’est pas un luxe, mais plutôt une nécessité pour le vrai développement de la première République Noire du monde, prône le scientifique Ernst Wilson qui, débarquant dans sa terre natale, après des études pointues et de riches expériences dans le domaine des sciences spatiales, souhaite contribuer à ce que Haïti occupe dans les temps à venir une place prépondérante dans cette sphère sélective et scientifique de l’aérospatiale.
Non « perdu dans l’espace », le scientifique haïtien Ernst Wilson, qui détient une maîtrise en sciences spatiales de l’Université internationale de l’espace de Strasbourg (France), s’est félicité d’avoir contribué à la création d’un centre d’études spatiales à l’Université de la Caroline du Nord (États-Unis) et d’avoir conçu des manuels scolaires en études spatiales pour enfants au Sénégal, lors d’une rencontre d’échanges réalisée récemment à Port-au-Prince. Il croit que les enfants haïtiens doivent jouir de ces mêmes privilèges. L’Unicef et l’Unesco supporteront certainement ces initiatives.
D’après l’ambassadeur de l’Administration nationale de l’aéronautique et de l’espace (NASA), M. Wilson, tout commence par l’éducation, en intégrant des cours sur les sciences de l’espace dans le curriculum haïtien et en envoyant des professionnels haïtiens se perfectionner à partir d’études et stages qualifiants. Ce qui permettrait au pays de disposer enfin de ses propres ressources susceptibles d’assurer la gestion efficace de son propre centre d’études spatiales et de ses premiers satellites.
« C’est un petit pas pour l’homme, mais un bond de géant pour l’humanité », de Neil Armstrong, parole célèbre du premier homme à fouler le sol lunaire le 21 juillet 1969.
« En Haïti, malgré les multiples problèmes et urgences étalés dans la trajectoire biséculaire de la population locale, il faut " oser " penser et observer le territoire haïtien de haut », lance Ernst Wilson, qui manifeste, entre sa vision et ses intentions, la volonté, par ce dossier, de proposer un nouveau thème dans nos débats quotidiens. Selon lui, les technologies spatiales ont toutes leur place dans la formulation des grandes ambitions de tout chef d’État pour que Haïti puisse trouver une place de choix dans le concert des nations.
Haïti émergeant dans le domaine spatial
« Je me baladais partout à faire des présentations sur les pays émergents et les technologies spatiales. Je réfléchissais toujours sur Haïti parce qu’elle figure parmi les groupes de pays émergents. A la seule différence qu’Haïti n’a pas encore développé des réflexions suffisantes sur les sciences de technologies spatiales qui pourraient aider énormément l’agriculture, la gestion des désastres naturels, l’occupation du sol, la télédétection, l’océanographie », estime M. Wilson.
Comment observer Haïti à partir de l’espace ?
« Faute de connaissance des technologies spatiales, il y a des cours d’eau, des lacs qui existent en Haïti, dont on n’ignore la présence, vu qu’on n’a pas une vue spatiale », a laissé entendre ce chercheur international, qui voit à travers ses lunettes aérospatiales de nouveaux angles politique et spatial dans les relations entre l’espace et Haïti, pays qui s’est doté, six ans plus tôt, par le décret du 12 octobre 2005 (publié le 27 mars 2006), de son premier Centre national de l’information géospatiale (CNIGS).
Le premier satellite haïtien sera lancé…
«Pour mettre sur pied ce projet, tout d’abord, nous allons recruter une dizaine d’ingénieurs haïtiens qui devront être formés pendant une année en sciences spatiales à Surrey satelite techonology university (SSTL) à Londres, en Angleterre», déclare le professeur Ernst Wilson, qui inscrit ce programme au nombre des stratégies à mettre en place.
« C’est un centre qui sera chargé de développer les compétences pour des pays comme Haïti. Durant cette formation, ces ingénieurs vont apprendre les sciences spatiales. Parallèlement, ils vont fabriquer un satellite. La mission de ce satellite sera définie par les autorités haïtiennes. Et à la fin du cycle d’études, ils mettront ce satellite en orbite. Et on doit mettre sur pied un segment terrestre parce qu’une fois retournés au pays, ce sont ces jeunes qui vont devoir communiquer avec ce satellite, recueillir les données et les transformer en informations. Si c’est un satellite météorologique, ces experts-là auront la capacité de déterminer le passage d’un ouragan ou d’une tornade en Haïti en moins de quatre semaines », dévoile l’expert haïtien qui rappelle toutefois avoir collaboré avec l’UNOPS, expérience durant laquelle il a parcouru les 1850 kilomètres de côtes d’Haïti, dans le cadre de la promotion de l’industrie de la pêche.
« Je fais le travail de la NASA »
En vous rencontrant aujourd’hui, « je fais le travail de la NASA », souligne le spécialiste des "salons" de l’aérospatial, qui souhaite partager ses connaissances avec ses pairs : « Il faut que la NASA sache qu’il y a un début de réflexion sur les études spatiales en Haïti. Et c’est ce qui va contribuer au prestige d’Haïti sur la scène internationale. Il faut aussi que les Haïtiens sachent que nous avons des compatriotes qui embrassent les sciences et qui brillent à l’extérieur », insiste-t-il, tout en rassurant qu’en dépit de ses postes à l’étranger, ses pensées étaient toujours tournées vers Haïti.
La route à suivre…..
En suivant la route des BRIC, qui se définit par les quatre grands pays appelés à devenir des puissances mondiales en 2050 ( le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine), M. Wilson ose intégrer Haïti dans cette liste.
L’Inde c’est quoi ? C’est un pays en voie de développement. Les autorités de ce pays ont investi beaucoup d’argent dans l’éducation et le transfert de technologies et du savoir-faire. Ils ont commencé par les sciences atomiques. Le Brésil, de son côté, est entré dans cette arène des sciences spatiales pour faire une meilleure gestion de cette terre, à tous les niveaux : éducation, géodésie, géophysique et climatologie. Les autorités brésiliennes ont développé un partenariat avec la Chine où ils ont lancé un satellite appelé « CBERS ».
Des partenaires souhaités….
« Le Brésil est un vrai partenaire d’Haïti, sensible, émotionnel et aussi physique. Nous, les Haïtiens, en nous attachant aux États-Unis, on oublie d’autres partenaires importants, il y a de cela des années, qui étaient comme nous. Ils ont fait beaucoup d’efforts. Haïti est pour eux un grand frère. Ils aiment Haïti », fait remarquer Ernst, qui identifie d’autres pays de la trempe du Brésil comme l’Argentine et le Chili et qui seraient prêts à nous épauler énormément dans l’arène spatiale, en plus des États-Unis d’Amérique.
L’Argentine est le premier pays à envoyer un satellite en Amérique du Sud dédié à l’éducation. C’est aussi le pays le plus avancé en droit spatial, rapporte le scientifique haïtien.
De la géopolitique en passant par des initiatives prestigieuses
Depuis un certain temps, on ne parle plus d’Amérique latine, mais plutôt de l’Amérique latine et la Caraïbe. En matière de sécurité, l’agence aiderait beaucoup le pays, mais il faut parler aussi du satellite-espion. Pour cela, nous devons fabriquer notre propre satellite ayant pour mission de veiller à la sécurité nationale. Les dirigeants haïtiens doivent se décarcasser comme un vieux diable pour exploiter les relations qui existent entre Haïti et les pays latino-américains et de la Caraïbe, dont le Brésil et le Chili, insiste-t-il une fois de plus.
« Je prends l’exemple du Brésil, un grand fabricant d’avions. La présidence d’Haïti pourrait se procurer une modeste flottille à des prix abordables et/ou à crédit. Cette flottille d’avions faciliterait des déplacements de missions présidentielles et ministérielles. Cela ferait le prestige de l’État. Pourquoi un pays comme Haïti ne dispose-t-il pas d’une école aéronautique pour former des pilotes ? », s’interroge-t-il.
L’État haïtien a la charge de trouver les moyens pour promouvoir l’homme haïtien. La priorité actuelle est le développement d’Haïti. De faire d’Haïti ce qu’elle n’a jamais été auparavant, mais aussi d’entrer dans la compétition caribéenne pour sortir le pays de son extrême pauvreté, propose cet expert qui a déjà été invité en Chine, plus précisément à Pékin, pour des présentations sur le thème suivant : « Comment la technologie des sciences spatiales peut-elle aider au développement durable des pays émergents ? »
Trajectoire de cet aventurier de l’espace
Ernst Wilson, cet ancien élève de l’école Jean-Marie Guilloux, du Petit Séminaire Collège Saint-Martial et de l’Institut Georges Marc, qui est parti pour l’étranger après ses études classiques, nous rapporte que les États-Unis l’ont identifié parmi des gens enthousiastes, dévoués et compétents pour les études spatiales. Professeur d’université, « j’ai créé un centre d’études spatiales pour l’Université de la Caroline du Nord. Comme par hasard, les autorités américaines m’ont demandé de soumettre un CV parce que, semble-t-il, j’ai le profil de quelqu’un qui pourrait représenter la NASA et porter le gospel de cet organisme à travers le monde », se réjouit-il.
Au terme de cet entretien, « ils ont senti vraiment que je pouvais représenter valablement cette prestigieuse institution de la première puissance mondiale. Je suis devenu conseiller spécial et un ambassadeur de la NASA. On fait appel à mes services, comme, par exemple, le président Barack Obama, pour compléter un curriculum pour les écoliers de Washington. C’est ce que je fais à la NASA. Ayant aussi entendu parler de moi, des Africains venus du Sénégal ont visité l’université où je travaillais, et ils ont fait appel à mes services pour créer un centre d’études spatiales pour enfants. Pourquoi pas pour les enfants d’Haïti ? », martèle le scientifique.
Et si Haïti se tournait vers l’espace !
Ernst Wilson, qui dit souhaiter que ce gouvernement respecte ses desiderata, espère que la nouvelle équipe gouvernementale sera à l’écoute dans leurs démarches, leurs réflexions et leurs désirs de changer Haïti. « J’aimerais que cette nouvelle équipe dispose d’assez d’ouverture pour écouter tout le monde, y compris un scientifique qui estime que le progrès d’Haïti ne sera pas effectif sans les sciences spatiales. Pour faire bouger Haïti comme pays, il nous faut les sciences et les technologies », soutient-il avec conviction.
Le scientifique se dit déterminé à faire atterrir son rêve en dotant Haïti d’un centre d’études spatiales et d’une agence spatiale. Toutefois, il ne doit pas négliger les tares de la société haïtienne, dominée par le marronnage, les tractations et les négociations sans fin.
Est-ce le début d’une nouvelle ère ?
Quand viendra le temps où Haïti disposera de tous les moyens appropriés pour délimiter, sécuriser et prendre en charge réellement ses espaces terrestre, maritime, aérien et spatial, au moyen des fusées, des sondes, des satellites, des télescopes, etc. qui seront éventuellement identifiés par des noms tels que Kiskeya, Dessalines, Toussaint, Taïno, Boukman, Kafou, Ayizan… et même Legba ? Après tout, les États-Unis d’Amérique n’ont-il pas construit un avion de combat au cours de la seconde moitié des années 1950, qui fut le premier avion de chasse capable de dépasser 1 000 miles/h (1 609 km/h), et qui porte le nom de "McDonnell F-101 Voodoo" (vaudou). C’est un engin qui vole dans l’espace aussi !
Amos Cincir
mcincir@lenouvelliste.com
Dominique Domerçant
succes33@yahoo.fr

Une page de l’histoire haïtienne

Comment le jeune État nègre imposa un double échec à la diplomatie américaine

Le monde Diplomatique / Archives – Décembre 1959

Le 1er janvier 1804 un nouvel Etat prend place dans la communauté internationale : après des luttes épiques, dont les épisodes mouvementés et sanglants accélèrent l’épuisement de l’armée expéditionnaire de Rochambeau, Dessalines force la porte de l’histoire et proclame urbi et orbi l’indépendance d’Haïti.

Privée d’une riche et florissante colonie, vaincue sur le terrain militaire, ne se consolant pas encore de cette défaite et en attendant de pouvoir relever le gant, la France transpose la lutte sur le terrain diplomatique et politique. Par tous les moyens que lui dicte sa science aiguisée des relations internationales, elle contrecarre les efforts du jeune Etat nègre pour se faire accepter dans la société œcuménique des nations, s’applique à lui mettre les bâtons dans les roues et tente, de toutes les façons, de l’isoler, si ce n’est de le réduire par l’asphyxie.

Protestations tant à Washington — de la part du chargé d’affaires français — qu’à Paris — de la part de Talleyrand, qui dirige la politique extérieure — contre le commerce qui se poursuit entre les Etats-Unis et cette nouvelle entité. Irritation de Napoléon… Décrets de Guadeloupe… Rien n’y fait. L’intercourse se développe entre Haïti et les Etats-Unis.

La pression du gouvernement français pour l’annihiler continue sans désemparer, et des deux côtés de l’Atlantique ses représentants saisissent les moindres occasions pour la ranimer. Ils font tant et si bien qu’en février 1806 le Congrès américain décrète l’embargo sur le commerce entre les Etats-Unis et Haïti.

Cette prohibition du Congrès américain n’éteint pas pour autant les rapports entre les deux pays. Le trafic s’engage dans les voies de la clandestinité. Tant il est vrai que l’impératif économique détourne bien souvent le cours de l’histoire du lit conventionnel que lui assigne la sagesse relative des hommes d’Etat ou leur vision nuageuse de l’avenir.

Dessalines n’eut guère le temps de réagir contre cette mesure. Il tomba assassiné au Pont-Rouge. L’entaille tragique faite à son destin coïncida avec celle faite au commerce entre les Etats-Unis et Haïti.

Après sa mort des rivalités sanglantes mirent aux prises les deux généraux les plus habiles à lui succéder et aboutirent à la scission de l’Etat haïtien en deux organisations politiques autonomes : la République de l’Ouest ayant à sa tête Pétion, et le Royaume du Nord gouverné par Christophe.

Ce dernier, que Ludwig Lee Montague appelle l’anglophile roi du Nord, captant les courants prédominants dans la conjoncture internationale de l’époque, s’aboucha avec l’Angleterre et il s’établit entre le Royaume du Nord et les marins anglais des communications si fréquentes et si cordiales que des démarches positives furent engagées en vue d’en canaliser l’orientation dans les grandes lignes d’un accord commercial. Ce qui est important à noter, car à cette époque l’indépendance d’Haïti n’était encore reconnue par aucun Etat.

Cependant les dispositions favorables du monarque du Nord à l’égard du Royaume-Uni ne le portèrent point à assigner à sa politique extérieure une orientation à sens unique et encore moins à méconnaître le complexe géographique que forment les divers Etats de cet hémisphère.

Les négociants américains soutiennent le jeune État

En dépit de l’embargo et des manœuvres incessantes de la France pour en obtenir la prolongation, la solidarité d’intérêts qui lie les hommes d’affaires américains et les gouvernements haïtiens ne se dément pas. L’extension des relations entre Haïti et les Etats-Unis devient une cause d’inquiétude constante pour le cabinet de Paris. Le chargé d’affaires français à Washington fait à tout bout de champ des représentations à ce sujet au département d’Etat ; il dénonce les activités de Bunnel, qui travaille pour Christophe : « Monsieur, écrit-il le 15 août 1809 au secrétaire d’Etat Madison, j’apprends que ce même Bunnel sur lequel j’avais appelé la surveillance du gouvernement fédéral, après avoir fait plusieurs envois au Cap par l’intermédiaire de divers négociants, notamment la maison van Kapff and Brunce, fait en ce moment construire publiquement à Fell’s Point, par le constructeur Price (que je crois être celui des Etats-Unis), une frégate de 36 à 40 canons… Je crois pouvoir me borner à prévenir le gouvernement de l’Union d’une circonstance si bien calculée pour compromettre l’harmonie qui existe entre les deux nations… »

Les récriminations de ce genre fourmillent dans sa correspondance, mais elles n’ont guère la vertu d’apaiser la fièvre de transactions de toutes sortes qui anime les négociants américains et les porte à s’approvisionner sur le marché haïtien et à y écouler leurs produits. Dans cette course au profit et à l’enrichissement rapide, où personne n’aspire à des prix de vertu, maints accrocs souillent les pratiques commerciales d’alors. Christophe est victime de la mauvaise foi de ses fournisseurs : 124 955 dollars envoyés au nom de son gouvernement à la maison van Kapff and Brunce « pour l’acquisition de certains articles » sont confisqués. Il entreprend des démarches en vue de recouvrer cet argent : il délègue même aux Etats-Unis un commerçant du Cap du nom de Marple. Rien n’y fait : il est bel et bien perdant. Ne voulant point se résigner à cette mauvaise plaisanterie, il recourt aux grands moyens : il réquisitionne cet argent des commerçants américains établis dans le Nord. Cette mesure devient effective le 17 avril 1811 par un décret du roi : tous ceux qui sont visés contribuent proportionnellement à leurs chiffres d’affaires à acquitter cette dette, avec l’espoir qu’ils seront remboursés en cas de restitution postérieure.

Ces représailles n’eurent pas l’heur de plaire au gouvernement et au peuple américains. Des pétitions affluèrent au Congrès de Washington, réclamant l’intervention de l’Exécutif et le pressant de relever ce défi — un défi d’autant plus cinglant qu’il venait d’un nègre. Heureusement ou malheureusement aucun contact officiel n’était établi entre le cabinet de Washington et le Royaume du Nord. Haïti avait proclamé son indépendance depuis plus de dix années et elle était encore considérée dans la communauté internationale comme un parent pauvre avec qui l’on traitait au gré de ses intérêts, mais dont on évitait autant que possible de statuer sur la qualité et les prétentions. Et cela pour ne pas froisser la France, qui persistait à considérer notre pays comme sa colonie révoltée.

Haïti repousse la nomination du représentant américain

En 1816 Septimus Tyler est nommé agent commercial du gouvernement américain au Cap, avec instructions formelles de « protester dès son arrivée contre cette injurieuse mesure : la saisie et la confiscation d’une somme considérable d’avoirs américains au Cap français au cours de l’année 1811 par le général Christophe, sous le fallacieux et arbitraire prétexte que son agent à Baltimore l’avait escroqué (1). Le New York Gazette se réjouit de cette initiative et la commente en ces termes : « On rapporte que le gouvernement se propose de dépêcher une frégate pour réclamer de Christophe le paiement d’environ 500 000 dollars, montant des spoliations qu’il a opérées sur notre commerce. L’expérience mérite d’être tentée, car il n’y a pas le moindre doute au sujet de sa réussite. Christophe, comme on le sait, est riche en espèces et en biens… »

Le 31 juillet 1817 le représentant du gouvernement américain arrivait au Cap à bord de la frégate Le Congrès, désigné auprès de la cour d’Haïti, porteur du document suivant, une espèce de certificat :

« A tous ceux qui ces présentes verront, salut.

» Je certifie que Septimus Tyler, écuyer, a été appointé par le président des Etats-Unis pour résider au Cap français dans l’ile de Saint-Domingue en qualité d’agent de commerce et de marine des Etats-Unis d’Amérique, avec pleins pouvoirs et émoluements y appartenant. En témoignage de quoi, moi, James Monroe, secrétaire d’Etat des Etats-Unis, j’y ai souscrit mon nom et ai fait apposer le sceau du Département d’Etat.

» Donné dans la cité de Washington le 18 décembre 1816.

» Signé : J. Monroe. »

Soumettre ce petit papier, c’était faire un pas de clerc. Christophe a dû rager en en prenant connaissance. Les termes démolissaient son œuvre élaborée dans le sang et dans le feu. Il comprit pourtant que la diplomatie est un plat qu’on sert et mange froid. Dissimulant leurs réactions, les autorités du Cap comblèrent d’attention Tyler et les officiers du Congrès, cependant que la chancellerie royale cuisinait le plat qui devait être servi à cet incongru. Le baron de Dupuy, secrétaire-interprète du roi, traduisit le document soumis et reçut, en retour, la réponse suivante que lui fit parvenir le 1er août 1817 le comte de Limonade, secrétaire d’Etat, ministre des affaires étrangères d’Haïti :

« Royaume d’Haïti, Le secrétaire d’Etat, ministre des affaires étrangères d’Haïti, à Monsieur le baron de Dupuy, secrétaire interprète du roi au palais de la Grande-Rivière, le 1er août 1817, l’an 14e de l’Indépendance.

« Monsieur le baron, J’ai reçu votre lettre du jour d’hier qui m’annonce l’arrivée de la frégate américaine Le Congrès dans le port de la capitale avec M. Tyler, qui s’est annoncé comme agent pour le commerce des Etats-Unis d’Amérique.

» En apprenant l’arrivée de M. Tyler, je m’attendais à recevoir des dépêches de son gouvernement et des lettres qui l’accréditeraient auprès de la cour d’Haïti ; mais j’ai été étrangement surpris, d’après le rapport que vous m’avez fait, qu’il n’était porteur que d’un simple certificat couché dans des termes inusités, inadmissibles, et de plus renfermant les mots de Cap français et d’île de Saint-Domingue, expressions impropres et injurieuses au gouvernement de Sa Majesté.

» Malgré le désir que Sa Majesté aurait de voir s’établir des relations de commerce et d’amitié entre les deux gouvernements, je suis dans la nécessité de vous charger de notifier à M. Tyler qu’il ne peut être reçu et considéré comme agent de commerce, n’étant pas muni des pièces authentiques en bonne et due forme qui l’accréditent suffisamment auprès du gouvernement d’Haïti.

» Comme il ignore sans doute les usages établis dans ce royaume pour les communications diplomatiques de gouvernement à gouvernement, vous les lui ferez connaître et lui remettrez un exemplaire de la déclaration du roi en date du 20 novembre 1816.

» Je regrette que Sa Majesté, étant en ce moment en tournée, ne puisse donner une audience à M. Tyler et au capitaine de la frégate Le Congrès comme ils le désirent.

» J’ai l’honneur de vous saluer avec considération…

» Comte de Limonade. »

Le deuxième échec de Washington

Tyler éconduit, le cabinet de Washington revint à la charge l’année suivante : un nouvel agent est désigné auprès de la cour d’Haïti. Cette fois-ci on recourt à un homme versé dans les questions haïtiennes, William Taylor, que deux missions successives auprès de Pétion — l’autre chef qui gouverne la République de l’Ouest — avait familiarisé avec les problèmes particuliers de cette communauté de nègres. Les nouvelles instructions qu’il reçoit se réfèrent à l’échec de son prédécesseur et contiennent des directives précises en vue d’éviter un second faux pas .

Arrivé au Cap à bord du Hornet le 22 avril de la même année, ce dernier initie le lendemain ses contacts avec les autorités de la ville. Par l’intermédiaire du baron de Dupuy, secrétaire interprète du roi, il sollicite une audience de Sa Majesté. Sa requête ainsi que la nouvelle de son arrivée sont notifiées au palais, et le 24, à midi, le baron de Dupuy lui réclame, par note verbale, pour être communiqué à Sa Majesté, le certificat attestant sa nomination. Le même jour, l’agent américain lui rend une visite de courtoisie ; le récit de leur entretien revit dans cette dépêche que Taylor adressera par la suite au département d’Etat : « Notre conversation roula au début sur divers sujets d’ordre général et se centra peu de temps après sur ma nomination… Je lui dis combien le président des Etats-Unis désirerait voir les deux gouvernements arriver à une parfaite compréhension… Le baron de Dupuy m’avoua que cela lui faisait plaisir de constater que les mots insolites qui entachaient la commission de mon prédécesseur et qui avaient déplu à Sa Majesté n’étaient point reproduits dans la mienne… J’ai été alors avisé que Sa Majesté regrettait de ne pouvoir me recevoir, du fait qu’elle était très occupée à faire des préparatifs pour une immédiate tournée d’inspection… »

Le lendemain le baron de Dupuy retourne sa visite à Taylor. La diplomatie, dans le Nord, tirée à quatre épingles, ne bronche point sur les principes. Entrevue des plus cordiales au cours de laquelle il renouvelle à l’agent américain son désir de voir sa nomination agréée par le roi et l’informe qu’il avait été mandé par ce dernier, en résidence à Sans-Souci. A son retour il invite le lundi 27 le représentant américain à se présenter le même jour à son office. Taylor s’y rend pour apprendre que « Sa Majesté s’opposait à son admission, en raison des irrégularités de sa nomination ». Il tente de discuter le point de vue de la Chancellerie royale. C’est en vain :

« Sur l’observation que je lui fis, écrit-il dans un long rapport au département d’Etat, que cette objection était couverte par le fait que j’avais été introduit par le capitaine Read, il sourit et me répondit que l’introduction devait être appuyée par les documents prescrits par l’usage et la coutume… il me laissa entendre… que je recevrais la réponse du roi au cours de la journée ainsi que le certificat de ma nomination… Le baron m’apprit en outre qu’une tentative semblable faite par le gouvernement anglais en vue d’établir un agent commercial au Cap échoua de la même façon, par suite de l’inobservance des formalités… »

Dans la soirée, Taylor était irrévocablement fixé sur le sort de sa mission auprès de Christophe. La communication suivante qu’on lui adressa confirmait le langage du baron de Dupuy :

« Le baron de Dupuy, chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Henry, secrétaire interprète et membre du Conseil du roi, à Monsieur William Taylor,

» Au Cap Henry le 27 avril 1818, l’an 15 de l’Indépendance. Monsieur, J’ai l’honneur de vous remettre, inclus, le certificat que vous m’avez présenté, à votre arrivée, pour être soumis à Sa Majesté, et, d’après vos désirs, je vous retourne pareillement copie de la lettre que m’a fait l’honneur de m’écrire Son Excellence Monseigneur le comte de Limonade, ministre des affaires étrangères et secrétaire d’Etat. Je vous fais aussi l’envoi du Code Henry et d’autres livres sortis de la presse haïtienne, qui vous mettront à même de former une juste idée des lois qui nous régissent et des productions de quelques-uns de nous et vous prie de croire, avec la plus haute considération, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

» De Dupuy. »

Avec cette lettre était également transmise copie de la dépêche du comte de Limonade déclarant persona non grata l’agent américain .

Cette page, peu connue, de la diplomatie haïtienne, où sourd, discrète et subtile, l’impatience frémissante du jeune Etat nègre de s’imposer dans la plénitude de ses droits souverains à la communauté internationale, est en parfaite harmonie avec la tonalité générale d’une époque faste où une politique de prestige élève les hommes à la hauteur des événements et des conjonctures internationales.

Yves L. Auguste.

Par YVES L. AUGUSTE|PG:15

 

Retour sur Inside the Haiti Earthquake, documentaire et expérience interactifs

Par Ana Vasile 03.10.2011

Inside The Haiti Earthquake (Canada, 2011)

interactif
transmedia

Loin des clichés et du sensationnalisme, un documentaire enrichi d’une expérience interactive nous plonge dans le quotidien et les dilemmes de ceux qui ont eu à faire face à l’un des séismes les plus dévastateurs qu’ait connu Haïti, en janvier 2010. Remarquable.

Inside the Haiti Earthquake : un documentaire interactif

Inside Disaster Haiti est une série de documentaires multi-plateformes sur le tremblement de terre de janvier 2010 en Haiti et l’immense effort humanitaire qu’il a impliqué. Un documentaire, un site informatif et une expérience interactive vous proposent de plonger au cœur des événements pour mieux les comprendre.

Depuis son lancement en janvier 2011 au Canada, le documentaire a été diffusé lors d’événements publics, à la télévision, et est disponible sur DVD. Pour enrichir le documentaire, une équipe de spécialistes web ont transformé les images brutes de tournage ramenées par les documentaristes en une expérience interactive et un dispositif web très complet.

Inside the Haiti Earthquake : une expérience interactive

Inside the Haiti Earthquake est aussi une simulation en ligne qui permet aux internautes d’expérimenter les conséquences du terrible tremblement de terre, dans la peau d’un bénévole, d’un journaliste ou d’un rescapé. Construit sur les principes du serious gaming, le jeu ambitionne d’apprendre aux participants à dépasser les stéréotypes liés aux désastres.

Conçu par l’expert en serious games Michael Gibson et le réalisateur Nicolas Jolliet, Inside the Haiti Earthquake invite les internautes à construire leur propre parcours au travers de vidéos et de photographies prises entre janvier et août 2010. A travers chaque rôle qu’ils endossent, les utilisateurs doivent faire des choix et assumer les conséquences de leurs décisions. Ce dispositif à vocation pédagogique a pour objectif de confronter les internautes aux enjeux, difficultés et contradictions d’une catastrophe naturelle. Mais comme le souligne Michael Gibson, «Ceci n’est pas un jeu. Personne ne tient les scores.»

La scénarisation du réel au service de l’Histoire

Inside the Haiti Earthquake est une œuvre fictionnelle, un parcours scénarisé crée avec les contenus multimédia ramenés depuis le terrain par l’équipe d’Inside Disaster Haiti. Le parcours de l’internaute sur le site reste assez simple : après avoir regardé une scène, l’utilisateur doit choisir comment l’histoire progresse. En fonction de ses choix, il se retrouvera face à des situations qui l’aideront à mieux appréhender ce qui se passe réellement sur le terrain. Une expérience où le spectateur est invité à échapper à la linéarité d’un récit tout en ne perdant pas le fil de l’Histoire.

Lors de la Conférence Internationale de Storytelling d’Edinbourg, Michael Gibson confiait que son plus grand défi fut de «coudre» les séquences filmées dans une intrigue qui tiendrait l’internaute engagé du début à la fin, tout en lui offrant une expérience virtuelle enrichissante. En juin 2011, l’expérience interactive a remporté le Transmedia Award au Festival «Games for Change» organisé à New York, récompense qui vient rallonger l’impressionnante liste de prix reçus par «Inside the Haiti Earthquake».

Inside The Haiti Earthquake (Canada, 2010/2011)
Scénario : Michael Gibson
Réalisation : Michael Gibson et Nicolas Jolliet
Production : Katie McKenna pour PTV Productions
Date de mise en ligne : 28 octobre 2010
Langue : anglais
Site officiel
Documentaire
Expérience interactive
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Ana Vasile est rédactrice pour le blog du TransmediaLab d’Orange.

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